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17/01/2011

De la mort à la vie. De l'amour à la révolte. De la naissance à cette vie à un départ vers l'autre vie. Des calins gratuits à Grenoble à la Tunisie en révolution. Pour Alain et Jean-François qui nous ont quittés.

Bonjour à tous et toutes,P1010027.JPG

 

Photo 3115 3.jpgSamedi, je suis allée rencontrer place Félix Poulat à Grenoble le groupe des "calins gratuits", qui fait partie d’Ovs (site Onvasortir.com) en Isère. Il y avait aussi des amis de Peuplades de Grenoble.

C’est Chris qui a initié ce concept dans notre région. Le principe est de proposer des accolades aux passants et d’échanger de l’amour à travers un échange de quelques secondes.Photo 3150 3.jpg

 

J’ai vu une femme au bord des larmes.

 

«Oui, ça me fait du bien un calin", dit-elle en serrant une des participantes dans ses bras.

"Je vis quelque chose dans ma vie de très dur en ce moment.»Photo 3132 4.jpg

J’ai vu des jeunes s’embrasser à plein bras à plusieurs, avec chaleur et joie.

J’ai vu des regards s’illuminer et j’ai vu aussi des regards se dérober.Photo 3148 4.jpg

 

J’ai vu des hommes donner des calins avec de la tendresse au bord du coeur.

J’ai vu des femmes ouvrir leurs bras comme des mamans pour des inconnus.

 

15448-39dg.jpgEt en face, j’ai vu des tunisiens sur la même place manifester pour leur pays, pour dire qu’ils sont en souci pour leurs proches restés au pays.

J’ai entendu leur douleur pour un peuple, le leur, en train de lutter pour la liberté d'être et de survivre dans un monde de plus en plus dur.

 

Une jeune femme est venue vers moi pour me parler.

Elle est tunisienne et m’a fait part de ses craintes, de la révolte de son peuple aussi.

Je lui ai parlé de ma honte devant la déclaration de Michèle Alliot-Marie qui a proposé d’envoyer les forces françaises pour aider à la répression du peuple, alors que pendant ce temps, la police de Ben Ali tirait à balles réelles sur les manifestants.

 

Vous vous rappelez de ce jeune qui s’est immolé par le feu le 17 décembre ?8f00a5d2-18da-11e0-b554-742b4d6e1915.jpg

On lui avait enlevé son outil de travail, un simple étal sur un marché ainsi que toute sa marchandise. Il s’appelait Mohammed Bouazizi et avait 26 ans. La police lui a tout enlevé et il a voulu en perdre la vie. Cinq mille personnes ont suivi son cercueil et ont juré de le venger.

Tous les jeunes se sont retrouvés dans sa mort et la colère est montée. Devant des années de dictature, les tunisiens ont libéré leur ras-le-bol et leur rébellion devant la répression de leur liberté d’expression.

 

Photo 3128 1.jpgSur la place Félix Poulat à Grenoble, samedi, j’ai vu l’amour d’un côté et ces cris de révolte de l’autre côté. Tout cela se mêlait avec la foule passant d'un bout à l'autre de la place.

Je suis entrée un moment dans l’église de cette place. Il n’y avait personne. J’ai vu des fantômes, j’ai vu mes souvenirs dans cette église. Le baptême de ma fille décédée. Ma grand-mère que j’aimais tant. Et tant d’amis et amies disparus, partis de l'autre côté pour toujours. J’ai vu ma fille à quatre mois dans sa robe blanche puis dans son cercueil avec son ensemble rouge, accompagnée de son doudou.

Et aujourd’hui, je suis allée aux funérailles de Jean-François, un jeune de vingt ans qui s’est tué en voiture.

L’église était pleine et les parents si dignes.Photo 3152 1.jpg

Comment accepter l’inacceptable ? Le papa Michel a fait un hommage à son fils d’une grandeur d’âme peu commune, un hommage où il lui a dit que sur terre, il était un ange avec des bras et des jambes et que désormais il serait un ange au ciel avec des ailes. «Va, monte le plus haut possible,» lui a-t-il dit, "mais envoie-moi des signes de temps en temps.»

Accepter la mort de ceux qu’on aime, c’est se dire que Dieu ne reprend pas. Il a donné le souffle de la naissance pour que chacun vive mais quand la mort arrive, ce n’est pas Dieu qui reprend la vie, mais c’est le chemin qui se finit ici-bas. Après on est tous là pour entourer ceux qui restent, afin qu’ils puissent poursuivre leur chemin.

P1010008.JPGQuand on perd un enfant, on est d’abord dans le choc, la sidération.... et puis on s’écroule. On vit une grande fatigue physique, un vide immense. On a l’impression d’être un peu mort avec notre enfant. La vie ne nous touche plus. Le bonheur non plus.

Et puis, au bout de plusieurs mois, on regarde la beauté du monde à nouveau, doucement. Et puis un jour, on sourit et on rit à pleine voix. Car on a compris que pour notre enfant, il faut se battre et poursuivre sa vie à fond car chaque vie est courte et qu’on a à donner, partager, aimer encore.P1010002 - copie.JPG

Mais on porte une croix que personne ne saurait voir, car le vide intense au fond des tripes marque à vie le coeur et l’âme des parents orphelins, qui ont un pied dans la tombe, un pied dans le ciel et les deux mains ici-bas, des mains qui se tordent de douleur ou bien qui s’ouvrent et donnent pour partager.P1010002 - copie.JPG

Quand je suis rentrée de la cérémonie, je suis allée chercher mon fils et devant la porte de l’école, j'ai reçu un coup de fil. J’ai fondu en larmes. Un ami était mort. Il était hospitalisé depuis plusieurs semaines à l'Hôpital Sud pour des problèmes de coeur qui lui apportaient des malaises au quotidien et avait été envoyé il y a dix jours à Bordeaux pour une opération sensée le sauver de ses troubles cardiaques. Il est parti au ciel à soixante ans. Il s’appelait Alain et était passionné par les véhicules de Russie, les tracteurs et tous objets roulants venus de l'Est. C’était un homme généreux et ouvert, avec un immense sourire.P1010071.JPG

P1010077.JPGIl m’avait confié dernièrement : «Tout va mal dans ma vie, pourquoi ça s’arrangerait avec cette opération ?» Il avait très peur. J’ai essayé de lui donner de l’espérance, de lui dire qu’après, il commencerait une nouvelle vie, que l’opération, ce serait comme un tunnel, qu’après on ne sait pas ce qu’il y a, c’est l’inconnu, mais que la vie est là à nouveau, avec de nouveaux espoirs, de nouvelles forces.... Quand je me rappelle mes paroles, je me dis que je lui ai parlé de sa mort et de ce que je ressentais intuitivement.P1010037.JPG

J’aurais aimé qu’il revienne et je suis très triste car c’était un ami cher.

Même quand on est dans l’espoir d’un ailleurs et la croyance en un au-delà, comment ne pas souffrir au plus profond de la perte de nos amis, de notre famille, de nos êtres chers ?

Il nous reste à poursuivre notre chemin et à ouvrir notre coeur pour que les petites poussières d'or de tous ces êtres qu'on a aimés nous atteignent et nous illuminent de plénitude et de sérénité, d'émerveillement devant la vie et de confiance en l'avenir.

à toi Alain, à toi Marhèse, à toi Marie-Dominique, à toi Francis, à toi Louis, à toi Philippe, à toi Aimée, à toi Jean, à toi Zoubir, à vous que j'ai aimés, tous des amis et puis le père de mon fils.

à ma fille Océana partie si petite... à mes grands-parents chéris.

P1010096.JPGP1010054.JPG

Chloé Laroche

______________________________________ Les photos de mon article sont de moi sauf la photo du globe (fotosearch libre de droits) et la photo de Mohammed Bouazizi sur son lit d'hôpital : (crédits photo : Tunisian Presidency/AP). Mes photos ont été faites hier sur une balade au-dessus du lac de Monteynard ainsi que place Félix Poulat à Grenoble, lors des calins gratuits de samedi, où je me trouvais en tant que reporter. Les fleurs que j'ai prises étaient dans l'église Saint Louis.

 

 

P1010084.JPGVoici pour vous qui êtes dans le deuil ces deux vidéos et ce texte que j’ai trouvé

et que j’offre aux enfants d’Alain et à Michel, le père de Jean-François, ainsi qu'à sa maman...

 

http://www.youtube.com/watch?v=RP87uKyYAKA (Puisque tu pars/GOLDMAN)

http://www.youtube.com/watch?v=WRrxwbloQHM (Les fleurs du Bien/OBISPO)

 

LETTRE VENUE D'AILLEURS_______________

 

"Tu as souhaité m'écrire, laissant le soin aux nuages,

le soin de me transmettre ton message.

Cette seule intention m'autorise à te répondre

afin de te dire qu'en partant, j'ai bien emporté

toute la richesse et l'amour de notre vécu,

et, si du poids de mon corps je me suis allégé,

je n'en reste pas moins, dans l'ombre, à tes côtés.

Dés lors, si tu es à la recherche de notre hier,

laisse voguer en toi les pensées et les rêves,

car, dans ces voyages, nous nous retrouverons

pour vivre ensemble cette intime complicité,

et donner ainsi toute sa force à son éternité.

Que la caresse du vent, un rayon de soleil,

une étoile filante ou une goutte de pluie

soient les anges porteurs de cet écrit

pour en traduire auprès de toi le sentiment,

afin que, laissant de côté regrets comme oublis,

tu vives intensément chaque moment de la vie."

______________________________

(Michel Thivent)

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