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10/12/2009

Comment je me suis heurtée au système au sujet d'un enfant qui mendie dans la rue. Mon propos sur Éric Cantona et ses paroles au sujet de l'injustice et de l'indifférence. "ÊTRE FRANçAIS, C'EST ÊTRE HUMAIN."

Bonjour à tous et toutes,


1798059.jpgAujourd’hui, je souhaite vous parler du livre d’Éric Cantona en faveur des mal-logés et de son intervention ce matin avec Jean-Jacques Bourdin et aussi de la mendicité d’un jeune enfant dans les rues de Grenoble, avenue Jean Perrot, pour lequel j’ai essayé de bouger les différents services administratifs et policiers de Grenoble, action dont je vous donne le compte-rendu.

Le livre d’Éric Cantona se compose de photos qu’il a prises sur plusieurs mois en différents lieux, rencontrant des personnes démunies de toit. L’ouvrage s’appelle : “Elle, lui et les autres.”canto_courteligne.jpg

Éric Cantona s’est exprimé sur RMC ce matin ainsi que dans le Nouvel Observateur (voir le lien en fin de mon article) en disant que “les gens regardent mais ne voient pas”. Il parle avec véhémence pour défendre les milliers de personnes qui sont sans toit et vivent dans leur voiture ou dans des taudis. Trois millions et demi de personnes sont mal logées ou non logées en France.

Éric Cantona va plus loin : “Voilà. On trouve des excuses à tout, à tout le monde, à ce que les gens crèvent dans la rue. On s'habitue à zapper, à s'abrutir, à supporter la manipulation, le bourrage de crâne. Faut se battre contre cette facilité-là. »

images.jpgCette facilité de ne pas voir, de passer à côté de celui qui souffre sans en souffrir, cette incapacité à s’émouvoir et à réagir, cette inconscience qui fait qu’on brûle un feu rouge parce que égoïstement, on est pressé et que c’est trop long d’attendre. Dans mon métier de taxi, j’en vois chaque jour sur Grenoble, des feux brûlés comme on brûle sa vie, avec celle des autres automobilistes en face qui risquent aussi leur vie. Je vois beaucoup de jeunes hommes dans cette attitude. Ils jouent à la roulette russe et passent sans vergogne, sur un feu rouge bien mûr. À toute allure. Comme si le monde n’existait plus. Comme on passe près d’un enfant qui mendie, sans réagir, sans rien faire.

Éric dit "qu’être français, c’est être humain AVANT TOUT". Il dit aussi que être français, c’est être révolutionnaire, dans le sens qu’il faut bouger et ne pas laisser faire l’injustice, qu'il faut se BATTRE CONTRE L'INDIFFÉRENCE.

Tout le monde se rue sur lui aujourd’hui car il a osé mettre en balance la Marseillaise avec des sujets qu’il juge plus grave que celui de siffler l'Hymne national. On lui fait un faux procès. En effet, il voulait juste dire que devant la misère qu’il a croisée, devant la faim et le désarroi, devant le vide d’être à la rue, un hymne national n’est pas la priorité. Mais... quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage, c’est bien connu !!

Alors voilà, en parlant de l’humanité d’être français... comme vous me connaissez dans le fait que j’interviens à chaque fois que je le peux, même dans la rue, je voudrais vous parler d’un petit garçon qui fait de la mendicité dans les rues de Grenoble.x19132500.jpg

Vous parler du parcours du combattant pour faire un signalement et des lois qui font que les services sociaux sont muselés. Sans-papiers, sans domicile, sans nom, roms, roumains, etc... vivent dans la marge et qui se préoccupe d’eux, quand un enfant doit être à l’école mais ne l’est pas, comme ce jeune garçon de sept ans qui mendie à Grenoble au lieu de pouvoir apprendre comme les autres et jouer comme les autres ?

Ce matin, donc, en passant dans mon taxi, je remarque ce jeune garçon, déjà vu hier au même carrefour du quartier Teisseire et de l'avenue Jean Perrot.

Je vais le voir, je lui donne un pain et un livre pour enfants que j’avais avec moi. Je lui pose des questions, lui parle de l‘école. Il me sourit tristement mais ne répond pas. Il a l’air malingre (chétif, faible). Il a des petits yeux fatigués et malheureux et tend sa boîte pour de l’argent. Des personnes viennent retirer des sous juste à côté de lui. Il s’essaye à aborder les personnes argentées mais essuie des refus. Il vit l’humiliation, le froid, la honte, la peur... car il est tout seul, avec une mère qui est bien plus loin (pas près de lui) et qui mendie elle-aussi.

En rentrant chez moi, j’ai appelé la police pour cet enfant, pour signaler sa présence dans la rue en mendicité.

La réponse du policier : “Madame, ne vous inquiétez pas, ses parents ne doivent pas être loin.
-Monsieur, ce n’est pas le problème. Que faites-vous de la situation de cet enfant qui mendie au lieu d’être à l’école ?
-Je sais, Madame, je sais, mais ce sont les services sociaux qui doivent s’en occuper.
-Et s’ils ne savent pas, qui va leur dire ? Ils ne sont pas dans la rue...
-Toute personne peut signaler ce genre de choses et les contacter. Appelez la Mairie, Madame.”

En quittant ce policier, j’ai senti qu’il était ému et en même temps impuissant.

images-1.jpgJ’appelle la Mairie de Grenoble. Ils me dirigent vers le CCAS.
J’appelle le CCAS. Ils me demandent d’appeler le Centre social de l’ Abbaye. “Sans nom, sans adresse, on ne pourra rien faire !! On intervient pour des personnes domiciliées. Et puis, vous êtes qui ?”

On me redirige finalement vers celui de Teisseire.

On me passe l’assistante sociale. Elle me dit plusieurs choses.
D’abord, elle veut savoir qui je suis, pourquoi je m’intéresse à cet enfant, quel est son nom et son adresse. Quelles sont mes coordonnées.

Elle m'a posé des questions sur cet enfant, sur son aspect, sur sa mère pas loin, sur son origine.

Voici en résumé le discours entendu de sa bouche sur l'ensemble de l'échange téléphonique :

“Difficile d’intervenir sans nom et sans adresse. Nous, on interviens pour des personnes dont on a le nom et l’adresse. Ce n’est pas notre travail d’aller dans la rue pour aider cet enfant. C’est au Samu Social de le faire. À Grenoble, il y a l’association “Rom Action” qui pourra peut-être se déplacer... Et puis, vous savez, nous avons beaucoup de lois nous empêchant d’aider les sans-papiers, les sans domiciles. Nous avons des chefs de service très à cheval sur ces lois et d’autres qui privilégient l’humain, passant au-dessus de certaines lois dures. On dit que les personnes entrant en France doivent pouvoir subvenir à leur manger et à leurs besoins. Si ce n’est apos le cas, on ne les aide pas. On n’y est pas autorisés. Alors on se bat entre la Protection de l’Enfance qui demande d’intervenir et contre des lois qui vont à l’encontre de l’aide à l’enfance et aux population démunies... Nous allons réfléchir mais nous ne pouvons intervenir dans la rue. Vous pouvez appeler le 119 pour cet enfant, pour demander qu’il soit aidé. Après, il y a le problème de l’autorisation de la mère... Comment faire ?! En tout cas, je vous remercie de nous l’avoir signalé et nous vous rappellerons. Nous allons voir ce que nous pouvons faire.”x20516818.jpg

Nous sommes en France et un petit garçon mendie dans la rue.

La police passe devant lui sans rien faire et pense aux services sociaux qui ne font rien. Les services sociaux passent devant cet enfant dans leur voiture particulière mais ne font rien car ils ne sont pas dans la rue. Ils pensent que la police pourrait intervenir et les prévenir après enquête.

Car sans nom et sans adresse, personne ne bouge !

PAA185000047.jpgEt après on va reprocher à Éric Cantona de dire qu’il a honte d’être français quand il observe autant d'injustice, de misère et de connerie humaine... Pardon, de bétise humaine.

Je pense à cet enfant et j'espère faire bouger les choses. Je ne m'arrêterai pas là. C'est ça, être "révolutionnaire", comme l'entend Éric Cantona.

Chloé Laroche



Voir l'article suivant sur le web : http://bibliobs.nouvelobs.com/20091208/16379/notre-petit-dejeuner-avec-eric-cantona-etre-francais-cest-etre-revolutionnaire

Commentaires

Je viens vous donner des nouvelles par rapport à mon article et au petit garçon dont je vous avais parlé. Depuis mon action téléphonique, je n'ai plus revu cet enfant dans la rue. Mais aucune personne des services sociaux ne m'a rappelée non plus, malgré les promesses. Que ce jeune garçon soit protégé. Je garderai à jamais en chaque jour de Noël de ma vie son regard triste et son visage chétif. Qu'un jour, devenu grand, il puisse vivre et s'épanouir, apprendre des tas de choses, rattraper l'école perdue et avoir un métier et un toit à lui. Chloé L

Écrit par : Chloé Laroche | 25/12/2009

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