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03/06/2008

Des enfants arrachés à la vie. Leurs parents pleurent. Dédié par Chloé aux parents des enfants accidentés en Haute-Savoie et à tous les parents en deuil. À toi qui est désespéré et qui pense au suicide.

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Ce soir, je pense aux parents des sept enfants décédés hier en Haute-Savoie, tués dans un car percuté par un train. Je leur envoie toutes mes pensées et ma compassion. Mon coeur de maman orpheline sait l’enfer qui s’est emparé de la vie de ces familles et combien l’horreur de la déchirure est incommensurable. Six cercueils étaient rangés aujourd’hui en étoile dans la chapelle ardente et les étoiles pleurent des larmes de sang. Ces enfants ne rieront plus et n’embrasseront plus leurs parents. Ceux-ci sont privés à jamais de la tendresse et de l’affection partagées avec leur enfant. Ils devront vivre avec cette croix portée, ce grand vide au fond des tripes, et apprendre à avancer malgré tout et à vivre encore et encore... dans la survivance des parents orphelins.

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Je pense ce soir aussi aux six enfants décédés dans le drame du Drac en Isère ainsi qu’aux familles de ces noyés de sept ans. J’étais allée dans leur classe avec mon violon, après le drame du 4 décembre 1995, pour amener par la musique du baume et des sourires, mais c’est difficile pour les survivants de se dire qu'on est toujours là et pas les autres. C'est si difficile pour l'enfant qui a tenté d’aider son camarade en lui tendant la main... de l’avoir vu se noyer et s'éloigner à jamais. J’ai malgré tout trouvé, quelques semaines après le drame, des enfants courageux et tirés vers le haut par la vie qui continue. Les enfants ont l'énergie de se battre pour survivre au pire et pour apprendre la résilience de savoir avancer avec les peines et les larmes intérieures.

La vie a basculé pour des dizaines de familles, pour des centaines de familles dans le monde, pour des milliers... qui ont perdu un enfant. Que leurs proches soient près de ces personnes.


Chloé



DES PARENTS PLEURENT_________________________


Dédié aux parents qui ont perdu leur enfant, aux parents du groupe de soutien “Aurore”, de “Jonathan-Pierres Vivantes”, d'Écoute Deuil” de Grenoble, de “l’Espérance Stella” ainsi que de l'association “Noël”.


Je connais une mère qui pleure
Elle va au cimetière sur une tombe
Une partie d’elle-même est là
Ensevelie sous la terre
Et cette mère pleure

Je connais un père qui souffre
Il vit la déchirure de la mort
Certains lui disent que son enfant
Sa fille est partie là-bas
Et qu’il ne faut pas verser de larmes

Je connais leur déchirure
Le sentiment d’être amputée
D’être vide au coeur du ventre
Révoltée au fond des tripes
Envie parfois de tout recommencer

Je connais leur cauchemar
L’impression de vivre un rêve
Une illusion terrible de laquelle
Va revenir notre enfant chéri
La mort est définitive dans l’absence

Je connais une mère qui rit
Mais qui s’en veut de pouvoir encore
Produire des sons de joie insolents
Devant le drame quotidien qu’elle vit
Dans ses cellules écartelées

Je connais un père qui travaille
Mais les images de sa fille le hantent
Il s’accroche à la vie comme à la falaise
En demandant aux anges de le tenir
Assez fermement pour ne pas sombrer

Je connais un athlète handicapé
Il s’appelle Riad et se bat pour le sport
Comme nous il est amputé à vie
Chez les parents orphelins ça ne se voit pas
Mais le handicap coule dans nos veines

Je connais Aristide et Béatrice
Couple d’handicapés qui donne l’espoir
Ils se sont rencontrés dans l’eau
Ils ont eu des enfants et s’aiment
Elle nage et croit à son meilleur

Je connais un chanteur aveugle
Il s’appelle Gilbert et rayonne
Il me donne l’envie de vivre
Malgré le choc du deuil enraciné
Je poursuis ce que tu m’as donné

Ce que tu m’as donné, ma fille
C’est la vie qui s’ouvre sur l’inconnu
C’est le don d’être maman à jamais entre Ciel et Terre
C’est ton rire qui résonne toujours en moi
Et tes bras autour de mon cou qui vivent à jamais

Ce que vous me donnez
À vous qui vous battez
Pour l’handisport
C’est la fureur de vie
Où nous nous retrouvons

Ce que les parents orphelins
Apportent aux autres
C’est la constance intérieure
De ceux qui s’accrochent
Désespérément

Ne leur dites jamais de ne pas pleurer
Personne ne dit à un handicapé qu’il ne l’est pas
Son fauteuil se voit
Pas la tombe de notre enfant
Ni l’urne qui dort dans sa chambre

Ce que toi tu peux faire
C’est nous parler des arbres
De la terre et des roses
Du silence où les mots chantent
De sa vie dans la nôtre


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PLAIDOYER POUR TOI QUI EN AS MARRE___________
à toi qui souffres tant que tu as des idées noires



Je pense que nombre de personnes qui cherchent à se suicider ne veulent pas mourir, mais seulement se reposer... reposer dans la paix. La vie les fatigue et ils ont besoin de calme, de paix, de repos total. Alors ils fuient et mettent leur âme au “repos”.

Au lieu de cela, au lieu de chercher à mourir, ils devraient partir. Partir un jour, deux jours. Car partir, c’est mourir un peu. Partir, c’est reposer sa vie, son esprit, changer de cadre, avoir une optique différente sur soi, sur les autres.

Au lieu de chercher à mourir, ils devraient écrire, car écrire, c’est déposer sur le papier le poids de la vie. Ils pourraient alors prendre une feuille et tout dire. Tout jeter. Tout balancer en mots. Se décharger de tout. Et puis placer cette feuille emplie de maux dans un récipient empli d’eau. Admirer ensuite l’encre qui s’en va lentement, en diluant la souffrance.

Les mots se défont, entraînant les maux dans l’eau de la vie. L’eau est mémoire et elle se souvient. Les scientifiques eux-mêmes ont découvert cela. L’eau est une amie à qui on peut tout confier, tout dire sans jamais parler à personne de ses secrets et de ses souffrances. L’eau gardera à jamais nos secrets tout en nous aidant peut-être par là même à trouver une solution secrète à nos aspirations profondes.

Je me souviens d’un couple qui ayant perdu leur enfant construisait chaque année pour son anniversaire un bateau en papier avec mille mots d’amour écrits dessus et des petits coeurs dessinés avec tendresse. Ils emmenaient ce bateau sur un cours d’eau et le regardaient partir sur la rivière vers leur petit ange.

Bien sûr, il y aura toujours des gens bien-pensants pour dire qu’ils sont fous, mais les gens bien-pensants ont souvent peur en eux-même des forces de la vie, de la nature et de l’amour.

Si tout était lisse comme un lac sans vague dans le coeur humain, il n’y aurait plus rien à dire, plus rien à penser ni à panser ? Nous serions tous des bien-pensants, avec des vies plates, bien rangées, bien casées, bien identiques. Nous jouerions tous la même note... Il n’y aurait plus d’harmonie, plus de révolutions, plus d’évolutions et la symphonie s’effondrerait.


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________RÉALITÉ POSTHUME_________________ Je dédie ce poème à Chantal Favet, qui s’est jetée dans l’Isère durant l’été 1996, et à feu Philippe Réal, que j’étais allée voir à l’hôpital après sa première tentative de suicide





Lorsque Dalida s’est tuée
J’ai pleuré
Car j’ai vu un cygne s’envoler
Le coeur plein de larmes
Vers un Au-delà bouleversé
Tremblement de terre
Des roses piquées dans leurs pétales


Lorsque Bérégovoy s’est tué
Elle a pleuré
Et sur ses joues ridées
J’ai vu les larmes
Se changer en mouettes
Ma Grand-mère portait le voile
Des bateaux déshonorés


Lorsque Philippe s’est tué
Nous nous sommes tus
La réalité assassine
Lorsque les rêves sont trop forts
Oui jusqu’au bout de mes prières
Je serai près de toi, de vous
Jusqu’à la rive dernière


Mais je vous en supplie
Empêchez-les de vous rejoindre
Ceux qui veulent mourir
Dites-leur qu’il n’y a pas de place
Sur l’arbre mort des vies perdues
Dites-leur que les plus belles fleurs
Poussent sur le chemin de la vie présente


Dites-leur les souffrances
Du barrage construit
Sur une rivière en crue
Flux de larmes trop abondantes
Dites-leur que la solution
N’est pas de couper l’arbre
Mais de sauver les branches


Oh dites-leur le soleil explosé
Des cellules de vos corps
Écartelés de regrets
Devant les sentiers possibles
De l’avenir caché
Dites-leur l’espoir des inconnues
Solutions d’une équation sacrée


Surtout dites-leur
Que la fuite est terrible
Pour ceux qui restent
Impuissants d’amour
Devant l’acte définitif
Dites-leur qu’on revient toujours
Là où on s’est brisé le tronc


Oui dites-le leur... que
l’heure n’est pas encore venue
pour eux.


Chloé Laroche


(Ces poèmes sont extraits de mon ouvrage :
“Soleil d’amour Soleil de colère”, livre épuisé aujourd’hui).

Commentaires

reponse à Raimondo
ton temoignage me bouleverse raimondo
tu n'es pas responsable de la disparition de ton enfant, bien sur
il s'est trouvé dans une situation ou personne ne pouvait l'entendre et il est allé jusqu'au bout.........
je sais bien ce que tu ressens, ma sophie me manque tant
on se dit que demain on ne sera plus là, qu'on ne pourra pas, et puis , jour pares jour, on lutte, pour notre entourage qui nous aime tant
je te souhaite tout plein de courage, on ne sait jamais ou on peut le trouver, mais on en a une réserve, bien cachée
je t'embrasse, et je te répondrai si tu le souhaites clairisa

Écrit par : clairisa | 25/11/2008

je comprent toute mamam ke on perdu un enfant moi osi je perdu 3. 31an 36,et 12 an acidan de la route atroce je plus de larme,mon coeur ét dichirès ,temihage dechirente je prefére ma réter.coage a toute mamam por moi je continu a prier pour ceut ke nous on kiter

Écrit par : celene | 30/04/2009

chere celene
je vous lis, je partage avec vous ce grand malheur
vous savez que vous n'etes pas seuleà vivre de désespoir qui nous déchire
je pense à vous, je vous serre sur mon coeur, et vous embrasse tres affectueusement
clairisa

Écrit par : clairisa | 30/04/2009

Célène,

Vous avez perdu vos trois enfants de 31, 36 et 12 ans. C'est terrible et je pense très fort à vous. Je me bats à ma façon (voir la catégorie dans ce blog que j'ai appelée "appel à la bonne conduite sur la route") pour lutter contre la violence routière. Je travaille tous les jours sur la route et je suis témoin de choses révoltantes et de conduites inexcusables. Je vous sens effondrée et si courageuse en même temps. Merci à Clairisa pour ses mots.
Je vous embrasse très fort. Avec toutes mes pensées à vos enfants qui sont près de ma petite Océana.

Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 01/05/2009

Clairisa,

Je me suis permis, il y a quelques temps déjà, d'ajouter votre réponse à Raimondo dans mon article où elle avait écrit son commentaire le 02.11.2008 : "Ne pas laisser tomber les parents dans le deuil. Quand un enfant échappe à la protection de ses parents et disparaît à jamais. Larmes et résilience." À la suite de son intervention, je lui avais consacré un article nommé "Ma réponse au Sos d'une maman qui a perdu son fils, décédé à la suite d'un suicide." J'espère qu'elle arrive à survivre, à vivre avec cette terrible épreuve. En ce jour, je pense à elle et à tous les parents orphelins, et que mille brins de muguet ornent la mémoire des enfants décédés. Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 01/05/2009

Suite de mon précédent message à Clairisa :

Mon article pour Raimondo est du 06.11.2008 et s'intitule :
"Réponse au SOS d'un maman qui a perdu son fils, emporté par un suicide".
Il se trouve ici dans mon blog, dans la catégorie "Survivre au décès d'un enfant."

Je voudrais rajouter pour ceux qui me lisent qu'il y a des articles concernant le deuil, mon deuil aussi, la résilience... dans la catégorie (cliquer en haut à gauche de la page sur le lien suivant) : "Comment survivre au pire / Résilience".

Merci de venir ici vous ressourcer, trouver un peu de courage et d'envie de vivre et de se battre pour poursuivre son chemin.

Pensées à tous et à toutes.

En ce premier Mai,

Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 01/05/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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