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22/08/2009

Pardon à Alain de Monéys, massacré par les habitants d'un village de Dordogne le 16 août 1870. Mon conte écrit il y a 28 ans et le livre de Jean Teulé "Mangez-le si vous voulez", récit de cet abominable crime.

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Bonjour à tous et toutes,

 

Il y a un peu plus de vingt cinq ans, j’ai écrit un conte, l’histoire d’un bébé déchiqueté par les habitants d'un village devenu fou et ressuscité par des enfants.images-8.jpeg

 

Jamais je n’aurais pensé que cela avait vraiment existé et que c’est arrivé à Alain de Monéys, le 16 août 1870, en Dordogne.

 

 

46.jpgCe jeune homme de 28 ans vivait près de Bretanges, dans un village du centre de la France où il était estimé, aimé. Il venait d’être élu premier adjoint au maire. Il avait le coeur sur la main et était aimable, gentil, intelligent, représentant la bonté incarnée.

Ce jour-là, il s’est rendu dans un autre village, celui de Hautefaye, pour aller à la foire acheter une vache, souhaitant faire plaisir à une voisine.

Mais en un après-midi, il est devenu martyr, vivant toutes les étapes du calvaire christique... lynché, crucifié, torturé, brûlé vif, mangé... par les villageois devenus fous.

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Tout cela parce qu’il avait pris la défense de son cousin, lequel venait de lire en place publique un journal annonçant la défaite de la France face à la Prusse. Alain Romuald de Monéys d'Ordières a été soudain accusé d'être pro-prussien.

images.jpegAlain est devenu le bouc-émissaire d’une foule entière, qui n’a pas supporté la défaite et la débacle française. Ils n’y croyaient pas. Aussi ils ont fait le pire, l’abominable carnage... ne sachant plus ensuite comment ils en étaient arrivés là. Deux cent personnes ont participé à ce carnage.images-3.jpeg

 

En mai 2009, l’écrivain et journaliste Jean Teulé a écrit un roman racontant le calvaire d’Alain de Monéys. Je l’ai entendu en interview à la radio. Et j’ai été stupéfaite de voir la similitude avec mon conte écrit quand j’étais adolescente, il y a 28 ans.

 

images-5.jpegEt puis, aujourd’hui, j’entends à nouveau Jean Teulé sur France Info qui reparle de son livre : “Mangez-le si vous voulez”, paru aux Éditions Juliard. Il m’a incitée en l'écoutant à écrire enfin cet article et à remettre mon conte en ligne.

J’offre mon conte à Alain de Monéys, en espérant que son âme a retrouvé la paix après cet abominable calvaire d’un corps déchiqueté... Qu’il a trouvé l’éternité d’un homme sacrifié et le bonheur de mille anges le consolant.

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Une messe du pardon a été organisée le 16 août 1970 à Hautefaye où étaient présents les descendants d'Alain et ceux des assassins.

k1579274.jpgJe demande au Maire de la commune... qui me lira sûrement, de rendre un hommage à travers une stèle érigée dans le champ où a péri Alain de Monéys, champ dont les sillons sont souillés par la violence d'un sang versé par des âmes terribles. Cruelle histoire d'un village qui porte ce souvenir à travers les années comme un poids sur les générations futures et présentes, des descendants qui portent un regard horrifié et honteux sur leurs ancêtres.k0195035.jpg

 

Alain de Monéys, je vous demande pardon au nom de tous les Français et je souhaite profondément que votre histoire ne se répète jamais. Mais quand on voit l’actualité et ce que l’homme peut réaliser en horreurs, sur le plan individuel ou collectif, il y a de quoi s’inquiéter et travailler encore pour que l’abomination n’arrive jamais plus dans le coeur de l’Homme.

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Voici donc mon conte ci-dessous.

 

Chloé LAROCHE

 

______________________________________________________ J'avais inclu ce conte dans mon article du 2 juin 2008 : Conte anti-pédophile : "Jason, petit ange du Mont-Blanc". Dédié à tous les enfants assassinés, abusés et violés.

 

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Le conte du bébé assassiné par un village et ressuscité par des enfants.

Il était une fois un homme qui habitait avec sa famille dans un village éloigné de la ville. Un matin, il partit chasser, bien que les provisions du verger soient suffisantes.

Soudain, il aperçut au milieu d’un champ un arbre immense, un chêne au tronc entouré de lierre, qu’il n’avait jamais vu auparavant. Sans s’émouvoir de la beauté et de la noblesse de cet arbre inconnu, il pensa : “Ce chêne pourrait servir de bois de chauffage pour l’hiver entier ! Sans le dire à personne, afin de le garder pour moi seul, je reviendrai cette nuit avec ma hache.”images-13.jpegimages-10.jpeg

images-7.jpegSe rapprochant de l’arbre, il entendit des cris ressemblant à ceux d’un enfant qui vient de naître et il découvrit dans le creux des branches un petit bébé, qui battit des mains à sa vue. “C’est très certainement le marmot de quelque fille fautive venue enfanter dans la forêt !” se dit-il. “Je vais l’emmener chez le curé, qui dira ce qu’on doit en faire.”

Prenant l’enfant dans ses bras, il partit vers le village. Alors qu’il traversait la forêt, il aperçut tout à coup un sanglier. Ne voulant pas rater cette occasion de chasser, il laissa tomber l’enfant et épaula son fusil pour tirer ; lorsque soudain un serpent passa devant lui. L’homme eut très peur ; il fit un bond en arrière et lâcha son arme en glissant sur une pierre. Le sanglier fonça alors sur lui mais le chasseur grimpa prestement sur un arbre.

Malheureusement pour lui, la branche sur laquelle il s’était réfugié cassa et l’homme tomba à terre, se retrouvant juste à côté du petit enfant. Celui-ci battait des mains et riait en voyant tout ce manège ; le chasseur ne fit pas attention à cela ; il pensait que les enfants ne peuvent ni comprendre ni sentir ce qu’il se passe et qu’il ne font que manger, dormir et grandir.

L’homme, voulant se défendre, chercha son fusil mais ne le trouva point. Par hasard, en levant la tête, il le vit se balançant fièrement au sommet d’un arbre. Il secoua d’abord les branches dans tous les sens mais le fusil ne bougea pas. Ensuite il décida d’aller chercher sa hache ; mais, alors qu’il s’en allait, il reçut le fusil sur la tête et perdit connaissance.images-12.jpeg

Quand il revint à lui, il était couché sur un lit, entouré par toute sa famille et par la plupart des villageois, venus le voir par curiosité. Il leur raconta ce qui lui était arrivé, en déformant la vérité à son avantage.

Tout à coup, pensant au bébé qu’il avait découvert, il leur demanda s’ils l’avaient amené ; les villageois ayant répondu par l’affirmative, il leur dit : “Tout ce qu’il m’est arrivé est survenu après avoir découvert ce gamin”, et, bien que pensant en lui que ce n’était pas vrai, il ajouta : “Et je sais bien qu’il se moquait de moi !”

images-8.jpegAlors chacun cria : “Il faut se venger. Le coupable doit être puni. Tuons le marmot et jetons-le aux chiens !” Mais quelqu’un suggéra : “Mangeons-le plutôt , ce serait un gâchis de le jeter aux chiens !” Après ces paroles terribles, tous se précipitèrent dans la pièce où avait été déposé le bébé... Les uns après les autres, ils tombèrent foudroyés en voulant porter à leur bouche la chair de l’enfant assassiné. Tous, sauf les enfants du village qui avaient compris l’énormité et la monstruosité de cet acte. Ils comprirent aussi dans quel chemin ignoble les avaient emmenés leurs parents... à qui ils devaient pourtant respect et considération.2080-2333XA2.jpg

Lorsqu’ils virent les adultes tomber les uns après les autres, ils se mirent à rire, et de tous les coins de l’univers, des rires d’enfants leur répondirent.

Ils entendirent soudain une voix venue de leur coeur, qui leur disait : "Montez au sommet de la montagne en portant chacune des parties de mon corps. N’ayez aucune crainte, aucune peur. Arrivés là-haut, vous reconstituerez mon corps comme un puzzle de vous-même et, en chantant, vous ferez une ronde tout autour de moi. Et sans jamais défaire votre ronde, vous attendrez.”

e002817.jpgLes enfants prirent donc chacun soigneusement une partie de l’enfant et, en file indienne, ils partirent vers le sommet de la montagne. Ils rencontrèrent bien des difficultés : ils durent franchir des torrents tumultueux, ils escaladèrent des parois abruptes, ils se cramponnèrent à la glace, ils traversèrent des tempêtes de neige, ils connurent le grand vent et la grêle... mais jamais ils ne virent tous ces éléments de la Terre comme des ennemis.

Pour eux, ces éléments de la nature étaient leur famille, leur unique et seule famille.01016030.jpg

C’est ainsi qu’ils arrivèrent sains et saufs au sommet de la montagne. Là, tous ensemble, ils recréèrent le corps de l’enfant mort. Puis ils se prirent par la main et firent une ronde autour de lui, en riant et en chantant.

ZKD055.jpgSoudain, l’orage éclata ; mille éclairs fusèrent de toutes parts et tout fut illuminé. Tout à coup, un éclair plus lumineux que les autres jaillit au milieu de la ronde des enfants. Le bébé ouvrit les yeux et leur sourit ; tous les enfants, d’un même élan, s’élancèrent vers lui et l’on vit, au bout de tous les bras réunis, un être lumineux projeté dans le ciel... et un arbre magnifique, un chêne immense au tronc couvert de lierre, s’élançant au milieu de la ronde.bxp36804-1.jpg

u12530759.jpgL’on entendit des rires d’enfants retentir à l’infini dans tous les coins de l’univers et un doux murmure chanter le nom de l’Amour.

Les villageois se réveillèrent de leur torpeur et accueillirent en eux l’enfant qui était mort mais qui maintenant revivait en chacun.

Chloé LAROCHE

 

200544805-001.jpgà Alain de Monéys

 

Commentaires

J'apprécie votre billet, je vous remercie de partager les astuces, et notez que je suis 100% d'accord avec vous ! Permettez-moi d'insister, votre travail est bon, je viens d'ailleurs de twitter votre billet (en espérant que ça vous aide). PS : Ca fait du bien de vous lire, oui oui !

Écrit par : poele a granules | 19/10/2010

Bonjour,
Je suis en train de lire le volume 'Mangez-le si vous voulez' et je vais lire votre conte. Cette histoire vécue abominable de 1870, j'espère qu'elle ne se répétera plus jamais. Nous sommes soi-disant plus civilisés, maintenant. Mais c'est incroyable, comment une foule, et la plupart le connaissaient, peut devenir folle en quelques instants...

Écrit par : Marlène | 19/10/2010

Merci vraiment pour vos deux commentaires, Poêle à granules et Marlène.
C'est très gentil à vous, Poêle à granules, tous vos compliments sur les deux commentaires que vous avez postés sur cet article et un autre... Cela fait chaud au coeur d'être encouragée et de savoir que je fais du bien par mon écriture.
Je suis d'accord avec vous Marlène.... Que cet horrible crime ne se reproduise jamais mais hélas, on a vu tellement d'abominations au cours des siècles et encore aujourd'hui.... qu'il n'est plus qu'à souhaiter l'extrême possibilité de l'Humain dans l'amour et le meilleur de lui.
Merci à tous mes lecteurs de me lire....
pour certains je le sais assidûment.

Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 22/10/2010

Merci Chloé pour ce conte.
Est-il souhaitable, au niveau absolu, que cette atrocité ne se reproduise plus ? Ne serait-il pas plus humain et surtout réaliste d'affirmer que cela ne peut que se reproduire, encore et encore ???
Ne serait-il pas plus courageux de dire que chacun et chacune d'entre nous est susceptible, durant un moment absolu mais néanmoins terrestre, de devenir un monstre authentique car terriblement humain !!???
Cette option consciente qui n'est pas uniquement intellectuelle ne se devrait-elle pas d'être le meilleur moyen d'éviter qu'une horreur de ce genre ne se reproduise ?
Je vous demande de m'excuser pour ce genre d'audace, mais elle m'a semblé opportune.

Écrit par : MATHIEU | 25/10/2010

Merci Chloé pour ce conte.
Est-il souhaitable, au niveau absolu, que cette atrocité ne se reproduise plus ? Ne serait-il pas plus humain et surtout réaliste d'affirmer que cela ne peut que se reproduire, encore et encore ???
Ne serait-il pas plus courageux de dire que chacun et chacune d'entre nous est susceptible, durant un moment absolu mais néanmoins terrestre, de devenir un monstre authentique car terriblement humain !!???
Cette option consciente qui n'est pas uniquement intellectuelle ne se devrait-elle pas d'être le meilleur moyen d'éviter qu'une horreur de ce genre ne se reproduise ?
Je vous demande de m'excuser pour ce genre d'audace, mais elle m'a semblé opportune.

Écrit par : MATHIEU | 25/10/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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