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02/06/2008

Conte anti-pédophile : "Jason, petit ange du Mont-Blanc". Dédié à tous les enfants assassinés, abusés et violés.

à Jason, petit garçon
inconnu de ma vie, assassiné
le 14 novembre 1996.


Dans ce que vous allez lire, tout est vrai. Jason a existé et son histoire m'a touchée. Il m'a permis à travers ce conte de libérer ma parole de petite fille abusée par le professeur de violon Roman Gorecki, décédé aujourd'hui. Que Dieu lui pardonne et protège sa descendance. 1539451641.jpg




Moi, Jason, je suis un petit ange adulte. J’aime mes parents. J’aime mon père qui a appris ma mort un jour terrible de novembre. Je voudrais qu’il sache que je n’ai plus mal et que, là où je suis parti, ce qui m’est arrivé n’existe plus. La torture est effacée de mon être. En revanche, elle existera à jamais dans la mémoire de Dieu qui pardonne... mais n’oublie pas.

Je pardonne à mon meurtrier et je pardonne à ma mère qui ne m’a pas arraché des mains de celui qu’elle aimait, mon beau-père, celui qui m’a tué. J’envoie à celle qui m’a mise au monde des milliers d’edelweiss et de gentianes cueillis sur les versants des Alpes limpides. Je les ai ramassés en pensées puisque les baisers me sont désormais interdits sur la terre.

Je suis parti au Ciel assassiné et torturé. La souffrance quand on est si petit a quelque chose qui ressemble au mimosa qui meurt sous le couteau du promeneur. J’ai été torturé et mes cris se mêlent aux larmes de milliers d’enfants invisibles.

Je n’avais que vingt et un mois mais aujourd’hui j’ai trouvé une plume, la plume de ma revanche. La revanche d’un ange est pardon.

Ma vie a basculé mais aujourd’hui je vole, je suis oiseau et je rebondis sur des vagues de paix.

On m’a appelé Jason pour que je trouve la toison d’or comme dans le mythe grec. Quelle était cette toison dans ma courte vie ? Le bonheur ? Non ! L’impermanence, peut-être ? En réalité, ma toison d’or, c’est le Ciel qui m’a tendu les bras.

Au moment de partir, j’ai vu un Ange près de moi. Il m’a donné la force de mourir, de partir en martyr. Il a mis du baume sur les brûlures que j’ai subi et sur mes cheveux arrachés. Il a enlevé la drogue de mon sang perdu, cet aliment de mort que des adultes me donnaient. Il a essuyé tous les coups reçus la nuit de ma mort.

L’Ange m’a dit lorsque j’ai quitté la Terre qu’une femme ne m’oublierait pas. C’est elle qui écrit avec moi, pour que ma vie soit un chant éternel, pour que mon nom fleurisse et donne au monde la Toison d’Or de l’innocence. Exactement trois mois après mon départ du monde, sa fille Élodie est montée au ciel.

Mes parents m’ont appelé Jason. Ma mère elle-même a tenu le rôle de Médée, la magicienne qui n’empêche pas le crime de s’accomplir. Son compagnon d’alors a tenu le rôle du dragon plein de perversité et de pulsions terribles. Ils ont volé ma pureté d’âme et ils ont méprisé mon esprit.

J’étais un petit être innocent et on a souillé ma peau. On a blessé mon âme. Aujourd’hui je suis initié car j’ai traversé le rideau de feu. J’ai changé de niveau. J’ai subi une transmutation. Je suis devenu or, soleil des alchimistes. Car sur Terre, j’étais de plomb par la souffrance qui m’alourdissait comme une pierre.

Aujourd’hui, je suis dauphin car je suis transfiguré. En Grèce, cet animal accompagne les rites funéraires. Il emmène l’âme sur son dos ; il sauve aussi les vivants naufragés. Jésus lui-même a été représenté sous la forme d’un dauphin.

Élodie est près de moi. Sa maman a fait un rêve il y a quelques jours. Elle était avec un dauphin dans la mer et elle l’aimait comme s’il était son enfant ; puis ils sont allés ensemble sur la terre ferme mais l’animal manquait d’eau ; alors elle l’a mis dans de l’eau douce ; peu après, elle a ramené le dauphin vers la mer mais sur le chemin il a soudain disparu et une grenouille est apparue. La maman orpheline s’est réveillé en pleurant son dauphin et elle a pensé très fort à sa fille au ciel.

En Occident, la grenouille est le symbole de la résurrection. En Orient, c’est le signe de l’âme en voyage. Lorsque la grenouille chante au printemps, c’est le signe du renouveau.

Le grain meurt et sous la terre donne à nouveau la vie. Le dauphin disparaît pour que vive la grenouille.

Je suis proche d’Élodie dans le grand voyage des âmes. L’âme ne meurt pas. Elle tombe par le corps dans la terre et s’élève en germant vers les cimes immaculées de neige éternelle.

Tout ce que m’a fait subir mon beau-père la nuit de mon envol n’est plus. Tout a disparu dans la lumière de Dieu. Cela reste uniquement dans la mémoire des hommes.

La maman d’Élodie a pleuré lorsqu’elle a appris comment j’étais mort. Beaucoup ont versé des larmes en lisant les journaux ou en regardant le procès. Les Anges aussi ont pleuré et ils ont lavé mon corps de lumière avec des mots colorés.

Les Anges m’ont pris dans leurs ailes et m’ont serré très fort sur leur coeur. Alors j’ai senti l’amour et le pardon de Dieu pour ma mère. Je l’aimerai toujours et je prierai pour elle tout au long du voyage de mon âme.

Ici, des arcs-en-ciel et des oiseaux magiques ont réparé le crime. Ils ont retiré les germes du mal de mon âme innocente.

En bas, sur la Terre, une femme a pris sa plume et l’a trempée dans l’encre de la mémoire collective. Elle s’appelle la Verdoyante et sa fille Élodie continue de grandir dans son coeur.

Elle a écrit un conte pour moi, un conte qu’elle a dédié aussi à tous les parents d’enfants assassinés de par le monde. Je vous l’offre pour ne pas le garder au fond de mon nuage accroché au Mont Blanc... C’est l’histoire d’un petit garçon, tué par un humain, comme je l’ai été. On a recomposé son corps sur la Terre comme les Anges l’ont fait pour moi au Ciel.


Il était une fois un homme qui habitait avec sa famille dans un village éloigné de la ville. Un matin, il partit chasser, bien que les provisions du verger soient suffisantes.

Soudain, il aperçut au milieu d’un champ un arbre immense, un chêne au tronc entouré de lierre, qu’il n’avait jamais vu auparavant. Sans s’émouvoir de la beauté et de la noblesse de cet arbre inconnu, il pensa : “Ce chêne pourrait servir de bois de chauffage pour l’hiver entier ! Sans le dire à personne, afin de le garder pour moi seul, je reviendrai cette nuit avec ma hache.”

Se rapprochant de l’arbre, il entendit des cris ressemblant à ceux d’un enfant qui vient de naître et il découvrit dans le creux des branches un petit bébé, qui battit des mains à sa vue. “C’est très certainement le marmot de quelque fille fautive venue enfanter dans la forêt !” se dit-il. “Je vais l’emmener chez le curé, qui dira ce qu’on doit en faire.”

Prenant l’enfant dans ses bras, il partit vers le village. Alors qu’il traversait la forêt, il aperçut tout à coup un sanglier. Ne voulant pas rater cette occasion de chasser, il laissa tomber l’enfant et épaula son fusil pour tirer ; lorsque soudain un serpent passa devant lui. L’homme eut très peur ; il fit un bond en arrière et lâcha son arme en glissant sur une pierre. Le sanglier fonça alors sur lui mais le chasseur grimpa prestement sur un arbre.

Malheureusement pour lui, la branche sur laquelle il s’était réfugié cassa et l’homme tomba à terre, se retrouvant juste à côté du petit enfant. Celui-ci battait des mains et riait en voyant tout ce manège ; le chasseur ne fit pas attention à cela ; il pensait que les enfants ne peuvent ni comprendre ni sentir ce qu’il se passe et qu’il ne font que manger, dormir et grandir.

L’homme, voulant se défendre, chercha son fusil mais ne le trouva point. Par hasard, en levant la tête, il le vit se balançant fièrement au sommet d’un arbre. Il secoua d’abord les branches dans tous les sens mais le fusil ne bougea pas. Ensuite il décida d’aller chercher sa hache ; mais, alors qu’il s’en allait, il reçut le fusil sur la tête et perdit connaissance.

Quand il revint à lui, il était couché sur un lit, entouré par toute sa famille et par la plupart des villageois, venus le voir par curiosité. Il leur raconta ce qui lui était arrivé, en déformant la vérité à son avantage.

Tout à coup, pensant au bébé qu’il avait découvert, il leur demanda s’ils l’avaient amené ; les villageois ayant répondu par l’affirmative, il leur dit : “Tout ce qu’il m’est arrivé est survenu après avoir découvert ce gamin”, et, bien que pensant en lui que ce n’était pas vrai, il ajouta : “Et je sais bien qu’il se moquait de moi !”

Alors chacun cria : “Il faut se venger. Le coupable doit être puni. Tuons le marmot et jetons-le aux chiens !” Mais quelqu’un suggéra : “Mangeons-le plutôt , ce serait un gâchis de le jeter aux chiens !” Après ces paroles terribles, tous se précipitèrent dans la pièce où avait été déposé le bébé... Les uns après les autres, ils tombèrent foudroyés en voulant porter à leur bouche la chair de l’enfant assassiné. Tous, sauf les enfants du village qui avaient compris l’énormité et la monstruosité de cet acte. Ils comprirent aussi dans quel chemin ignoble les avaient emmenés leurs parents... à qui ils devaient pourtant respect et considération.

Lorsqu’ils virent les adultes tomber les uns après les autres, ils se mirent à rire, et de tous les coins de l’univers, des rires d’enfants leur répondirent. Ils entendirent soudain une voix venue de leur coeur, qui leur disait :
-Montez au sommet de la montagne en portant chacune des parties de mon corps. N’ayez aucune crainte, aucune peur. Arrivés là-haut, vous reconstituerez mon corps comme un puzzle de vous-même et, en chantant, vous ferez une ronde tout autour de moi. Et sans jamais défaire votre ronde, vous attendrez.”

Les enfants prirent donc chacun soigneusement une partie de l’enfant et, en file indienne, ils partirent vers le sommet de la montagne. Ils rencontrèrent bien des difficultés : ils durent franchir des torrents tumultueux, ils escaladèrent des parois abruptes, ils se cramponnèrent à la glace, ils traversèrent des tempêtes de neige, ils connurent le grand vent et la grêle... mais jamais ils ne virent tous ces éléments de la Terre comme des ennemis.

Pour eux, ces éléments de la nature étaient leur famille, leur unique et seule famille.

C’est ainsi qu’ils arrivèrent sains et saufs au sommet de la montagne. Là, tous ensemble, ils recréèrent le corps de l’enfant mort. Puis ils se prirent par la main et firent une ronde autour de lui, en riant et en chantant.

Soudain, l’orage éclata ; mille éclairs fusèrent de toutes parts et tout fut illuminé. Tout à coup, un éclair plus lumineux que les autres jaillit au milieu de la ronde des enfants. Le bébé ouvrit les yeux et leur sourit ; tous les enfants, d’un même élan, s’élancèrent vers lui et l’on vit, au bout de tous les bras réunis, un être lumineux projeté dans le ciel... et un arbre magnifique, un chêne immense au tronc couvert de lierre, s’élançant au milieu de la ronde.

L’on entendit des rires d’enfants retentir à l’infini dans tous les coins de l’univers et un doux murmure chanter le nom de l’Amour.

Les villageois se réveillèrent de leur torpeur et accueillirent en eux l’enfant qui était mort mais qui maintenant revivait en chacun.


Voilà. Ce conte est terminé. J’en suis tout remué... Vous aussi, je crois. L’univers est en réalité en chacun de nous et je suis, moi aussi, petit Jason, en chacun de vous qui lisez cet ouvrage ; je suis aussi dans l’esprit de la femme qui a écrit ce conte. Le monde recomposera ma vie par sa compassion et les prières qu’il fera pour mon âme... par son amour aussi et les pensées tissées de roses qu’il m’enverra.

Mais la Verdoyante pleure. Je vois son enfant intérieur se recroqueviller. Il voudrait dire mais il ne peut pas. Je vois dans le miroir gelé de mon glacier un violon sur une balance. Mais la balance se brise et l’instrument à cordes explose. La Justice n’est pas venue. Elle n’était pas au rendez-vous de l’enfant. L’enfant est seule, seule face à un professeur pédophile... Fléau mortel !
-Viens me parler, toi petite fille perdue sur le Mont-Blanc. Viens me raconter ta peine. Le Ciel fera justice et je t’aiderai...
-Mon ange ne m’a pas sauvée de tout ce qu’un enfant peut endurer...
-Oui, mais il t’a sûrement retenue de te jeter dans la rivière... Tu sais, ton Ange parle au Créateur, au grand Manitou, au Principe suprême, au Grand Architecte. Rien ne se perd ni ne s’oublie. Ni le sacrifice des enfants violés, ni le don de leurs souffrances, ni l’abomination des adultes coupables. Va, raconte-moi...
-À l’âge de onze ans, j’ai eu un violon. Pour apprendre à jouer. Mes parents m’ont trouvé un excellent professeur. Un vieux monsieur renommé pour l’apprentissage du violon. Un polonais prénommé Roman. Comme un roman. Le roman pervers d’un vieil homme qui devient fou devant les yeux d’une petite fille. Peu à peu, il m’a parlé de mon âme pure. Puis il m’a dit qu’il était amoureux de moi. Il m’a forcée à l’embrasser sur la bouche. Il m’a menacée si je parlais. Mon innocence s’écroulait et mon violon violé gémissait de douleurs intérieures. Cela dura de longs mois jusqu’à ce que, au bord du suicide, j’arrive à parler à un ami proche de mes parents. Le drame s’arrêta mais le silence demeura car il n’y eut pas plainte ; tout fut enterré sans paroles écrites ni jugement. Tout fut même pardonné quelques mois plus tard...
-Le pardon est nécessaire, mais il est bon qu’il y ait un coupable désigné et que la justice soit faite pour qu’il y ait réparation... et pour qu’il n’y ait pas d’autres victimes, surtout en ce qui concerne les enfants ! Il est nécessaire aussi que justice soit faite pour que personne ne dise à l’enfant violé : “Mais si cela se trouve, c’est toi qui l’a cherché...”. Culpabilité éternelle de la victime face au monde...
-Quelques années plus tard, j’ai écrit une lettre à ce professeur, lettre que l’adulte que j’étais devenue n’a jamais envoyée. Je la garde au plus profond de mon coeur, dans le coeur de l’enfant intérieur qui chemine au sein de la Verdoyante.
-Je t’en prie, dis-la moi ! Je veux entendre ce que tu as écrit, cette toison d’or que tu caches comme une justice enfouie sous une avalanche de neige, dans un coffre fermé à double tour. Je sais bien que tu as jeté la clé au fond d’une crevasse de la Vallée Blanche. Mais j’ai fait un double car je suis le petit ange du Mont-Blanc... Les montagnes sont toutes présentes pour t’écouter... Le Grand Paradis, le Mont-Rose, le Grand Capucin et le Petit, le Cervin, les Drus, la Dent du Géant, le Mont Maudit, l’Aiguille Verte... Elles sont toutes ici comme des antennes pour retransmettre au monde ta lettre. Car une lettre morte, c’est comme une bouteille à la mer qui reste coincée dans l’estomac d’un requin ! Nous savons que la tienne est importante...
-Je te remercie, petit Jason. Tu as l’enthousiasme et le courage de Jason l’Argonaute ! Mais, tu vois, je tremble... J’ai si peur. Je voudrais enterrer tout cela, effacer la mémoire, les images et les gestes... Je dois parler cependant, ne pas étouffer la gravité... Voici donc cette lettre que je grave avec le sang bleu des étoiles sur le glacier de la Vallée Blanche :

Lettre à mon professeur de violon,
De plus en plus, on parle des enfants violentés, du silence à briser, des gosses muets devant les sévices imposés par des adultes ; je suis un exemple malheureux de ces enfants-là mais je souhaite aussi briser le silence, soigner les maux intérieurs par les mots.
Un jour, je suis entrée chez vous. J’avais onze ans. Vous avez dit à mes parents que vous acceptiez avec joie de m’apprendre le violon et que j’avais des doigts faits pour cet instrument. J’étais frêle, fragile et innocente. Vous m’avez fait travailler et mes parents avaient confiance en vous car vous étiez l’un des meilleurs professeurs de la région. Je travaillais bien et je progressais vite.
Vous donniez encore vos cours dans l’appartement où vous habitiez et votre femme m’ouvrait parfois la porte...Vous aviez deux caniches superbes. Et puis un jour vous m’avez parlé de mes yeux, qu’ils étaient clairs et purs. Vous m’avez dit que vous étiez amoureux de moi. Vous étiez âgé et moi je ne disais rien ; j’étais très réservée, d’une timidité extrême. Vous avez voulu m’embrasser sur la bouche ; moi je ne voulais pas mais vous m’avez obligée.
Plus tard, vous avez pris l’appartement en face, où vous étiez seul pour donner vos cours. Vous me parliez pendant les cours de vos problèmes avec votre femme et votre vie. Je ne disais rien. J’écoutais vos paroles. Je souffrais en silence d’ingurgiter vos confidences. Vous vouliez toujours m’embrasser sur la bouche même si je ne voulais pas. Vous me disiez que lorsque j’aurais vingt ans, j’accepterais de vous épouser. Vous me disiez que si j’en parlais à quelqu’un, vous vous tueriez. Vous me disiez que personne ne me croirait, que vous étiez l’un des professeurs les plus estimés de la région. Je n’en parlais pas. Je ne pouvais pas exprimer ce que je vivais en mots ; je n’y arrivais pas ; j’étais bloquée, choquée.
Moins j’en parlais et plus j’avais honte de ne rien dire ; je portais tout cela comme une croix trop lourde.
Tant d’enfants ne parlent pas, par pudeur ou par honte, lorsqu’ils vivent des choses de ce genre...

Un jour, plus tard, mon père est allé voir une voyante-écrivain, Judith Henry ; elle lui a dit en voyant ma photo : “Votre fille a été violée, quelque chose s’est passé ?” Oui, j’ai été violée, en un viol de baisers. C’est cela que vous avez fait ! Ne souriez pas, car si je m’étais donné la mort, auriez-vous eu la conscience tranquille, vous qui l’avez encore peut-être aujourd’hui ? Le viol, c’est, dans la loi, toute pénétration dans le corps de l’autre. Et c’est considéré comme un crime...
Un soir, vous m’avez soudain serrée contre vous et avez introduit votre langue dans ma bouche. C’était dégoûtant, abject... Je résistai et me débattai mais sans pouvoir me dégager. Mon âme s’est arrêtée de respirer. Je voulais mourir et lorsque je me suis retrouvée dans la rue, je n’avais qu’une envie : me jeter sous une voiture ; plus tard, j’ai voulu aller me jeter dans l’Isère, la rivière la plus proche... Lorsqu’on est enfant, penser à ces choses-là est terrible : criminel est celui qui provoque ces pensées-là !

Dans ma détresse, j’ai pu parler enfin à un ami de mes parents, de passage chez nous. Mon père, ayant entendu quelque chose de notre conversation, a voulu tout savoir, et il a su. Il était furieux contre vous et vous le fit savoir. Ma mère a été très choquée d’apprendre votre infamie. Elle n’a pas compris mon si long silence. C’était inadmissible d’avoir caché tout cela si longtemps, d’avoir occulté l’Inadmissible... Si un enfant cache des choses aussi graves à ses parents, c’est aussi pour les préserver et les sauvegarder de l’Intolérable ! Ceci dit, mes parents n’ont pas voulu porter plainte contre vous... pour préserver ma reconstruction.

L’affaire s’est arrêtée là mais pas dans mon coeur, hélas. Six mois plus tard, je ratai l’entrée au Conservatoire, concours que je présentai seule et sans l’aide d’aucun enseignant. Mon père a parlé alors avec moi et m’a dit : “Il faut pardonner à ton professeur. On va retourner le voir car lui seul peut te faire réussir dans le violon.”
Je ne voulais pas cela, mais par seul amour pour mon père, j’acceptai de faire cet effort inhumain. Vous m’avez reprise en cours, comme si rien ne s’était jamais passé... comme s’il y avait eu un malentendu, comme si le temps avait tout effacé, comme si on pouvait gommer le dégoût dans l’âme d’un enfant.

Vous avez repris votre manège, comme si les chevaux de bois étaient toujours à la même place... Mais les chevaux se sont rebellés et je suis partie pour toujours ; je me suis accrochée à mon violon et j’en ai fait mon cheval de bataille.

C’est vrai que j’ai failli le sacrifier, car le regarder, c’était me souvenir ! Vous me disiez qu’il fallait que je sois amoureuse de mon violon ; mais vous avez tout fait pour que je le déteste ; vous avez tout fait pour cela, par égoïsme, par inconscience, par vice.

Vous me disiez que chez vous, dans les pays de l’Est, les cousins, les cousines, tout le monde s’embrassait sur la bouche et qu’il n’y avait pas de honte à le faire. Honte à votre conscience et honte à votre inconscience.

Je prie Dieu de protéger tous les enfants et de les garder de choses de ce genre. Que personne ne viole jamais leur innocence.

Avant de quitter cette Terre, allez voir un prêtre, je vous en conjure, et délivrez votre âme de cette infamie.


La petite fille se tut. La Vallée Blanche était couverte des larmes bleues de cette lettre qui fit le tour du monde pour avertir les enfants qu’ils doivent se rebeller, casser en deux l’archet du Diable et emporter très loin le violon de leur âme afin de la garder intacte et pure. Jason mit ses ailes autour de la fillette. La Verdoyante sourit aux Anges. La lumière était revenue dans ses yeux. Elle écrivit alors un poème pour sa mère... "Dans le secret d’un violon"________________

Ma mère, ne pleure pas en secret
Pour un secret que j’ai caché
Ma mère, ne pleure pas de regrets
Pour ce violon que j’ai gardé

Il faut que tu comprennes
Qu’à onze ans j’étais frêle
Pure comme une graine
Qu’on expose au froid dégel

Mon père était si heureux
De m’écouter apprendre
Sur ce violon aux tons bleus
Mille musiques tendres

Mais mon si vieux professeur
Déchargeait ses yeux en moi
Dans mon esprit en terreur
De devoir taire mes droits

Il disait qu’en Pologne
Chacun pouvait s’embrasser
Le faisant sans vergogne
En un viol de ses baisers

Ses lèvres sur les miennes
C’était insupportable
Comme une intense peine
Et souffrances inommables

Je ne pouvais en parler
Par pudeur et par dégoût
En quatre longues années
J’ai cru mourir à genoux

Puis j’ai pu le dire enfin
À une autre personne
Qui m’aida à mettre un frein
À ce martyre aphone

Car mes parents ont tout su
Leur être fut chaviré
Comment cet homme avait pu...
Ce professeur estimé

Face à cette ignominie
On ne porta pas plainte
Le silence fut le prix
D’un avenir sans craintes

On me sauva des griffes
De ce monstre égoïste
Pour lui ce fut la gifle
Des “petits enfants” du Christ *

Il a pris l’innocence
De mon chemin aux yeux clairs
M’imposant le silence
Comme un poison bien amer

Il a volé la gaieté
De mes années d’enfance
Je n’ai pas pu l’oublier
Au fil de l’existence

Enfin après de longs jours
J’ai appris à dire non
Aux faussaires de l’Amour
À détruire leurs prisons

Oui j’ai appris à parler
À dépasser la douleur
De mes larmes si brisées
Par de profondes terreurs

Au coeur de ma détresse
Je lui ai donc pardonné
En priant pour qu’il cesse
De voler la Pureté

Mais mon âme est en crainte
Car ma mère n’oublie pas
Ce secret hors d’atteinte
Loin de l’amour de ses bras

Elle ne sait pas ma honte
La peur qui me retenait
Comme un glacier sans fonte
Dans une prairie de paix

Combien d’enfants sur terre
Cachent ainsi leur malheur
À la vie de leur mère
Pour protéger son bonheur ?


* “Prenez garde de ne scandaliser aucun de ces petits enfants car
je vous dis que leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon
Père qui est dans les cieux.” Extrait de l’ Évangile selon Saint Matthieu.


Chloé Laroche

(http://violonistenciel.site.voila.fr)

Commentaires

je suis la maman de Jason. Aujourd'hui après tant d'années je peux vous dire que je ne vis pas mais j'essaye de survivre tant bien que mal avec ce mélange de culpabilité et de douleur intense et ce jusqu'à la fin de mes jours car personne ne sais vraiment ce qui c'est réellement passé cette nuit de cauchemard mis à part ce que les journaux ont raconté

Écrit par : sylvie | 20/11/2009

je suis la maman de Jason. Aujourd'hui après tant d'années je peux vous dire que je ne vis pas mais j'essaye de survivre tant bien que mal avec ce mélange de culpabilité et de douleur intense et ce jusqu'à la fin de mes jours car personne ne sais vraiment ce qui c'est réellement passé cette nuit de cauchemard mis à part ce que les journaux ont raconté

Écrit par : sylvie | 20/11/2009

Sylvie, oui cela doit être horrible et je vous envoie toutes mes pensées. Jason est près de vous. Oui, on ne sait pas tout, c'est certain. Vous n'aviez pas le choix et vous avez dû être terrorisée. Je vous embrasse et je n'oublie pas votre fils Jason. Chloé

Écrit par : Chloé Laroche | 22/11/2009

merci Chloé, mais si seulement je pouvais faire comprendre au monde entier ce qu'est la descente aux enferts d'une mère de famille... Sachez que le père de mon fils c'est suicidé deux mois avant la perte cruelle de mon petit ange, que je suis parti totalement a la dérive et qu il a fallu que je tombe sur un monstre qui a su profiter de ma faiblesse. Rien que pour ne pas avoir vu le danger venir je m'en voudrais toute ma vie

Écrit par : sylvie | 27/11/2009

Sylvie,

Je suis très touchée de ce que vous m'écrivez. Oui, je vous crois quand vous me racontez les choses, l'enfer que vous traversez, et dans quel désarroi vous étiez à l'époque. Le suicide du père de votre fils a dû vous secouer ainsi que Jason. Je pense à votre fils très fort. Il a retrouvé son papa au ciel. Que faites-vous de votre vie aujourd'hui, Sylvie ? Où en êtes-vous ? Avez-vous d'autres enfants ? Que faites-vous du reste de votre chemin ? Votre fils est parti vers un autre monde mais vous êtes là, vivante, avec des choses à donner. Un jour, à votre mort, vous vous retrouverez, mais en attendant, que pouvez-vous donner au monde, par vos paroles, pour que plus jamais un petit comme Jason ne tombe entre les mains d'un malade, sous les yeux d'une mère amoureuse d'un pervers. Pardonnez-moi si je parle cruement mais je voudrais que vous disiez à d'autres mamans qu'il est impossible de ne pas défendre son enfant contre un homme qu'on peut aimer mais qui fait du mal à notre enfant. Je vous embrasse et vous envoie tout le courage dont vous avez besoin. Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 29/11/2009

Très bon site, je vous remercie pour les astuces et notez en 1er lieu que je "plussoie" votre opinion ! J'insiste, votre site est sincèrement très bon, le tout est très instructif... PS : D'ailleurs, auriez-vous d'autres forums ou blogs à me recommander ?

Écrit par : poele a granulés | 19/10/2010

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