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25/05/2008

Lettres à ma fille au Ciel, lettres au Christ, au Soleil et à Marie (1997). Offertes pour tous les parents orphelins en deuil de leur enfant en ce jour de la Fête des Mamans.

PRÉCISION : Les écrits donnés ici ont été édités en 1998 dans l’ouvrage de Chloé “Les Semences de l’Après-Vie” (ouvrage épuisé introuvable) sous l’ISBN : 2-84424-000-3 (Éditions L’ÂME DU CIEL & L’ATELIER). Les écrits donnés sur l’ensemble de ce blog sont protégés mais peuvent être cités en donnant les références et avec l’autorisation de l’auteur Chloé Laroche (chloe.email@laposte.net)___________________________________________________________________________________________________________
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LETTRES à ma fille au Ciel,
lettres au Christ, au Soleil et à Marie____________ 730667945.jpg

______________________________________ Ces lettres sont écrites dans un esprit d’universalisme où j’aborde chacune des fois (“foi” au singulier) du monde, avec le respect dû à chacune et avec l’idée que le Créateur est le même pour tous, comme le soleil brille sur tous les pays______________________440065165.jpg



LETTRE UNE
à ma fille OCÉANA

(16 Mars 1997 et terminée le 2 Mars 1998)



Mon Enfant de Lumière,
Mon Bébé, ma chair déchirée d’éternité,


Va sur ton chemin et sois confiante. Maman est là... pas comme avant, mais je suis là. N’aie pas d’inquiétude devant mes larmes : j’ai tellement confiance en Dieu et en ceux qui t’accueillent dans l’autre monde !

Aujourd’hui quelqu’un m’a parlé de toi mais cette personne était tellement bouleversée qu’elle m’a dit avoir perçu une âme d’enfant égarée et perdue, ne sachant vers quelle lumière aller... et que c’était peut-être toi !? Je lui ai répondu que ce n’était pas possible, que lorsqu’un enfant s’en va dans l’autre monde, il est forcément accueilli et que là-haut on prépare son arrivée...

Finalement je l’ai rassuré, moi ta petite maman pleine d’inquiétude pour toi là-bas sans moi ! Je voudrais pouvoir venir te rejoindre mais je ne peux pas encore partir... sauf si Dieu, notre Père à toutes les deux, le veut bien.

Tout à l’heure, je suis tombée, en ouvrant la télévision, sur la fin du film : “Le petit prince a dit” ; c’est un film que j’avais vu il y a longtemps et qui m’avait beaucoup touchée ; il raconte l’histoire d’une petite fille très malade, Violette, et montre tout l’espoir que ses parents veulent garder. Ce soir, je n’ai vu que les derniers instants du film : le papa de l’enfant malade retrouve le chien de Violette, perdu dehors... La petite fille repose sur son lit, attendant le sommeil de la nuit ; elle prononce ces derniers mots : “Bonne nuit, Papa !” puis elle ferme les yeux. Ensuite, la lumière illumine son visage figé par la mort ; son père étrangle un oreiller...

Ce soir, je voudrais te dire que ton père, Pascal, t’a aimée ; il t’a vu naître, il a été heureux d’être ton Papa, il t’a promenée... Dans les orages et les tornades de notre histoire, dans le coeur de ta Maman qui a quitté le bâteau en détresse lorsque tu avais trois mois mais qui a toujours gardé une ancre pour toi et ton père, dans nos deux coeurs de parents aujourd’hui désespérés... ces trois mots silencieux résonnent : “Bonne nuit, Papa !” Car tu aimais ton Papa et tu l’aimes pour toujours là-haut au Ciel.

Tu es partie si vite... en énumérant, trois jours avant ton décès, tous les noms comme pour nous dire au revoir... Maman, Papa, Fafa, Mémé, Papi ; nous ne pouvions imaginer que tu allais nous quitter si vite, emportée par un virus qui nous a tous foudroyés ; tu avais seulement la grippe et c’est une encéphalite-méningite qui t’a arrachée à nous en vingt-quatre heures à peine ; tu es tombée dans un coma profond, le jour de ton admission aux Urgences, et le lendemain matin, le 14 février, les médecins nous annoncaient qu’il n’y avait aucune chance possible de te sauver ; le virus était là, terrible, inexorable, criminel, foudroyant.

Nous étions hébétés, incapables d’imaginer que tu nous avais quittés ; les médecins ont accepté avec compassion de nous laisser jusqu’au lendemain près de toi, avant de débrancher les appareils ; nous t’avons beaucoup parlé et nous espérions encore. D’autres enfants étaient morts dans les mêmes conditions, sans que les médecins puissent les sauver, à différents stades du virus, mais nous ne le savions pas encore ; un garçon de quatorze ans avait été admis quelques jours avant toi et n’avait pu être sauvé ; en Irlande, cet hiver, une jeune fille de dix-neuf ans, proche d’une de mes amies, est partie aussi soudainement.

Le lendemain, samedi 15, les médecins nous ont reparlé de débrancher les appareils reliant encore notre fille à la vie, en nous expliquant qu’elle se trouvait en état de “coma dépassé” et que son cerveau était détruit par un virus impossible à soigner encore à notre époque. Quelques heures plus tard, ils débranchèrent... Nous étions secoués, en état de choc... La foudre s’abattait sur nous. Tu étais morte, ton coeur ne battait plus... Nous étions anesthésiés par la douleur. Je t’ai dit de te sentir libre et d’aller vers la Lumière pour poursuivre ton chemin de grande âme ; je t’ai dit aussi que nous t’aimerons toujours ; j’ai peigné une dernière fois tes cheveux et t’ai habillée pour l’ultime voyage. Comment survivre à un déchirement aussi cruel sinon par une abnégation totale, un renoncement à nous-mêmes et un don sans retour de l’ange à l’humanité...

Tu ne disais pas encore : “Bonne nuit, Papa !”. Au moment de t’endormir, tu réclamais des calins, et tu disais : “Papa” ou “Maman”... puis tu réclamais ton Bébé, ton nounours et ton chien. Tu disais : “Au ‘voir”... Tu aimais bien les bisous de Maman et je te disais souvent : “Je t’aime !”, en t’embrassant bien fort...

Tu aurais bientôt dit : “Bonne nuit, Papa !” ou “Bonne nuit, Maman !”... Tu serais bientôt allée à l’Ecole Maternelle ; tu aurais fait beaucoup de choses auxquelles on avait pensé, ton père et moi, mais tu es partie, parce que tu devais partir.

Ne t’inquiète pas, nous nous retrouverons. Je t’aime, mon Bébé ; tu me manques tellement... Va vers la Lumière du Christ, de Saint Joseph et de Marie, dont tu aimais tant toucher les images.

Ne t’inquiète pas pour ma souffrance... Elle est normale. Un jour, il y a treize ans, mes parents sont partis vivre dans une île des Dom-Tom. Mon frère cadet Enée avait dix-sept ans et j’en avais dix-huit ; nous sommes restés tous les deux en France pour nos études. Je me souviens combien j’ai pleuré sur le quai de la gare de Grenoble, car ils partaient à douze mille kilomètres de là, pour ne revenir que dans trois ans. Mes petits frère et soeur s’en allaient avec eux ; ça a été un déchirement véritable ! La mort ressemble à cela... car la mort est séparation ; elle est, hélas, séparation définitive avec le défunt... terrible séparation physique durant toute la vie de ceux qui restent sur la Terre.

Mon Bébé, depuis que tu es partie dans l’autre monde, je fais de terribles cauchemars ; dans l’un d’eux, tu étais dans un train que je ne pouvais retenir et qui partait pour ne plus revenir. C’est horrible de savoir, d’accepter que je ne te reverrai jamais sur cette Terre... Tu as pris un train sans retour... Personne ne peut imaginer le déchirement intérieur, dans les tripes... d’une maman ou d’un papa qui perd son enfant ! Personne, sauf ceux-là...

Je ne veux plus penser à ce train, à toi dans le cercueil... Je veux penser comme Christian Bobin qui écrit à son amie Ghislaine, décédée à l’âge de quarante-quatre ans, dans son livre “La plus que vive” (Ed. Gallimard, 1996) : “Je n’ai aucun doute sur le lieu où tu es réellement : tu es cachée dans le coeur des roses rouges. Lorsque je vais au cimetière, je regarde ta tombe, (...) je me dis que tu es là à deux mètres sous mes pieds, (...) et je ne crois pas ce que je pense, et ça vient d’un seul coup, ça vient lorsque je me retourne, c’est là que je te vois, dans l’amplitude et l’ouvert du paysage, dans la beauté sans partage de la terre et du grand ciel, toi partout à l’horizon, c’est en tournant le dos à ta tombe que je te vois.” J’ai commencé cette lettre il y a un an ; aujourd’hui, je la termine avec ce texte de Christian Bobin ; tant de choses m’ont aidée depuis douze mois, tant de personnes et de lieux... comme la Salette où je suis allée me réfugier pour la “date anniversaire” des un an après ton départ dans l’Au-delà ; j’étais si mal ; je ne voulais voir personne ; il y avait comme un gouffre à l’intérieur de moi, de douleur et de révolte insupportable ; j’ai pris ma voiture et je suis partie me réfugier près de la Vierge qui est apparue en cet endroit immaculé de neige ; à mon retour, une maman orpheline comme moi m’a appris qu’elle avait fait la même chose que moi pour la date anniversaire de la mort de son enfant ! Que tous les parents qui ont perdu un enfant puissent trouver refuge en Marie... car elle sait combien ils souffrent : elle a été traversée par le même glaive de douleur ! Alors que tu n’avais qu’un mois, Océana, nous t’avions emmenée en pélerinage à la Salette, ton père et moi, dans ce lieu béni par la Vierge, à deux mille mètres de prières tournées vers le Ciel, lieu de Bleu où tu vis désormais.


_____________LETTRE DEUX
à MA FILLE

(19 Mars 1997)



“Le plus haut degré de l’Espérance, c’est le désespoir surmonté,
comme tout au bout de la nuit on rencontre une nouvelle aurore.”
Georges Bernanos1223106545.gif


Nana Chérie,

C’était début Mars. Avec Fafa, nous sommes allés au cimetière, sur ta tombe. C’est très difficile car je sais que tu es vivante dans un autre monde, que tu es vivante dans mon amour... et ton corps est là, sous la terre. En une seconde je te revois au funérarium et puis au moment des scélés définitifs du cercueil. Je te vois dedans, je me vois t’embrasser... Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi, ce n’est pas nous, c’est un cauchemar...

C’est trop dûr, trop dûr ! Ne plus revoir tes cils, tes sourcils, tes cheveux, ta bouche, tes yeux vivants... J’ai mis des baisers sur ton front froid, sur tes joues. J’ai scellé dans mon coeur tous les moments de bonheur, mon Amour pour toi... et je sais que tu n’es pas au cimetière.Tu vis ailleurs... mais je voudrais pouvoir creuser la terre, ouvrir ton cercueil et voir ton sourire ressusciter à la Vie.

Ce jour-là du mois de Mars, avec Fafa, nous étions seuls sur ta tombe ; tout à coup, mon regard a été attiré par une maison miniature faite de bois et de mousse, sans toit, avec une porte ouverte d’un côté et une porte fermée de l’autre côté... J’ai pris cette maison posée sur les graviers du cimetière, aux portes de l’Invisible, et je l’ai posée sur la croix de ta tombe, en attendant de l’emmener avec moi ; soudain, un oiseau est arrivé et s’est glissé derrière la croix. De là où j’étais, je voyais ses yeux, bordés de jaune, qui me regardaient ; il m’a longuement regardée, longtemps ; puis d’un jet il s’est envolé avec un grand cri, me laissant un regard d’adieu qui a traversé mon âme comme si les yeux de Dieu m’avaient emplie d’espérance.

Lorsque tu étais bébé, je t’ai emmenée plusieurs fois dans une maison pleine d’amour, au toit ouvert sur le ciel : la ferme de Marthe Robin ; cette femme est une grande mystique chrétienne, décédée en février 1981 dans la Drôme, près de Châteauneuf-de-Galaure ; elle a vécu dans sa ferme comme une carmélite, acceptant comme unique nourriture quotidienne l’hostie du Seigneur, ceci durant cinquante années ! Je t’ai emmenée à plusieurs reprises en cet endroit ; en effet les âmes pélerines peuvent venir se recueillir dans sa chambre... figée comme une fleur immortelle par la sainteté de cette missionnaire de l’Esprit ; je te plaçais à chaque fois sur son lit afin que tu sois protégée et couverte de grâces divines.

Nous étions allés chez Marthe fin janvier, Fafa et moi, trois semaines avant ton décès ; nous avions beaucoup prié puis nous étions descendus au Foyer de Charité que Marthe a créé à Châteauneuf-de-Galaure, comme elle en a créés depuis son lit des centaines dans le monde entier ; ce jour-là, j’ai été attirée, dans la petite librairie du Foyer, par l’histoire d’une petite fille, Anne de Grignan, décédée à l’âge de dix ans d’une maladie... Elle était un exemple d’amour et de charité envers les autres ; elle avait demandé à faire sa première communion à l’âge de six ans ! Ce petit livre m’a interpelée et je l’ai donc acheté, pensant un jour t’en lire l’histoire... mais beaucoup plus tard. Je n’ai pas voulu te le montrer à mon retour... car, je ne sais pourquoi, j’ai pensé qu’il ne fallait pas te donner des idées de ressembler à cette petite fille partie si vite.

On croit toujours pouvoir protéger les siens de ce qui parait contrôlable... accident, maladie, désespoir, etc ! En réalité, ce petit livre était destiné à ta maman... car tu n’en as jamais vu les images ; je l’ai posé près de toi, lorsque nous avons veillé ton corps ; Marthe Robin et Anne de Grignan voulaient sûrement m’aider à admettre et accepter qu’un enfant, mon enfant, puisse quitter la Terre si vite ! Tu es si belle et je t’aime si fort, ma petite puce Océana ; je prie pour que Marie te serre tendrement pour moi dans Ses Bras de Maman.


______LETTRE TROIS
à MON ÉTOILE
(20 Mars 1997)



Mon Bébé,

Que de choses se sont passées que je voudrais te raconter. D’abord, le film : “Une petite fille particulière” que j’ai regardé à la télévision : c’est l’histoire d’une femme qui vient de perdre sa maman ; elle s’occupe d’une enfant trisomique, Annette, et cette enfant lui apporte, à ce moment-là et durant toute la période de deuil, une présence et une approche des choses différentes. Cette femme apprend ensuite de la bouche de l’homme qu’elle épousera plus tard que, chez les esquimaux, la tradition est de bien observer tous les signes qui suivent la mort d’un proche... car celui-ci nous donne ainsi les moyens de poursuivre notre propre chemin. Et cet homme lui cite un poète : “Reconnais ton étoile et suis-là ! Elle ne brille que pour toi !”

Je sais que c’est toi qui me parles à travers ces messages... parce que tu es l’étoile la plus proche de mon coeur et que tu m’envoies tellement de signes que j’attrape comme des rayons de soleil qui me font vivre et m’accrocher à l’espoir !

Ainsi, hier après-midi, j’ai regardé un instant par la fenêtre ; juste alors, est arrivée une voiture fourgonnette qui s’est garée pendant une heure en feux de détresse devant l’immeuble, en dessous de chez moi.

Sur la camionnette, qui avait un girophare rouge, était inscrit “Nickel Demeure”... “Entretien de votre monument funéraire... nettoyage, fleurissement, etc” ; au moment où je remarquai ce véhicule, étonnée et stupéfaite, une chanson de Michèle Torr est passée à la radio avec cette phrase que j’ai notée tout de suite car je savais que c’était toi qui me parlais : “Je ne te demande pas de m’offrir des fleurs tous les jours mais de faire de temps en temps un geste d’amour !”

Peu après, Fafa m’a appelée au téléphone pour me parler d’un rendez-vous possible avec Marianne Dubois, qui m’avait dédicacé il y a un an son livre : “Noces de Lumière”.

La camionnette était toujours là... L’heure tournait... et j’ai cherché cet ouvrage dans ma bibliothèque. Je l’ai ouvert au passage suivant :

“Une nouvelle naissance sera bientôt aussi importante que notre voyage ensemble, si tu acceptes de mourir à ce passé récent et si tu veux bien te laisser éclore à autre chose.”

Et puis j’ai ouvert de nouveau le livre :

“Tout au bout de ton absence, je te retrouve en moi, plus vivant(e) que jamais, éclatant(e) de lumière et de joie.”

A travers la première phrase, c’était toi qui me parlais et à travers la seconde, c’est comme si ta Maman te répondait... Comme l’auteur, Marianne Dubois, qui parle dans ce livre à la partie divine d’elle-même !

Mais je ne t’ai pas encore parlé de la tempête extrême qui me secoue depuis hier soir !... Ton phare est heureusement allumé dans ma vie et Dieu ne permet pas que je coule ! Il faut garder la tête hors de l’eau sans se noyer... ou se laisser noyer par des courants dangereux ! Les parents comme moi sont emportés dans un tourbillon et surnagent, dans le désespoir de n’avoir pu retenir la main de leur enfant. On marche en face du vent et on n’avance plus !

Mais tu es le soleil de ma vie et tu m’envoies la lumière nécessaire pour que mon radeau ne coule pas.

Je t’embrasse et te serre tendrement sur mon coeur déchiré.



_______LETTRE QUATRE
à MON PETIT ANGE

(21 Mars 1997
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Ma belle Âme,

Ce soir, Fafa m’a emmenée chez des cousins de sa famille, que je ne connaissais pas. Lorsque ce couple a appris ta mort, ils étaient en train de lire mon projet sur une éducation à la Paix par la Musique dédié aux enfants des écoles :“Un Archet pour la Paix”... Ils ont été très bouleversés, d’autant plus que la cousine de Fafa est née un an après le décès d’un petit frère de deux ans.

Le cousin de Fafa m’a parlé tout à coup d’un vieux violon qui leur servait de décoration, un violon de 1880... Il me l’a mis entre les mains, avec un archet tout neuf... L’instrument était désaccordé et les chevilles ne tendaient pas suffisamment les cordes mais j’ai joué quelques notes sur ce violon... qui était resté auparavant cinquante ans dans un grenier ! C’était très émouvant de me dire que l’âme de ce violon était là pour me donner l’envie de rejouer sur mon propre violon ; car celui-ci demeure toujours muet depuis le dernier concert que nous avons donné pour les plus démunis, au restaurant “Le 51” du Père Fréchet, sept jours avant ton départ vers l’Au-delà... ce concert où nous avons joué -violon, accordéon, guitares, percussions- et où j’ai dansé et ri avec toi !

Tu étais si heureuse et pleine de vie, ce soir-là... Nous fêtions le Carnaval... quatre jours avant Mardi Gras ! Tu étais habillée en trappeur du Canada et Maman avait un drôle de chapeau avec des clochettes et plein de couleurs... Tu me regardais jouer et tu venais te blottir contre moi, bercée par nos musiques, puis tu allais gaiement vers tous les convives, vers Laurette et Marie-Jo, les dames de ta crèche qui étaient venues nous écouter, vers Fafa et vers Noël... vers Jordann aussi, hôte du “51”.

Océana, tu nous as quittés durant la première semaine du Carême et je n’ai plus voulu m’alimenter... Aujourd’hui, je prends des aliments pour pouvoir vivre mais je n’ai pas retouché mon violon... Seules l’écriture et la nature me nourissent de sève et d’essence d’ espérance.

Le cousin de Fafa m’a donc présenté son violon et nous avons appris que leurs voisins du dessus et du dessous étaient pianistes ! Quelques instants plus tard, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : nous avons entendu “Au Clair de la Lune”... joué sur un piano par trois fois ; on aurait dit une main d’enfant : les deux premières fois étaient frappées avec quelques erreurs de notes et la troisième était vraiment parfaite, sans tâtonnements ! Cela venait du dessus et je l’ai entendu comme une mélodie qui me parlait de toi et qui me disait :

“Petite Maman Chérie, je sais que tu me sentais un jour faire du piano mais je suis partie et cette chanson est pour toi, qui l’apprend chaque année à tes petits élèves de flûte à bec. Je t’aime et te fais de gros calins, Maman !”

Cela a été si doux à mon coeur ! C’est vrai que tu étais douée avec ton petit piano et que tu aimais souffler dans la flûte à touches ! Lorsque j’étais enceinte de toi, j’écoutais beaucoup de piano, alors que c’était une chose rare avant ton arrivée dans ma vie ! Je m’étais dit que tu serais sûrement douée pour cet instrument et puis tu avais de si longues et fines mains ! Lorsque je travaillais sur mon violon et que je jouais des morceaux, alors que nous étions seules, tu applaudissais à la fin de chaque musique et tu disais : “Encore !” avec tant de joie et de ravissement que j’en étais émue ; tu étais parfois dans ta chambre pendant que je jouais, et tu manifestais ton bonheur jusqu’à moi !

Puisses-tu, ma fille chérie, faire partie des Anges Musiciens, comme cet Ange violoniste que tu aimais tant prendre dans tes mains... au coeur de ce Monde Lumineux où tu vis aujourd’hui !


______LETTRE CINQ
à MON BÉBÉ
(22 Mars 1997)




Mon petit dauphin, Océana chérie,

Il y a quelques jours, j’ai noté cette phrase qui est exprimée à la fin d’un film extraordinaire : “Le Festin de Babette”. Cette phrase dit : “Du coeur de l’artiste s’élève un long cri vers l’Univers. Donnez-nous le moyen de donner au monde le meilleur de nous-même.” C’est une phrase magnifique que j’ai essayé de vivre à ma façon ces dernières années... en exprimant mes idées, mes cris et mes révoltes à travers mes écrits, en jouant du violon pour les enfants des écoles, les sans-abris, les personnes malades, et aussi lorsque j’ai réalisé mon tour du monde en 1991 pour rencontrer et faire chanter les enfants des écoles où je me présentais... à Tahiti, Sydney, San Francisco, Nouméa, Djakarta ; je leur parlais de Paix et d’amitié entre les peuples, à travers la musique, véritable langage sans frontière... aux mots universels.

Plus tard je t’aurais emmenée avec moi. Nous aurions pris l’avion ensemble. Nous aurions posé le pied ensemble sur le sol d’autres pays. Tu aurais joué de la musique avec moi et nous aurions chanté ensemble pour les enfants du monde, pour ceux qui sont malheureux, ceux qui sont attachés sur leur lit sans personne... comme en Roumanie, ceux qui n’ont connu que la guerre et la peur, ceux qui ont faim et ceux qui sont malades.

Avec toi dans mon coeur, je referai le tour du monde, je reverrai les sourires des enfants enchantés et mon violon les fera rire de plaisir et de joie. Avec toi, je ferai résonner mon violon dans les prisons, car les enfants sont là aussi, dans le coeur des parents déchirés et privés pour maintes raisons de voir vivre et grandir leurs enfants... Lorsque je vois, en Arizona, ces femmes enchaînées comme des forçats et privées de leurs enfants pour avoir fumé un joint, je trouve cela lamentable ! Ceci dit, je suis contre toute forme de drogue et je pense à tous les parents qui ont perdu un enfant à cause d’une over-dose ; je pense à ces parents qui voient, impuissants, leur enfant se noyer dans la cocaïne et se détruire lentement, mais si terriblement vite, en prenant des produits comme le LSD, le crack, l’ectasy, les amphétamines.

Pour en revenir à ces femmes qu’on prive de voir leurs enfants, ce traitement injuste et démesuré les mènera peut-être plus tard à des actes de révolte et d’agressivité ! Cette réflexion concerne aussi les enfants car ceux-là payeront malheureusement plus tard dans leur vie d’adulte l’incarcération abusive de leur mère.

Une chose me révolte aussi, c’est lorsqu’on enlève un enfant à sa mère parce qu’elle est trop endettée et si pauvre qu’elle ne peut plus le nourrir ; je trouve cela si triste ! On devrait plus aider les mères car elles sont fortes mais elles peuvent devenir si fragiles. Une maman peut se battre pour son enfant, elle peut travailler d’arrache-pied pour lui... mais elle peut aussi sombrer dans la dépression, elle peut ne plus supporter d’être obligée de travailler très dûr et de mettre son enfant à la crèche ou la garderie des semaines entières avec des horaires très lourds pour une maman.

Pour toi, je faisais en sorte de travailler à mi-temps afin de te prendre souvent avec moi, d’avoir le temps de jouer ensemble et de se promener. Le matin, nous étions souvent en retard à la crèche, car, avant mon travail et mes activités, j’étais si heureuse de te voir jouer dans la maison, de t’entendre et de prendre le temps de partager la Vie ensemble. Je te revois dans le jardin de la crèche, où tu aimais retrouver tes petits camarades, sur la balançoire ou dans le sable, sur un vélo aussi... J’avais remarqué depuis peu que tu pédalais très bien. Tu aurais pu pédaler au printemps dans le parc Mozart sur le vélo-tracteur que t’avait offert ta marraine Patricia. Anéantissement du futur imaginé...

Ma fille, tu continueras à vivre dans mon coeur pour reconstruire l’avenir et nous irons chanter ensemble pour tous les coeurs-colibris.



________LETTRE SIX
à MA FILLE DE LUMIÈRE

(15 Avril 1997)



Océana, grand oiseau de mon coeur,

Cela fait deux mois que tu es partie... Je suis toujours reliée à toi et tu m’envoies des signes extraordinaires. Dans mon état, infiniment sensible après ton départ, je ressens ce qui me convient, où je dois aller, ce que je dois faire... et parfois d’une façon étonnante.

Ainsi, je vais te raconter notre voyage au bord de la mer avec Fafa et notre amie Mila (tu appelais Marc et Djamila ainsi)... qui m’ont accompagnée dans cette aventure.

Nous sommes partis en voiture pour aller à Nice... voir la mer. C’était la première fois que je partais loin après ton décès, que je m’éloignais du cimetière, de ta tombe, de ta chambre, de notre lieu de vie commun... C’était aussi la veille du dimanche de Pâques !

Avant de poursuivre, il faut que je te dise que je n’arrivais pas à rentrer à la maison, après ta mort et l’enterrement... Je ne supportais pas de voir ta chambre ni ton lit, vide à jamais... Pourtant un soir, je suis rentrée chez nous sans rien dire à personne et j’ai passé la nuit dans ta chambre à prier ; j’ai allumé cette bougie-ange que j’avais amenée pour Noël et que tu aimais tant toucher ; ce soir-là, je l’ai enflammée pour la première fois et il s’est passé quelque chose : la tête de l’ange a fondu à l’intérieur seulement, laissant le visage et le tour du crâne intact. J’ai compris que cela voulait dire que le virus avait pris ton cerveau mais que tu étais vivante, devenue petit ange... J’ai compris que la présence de cet Ange n’était pas un hasard... Puis j’ai eu cette impulsion d’ ouvrir le dernier chapitre d’un des livres du Dr Murphy : “La prière guérit”... Ce chapitre parlait de la mort et notamment d’une femme qui perdit ses deux fils à la guerre ; cette femme avait eu un coup terrible en apprenant la nouvelle de leur “transition” mais elle expliquait qu’elle avait été apaisée en affirmant tranquillement : “Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car à ses yeux, tous sont vivants.” Elle ajoutait dans son témoignage : “Soudain, je sentis une vague de paix intérieure envahir mon coeur et tout sentiment de douleur disparut. Je sus, je sentis que mes fils étaient en vie et je ressentis leur présence pleine de tendresse. Ce fut une merveilleuse expérience.” Puis elle eut l’impulsion de prier pour eux et répèta souvent : “Dieu est avec eux et tout est bien !”

C’est ce que je fis ce soir-là ; grâce au témoignage de cette femme, j’ai pu traverser ma douleur et ressentir ta tendresse ; je me souviens avoir répété cette même phrase : “Le Créateur est avec toi et tout est bien !”

Je ne dis pas que la douleur disparut mais j’acceptais un petit peu plus l’idée que tu sois partie si loin... en essayant d’avoir Foi en Dieu et Confiance en Lui.

Je ne suis pas repartie de notre maison ; j’ai plié ton lit et, à sa place, j’ai mis ta photo, l’Ange et Marie, avec une bougie, des fleurs ; je n’ai pas enlevé tes vêtements ni tes jouets ; je ne le peux pas encore et je respecte en moi et pour toi le temps des adieux. La foi peut aider mais elle n’efface pas le chagrin ni la douleur d’une si cruelle séparation !

Pour en revenir à notre départ au bord de la mer, fin mars, j’ai beaucoup pleuré car je n’arrivais pas à partir si loin ; cependant, nous avons poursuivi notre route ; une heure après notre départ, nous nous sommes arrêtés, un peu avant le Col de Lus la Croix Haute. Il me semblait impossible de partir si loin... Je ressentais quelque chose de terrible, comme un arrachement. J’étais si mal que nous avons décidé de rentrer !

C’est alors que j’ai ressenti un appel et que j’ai proposé à Fafa et Mila de passer la nuit et le dimanche de Pâques à Notre Dame du Laus, près de Gap. Ils ont accepté, presque étonnés de ma proposition d’aller quelque part ailleurs ; la nuit était tombée et nous traversâmes toute la région du Trièves, accompagnés par la Comète de Halley-Bopp qui trônait dans un champ d’étoiles féérique... Lorsque nous sommes arrivés au Laus, lieu saint où la Vierge est apparue durant cinquante ans à une paysanne nommée Benoîte Rencurel, il était presque minuit ; je pensais trouver dans la Basilique des pélerins silencieux en attente de la Résurrection ! En fait, nous sommes arrivés juste au début de la messe... La Basilique était pleine de pélerins, de moines, de prêtres, d’enfants, d’habitants de la région et tous célèbraient Pâques !

Je me suis avancée vers un banc à moitié plein et une dame nous a tendu un cierge pascal... Le plus étonnant est que cette personne connaissait Fafa... Elle lui dit en souriant : “Ce cierge vous attendait !” et me tendit l’objet de cire.

Une petite fille était assise devant moi et me regardait souvent... Au moment des intentions, l’assemblée a prié pour les personnes en deuil et j’ai senti beaucoup de lumière et d’amour... Le monde fêtait ta résurrection en cette nuit et, avec lui, tu ressuscitais aussi, toi ma fille, au Paradis des Anges. Car la Résurrection, c’est aussi pouvoir renaître par-delà la mort, continuer à vivre dans un corps glorieux, au sein d’un autre monde... de lumière et d’amour.

On m’avait averti que Pâques est une fête difficile à passer pour les parents orphelins de leur enfant, comme Noël ; cela est vrai car on vit la crucifixion très intensément, dans sa propre chair ; je l’ai vécu ainsi car, à ta mort, je me suis sentie crucifiée, à travers les clous du cercueil fermé à jamais sur ton petit corps frêle sorti de ma chair trente mois auparavant ; et puis, la résurrection, on voudrait tellement qu’elle soit réalité dans la matière, que notre enfant revive, comme Jésus est sorti du tombeau ; il reste à comprendre que Jésus vit dans son corps de lumière.. et, avec lui, tous les morts et les défunts !



______LETTRE SEPT
au CHRIST

(Le 23 Avril 1997),
lors de mon pélerinage à Medjugorje
(en ex-Yougoslavie)




Christ,

Merci de me prendre dans tes bras avec ma fille. Merci de prendre en ton coeur tous ceux que j’aime, tous les enfants du monde, tous ceux qui souffrent et ceux qui pleurent, tous les humains qui vivent la guerre et qui attendent la Paix.

Aujourd’hui, nous sommes allés à Mostar, ville ravagée par la guerre ; le toit de la cathédrale a été détruit et se trouve actuellement, recroquevillé comme les âmes blessées de ce pays devant l’église du Père Jozo, qui s’occupe des enfants orphelins.

Avant d’arriver à Mostar, nous avons regardé dans le car la cassette du film : “Marie de Nazareth” et une phrase m’est restée, lorsque tu dis à Marie, ta Maman : “Je serai toujours ton enfant.”

Je te prie de garder la Paix à ce pays... Les immeubles détruits, les chars encore présents pour surveiller la Paix, les murs criblés de balles, les cimetières remplis de jeunes soldats morts, les toits déchiquetés... Tout cela est si terrible dans le plan de ton amour ! Donnez-leur la Paix !

Donnez aussi la Paix à l’Algérie où tant d’horreurs sont commises et répandez votre miséricorde dans tous les coeurs !

Faites que jamais plus des moines et des prêtres ne soient tués comme ces trente moines franciscains jetés dans une fosse après avoir été brûlés et assassinés par des soldats le 7 février 1945, devant l’église de Siroki Brijeg, près de Medjugorje. Hier, je suis descendue dans leur tombe et j’ai pensé aux sept moines tués en Algérie. Les guerres sont aussi terribles les unes que les autres et chacune des blessures infligées est une blessure au Coeur divin... Chacune de nos blessures est une plaie ouverte dans le Grand Esprit car il nous porte pour la vie entière, souffle donné de la naissance à notre dernière respiration.

Voici un conte “Le don de Flore”, que j’ai écrit pour l’Algérie et que je t’offre, inspiré de ma vie et de mon voyage en Algérie, à l’âge de dix-neuf ans :

Les fleurs exhalent un parfum capable de traverser notre monde pour rejoindre celui de nos morts ; elles touchent ainsi leur âme ouverte à l’amour des aimés de la Terre.

Une maman avait compris cela et plaçait devant la photo de sa fille décédée des fleurs odorantes ; elle savait que leurs parfums traversaient mille espaces pour porter son amour à son enfant chérie.

Cette mère s’appelait Flore et sa fille portait le nom d’Eglantine ; sa tombe était toujours couverte de mille fleurs, fleurs de printemps et fleurs d’hiver.

Là où se trouvait Eglantine depuis l’âge de ses trois ans, elle percevait des odeurs de courage, de force, de beauté, de douceur et tout l’amour que lui transmettait sa maman à travers les fleurs.

Un jour, alors que le soleil était caché depuis longtemps derrière les nuages et qu’il faisait froid, Flore s’était rendue malgré tout sur la tombe de sa fille ; elle lui avait apporté un joli bouquet multicolore qu’elle avait placé délicatement dans un vase.

Son coeur était lourd, ce jour-là, si lourd qu’elle n’arrivait pas à pleurer ; ses larmes restaient accrochées aux parois de son âme écorchée.

Soudain, un rayon de soleil illumina la tombe et un sourire brilla dans le visage d’Eglantine, dont la photographie irradiait la stèle ; les larmes coulèrent sur le visage de Flore, telle une rosée d’aurore aux doigts de roses.

Elle se mit à parler à haute voix : “Mon Dieu, si vous m’écoutez, prenez ma vie. Je Vous la donne en échange de la vie d’un enfant d’Algérie... pour qu’il ne soit pas tué. C’est horrible, ce qu’il se passe là-bas ! Si ma vie peut en sauver une, alors prenez-la et laissez-moi rejoindre ma fille... Je Vous laisse la décision de ma mort, brutale ou par longue maladie.”

Flore souffrait en effet au plus profond de son être de savoir qu’ en Algérie, des enfants, des femmes, des hommes innocents étaient massacrés par milliers sans que personne puisse empêcher ces crimes perpétrés par les terroristes...

Elle ne savait pas si Dieu l’écouterait mais si elle pouvait sauver un seul enfant de cette horreur, ce serait pour elle le paradis... et elle retrouverait sa fille peut-être plus vite que prévu.

Dix ans plus tôt, elle était allée en Algérie, à Blida ; elle avait fait la connaissance d’une grande famille... si hospitalière que la jeune femme aurait souhaité devenir l’une des leurs ! Une femme, notamment, l’avait prise en affection et lui avait offert un bracelet avec deux serpents d’argent qui se regardaient ; Flore avait toujours gardé ce présent comme un signe d’amitié entre leurs deux peuples, un signe de paix ; or, depuis la vague d’atrocités des crimes terroristes en Algérie, elle s’inquiétait terriblement pour cette famille de Blida et toutes les familles de ce pays... un pays meurtri et ensanglanté par les corps de ses bébés assassinés et égorgés devant les yeux de leurs propres mères !...

Ce jour-là, Dieu entendit sûrement l’offre de son don car la maman d’Eglantine se piqua à une rose ; Flore n’était pas vaccinée contre le tétanos ; elle tomba gravement malade et rejoignit sa fille au Ciel quelques jours plus tard.

On apprit peu de temps après qu’une enfant de sept ans avait été la seule rescapée d’un terrible massacre qui eut lieu en Algérie, au moment de la mort de Flore.

La maman de cette enfant remercia le Ciel de l’avoir sauvée...

On sut aussi qu’au même moment, un jeune enfant de trois ans avait survécu, seul et unique être vivant, après le crash d’un avion en Asie.

Peut-être que Flore avait sauvé deux enfants, l’un en Orient, l’autre en Occident, comme Jésus avait lui aussi souffert sur la Croix par ses deux bras écartés en acte d’amour et de don à l’Humanité.

Peut-être que sa fille, par sa propre mort et à travers le don de sa mère, avait sauvé aussi un de ces deux enfants... Dieu seul sait si la mort d’un ange peut en sauver d’autres... En tout cas, les Anges, eux, doivent sûrement le savoir !

Depuis le décès de Flore, des personnes avisées disaient que sur la tombe de la mère et de l’enfant venait un homme très âgé, au faciès asiatique, accompagné d’un vieil homme musulman... Ils apportaient à chaque fois des branches d’églantine, qu’ils déposaient de chaque côté de la sépulture de Flore et de sa fille.

Ces personnes disaient qu’ils représentaient sur la Terre les larmes des Sages descendus de la maison des pleurs qui se trouve dans l’Arc-en-Ciel.



________LETTRE HUIT
au SOLEIL

(3 Mai 1997)
écrit à Chamrousse sur le plateau de l’Arcelle



“Sois loué, Mon Seigneur, avec toutes les créatures,
Spécialement messire le frère Soleil,
Lequel fait le jour et par lui Tu nous illlumines...
Et lui, beau et rayonnant avec une grande splendeur :
De Toi, Très Haut, il est la manifestation.”

(Extrait du Cantique du Soleil de Saint-François d’Assise)




Soleil,

Voici que je m’adresse à toi. Tu es dans le ciel, immuable, immortel et intense de lumière. Tu es une création de Dieu et tu es Dieu aussi, manifestation de sa gloire.

Je viens te dire aujourd’hui que ma fille me manque cruellement. Pourquoi me l’avoir enlevée ? Pourquoi est-elle partie si vite ? Pourquoi ?

J’étais venue en cet endroit, où je t’écris en ce moment, le jour de ton éclipse du 12 Octobre 1996, pour contempler ta rencontre avec la lune et le retour à ta lumière obscurcie ; aujourd’hui, c’est une amie, Gisela, qui m’a emmenée sur le même lieu ; nous nous trouvons près d’un torrent qui descend des neiges et je t’écris, oh Soleil, près d’un arbre mort allongé de tout son long à côté de ses frères du bord de l’eau.

Donne-moi, Soleil, toute l’énergie et la force de poursuivre ma route. Je me sens si vide au fond de mes entrailles. La douleur est si vive au creux de mon âme et ma fille me manque tant, depuis deux mois et demi qu’elle est partie... Cette semaine a été terrible ; j’ai eu l’impression de mourir et j’ai vécu des symptômes d’épuisement total très fort.

Après être revenue de mon pélerinage à Medjugorje, je suis allée avec Marc sur la tombe d’Océana... et il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : juste après notre arrivée, le jouet musical que j’avais attaché à la croix s’est déclenché tout seul ! Une musique descendait du ciel comme je n’en avais jamais entendue, très claire, très audible... Enfin deux sons ont alterné, puis un seul son, unique ! Quelques notes sont revenues et un seul son avant le silence complet !... Ce jouet musical, un petit clavier, n’avait jamais fonctionné ainsi et la mélodie entendue n’était pas une musique enregistrée au sein de l’instrument...

Nos coeurs étaient pleins de cette présence fantastique qui existe au-delà de ce qui est visible : nous savions qu’elle était là... vivante dans l’invisible ! Ma fille m’a fait un si merveilleux cadeau à mon retour de pélerinage ! Annick m’avait dit dans le car : “Tu verras, tu auras un très beau signe à ton retour, un signe qui te fera reprendre ton violon et la musique !” Ce jour-là, j’ai pris mon violon et j’ai joué l’Ave Maria de Gounod devant les photos réunies de ma fille et de Marie... Depuis, mon violon se tait de nouveau mais il rejouera un jour, je le sais...

Deux jours plus tard, je suis allée à la rencontre inter-traditions organisée par le Dalaï-Lama ; c’était à la Rochette, le 30 Avril ; toutes les religions étaient représentées afin d’établir un dialogue de paix et d’échange des pratiques sacrées en vue d’une meilleure compréhension de chacune des traditions.

Il y a eu cette phrase des Indiens Cherokee, qui m’a frappée, à propos des enfants : “Ce sont ceux-là qui vont porter nos rêves plus loin !”

Voilà pourquoi les parents orphelins ressentent une immense frustration dans leur être profond !... Oui, mais un enfant qui part va porter des graines de rêves dans toute la galaxie... Il porte les rêves de l’Humanité entière !...


Ce jour-là, une femme chaman, de Laponie, a béni l’assemblée en lançant du lait, aliment sacré dans sa tradition. Elle a dit : “Pour tous ceux présents ici, nous demandons un long chemin, une longue vie, parce que le chemin vers Dieu est long !”

Elle a dit aussi : “Qu’il n’y ait plus de mort d’enfants dans les familles.”

A ce moment-là, j’ai senti la douceur de ma fille, comme si elle me souriait de la Voie Lactée... En vérité, cette femme, en lançant le lait, a fait le geste du Créateur lorsque, d’un geste de Sa Main, il créa la Voie Lactée avec les gouttes de lait des étoiles. Elle mit de la douceur dans mon coeur et, par sa dernière prière, empêcha peut-être certains enfants de partir trop vite rejoindre les Ancêtres.

Le Dalaï-lama a conclu cette journée en parlant de la “Lumière de la Paix” qui dissipe les conflits... par une “meilleure compréhension réciproque” ; il a réaffirmé dans les consciences l’importance de la rencontre qui a eu lieu à Assise en 1986, entre notre Pape Jean-Paul II et les principaux responsables des grandes traditions.

Un moine chrétien, Thomas Merton, rencontré par le Dalaï-Lama, lui avait dit : “Un moine consacre sa vie à chercher Dieu, à chercher la Vérité. Quand il rencontre d’autres chercheurs, une connivence s’installe.”

Un représentant de la tradition pré-colombienne s’est adressé à nous ainsi : “J’aimerais que nous soyons unis. Nous sommes une seule tradition sur cette terre.”

A la fin de la rencontre, chacun des représentants des diverses traditions a allumé sa flamme autour d’un grand feu central. C’était magnifique ! Toute l’assemblée s’est donné la main et nous avons remercié le Dalaï-Lama ainsi que tous ceux qui ont organisé cette journée de partage et d’échanges extraordinaires !

Fais, Soleil, que l’éclipse que je vis dans mon coeur depuis la mort de ma fille soit déchirée par ta lumière et ta chaleur.

Fais que le voile qui assombrit mon âme soit illuminé par le soleil de mon enfant, à l’intérieur de mon être.

Fais, Soleil, que je survive en acceptant que la lune vienne obscurcir ta face.

Fais, Soleil, que tu transmettes tout mon Amour à mon Bébé et que tu deviennes l’Alchimiste de notre Vie commune.

Car nous sommes tous la Création de Dieu et Tout est Relié.


“Vole, vole
Petite flamme
Vole, vole, mon âme
Va retrouver la lumière
Mon amour”

Céline Dion





________LETTRE NEUF
à MARIE

(Mai 1997)



Vierge Marie,


Je voudrais vous remercier tous au Ciel de m’avoir donné les forces nécessaires afin de poursuivre ma route.

Je voudrais te remercier pour ce jour où Bernard, un ami, m’a emmenée en Chartreuse, après la mort d’Océana.

Il m’a d’abord conduite devant ta statue qui se trouve au-dessus de l’église de Saint-Hugues ; après m’être recueillie, je lui ai dit soudain : “Regarde, on voit d’ici la statue de la Vierge qui surplombe Saint-Pierre en Chartreuse. Nous y étions montés, ma fille et moi, avec Marc, une semaine avant qu’elle ne tombe malade.”

Je me souvins alors précisément de ce jour heureux et de cette dernière promenade avec Océana : j’avais soulevé ma fille pour lui montrer les petits anges de Notre Dame de Saint-Pierre, à travers la grille de la petite chapelle.

Après m’avoir emmenée à Saint-Hugues, Bernard m’a ensuite conduite au Monastère de la Grande Chartreuse ; il s’est garé à la Correrie et nous avons marché sur le chemin bordé d’arbres qui mène aux moines. J’étais encore faible mais j’avançais, confiante... sur les pas de Dieu.

Bernard aimait ma fille, énormément ; elle l’aimait aussi. Il savait sûrement, à travers elle, qu’en m’amenant ici, Dieu me mettrait sur une nouvelle route... et je savais, qu’à travers lui, c’est mon enfant qui me prenait par la main pour m’emmener vers “demain”.

Au moment où nous sommes arrivés aux murs du Monastère, au pied de cette montagne de prières qui jaillit du coeur des moines silencieux, un couple est descendu vers nous et nous a croisés ; l’homme et la femme tenait par la main, au milieu d’eux, une petite fille ; ils étaient suivis par une dame plus âgée...

Mon coeur s’est serré si fort devant cette petite fille, oh Vierge Marie, que Bernard a cru que j’allais craquer. Bien sûr, je pensais à ma fille, au bonheur effondré...

Mon regard s’est alors porté au pied du mur de la Grande Chartreuse et s’est posé sur un petit voile rose... où se trouvaient dessinés deux coeurs, un rameau et une fleur !

Un des deux coeurs, un peu plus gros, était entamé : c’était le mien et l’autre, entier, était celui de mon enfant partie dans l’Au-delà.

Quel cadeau immense du Ciel, en cet instant, quel morceau d’amour dans ma douleur ! Quelle preuve plus belle pouvait-on me donner ?

Je garde toujours ce voile rose avec moi et je conserve aussi en mon coeur ce regard de Dieu que nous adressa un moine, après cette découverte ; en fait, nous avons vu trois moines, ce jour-là ! C’est une grâce de les apercevoir et un regard de l’un deux est toujours un don de l’Esprit Saint.

Marie, je voudrais te remercier aussi pour la petite fille qui portait un petit dauphin bleu dans l’église de Medjugorje ; elle se trouvait juste devant moi lorsque je suis entrée pour la première fois dans cet endroit vénéré par les pélerins du monde entier ; sur son tee-shirt était inscrit “Little Sailor” : petit navigateur... Quel beau signe pour la maman d’une petite fille portant le prénom de l’Océan ! Voici la suite de ce merveilleux signe : à notre retour de pélerinage, nous avons traversé une ville très touchée par la guerre en ex-Yougoslavie, Gospich ; au coeur de la cité, le car fit un détour, se trompant momentanément de route !

Et, qu’ai-je vu alors : un immense panneau publicitaire avec un dauphin plongeant dans l’océan et un homme le rejoignant ! Au milieu des ruines d’une ville meurtrie par la guerre, au centre de mon âme abattue par le deuil de mon enfant, le dauphin représentait le symbole de la Vie qui continue... malgré la douleur et les décombres d’une mort soudaine.

Pour finir, Marie, je voudrais te remercier pour ce moment extraordinaire vécu le lundi de Pâques, à Nice, au moment où je suis allée vers la mer pour la première fois, après la mort de ma fille ; une petite fille était là, sur la plage, devant les vagues... Elle portait un anorak identique à celui que j’avais offert à Océana pour Noël, avec la même couleur de feu et les mêmes rameaux verts intérieurs !

Je suis allée parler avec sa Maman, sur le champ ; émue, elle m’a expliqué que son frère était dans le coma depuis neuf mois, à la suite d’un accident... que c’était très difficile, qu’il avait été transféré à Marseille... et qu’il avait juste 33 ans !

Deux jours plus tard, nous étions à Marseille, avec Fafa et Mila, dans ton sanctuaire de Notre Dame de la Garde, phare sacré des marins... où des centaines de bateaux ornent ta Cathédrale.

Ma fille Océana aimait chanter : “Bateau sur l’eau...” ; elle chantait souvent ce début de chanson que nous reprenions en choeur, sans que je connaisse la suite des paroles... En redescendant de Saint Pierre de Chartreuse, où nous étions quinze jours avant le décès d’Océana, comme je l’ai expliqué plus haut, j’avais pris une dame en stop ; elle a appris à ma fille, sur la route, la suite de la chanson : “Bateau sur l’eau... ma chaumière au bord de l’eau” ainsi que les mots du passeur qui demande si on veut traverser ; cela m’a fait penser par la suite au passeur des âmes : Charon, nocher dans la mythologie grecque... Cette dame prise en stop, et déposée en face d’une clinique, était peut-être un avertissement du Ciel...

Je sais pertinemment que ma fille a pris son bateau et je t’invoque, Marie, Notre Dame de la Garde, pour que tu la gardes et la protèges, tout au long de son grand voyage dans l’Au-delà. Je voudrais que tu sois le nocher de sa barque et que tu sois aussi son phare.



Marie
Devant la mer d’amour offerte à nos coeurs
Devant le manteau de feu de la vie enflammée
Devant tes larmes d’espérance
Je dépose mon âme
Mon amour déchiré et confiant
La vie après la mort de ma fille
Sa vie qui continue
Dans les vagues de l’univers
Sur l’orbite du Créateur

A jamais et pour toujours
Je serai maman
Et mes larmes salées d’océan
Rejoindront le petit dauphin
Qui parcourera nos vies
Eternellement
OCÉANA





________ADIEU À MA FILLE

(3 Mai 1997)

écrit près du Pont du Marais sur
le plateau de l’Arcelle à Chamrousse


Océana,


Près de cette eau qui descend
des neiges de la montagne

Près de trois arbres déracinés et morts
qui tiennent debout au-dessus de cette eau
contre un pin bien vivant

Près du Soleil à qui je viens de parler

Près de cette chaumière que j’aperçois
à travers les arbres

Près de cette amie qui m’a emmenée là
et qui dort dans la Grâce de la Mère

Je viens te dire que
Je t’aime

Je viens te dire
A Dieu

Et près de Dieu
Je viens te dire
Merci



Et près de la lune
Je viens te dire
Que j’aime mon père
Et ma mère
Que je leur dis merci
Pour ce cadeau de la vie
Pour mon enfance
Au goût d’oasis
Dans le désert

Oui près de Marie
Je viens te dire
Que je souffre
Mais que les gentianes
Ont le goût de ton amour
Qui brille dans le Ciel
Pour ton Papa
Et pour ta Maman

Mon Bébé
Je viens te dire
Que je t’aime
Dans le chant de l’eau
Qui emporte mon chagrin
Jusqu’à la mer

Appel du large
Medjugorje de l’Amour
Noël de l’Espoir
Où l’Enfant nait
Pour que des cendres
S’envole l’oiseau libre
De l’âme qui se révèle

Oui je viens te dire
Que le Christ ressuscité
A pris mon coeur
A travers le tien
Et que tu vis à présent
En son corps sacré
Temple de Dieu

Ma fille
Je viens te dire
Que je t’aime
Et que mon violon
Fera résonner ton rire
Dans l’écho de tes cordes
Qui ont germé
Sous la terre

Oui ma fille
Je viens te dire
Que la moisson arrive
Celle des blés mûrs
Où notre amour
Apportera à ceux qui nous aiment
La chaleur de nos vies
L’amour de Marie
Les bras de la Terre
Unie à la Mère du Ciel
Dans l’Eternité
Des plus belles fleurs de Dieu

A Dieu
Doudou
Océanamour


Maman





















18/05/2008

Ultime adieu au père de mon fils, mort sur la table d'opération. Il était ambulancier comme moi.

Au père de mon fils...
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Tu es parti si vite, trop vite. Trop vite aussi de ma vie, de notre vie, il y a deux ans et demi. Tu es décédé brutalement ce lundi, d'un cancer au poumon... Parti sur une table d'opération qui était un espoir, mais qui a été ton dernier voyage. Nous nous étions rencontrés samedi dernier pour Yourdine, notre fils. Tu étais debout, bien vivant. Nous avons parlé. Je suis restée chez toi un moment. Il y avait ton amie, que je respecte. Tu avais perdu tous tes cheveux ; tu avais maigri à cause de la chimiothérapie. Tu étais heureux de voir notre fils qui a trois ans. Vous êtes allés au parc ensemble et puis le soir, je suis revenue. Nous avons encore parlé.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinAvant que nous ne quittions ton foyer, tu as mis soudain une cassette vidéo, sans rien dire. C'était l'histoire de Moïse, avec l'histoire imagée de la création du Monde. Je suis restée avec Yourdine, à regarder avec toi ces images de mers, d'océans, de volcans, d'univers... et j'ai pensé : "Ne me dis pas que tu vas rejoindre si vite la Création...". Je pensais à toi, à ton air grave, à ce côté médium que tu avais, à ce don de clairvoyance et de persuasion que j'ai connu en toi. Tu étais un poète, très inspiré.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin

C'est toi qui m'avais dit un jour, dans les premiers temps où nous nous fréquentions :

"Chaque jour est un combat pour nos semblables. Les combats sont multiples mais se ressemblent tous. Le comble du combat de chacun d'entre nous est qu'il se trouve en notre âme, dans notre coeur. Et ce combat est unique en nous-mêmes."

Je notais ce que tu disais, car je sentais que cela venait de si haut... Et je t'ai aimé. Aimer au point de tout quitter, au point de venir vivre dans ta ville pour que nous demeurions ensemble, au point de te donner un enfant, au point de trouver un logement et de remuer ciel et terre pour nous trouver un nid... Le nid, je l'ai trouvé. Et puis, je t'ai attendu. Attendu.. Au début, les larmes ne font que des chapelets, et puis cela devient ruisseau et puis fleuve qui emporte tout. Il m'a fallu être forte, toute seule dans la vie. Tu ne m'aidais pas, même financièrement.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin

Tu me disais que tu avais du brouillard dans la tête et qu'il te faudrait du temps. Que tu te battais avec toi-même. Qu'il y avait un mur à franchir et que tu cherchais le moyen de grimper dessus pour pouvoir nous rejoindre. Et puis, j'ai découvert un secret... un drame vécu dans ta vie, une déchirure connue de toi seul. Ton coeur déchiqueté par ce drame était enflé de mille larmes, que jamais tu n'as pu me montrer. Et moi, je portais ton enfant et je sentais ce poids, et je voulais savoir. Quand j'ai su, c'était trop tard. Le brouillard avait pris ta vie. La peur de t'engager plus avant. Tu ne voulais pas de contraintes et les promesses que tu m'avais faites se sont envolées dans la flamme du temps qui passe.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinEn octobre 2005, j'ai écrit ce texte pour toi :

J'ai mal
de cette traversée du désert
Mal à mon oasis... mal
D'un mur où derrière
reste un homme
Qui n'arrive pas
À passer le mur
C'est le père de mon fils..
Et j'ai mal de
cette traversée d'abandon
De ces pointillés de solitude
Où les roses de l'amour
meurent de soif
De n'avoir plus d'oasis
De ne pas comprendre
Le mur invisible
Du coeur d'un homme
Qui de pierre nous a perdu
Dans le désert des solitudes
Pourtant une femme...
A essayé de briser le mur
Cette femme, moi sans toi. 5285cb733375c130a25fb3ef740e22b8.jpg

Puis, en décembre 2005, tu es passé nous voir comme un soleil d'espoir. Notre fils avait neuf mois. Tu m'as promis ce jour-là de passer plus souvent. Yourdine t'avait retrouvé en une heure de temps et tu es parti en me donnant un baiser et la promesse de tes yeux. Ce fut le dernier et Yourdine est tombé malade de cette attente si longue, de sa demande d'un papa, le sien... papa qui ne revient pas.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinIl a toussé trois mois, comme si l'explosion de cette attente atteignait sa vie de petit homme et le souffle d'un fils qui a besoin de son père. En janvier 2007, tu es revenu sans prévenir et je t'ai fait comprendre que je voulais d'abord parler avec toi, avant que tu revoies ton fils, afin de poser les bases d'un équilibre pour Yourdine, mais tu l'as mal pris, envoyant même des pierres contre la vitre. Ce jour-là, j'ai eu peur et je voudrais que ce moment n'ait jamais existé, sachant ce que nous avions partagé et le lien fort qui nous unissait.

Et puis, en novembre 2007, tu es revenu dans la vie de notre enfant avec sagesse. Yourdine était si heureux de te retrouver. Il était fier de t'avoir comme papa. Tu lui manqueras beaucoup et pour moi, ton départ représente un grand vide dans mon coeur car tu étais le père de mon fils et ça, c'est sacré, devant l'Univers.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinIl y a trois jours, il t'a vu une dernière fois, au PFI. Je lui ai bien expliqué les choses, avec les conseils d'une psychologue formée au deuil et à l'accompagnement des survivants. Yourdine t'a regardé un court instant. Il a vu tes yeux fermés et que tu ne parlais plus. Il m'a vu poser des roses près de ton corps. Puis il s'est échappé et a grimpé sur un fauteuil, pour rejoindre la vie, dans le sourire innocent de l'insouciance. Tu étais étendu sous un drap, à l'endroit où se trouvait Océana, ma fille que j'ai perdu il y a onze ans. C'est lorsque nous sommes sortis à l'extérieur que la colère est sortie dans le coeur de Yourdine. Il a jeté son doudou et de ses poings m'a frappée.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin


Ce matin, nous t'avons dit adieu avec Yourdine, une dernière fois, avant qu'ils ne referment le cercueil. Et puis ils t'ont emmené vers ta dernière demeure, au cimetière, d'où tu as pris ton envol vers des cieux plus cléments.

Je parle à ton fils de ton départ avec des mots simples, des mots réels. Je le rassure, je lui dis que tu ne souffres plus, que tu l'aimes et que l'amour ne s'arrête pas. Je l'entoure de ma présence, de vie et de force... pour qu'il ait envie de manger, de s'amuser, de sourire à la vie. Il y a deux jours, il a repoussé son assiette en te réclamant. "Je veux mon Papa." Et puis il y a eu de sa part des gestes de colère, colère envers la vie. Lui dire qu'il a le droit d'être en colère, de pleurer aussi, d'être triste.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin,opération,cancer,tumeur,clinique des cèdres échirolles,mort,décès brutal,paternité,papa,enfant,deuil,larme,perte,absence,amour,séparation,santé,peine enfant,abandon,intuition,moïse,amour,attente,couple,maternité,souffrance,promesse,sacrifice,solitude,deuil,veuvage,recueillement,souvenir,pardon,vie,hommage,


Perdre son papa, c'est un grand vide dans le coeur, dans la vie. Aujourd'hui, pour lui, aller à la cérémonie, du haut de ses trois ans, c'était courageux. Mais il a vu toute ta famille, tes frères et soeurs, tout ce monde qui t'aimait. Les hommes aussi qui se sont tous rassemblés devant ton cercueil au cimetière pour prier en arabe, comme un salut céleste venu de l'humanité.

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Je te dis adieu et je te remercie de m'avoir donné cet enfant, ce beau petit garçon qui sourit à la vie et qui est curieux de tout. Depuis le mois de novembre, tu avais retrouvé une présence auprès de lui et il y tenait.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin,opération,cancer,tumeur,clinique des cèdres échirolles,mort,décès brutal,paternité,papa,enfant,deuil,larme,perte,absence,amour,séparation,santé,peine enfant,abandon,intuition,moïse,amour,attente,couple,maternité,

Que ton âme parte en paix rejoindre le Créateur.

Chloé

__________ Voir la fin de la page : "Sos d'une maman et conductrice de taxi sur Grenoble" où je parle aussi du départ du père de Yourdine :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/04/10/

sos-d-une-maman-et-conductrice-de-taxi.html


La fleur blanche "berceau de Moïse" vient du site :

http://gardenbreizh.org/photos/berlugan/photo-127221.html

MERCI À SON AUTEUR : Berlugan.



 
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