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06/10/2008

Redonner du courage à ceux qui n'en ont plus. Co-suicides. Mère courage handicapée. Aux personnes dépressives, à celles qui pensent au suicide, à mourir. Numéros verts d'écoute.

Bonjour,

 

Mn_25.jpgJ'ai vu dernièrement une dame handicapée dans une chaise roulante électrique pousser un bébé dans un landau.Mn_11.jpg

Cette vision, j'ai envie de la partager avec Adrien qui a lancé il y a quelques jours sur internet un appel pour trouver un co-suicidaire afin de partir de la vie avec un inconnu solidaire de son projet.

Deux femmes se sont ainsi donné la mort près de Toul en plaçant leur voiture sur un passage à niveau. La solidarité pour se donner la mort, c'est un concept qui vient de sortir. Sans se connaître, on se rencontre pour quitter ce monde et pour se donner le courage d'en finir. Pacte de suicide, pacte de destruction mutuelle, pacte sans retour.

Mn_23.jpgLa solidarité aurait tant besoin qu'on mette ses forces ailleurs !! Fuir la vie est sans issue ! Ces deux femmes errent maintenant près de cette voie ferrée, l'âme perdue et meurtrie par la violence du choc du train qui a emporté leur vie. Le bruit de leur fin tragique résonnera longtemps dans leurs regrets d'âmes suicidées. Anne et Hassina devront refaire le chemin qui les amenées à cette décision. Je pense à elles, à leur famille, je pense au chauffeur du train.

Adrien, je voudrais te dire : cette dame handicapée que j'ai remarqué... porte sa croix et pourtant... elle a choisi de donner la vie. Dans un fauteuil roulant, d'où elle ne peut se lever sans l'aide d'autrui, elle a choisi de porter un enfant et de l'élever, au mépris de toutes les recommandations et de toutes les limitations de la société. Adrien, choisir de se battre et de poursuivre sa route est le meilleur choix, l'ouverture de portes dont tu ne soupçonnes pas l'existence. La vie, si tu lui fais confiance, te fait des cadeaux inattendus et te donne aussi de nouvelles chances. Mais il faut lui montrer que tu tiens à elle et que tu as conscience de la valeur de cette vie si fragile et si merveilleuse... Quand tu vois tous les gestes quotidiens nécessaires à élever un bébé, tout l'amour donné pour élever un petit être, quand tu vois l'univers, les étoiles et l'évolution cosmique... alors tu sais que la vie est précieuse et importante.

Mn_2.jpgJe dédie cet article à tous ceux qui se battent avec courage dans des situations dramatiques et très dures, dures psychologiquement et physiquement, et à tous ceux qui errent sur internet dans l'espoir de trouver la porte de sortie illusoire de la grande faucheuse. Cette dernière, la mort, a le mérite de tout arrêter mais elle ne redonne pas la vie à ceux qui voudraient revenir. Car arrivés de l'autre côté, on n'est pas sur un quai de gare et on ne peut pas reprendre un train de retour. On est sur l'autre rive et on y reste, jusqu'à trouver le noeud qui nous a fait sombrer dans le désespoir d'un éternel oubli. Dénouer les noeuds, retrouver le gouvernail, reprendre le sens de sa vie, retrouver goût au soleil et à la lumière du jour et des étoiles.Mn_16.jpg

Mn_18.jpgJe vous redonne, comme déjà auparavant dans mon blog, ces numéros qui ont déjà aidé de nombreuses personnes à rester les pieds sur terre, même si le coeur est plein de larmes. C'est essentiel quand ça ne va plus... d'être écouté. Je l'ai fait moi-même à certains moments désespérés de ma vie et cela m'a sauvée, de pouvoir appeler de façon anonyme, durant la nuit ou à toute heure. N'hésitez jamais à appeler ces numéros verts et à livrer vos chagrins. Parler soulage. Parler délivre de fardeaux trop lourds à porter seul.

___SUICIDE ÉCOUTE (7 jours sur 7 / 24 h/24 H) : 01 45 39 40 00 (gratuit tarif local)

_______CAP ÉCOUTE : 0800 33 34 35 (numéro vert gratuit)

ou  04 72 33 34 35

_____________CROIX ROUGE Écoute : 0800 85 88 58 (10 h-22 h du lundi au vendredi) et 12 à 18 h (samedi et dimanche)

_____________SOS SUICIDE  Phénix : 0825 120 364 (16 h à 20 h)

ou 01 40 44 46 45 (12 h à 24 h)

___________________________SOS DÉPRESSION :  24 h / 24 h ...................... 01 40 47 95 95

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Courage à tous et toutes sur la route de la vie.

Chapeau à vous qui vous battez, becs et ongles.

Bravo à ceux qui trouvent la force.

La force est en vous.

Chloé L.

01/10/2008

Le massacre des roses de l'amour. Poème pour ceux et celles qui délaissent l'amour sans préavis, par peur et par lâcheté.

Mn_16.jpg"Je veux rester 

Maître d'oeuvre 

De ma vie,"

 

a dit un jour un monsieur

à une dame qu'il aimait.......

 

"Aussi je te quitte

car je t'aime

et ainsi je demeure décideur".

 

Même si... êtreMn_10.jpg

maître d'oeuvre

cela veut dire

fouler aux pieds

les roses de l'amour

les mains enlacées

les mots tendres

les regards échangés.

 

Mn_22.jpgDes maîtres d'oeuvres

Il y en a plein le monde

Mais ils ne construisent pas

Ils détruisent sans relâche

Semant la discorde, le néant

Et les larmes amères

 

Des maîtres d'oeuvres

Il y en a plein l'époque

"Maîtres de leur vie"

En égoïsme solitaire

Au mépris des sentiments 

Et du respect de l'autre

 

Des maîtres d'oeuvreMn_25.jpg

Il y en a plein la Terre

Jouant avec les coeurs

Multipliant les conquêtes

Éphémères chimères

De sourires narcissiques

 

Maîtres d'oeuvre

En construction de mirages

Gardez votre triste monde

Où l'amour, le vrai, est absent

D'où l'amour, le vrai, s'est enfui 

Jusqu'au bout du désert nu

 

Des âmes meurtries.

 

Chloé


Mn_19.jpgPS : J'avais écrit ceci le 8 août : Je pense à cette femme qui pleure dans la nuit, à cet homme aussi... Ils ont perdu leur aimé(e)... parti(e), séparé(e), divorcé(e). Ils n’ont plus de goût à vivre, pensent ne plus jamais pouvoir aimer. Il y en a plein comme ça. Ils écrivent dans des sites psy pour témoigner de leur douleur, de leur chagrin. Ils s’entraident et se soutiennent. Mais il y a ceux qui restent seuls chez eux, ceux qui en ont marre de leur vie. Ils ne veulent pas mourir, juste échapper à ce manque horrible de l’autre. J’ai envie de leur dire qu’une porte se ferme et qu’alors une autre s’ouvrira.


Achille a témoigné d’Amsterdam : “Le serpent change de peau mais pas de nature. C'est la haine et le désir de vengeance qui engloutit toute chance d'aimer ou de faire un autre pas. Il y a peu de gens honnêtes sur terre, alors je dis soyons tout simplement très rationnels la prochaine fois et ne faites jamais confiance à qui que ce soit même s'il (elle) partage votre lit ou votre vie pendant des années. Un cœur noble ne peut soupçonner en autrui la malice qu'il ne sent point en lui.”

Un coeur noble ne peut soupçonner en autrui la malice qu’il ne sent point en lui... Les mensonges, la dissimulation, les tromperies, la trahison, la perversité, le sadisme, l’égoïsme, la froideur, la manipulation, l’indélicatesse... font beaucoup de mal entre deux êtres, dans l’amour.

Benblash a 23 ans, il vit à Montélimar et a écrit ceci : “Je viens de me faire larguer... aujourd'hui même. Je m'étais pourtant juré qu'on ne m'y reprendrait plus, et pourtant... j'aime cette fille plus que tout au monde, et malgré ça, elle me quitte. Jamais une douleur ne sera aussi grande que celle laissée par un chagrin d'AMOUR, ce sentiment de solitude, de mal-être, la confiance en soi perdue et toutes ces questions qui se posent... pour digérer une rupture, pas d'autre moyen que d'attendre, attendre et attendre encore. Reprendre petit-à-petit goût à la vie, se relever et à nouveau regarder devant soi. On a beau se raisonner, se dire que ça va s'arranger, parfois ça marche, d'autres pas... mais comme dit le dicton : "Ce qui ne tue pas, endurcit". Il nous faut donc être plus fort que le chagrin pour ne pas nous laisser envahir par lui, se dire que finalement, si cette personne tant aimée est capable de nous faire autant de mal, c'est qu'elle n'en valait pas la peine et qu'elle ne nous aimait pas vraiment... sinon, pourquoi nous ferait-elle pleurer...?”. 

Je terminerai en vous offrant ces paroles de Amaruh, à Düsseldorf en Allemagne :  “Plaie d'amour n'est pas mortelle mais souvenez vous : “Plus haut le singe monte plus la chute sera dure", donc lorsque votre branche casse, c'était tout simplement pas la bonne branche, changez de branche ou au pire changez d'arbre lorsque vous vous en remettrez car on s'en remet toujours avec le temps.”

Je souhaite à tous et toutes beaucoup de courage car la vie n’est pas un long fleuve tranquille. La tempête s’abat sur vous en une seconde : une pierre lancée, un arbre qui tombe, un deuil, une séparation, une tornade, une disparition, un meurtre, un accident de la route ou dans la maison, une noyade, une agression, une maladie... et c’est la fin du bonheur. Mais il vous reste la vie et il faut reprendre son bâton et poursuivre le chemin car un jour ou l’autre, tout le monde meurt... et l’heure de chacun sonne au moment où c’est écrit. Il faut juste l’accepter.
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17/09/2008

Mon hommage à Emmanuel Multeddo, instituteur assassiné à Bastia en Corse en se rendant dans la classe où l'attendaient ses jeunes élèves.

 

Aujourd'hui, à Bastia, il y a une marche silencieuse. 

Aujourd'hui, en Corse, la colère ronge les coeurs et des enfants n'ont plus d'instituteur.

Ils pleurent Emmanuel Multeddo, leur professeur des écoles, assassiné d'une balle en plein coeur, en se rendant dans sa classe de CM2.

Mn_64a.jpgPersonne ne sait qui a commis cet acte odieux.

Personne ne sait pourquoi Emmanuel a été tué.

Cet homme a deux enfants qui pleurent un père.

Toute une classe le pleure, orpheline de leur maître aimé, bien-aimé.

Musicien et guitariste, il savait les emmener au pays des rêves, les faire danser et chanter, venu des étoiles avec un morceau de bois enchanté.

Musicien et homme de spectacle, tu savais enchanter les enfants qui adoraient faire du théâtre avec toi. Ton sourire savait encourager chacun à montrer ses talents cachés et à donner le meilleur de soi.

Mn_12b.jpgJe voudrais dire ici que le métier d'instituteur est un merveilleux métier mais difficile aussi. Emmanuel avait cette passion qui fait qu'un professeur a tant de coeur pour s'occuper d'une classe entière qu'il arrive à dépasser les difficultés d'éducation, les problèmes d'autorité, le travail de préparation énorme dans ce métier, la prise en charge de vingt-cinq à trente enfants alors que certains parents en ont déjà assez d'un.Mn_47.jpg

 

Emmanuel, rejoins le pays des rêves avec ta guitare et joue pour les étoiles et les petits anges.

Personne ne t'oubliera et ton meurtrier sera retrouvé.

Que tes deux filles soient réconfortées, que ta compagne soit entourée et que tous les tiens soient sûrs que la France et le monde entier sont émus de ton départ, toi qui remplissais ton rôle d'enseignant avec autant de coeur.

Sincèrement,

Chloé Laroche

 

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Commentaires

Le soldat, l'ouvrier et le maître.

Il était une fois un royaume sur lequel régnait sans partage un petit Roi. Juché sur ses talonnettes, le petit Roi demandait à ses sujets de travailler plus pour vivre mieux quitte à se tuer au travail. Et ce qui devait arriver arriva. Trois de ses sujets ont été tués dans leur travail. L'un était soldat, l'autre ouvrier et le troisième maître d'école. Le soldat et l'ouvrier étaient nés dans l'île Intense, l'ouvrier travaillait dans l'île des Francs et le maître travaillait dans l'île de Beauté. 

Comme tous les soldats, le soldat fut un jour envoyé à la guerre au pays des Barbus par le petit Roi aux ordres de l'Empereur du Monde. Son métier était de tuer les ennemis, mais en prenant le risque d'être tué à son tour. Et c'est ce qui arriva, hélas. Le petit Roi qui l'avait envoyé au combat sentit tout l'avantage qu'il pouvait retirer de ce drame. Aussi, chapelle ardente au pays des Barbus, obsèques nationales près du tombeau de feu l'Empereur des Francs et funérailles dans l'île Intense. furent organisées sous la houlette du petit Roi. Il paraît même que le porte-mitre de l'île Intense se déplaça pour l'occasion…Et les gazettes de France et de Navarre furent remplies de sanglots plus hypocrites les uns que les autres sur la mort du petit soldat. 

Quelques jours plus tard, un ouvrier, natif de l'île Intense, comme le soldat, périt lui aussi dans un accident du travail. Mais comme il ne tuait personne et oeuvrait dans les sous-sols obscurs de l'île des Francs, sa mort n'intéressa point le petit Roi. Il ne pipa mot. Pas de chapelle ardente, encore moins d'obsèques nationales mais une montagne de complications pour faire venir reposer son corps dans son île natale.

Pendant le même été boréal, un maître d'école se rendait au travail pour éduquer des enfants de l'île de Beauté. Mal lui en prit, car les Cagoulés veillaient et le firent vite passer de vie à trépas. Les Cagoulés ne sont pas inquiétés par les soldats du petit Roi car ils ont carte blanche pour animer l'île de Beauté… à condition de respecter les courtisans du petit Roi. Que croyez-vous qu'il se passât pour le défunt maître d'école ? Point de chapelle ardente, point d'obsèques nationales. On subodore que ce triste individu qui osait faire métier d'éduquer les enfants a été inhumé quelque part, mais les gazettes furent muettes sur un sujet aussi méprisable. Le petit Roi se tint tout aussi coi cette fois.
Moralité ? Mais non, il n'y a pas de moralité au royaume du petit Roi.


Charles Durand - Le Brûlé - Saint-Denis

N.B. : toute ressemblance avec des faits, des personnes ou des lieux existants ou ayant existé ne peut être que fortuite.

Ecrit par : durand | 01.10.2008

 

13/09/2008

Une femme s’est tuée le jour de la rentrée scolaire au moment de la mesure d’expulsion de son logement. Elle avait 33 ans et trois enfants. Son cadet venait de rentrer en maternelle.

Bonsoir,

 

 

Mn_106b.jpgJe souhaite ce soir que vous sachiez que le jour de la rentrée, le 2 septembre, beaucoup de papas et de mamans ont eu la joie de voir rentrer leurs enfants à l’école.

Beaucoup d’enfants attendaient avec impatience de connaître leur nouvelle maîtresse, leurs nouveaux professeurs, leur nouvelle cour de récréation...

Mais trois enfants n’ont pas eu le bonheur de serrer dans leurs bras leur maman au retour de l’école.

Ils n’avaient plus de maison... et plus de maman.

Elle avait sauté. Morte. Détruite. Effacée. Ulcérée.

Elle s’appelait Morgane. Elle a sauté du quatrième étage et son agonie a duré après sa chute. L’huissier venait de sonner chez elle pour l’expulser de son logement HLM, à Istres.

Avant de sauter, elle a regardé la cour de l’école de son petit garçon de quatre ans qui venait de faire sa rentrée en maternelle.

Morgane était allongée sur le sol. Quelqu’un lui tenait la main.

C’est alors que tous ont entendu l’huissier qui se penchant une minute sur la balcon, a dit : “Allez, on continue, on commence par la cuisine.” Car une expulsion, c’est aussi un déménagement.

La personne n’est plus rien. La famille n’existe plus. Les affaires sont expulsées comme tout sens d’humanité.

Morgane avait une dette de dix mille euros de loyers impayés.

Cette femme de trente-trois ans s’est trouvée acculée dans un désespoir que même le regard de son petit dernier de dix-huit mois, galopant derrière elle, n’a pas pu retenir.Mn_115b.jpg

Ses deux jeunes enfants sont maintenant chez leurs grands-parents.

Combien d’enfants vont encore payer de leurs regards apeurés la triste condition de leurs parents expulsés ?

Combien d’enfants vont devoir rentrer à l’école avec la peur au ventre de ne pas retrouver leur mère, leur père, leur logement ?

Combien de mères, de pères... vont vivre l’humiliation et le désespoir de se voir retirer le minimum nécessaire pour élever leur famille : un toit, de quoi manger et dormir ?

Combien de mères, de pères... vont devoir penser à la mort, au suicide... pour s’évader de ce monde barbare qui les empêche de vivre... et parfois même retire la garde des enfants à des parents pauvres et sans revenus ? Car sans logement, la société a bonne conscience d’annoncer aux parents : “Vous n’avez plus rien, donc on vous retire tout.”

Cruelle vision de ces personnes (huissiers, juges, magistrats, etc...) qui, si ça se trouve, vont à la messe le dimanche, se regardent encore dans une glace sans broncher et embrassent leurs enfants le matin en leur disant : “Bonne journée, je vais travailler.”

Cruel travail que cet emploi qui consiste à ôter un toit à des humains. Cruel emploi qui consiste à enlever des murs les dessins d’enfants et à sortir les jouets et les petits lits.

À l’endroit où est tombée Morgane, une étoile saigne. Un ange pleure toutes les nuits à cet endroit. Trois enfants aussi sanglotent dans la nuit, doucement dans leur lit. Les enfants de Morgane.

Chaque année : plus de 100 000 décisions d’expulsions sont prises. Près de la moitié sont assorties d’un commandement de quitter les lieux. Plus de 20 000 autorisent le recours à la force publique aux fins de les exécuter. 10 000 expulsions réelles ont lieu au final chaque année.

En France, beaucoup d’associations et de personnes conscientes du problème et de la barbarie de ces pratiques luttent pour demander l’arrêt des expulsions.

Mn_33b.jpgJe le demande aussi, solennellement, pour Morgane et ses enfants : que les expulsions de logement soient interdites et que le droit d’avoir un toit soit une évidence pour chacun.

Chloé Laroche

 

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Commentaires

Que Dieu te bénisse Chloé, ce témoignage me bouleverse, me prend aux tripes. Combien tu as raison en dénonçant notre société merdique où le respect de l'être humain n'existe plus, tout cela me révolte et me fait détester, haïr le monde politique qui a laissé faire et donné le "pouvoir" entre les mains mafieuses des pseudos financiers qui placent l'argent volé aux peuples dans des "paradis fiscaux": le monde à l'envers. N'ayez crainte, viendra un jour où nous nous révolterons contre ces puissances maléfiques qui font de nos vies de l'esclavage. Paix à l'âme de cette Mère qui n'en pouvait plus et je souhaite de tout coeur que ses enfants vengeront un tant soit peu leur Maman, ce jour viendra.......

Ecrit par : bruno | 14.09.2008

 

Merci Bruno pour ce que tu m'as écrit ce matin.... Oui, ce jour viendra. Chloé

 

 

 

 

 

 

 

 

08/09/2008

Ce soir, je suis triste, triste de ce matin au Tribunal, triste pour l'adoption non reconnue de ma fille, triste de notre justice française.

Bonsoir !

 

Mn_45b.jpgCe soir, je suis triste car j'ai vécu ce matin au Tribunal un moment très pénible, un morceau d'enfer.

Je bataille pour obtenir la reconnaissance d'une adoption faite au Bénin depuis 2002 : l'adoption de ma fille que je suis allée chercher dans un orphelinat en 2003.

Je vous en avais déjà parlé dans un article précédent, il y a quelques mois, dans "Histoire difficile de l'adoption de ma fille au Bénin" (13 avril).

Quand on adopte un enfant, on doit suivre certains règlements, certaines démarches : agrément à obtenir sur neuf mois environ, visites d'une assistance sociale, rendez-vous avec un psychologue, acceptation du dossier par la Mission Internationale de l'Adoption, attente des papiers en règle du pays d'origine, consentement de la famille biologique restante, délivrance d'un visa pour l'enfant.

Imaginez que tout cela soit fait et que cinq ans et demi après, la France n'a toujours pas reconnu officiellement l'adoption. La Justice pinaille : "Oui, mais l'oncle biologique béninois de votre fille a été considéré comme le père... alors que c'est l'oncle... Que représente en fait exactement cet homme pour votre fille ? La place de cet homme dans sa vie n'est pas claire... Elle a une famille au Bénin. Tout cela n'est pas clair. Ce jugement d'adoption n'est donc pas clair et ne doit pas être validé par la Justice.... Et puis la Justice n'a pas à entériner un lien ou à le consolider. S'il y a lien affectif entre vous, alors vous n'avez pas besoin d'un lien juridique."

Voilà ce que j'ai entendu ce matin.Mn_44a.jpg

J'étais assise en face de cinq dames avec mon avocate à côté. Madame le Procureur, assise à gauche, a démonté mon dossier et ma demande point par point, pièce par pièce, s'adressant ainsi aux dames présentes : "Je vous demande de ne pas aller dans le sens de la demande de Madame Laroche. C'est un fait que sa fille est chez elle, qu'elle s'en occupe, mais voilà, c'est tout. Au début, il y a eu effectivement une enquête du Conseil Général faite par le Service de l'Adoption, qui s'est révélé assez positive... mais très vite, cela a dégénéré entre ses parents adoptifs et cette enfant."

Ma fille a traversé une période difficile d'adolescence, de changement corporel, d'adaptation, d'attente d'identité... Mais si on vient nous reprocher, à nous parents adoptifs, cette crise normale et courante chez nombre d'enfants adoptés, lesquels cherchent à voir jusqu'où on peut bien les aimer... alors si on vient nous reprocher les difficultés rencontrées, le monde tourne à l'envers.

Je n'ai pas pu dire un mot durant toute l'audience. Personne ne m'a proposé de m'exprimer, de dire un mot... moi qui me bats depuis six ans pour cette enfant, qui suis avec elle sur le "terrain" au quotidien, qui l'ai sortie de cet horrible orphelinat où elle se trouvait, abandonnée là-bas... moi qui l'accompagne de mon amour inconditionnel, acceptant les mises à distance obligées, alors même qu'elle m'a hurlé au cours d'une crise il y a quelques mois de "la lâcher", "d'arrêter d'être obsédée par elle", de "l'oublier". Elle oublie ensuite ces mots, ces paroles difficiles à entendre qu'elle dit car elles montent en elle comme une vague qui passe et qui engloutit le présent avec le passé trop dur de l'Afrique, de l'abandon, de l'orphelinat, des mauvais traitements là-bas.Mn_36a.jpg

Quand elle est arrivée, ma fille mesurait 1 mètre 22 et pesait 23 kilos. En un an, elle avait pris douze kilos et grandit énormément, récupérant tout le retard dû à la malnutrition. De l'enfant qu'elle était en arrivant, ma fille s'est métamorphosée à une vitesse inimaginable dans les premiers temps. Je devais changer tous ses vêtements en un trimestre. Aujourd'hui, cinq ans plus tard, on retrouve une "enfant" transformée, une jeune fille en pleine forme, mesurant 1 mètre 56 avec 53 kilos. Ma fille s'est épanouie. Elle est heureuse. Elle a grandi comme une enfant normale, avec des jeux, des poupées dans un premier temps, puis le ski, le cheval, les copines, le vélo, des camps, les scouts, toute une culture à découvrir, le cinéma, les livres, les chanteurs, les balades en famille, la découverte de la France, les vacances au bord de la mer, le Safari de Peaugres, les grottes de la région, etc.

Ce matin, Madame la Procureur a eu la bonté d'annoncer devant l'assemblée que la France ne renverrait pas ma fille dans un charter... "Madame Laroche, soyez rassurée, on n'agit pas ainsi en France. On ne renvoit pas des mineurs dans leur pays. À sa majorité, votre fille aura aussi tout loisir de demander son adoption elle-même, demandant à ce que votre lien affectif soit légalisé. Donc, de ce côté-là, il n'y a pas d'inquiétude à avoir."

J'ai été très rassurée d'entendre ces mots !!!! Vous pensez bien, avec tout ce que je sais sur le dossier des étrangers expulsés... problème dont je parle régulièrement sur ce blog !!

Le Ministère des Affaires Étrangères m'avait envoyé durant l'été un document décisif m'ouvrant toutes grandes les portes de l'adoption de ma fille, avec leur bénédiction. C'était un document prouvant l'abandon de ma fille et la disparition de ses parents, relayés un temps par un oncle et une tante béninois... que ma fille a appelé ses parents.

Même ce document n'a pas ému le Procureur.

Je ne connais pas la pensée de toutes les juges, greffes et dames présentes, puisqu'elles ne se sont pas exprimées, n'ont pas débattu et n'ont posé aucune question.

Deux personnes se sont renvoyé l'affaire : la Procureur et mon avocate.

Mn_35a.jpgJe suis ressortie de la salle effondrée intérieurement.

Mon avocate a dit de moi que j'étais une femme tenace et qui savait ce qu'elle voulait : donner une identité à ma fille et être reconnue comme sa mère officiellement, puisque cette société me demande de toute part si je suis bien la mère de cette enfant, de cette jeune fille maintenant, sur le plan juridique, sur le plan de l'autorité parentale et des instances diverses.

Je considère qu'un enfant venu sur le sol français pour être adopté, et sachant qu'il va l'être... doit voir son espoir concrétisé par le Droit Français... lui donnant le droit de porter officiellement le nom de ses parents adoptifs et d'avoir une carte d'identité attestant de sa nouvelle appartenance familiale. Ma fille n'a pas de papiers français. Ma fille porte mon nom à la dérobade, comme un nom volé à la France. Ma fille n'a pas la nationalité française et plus elle grandit, plus elle a conscience du problème de l'immigration en France.

Ma fille sauterait de joie de savoir qu'elle a été enfin reconnue par la France et comme mon enfant. Ma fille m'appelle Maman et elle sait au fond de son coeur que jamais je ne l'abandonnerais, que jamais je ne romprais ce lien indestructible né entre nous en Afrique, que je serais toujours là pour elle, que j'ai pardonné certaines choses et que j'ai avancé parfois dans l'orage et les tempêtes... mais que mon amour pour elle est véritablement celui d'une mère pour son enfant.Mn_44.jpg

Le jugement court en délibéré jusqu'à début novembre. Attendons. Le coeur de ces dames s'est peut-être ouvert à la plaidoirie de mon avocate et à la robustesse de ce parcours chaotique d'adoption béninoise.

Néanmoins, je suis triste ce soir de tous ces propos entendus ce matin et à d'autres moments, de cette glaciation intérieure de la toute puissance juridictionnelle, qui place l'humain et les actes concrets au second plan.

Car ... ces dames, si elles avaient vu où ma fille se trouvait quand je suis allée la chercher... rougiraient et pleureraient. Si elles avaient vu ce qu'elle mangeait, où elle dormait, combien de pierres on lui faisait porter sur la tête et de seaux remplis de terre.... ces dames supplieraient d'effacer le supplice d'une mère au Tribunal ce matin.

Aux informations télévisuelles, on a annoncé dernièrement que l'adoption serait facilitée en France dès à présent et que toutes les mesures nécessaires allaient être prises. Quand l'État n'est pas capable de prendre la mesure de la souffrance identitaire d'une enfant adoptée qui n'est pas reconnue... depuis presque six ans qu'elle est sur le sol français, il y a de quoi s'interroger sur ces nouvelles mesures publicitaires !!

Sincèrement vôtre,

Chloé L.

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06/09/2008

Ils s'aiment et pourtant... Ma révolte pour les couples dont l'un est étranger et que la France empêche de rester, de rester auprès de son conjoint, de sa famille, de ses enfants.

1358334994.jpgILS S'AIMENT ET POURTANT_________________________

 

Bonjour !

 

 

Je vous avais parlé dans un article précédent des couples mixtes mis au ban public. 

Et du site qu'ils ont créé : http://www.amoureuxauban.net

 

Voici des exemples cités sur leur site qui me font bondir et me révolter. Comme je ne veux pas être la seule à bondir, je vous donne ces témoignages :

 

 ... Ziad, marocain, est reconduit à  la frontière. Le même jour, Patricia,  une Française avec laquelle il vivait  en concubinage depuis 3 ans, accouche de leur enfant français.  ... 

 

Après le décès de son conjoint français, Élisabeth, béninoise,  reçoit une mesure d’expulsion.  La préfecture lui reproche de ne plus avoir de vie commune avec son mari. ... !!! 1441715159.jpg

 

Gilbert, ivoirien, et Louise,  française, ne peuvent pas vivre  normalement. Ils sont mariés depuis 3 ans, mais la préfecture persiste  à refuser un titre de séjour à Gilbert. 

 

2122437419.jpg... Laurence, camerounaise, est  arrêtée par la police à son domicile.  Patrice, un Français avec lequel elle  est mariée depuis presque trois ans,  la voit partir menottée. Le lendemain, Laurence est expulsée. ... 

 

Sophie, française, et Hamid,  marocain, n’ont pas pu se marier.  Prévenus par le maire, les gendarmes ont interpellé Hamid qui a été expulsé quelques jours avant la  date prévue pour leur mariage.  Sophie était enceinte de trois mois. ... 

 

Samira, tunisienne, et Amin, français, n’arrivent pas à faire  reconnaître leur mariage célébré  en Tunisie. Cela fait deux ans qu’ils  attendent la délivrance du livret  de famille français et sont sans nouvelle de leur dossier. ... 

 

... Lydia, jeune algérienne âgée de 11 ans n’a pas été autorisée à  accompagner sa mère en France.  Cette dernière, mariée à un Français,  a obtenu un visa pour la France  mais le consulat refuse par contre  de donner un visa à l’enfant.  

 

1846355278.jpgILS S'AIMENT ET POURTANT.......

 

Ils vivent dans un pays, la France, qui refuse à un homme d'être présent à l'accouchement de son enfant et de vivre avec sa compagne, tout cela pour remplir des quotas de mesures d'expulsions.

 

Quel est ce pays où nous vivons dans lequel cette femme africaine, Laurence, est renvoyée dans son pays alors qu'elle est mariée depuis trois ans avec un français ?

 

Le Pen, s'il était passé, aurait fait tout cela, on s'en doute. Mais il n'est pas passé.

Poutant la France trépasse de honte, du non-respect des Droits élémentaires de l'Homme : ceux de pouvoir réunir sa famille, vivre avec ses enfants, vivre avec son mari ou sa femme, voir grandir ses enfants.

 

Un jour, il y aura des procès faits par ces enfants-là, issus d'un couple dont l'un était étranger, et ils porteront plainte contre l'État français qui les aura privés de leur parent, de leur père, de leur mère... de leur droit intrinsèque d'avoir une enfance vécue avec leur famille.

 

Je vous invite à aller lire à ce sujet le commentaire d'un certain Bernard qui a réagi à mon article récent sur les Justes et ceux qui défendent les étrangers menacés d'expulsion. Je remercie cet homme pour ce commentaire laissé sur mon blog et je pense qu'il a raison sur la suite de ce qui va arriver dans le futur.

 

Je vous invite aussi à aller visiter le site cité plus haut : http://www.amoureuxauban.net

ainsi que le site d'Éducation sans Frontières

et celui de la Cimade.

 

Il y a des pétitions sur ces sites, des actions à faire, des manifestations.

 

Pour ne pas rester les bras croisés à regarder l'amour se déliter, 

à regarder les familles être écartelées,

à regarder les Droits de l'Homme bafoués et malmenés.

 

Sincèrement vôtre,

 

Chloé Laroche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

05/09/2008

Coup de colère routière de la part d'une professionnelle ambulancière. Propos sur la conduite, le handicap, le respect du code, la nouvelle loi sur le clignotant, la sécurité sur la route.

Bonjour,

 

Quand je vois dans mon métier de conductrice-accompagnatrice pour personnes handicapées ou âgées, alors que je roule toute la journée ou presque... quand je vois régulièrement des incivilités au volant, je suis en colère.

Mn_85.jpgJ'observe en effet régulièrement des feux rouges grillés par des automobilistes, des accélérations aux feux oranges, des conducteurs qui vous collent à l'arrière sur l'autoroute, des enfants non attachés voire debout se mettant à la fenêtre, certains même assis devant sans ceinture. Sans parler de ceux qui roulent sans feux ou qui tournent sans mettre de clignotants. Sans oublier aussi ceux qui doublent toute une file de voitures sur une ligne blanche... ou qui en pleine ville vous font une accélération digne de Fangio.796082542.jpg

Mn_107b.jpgJe me souviens de ce petit garçon décédé sur un passage piéton à Grenoble, entre 1998 et 2000, dont on n'a pas retrouvé le conducteur meurtrier qui l'avait renversé. Délit de fuite d'une voiture R19 verte. Je me souviens de tous ces piétons tués par une voiture, tous ces écoliers morts en allant à pied à l'école, toutes ces mamans renversées avec leurs enfants et les vélos massacrés en pleine course... petit garçon à vélo encore dernièrement tué sous les yeux de son père.

Dans mon métier, je vois des personnes lourdement handicapées à la suite d'un accident de voiture, d'un accident de moto ou de vélo. Ils poursuivent leur vie avec courage et volonté, se rendant en rééducation plusieurs fois dans la semaine afin de progresser ou de se maintenir dans ce qu'il leur reste en mobilité. Ils ne marcheront jamais plus, ne feront plus de vélo, n'auront jamais plus de relations intimes pour certains.

Mn_81.jpgEn plus, comme leur femme ou leur compagnon les quittent la plupart du temps... ils se retrouvent seuls. Combien m'ont raconté cette histoire... "Je ne veux pas d'un légume," lui a dit sa compagne juste après l'accident. Cet homme a tout perdu. Son métier qu'il ne peut plus gérer, ses passions de vie, son amour, ses projets. Certains perdent même la présence de leur famille... qui ne les supporte plus ainsi. Le handicap fait peur à beaucoup de personnes et la pensée d'euthanasie n'est pas loin dans l'esprit de certains proches... comme une certaine belle-fille qui est allée voir le médecin d'un homme handicapé, lui demandant combien de temps il lui restait à vivre. Le médecin horrifié lui a répondu : "Il n'y a que l'héritage qui vous intéresse !!!!!". Depuis, fils et belle-fille se tiennent à l'écart de ce malheureux qui non seulement a perdu l'usage de ses jambes et de ses bras... mais en plus pleure tous les jours ses petits enfants tenus à l'écart.Mn_84.jpg

Mn_TRA005.jpgJ'ai vu dans mon métier des personnes handicapées suite à un accident de moto... véhicule au combien fragile pour celui qui est dessus. Je vous en prie, automobilistes, faites attention aux motos. Une règle d'or : si vous avez une moto devant vous, restez éloigné suffisamment derrière elle et puis, surveillez vos rétroviseurs et ne freinez jamais brutalement devant une moto... car eux n'ont pas les freins pour vous éviter et s'arrêter aussi bien que vous.

Donc, surveillez ce qui se passe derrière, devant et sur les côtés. Les rétroviseurs servent à cela. Freinez à l'approche d'un feu, ce qui vous permettra de vous arrêter quand le feu passe à l'orange.303261918.jpg

Mn_TRA015.jpgEt puis, à l'arrivée dans un village, mettez-vous systématiquement en troisième, à cinquante à l'heure, voire quarante, en pensant aux enfants qui pourraient traverser. Trente, c'est bien aussi. Car, quand un petit enfant court et s'échappe, se jetant devant votre voiture, il vous faut rouler à petite vitesse pour pouvoir freiner et lui sauver la vie.

Un dernier mot, pour ceux qui ne savent pas encore : le 1er octobre, en plus du triangle et du gilet obligatoires, il y a une nouvelle loi qui vous coûtera trois points sur votre permis si non respect. Si vous ne mettez pas le clignotant lorsque vous tournez, doublez, évitez... cela vous coûtera vingt-cinq euros et ... trois points. Énorme, mais intéressant pour le respect des autres automobilistes.

C'était le cadeau du jour... car ceux qui sont au courant, seront les premiers avertis.... n'est-ce-pas ?!!..... et garderont les points de leur précieux permis.

Au final, je voudrais vous rappeler que la route est dangereuse et puis aussi de laisser vos rancoeurs et vos colères à la portière, afin de rester maître de vos pédales, et de ne pas prendre la route pour un terrain de boxe ou pour défouler son trop plein de... tout.1437798926.jpg

Mn_106.jpgBonne conduite à tous et toutes. Et rappelez-vous d'attacher vos enfants dans la voiture, même pour vingt mètres. Ainsi que sur les vélos car j'ai encore vu dernièrement des enfants assis dans un siège vélo sans être attachés et sans casque. Un papa emmenait même son jeune fils assis devant lui sur le guidon du vélo. Se rend-il compte du risque qu'il fait prendre à son enfant en cas de choc et d'accident ?!! Son enfant n'est pas retenu et de plus, il risque un traumatisme crânien irréversible.

 

Chloé Laroche

 

 

 

 

 

31/08/2008

Les Justes reconnus mais ceux qui se battent aujourd'hui pour défendre les sans-papiers, expulsés, internés en camps ? Ceux-là sont bannis aujourd'hui.... Double politique d'un gouvernement cherchant à séduire l'Extrême-Droite.

2172 visiteurs ce mois d'août sur ce blog.

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_________________________ Mot de Chloé :

 

La Ligue des Droits de l’Homme de Toulon a écrit les deux articles que vous trouverez ci-après, articles de 2007 et 2008, avec lesquels je suis en total accord et que je choisis de  partager aujourd’hui avec vous.

Le deuxième article conclut ainsi : “Mais, au fait, ceux qui sont solidaires au quotidien avec les étrangers expulsés (cacher des sans-papiers, empêcher les brutales mises à l'avion des étrangers, défendre les familles en danger d'expulsion ou d'écartèlement)... ne sont-ils pas ceux que la nation consacrera comme Justes dans quelques dizaines d’années ?”

Oh combien je suis d’accord avec cette conclusion.

Les Justes ont été reconnus par la France comme des phares de solidarité, d’entraide et de fraternité envers leurs frères juifs. Des français ont agi concrètement pour défendre la vie d’un voisin, d’une mère, d’un enfant, d’un homme menacé par la Gestapo, d’un inconnu qu’il ont caché chez eux. 

Ils ont été des flammes d’humanité dans l’horreur de la Seconde guerre mondiale, horreur que Monsieur Sarkozy vient de dénoncer dans son discours le 25 août à Maillé, où 124 habitants de 3 mois à 89 ans ont été tués de façon atroce par 60 à 80 soldats nazis, le 25 août 1944. 49 enfants de moins de 14 ans dont des bébés de quelques mois ont été massacrés durant cette terrible tuerie.

Tout le monde a applaudi la présence et le discours de Monsieur Sarkozy ce jour-là à Maillé, en ce jour où ce village a enfin obtenu la fin du silence et de l’indifférence nationale. Le massacre a pris aux yeux des Français une mesure véritable de reconnaissance et de prise de conscience du passé  tombé dans l’oubli. Les massacrés, les martyrs de Maillé, les survivants... ont retrouvé la sérénité d’être entendus et reconnus, d’être compris et écoutés.

Mais pourquoi cette politique française à double face ? Le massacre du 25 août 1944 à Maillé est mis en exergue sur la première page du Gouvernement français, lequel met en place parallèlement depuis des mois des pratiques odieuses d’expusions et d’internements massifs en camps spéciaux pour étrangers et sans-papiers, ainsi que des mises à l’avion musclées de familles entières ou de chefs de famille étant obligés de laisser leur famille en France.166974259.jpg 

Je suis véritablement horrifiée par les expulsions et les internements d’étrangers, horrifiée par les raffles, par les chiffres à honorer de reconduites à la frontière (25 000 expulsions par an), par la souffrance causée aux couples déchirés, aux enfants enlevés à leurs écoles, à leurs parents, par l’attitude du gouvernement qui d’un côté se place en sauveur du monde en envoyant des soldats défendre la Paix contre des Talibans cruels... et puis développe par ailleurs une politique odieuse d’immigration, plaçant des personnes précises au coeur de centres spécialisés dans l’expulsion et la dénonciation, personnes que je comparerai aux S.S. Nazis et à la Gestapo.

C’est mon dernier mot et il est significativement fort. La Gestapo avait des méthodes et des actions. Aujourd’hui, on retrouve les mêmes méthodes dans un Gouvernement qui cherche à rallier toutes les voix d’Extrême-Droite en vendant son âme au diable d’une politique d’exclusion.

Chloé 118310870.jpg

 

 

 

_______________________ Poème d'un expulsé :

 

"ET QUI SE SOUVIENDRA DE MOI ?" _________ Nous tous, Keith Parker. Ton texte est relayé partout pour que chacun le lise en France. Chloé

 

Poème de Keith Parker de Crest.

 

 

La Rafle a commencé vers six 

 heures du matin. 

 

Enfant malade, mère affolée? Eux,

 ils s'en fichaient bien.

 

Les ordres sont les ordres, l'Etat

 ne veut plus vous voir.

 

On vous embarque, coûte que coûte.

 (On ne fait que not' devoir)

 

On les envoie à la misère, la souffrance,

 la mort ?

 

Et qui sait qui, demain parlera de

 leur sort?

 

CM2 doit parrainer un enfant d' la shoah

 Maîtresse m'a dit,

 

Comme ça tout le monde s'en souviendra.

 

C'est bien, mais c'est hier qu'elle

 me l'a dit.

 

La rafle, c'est aujourd'hui

 Et qui se souviendra de moi ?

 

Keith Parker

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______________________575844673.jpg

 

 (Articles extraits du site de la Ligue des Droits de l’Homme : http://www.ldh-toulon.net) :

 

SARKOZY À TOULON : son face à face avec la Ligue des droits de l’Homme.

 

Article de la rubrique  “les étrangers” / Date de publication : mardi 18 mars 2008.

 

A l’occasion de la venue à Toulon du président de la République pour un déplacement sur le thème de l’immigration et de l’intégration, les militants de la Ligue des droits de l’Homme lui ont remis le communiqué que vous trouverez ci-dessous. Les journaux télévisés de France 3 ainsi que la presse du lendemain ont rendu compte de cette “rencontre”.

La section toulonnaise de la LDH avait demandé à participer à la table-ronde. Cela nous a été refusé. Nous sommes malgré tout parvenus à transmettre notre communiqué à son destinataire.

 

Voici LE COMMUNIQUÉ :

 

980250214.jpgLes étrangers sont des hommes, tout n’est pas permis contre eux___________________________

 

La section de Toulon de la LDH salue les deux éminents représentants de la République que sont le Président de la République et le Ministre de l’Immigration, venus à Toulon promouvoir le thème « immigration maîtrisée, intégration réussie ».

Tous deux sont porteurs des valeurs de la République.

Il est de notre devoir de rappeler que la politique menée aujourd’hui dans le domaine de l’immigration est contraire aux valeurs d’humanité dont notre pays se revendique. Il est injustifiable d’en venir à considérer a priori l’étranger comme un fraudeur, de refuser un mariage au motif qu’un des conjoints n’est pas européen, de faire ramasser des enfants jusque dans des écoles, de traquer des « basanés » dans le but de faire du « chiffre », d’avoir recours à des tests ADN pour des familles candidates au regroupement familial…

Le recours à cette politique a été présenté comme un moyen de « priver » l’extrême droite de son électorat traditionnel. Certes, le résultat du premier tour des élections municipales en témoigne, l’extrême droite est quelque peu asséchée, mais la droite est trop souvent devenue extrême, oubliant les valeurs de solidarité et de fraternité auxquelles nous sommes attachés.

La France qui a souvent été un pays d’accueil pour les victimes apparaît aujourd’hui comme un pays avant tout xénophobe.

Les circonstances ne sont pas comparables, mais les déclarations du cardinal Saliège sont aujourd’hui d’actualité : « Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. » C’est pourquoi la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme demande solennellement au Président de la République de revenir à une politique digne de la France et respectueuse à l’égard de tous les étrangers.

Toulon, le 10 mars 2008.

 

Après la lecture ... 

A peu près simultanément, la banderole que les militants de la section locale de la LDH ont voulu déployer leur a été violemment arrachée, un militant était évacué manu militari par des policiers en civil pour avoir crié : « Toulon ne deviendra pas le laboratoire de la politique de Brice Hortefeux »...

Confisquée, la banderole !

Nulle fausse note ne serait tolérée. Toulon, tel un village-Potemkine, devait donner l’image rassurante d’une cité heureuse de recevoir son président.

Et voici dans quel état la banderole nous a été rendue le lendemain... Froissée, déchirée, détruite.

Les journaux télévisés de France 3 ont rendu compte de cette rencontre.

 

2110592182.jpg____________________________________________________________________________________________

(Deuxième article extrait du site de la Ligue des Droits de l’Homme : http://www.ldh-toulon.net) :

 

 

EXPULSIONS D'ÉTRANGERS hors de nos frontières :  faire du chiffre ... est-ce bien juste ? 

 

Article de la rubrique  les étrangers / Date de publication : mardi 23 janvier 2007.

 

Il y a quelques jours, la nation rendait un hommage solennel aux Justes qui ont permis à notre pays de « retrouver le sens de la fraternité, de la justice et du courage ».

La semaine précédente, Nicolas Sarkozy avait montré sa satisfaction des bons chiffres obtenus dans le domaine de la gestion des étrangers...

_____________________ 

 

Lors de la conférence de presse du 11 janvier 2007, au Ministère de l’Intérieur, le ministre-candidat s’est félicité de la « chute spectaculaire du nombre des demandes d’asile adressées à la France. Il a diminué de 10% en 2005 (passant de 57 000 en 2004 à 52 000 en 2005) et de 35% en 2006 (pour atteindre 35 000). »

Il a poursuivi :

« Parallèlement, nous avons raccompagné vers leurs pays, à partir de la métropole, 24 000 étrangers en situation illégale en 2006, ce qui représente une augmentation de 140% par rapport à 2002 et de 20% par rapport à 2005. Outre-mer, un effort considérable a également été accompli, puisque le nombre des éloignements a atteint 24 000 en 2006.

« Ces chiffres sont le résultat direct des objectifs chiffrés que j’ai fixés aux préfets, de l’augmentation de la capacité d’accueil dans les centres de rétention administrative (1 000 places en juin 2002, 2 400 places en juin 2007) et de l’organisation de vols groupés (40 en 2006 contre 17 en 2005). »

Et il a conclu avec une promesse : « 25 000 étrangers en situation irrégulière seront raccompagnés dans leur pays d’origine en 2007. »

____________________________

Au-dela des chiffres ... 

Peut-on imaginer les drames humains provoqués par chaque « reconduite à la frontière » ?

A-t-on conscience des dommages causés à notre société ?

•  Chaque étranger devient un délinquant potentiel. Chaque personne ayant une « tête d’étranger », un accent non « métropolitain », un nom à consonance exotique, une religion non « judéo-chrétienne », etc ... devient suspecte. Cette politique de stigmatisation des « étrangers », au mépris de toute solidarité, développe la xénophobie, et, à ce titre, gangrène la collectivité toute entière.

•  La législation de plus en plus répressive envers les « étrangers » s’étend petit à petit à toute la société, nos libertés sont grignotées (il suffit de penser à la multiplication des fichiers et à leurs détournements).

•  La solidarité avec les étrangers sans-papiers est pénalisée : l’aide au séjour d’étrangers en situation irrégulière est un délit, tenter d’empêcher des expulsions par avion entraine une condamnation « pour entrave à la circulation d’aéronefs », des militants du Réseau éducation sans frontières sont régulièrement inquiétés sous des prétextes plus ou moins fallacieux ...

 Mais, au fait, ceux qui sont solidaires au quotidien avec les étrangers expulsés ne sont-ils pas ceux que la nation consacrera comme Justes dans quelques dizaines d’années ?”

 

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Commentaires

Il y aura des procès plus tard. Venant en particulier des enfants français ayant été séparés de leur père, ou mère ou des 2, ou des conjoints français d'étrangers. Il y aura des procès pour ces Paponnades. 

Plusieurs pétitions ont été signées par le Syndicat de la Magistrature. Il y a des divergences chez les juges sur la façon d'appliquer les textes, et sur les textex eux-mêmes. 

Un exemple ; la circulaire du 19 mars 2007 qui explique aux préfets et aux consuls comment il faut traiter les conjoints de français ne mentionne même pas l'obligation de saisir la Commission du Ttitre de Séjour lorsque le Préfet songe à refuser un titre de séjour. 

C'est écrit noir sur blanc dans le CESEDA. C'est occulté par cette ciriculaire qui sert de base à tous les préfets. Cette circulaire est affichée sur le site Internet Service Public. C'est presque une forfaiture dont se rendent coupables les signataires et les exécutants de cette circulaire. 

Ces procès donneront lieu à quelques milliards d'indemnités. On peut espérer que les fautifs suivront le chemin de Papon. 

Il serait bon que des avocats se saisissent du sujet et que les différents plaignants potentiels commencent à se regrouper. Les manquements aux lois en cours sont légion. . 

L'exigence du visa long séjour pour le conjoint au titre de l'article 313-11 alinéa 4 n'a même pas été votée par le législateur. Ce législateur a même voté le loi du 24 juillet 2006 qui supprime l'obligation pour le conjoint d'être entré en France régulièrement. 

Comptez les points, regroupez vous, prenez des forces. 

Vu l'ambiance actuelle tout cela ne durera pas très longtemps. Préparons nous.

Ecrit par : bernard | 02.09.2008

 

28/08/2008

Mon hommage à Rose, petite fille de 4 ans assassinée par son grand-père en Israël. Mes pensées pour les dix soldats tués en Afghanistan et pour le bébé et sa maman assassinés par l'ex-compagnon de cette dernière.

J'offre ce poème pour la petite ROSE, assassinée par son grand-père.939105063.jpg Elle avait 4 ans et demi et était triste dans son coeur. Elle avait un père en France et était chez sa mère en Israël, laquelle vivait avec son ex-beau-père, le grand-père paternel de Rose. Ils avaient deux autres jeunes enfants, nés de leur union. Le grand-père, âgé d'une quarantaine d'années, a tué sa petite fille dans un accès de colère, en la frappant. Il a avoué le crime et a dit qu'il avait mis le corps de Rose1884938743.jpg dans une valise puis qu'il l'a jetée dans la rivière Yarkon. 

Des plongeurs volontaires fouillent la rivière, sans trouver pour l'instant le corps de Rose.

 

J'offre ce poème aussi aux dix soldats assassinés en Afghanistan.

Au bébé assassiné par son père dans les Yvelines, à sa mère décédée des suites de ses blessures.

Aux enfants frappés dans le silence et le mutisme, martyrisés, maltraités.

 

 

ROSE_________________2065035625.jpg

 

 

Tu es cachée dans ton coeur

Petite fille triste qu'on n'a pas su défendre

Pas su protéger, pas su aimer

 

Tu as vu tes parents se déchirer

Pour avoir ta garde et ton sourire 

Séparés par des kilomètres

 

Tu es cachée en un endroit

Recouvert de vert et de bleu

Les couleurs de ton espérance

 

Tes larmes ont fait une rivière si grande

Qu'un homme a crié au monde

Qu'il t'avait jeté dedans

 

Je voudrais t'offrir toutes les roses

Celles du bonheur, celles de la joie

Les roses qui adouciront ta peine

 

Va trouver ton ange, celui de tendresse

Qui t'entourera à jamais

De ses bras protecteurs

 

Rose, certains disaient de toi

Que tu étais si triste

Malheureuse et rebelle

 

Ton regard cherche le monde

Cette terre bien moche d'humanité

Où des hommes tuent leurs enfants et tout petits

 

Un bébé a été tué il y a quelques jours1431497609.jpg

Par son père en France

Sa mère est morte frappée aussi 

 

Deux coeurs ont cessé de battre

Dans la violence d'un amour martyr

Déchirements, séparations, haines

 

Rose, tu vois le monde et tes parents

Tu les aimes et tu les vois pleurer

Sur leurs choix, sur ta vie sacrifiée

 

Tu envoies un nuage rose et bleu

Dans leur vie, sur leur chemin

Afin qu'ils sachent que ton coeur vit

 

Rose, le monde est dur

Et toi tu es partie de là

 

Dix soldats sont morts aussi798144745.jpg

Tués dans la bataille d'une paix fragile

Pour un idéal sans appel, sans délai d'âge

 

Ils étaient jeunes, vingt ans pour certains

Engagés pour défendre des valeurs solidaires

Contre des guerriers talibans, assassins et cruels

 

Dix soldats sont morts et leurs parents les pleurent

Dix cercueils devant le rictus de la mort lugubre

Ils se sont battus, se sont fait massacrer à jamais

 

Rose, tes petits membres n'ont pas supporté 

Les coups de ton grand-père, les coups pires que la mort

Cette brutalité assassine jaillie d'un adulte sur un petit être

 

Combien d'enfants supportent ces coups dans le monde ?

Le silence est seul témoin des pires horreurs

C'est pourquoi je le brise

 

Rose, reçois ma tendresse

Mes pensées, mes roses pour toi

Tout l'amour de tous ceux qui pensent à toi

 

Amour que je transmets aussi aux dix soldats assassinés en Afghanistan et à ce bébé de quatre mois tué avec sa maman par un père qui ne supportait pas la séparation. 

 

Amour que j'envoie à ma fille Océana qui aurait eu 14 ans le 17 août de cette année.1051846086.jpg

 

L'épine de la rose saigne mais la rose ne meurt pas. L'amour ne meurt pas.

 

Chloé

 

Commentaires

Je viens de découvrir ce blog, et son auteur Chloé LAROCHE, et je tiens à dire qu'il est vraiment exeptionnel, pour la franchise, le osé dire, la générosité, 
C'est merveilleux de pouvoir mettre des mots à toutes ces horreurs, qui me glacent personnellement quand je les apprends !!
Je tiens à dire un grand bravo à Chloé pour ces propos courageux et ses dénonciations
Vraiment c'est remarquable, et je suis sure que pleins d'autres personnes qui lisent ce blog pensent pareil !!

Bon courage et bonne continuation à vous

Ecrit par : DURAND | 30.10.2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10/08/2008

Je suis solidaire des amoureux mis au ban public. Je vous fais connaître le site du Mouvement de couples mixtes pour la défense du droit de mener une vie familiale. Clandestinité, expulsions, refus de papiers.

Ce soir, je choisis de vous faire connaître le Mouvement de couples mixtes pour la défense du droit de mener une vie familiale.323177948.jpg

Des témoignages vont suivre, ainsi que la pétition à aller signer sur le site : http://www.amoureuxauban.net

Brassens chantait "les amoureux sur les bancs publics".... Maintenant, ceux qui s'aiment sont renvoyés dans la marge de notre pays.

Remisés au ban public.

Ne restons pas là à regarder s'éteindre l'espoir de ces couples, de leurs enfants... de leur amour. Allons signer la pétition de l'APPEL ainsi que les pétitions individuelles concernant à chaque fois des familles, comme celle que j'ai sélectionné au bas de cette page, pour ZAKIA.

Merci d'aller visiter leur site.

Chloé Laroche

 

______________________ Témoignages :

 

"Mon épouse et sa petite fille de 4 ans sont à Yaoundé"

"Mon épouse et sa petite fille de 4 ans sont à Yaoundé au Cameroun. Nous somme mariés depuis le 13 Octobre 2007. Le mariage a été fait à Yaoundé. Et oui voilà, cela fait déjà 10 mois que je n'ai pas vu mon épouse et c'est très dur quand vous téléphonez deux fois par jour (matin et soir) pour voir si tout va bien et que votre épouse vous dit que votre petite fille de 4 ans réclame son papa tous les jours et tout ça pour le blocage du dossier de transcription de l'acte de mariage. Je trouve ça injuste de la part de l'Etat français. En plus, mon épouse avait un poste à temps plein comme institutrice dans une école spécialisée pour la rentrée de septembre 2008. Mon mécontentement m'oblige à faire des courriers au ministère à Paris et dire chapeau et bravo la France : c'est une honte."1846355278.jpg

"Je vais devoir accoucher seule"

"Bonjour à tous. Pour résumer mon histoire : je suis française de double nationalité algérienne. Je suis tombée amoureuse de mon époux en juillet 2006 pendant mes vacances en Algérie mais notre relation a commencé en juillet 2007 toujours en vacances. Nous nous sommes fiancés en décembre 2007. Au courant du mois je suis tombée enceinte, puis notre mariage a suivi en avril 2008 en Algérie.

 Dès mon retour fin mai, j’ai fait une demande de transcription du livret de famille algérien que j’ai reçu par chance début juillet. Maintenant, nous essayons d'obtenir un rendez vous au consulat pour pouvoir déposer un dossier de demande de visa de conjoint français. C'est très dur mentalement car le rendez vous donné n’est pas avant le mois d'octobre. Je vous rappelle que je suis enceinte maintenant de 7 mois et demi. Mon accouchement est prévu pour début septembre; et, après avoir passé une grossesse seule loin de l'homme que j'aime et du père de mon fils j'apprends que je vais devoir accoucher seule. En plus, notre bébé a rencontré une petite malformation au niveau de l'appareil urinaire que je vais devoir surmonter seule à sa naissance. Alors ma demande est simple : si quelqu'un a une solution pour m'aider à obtenir un rendez vous plus rapidement juste pour qu’il soit là pour l'accouchement, ce serait vraiment majestueux de votre part de me la communiquer. Je suis enceinte et malheureusement pas très épanouie à cause de toutes ces procédures idiotes qui sont d'obtenir un rendez vous pour déposer un visa alors que nous avons tout : le livret de famille français, la transcription… mais il faut qu’il nous rajoute des complications car cela n'est pas suffisant de vivre une vie de couple à distance !"

 

"Nous sommes mal....et pourtant on s'aime"

"Enceinte de 5 mois et française, je suis mariée avec mon amour du Mali depuis mars 2008. Preuves de vie commune depuis 2006! La préfecture a trouvé le moyen de refuser notre demande de régularisation pour mon époux après 4 mois en invoquant une usurpation d'identité, prié alors de quitter le territoire !

Depuis le 23 juillet 2008, nous sommes mal....et pourtant on s'aime. Que va-t-il se passer ?"

 

L'APPEL______________________668369205.jpg

 

"Aujourd’hui la liberté d’aimer la personne de son choix est en péril.

Des milliers de couples franco-étrangers sont aujourd’hui privés du droit de mener une vie familiale normale en raison du durcissement constant des lois sur l’immigration et des pratiques administratives.

Difficultés pour se marier, mariages célébrés à l’étranger non reconnus et refus de visas d’entrée en France provoquant des séparations forcées, multiplication des obstacles pour l’obtention d’un titre de séjour entraînant des situations de précarité et de clandestinité, familles déchirées par des mesures d’expulsion, intrusion dans l’intimité des couples par des enquêtes de police abusives sont quelques unes des injustices vécues.

Parce qu’ils refusent d’être systématiquement suspectés et contrôlés, parce qu’ils n’acceptent plus de vivre cachés ou séparés, plusieurs centaines de couples mixtes mobilisés au sein des “Amoureux au ban public” entrent en campagne pour faire entendre leur voix et exiger une amélioration de leur condition.

Je m’associe aux “Amoureux au ban public” pour que chacun puisse vivre librement et dignement sa relation amoureuse et sa vie familiale."

 

Premières organisations signataires : La Cimade, Emmaus, FASTI, GISTI, Ligue des Droits de l’Homme, MRAP, RESF, SOS Racisme, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature,..

Signer l'appel sur le site des "AMOUREUX AU BAN PUBLIC" : www.amoureuxauban.net

 


L'ÉTAT DES LIEUX________________ (Extrait choisi du site des "Amoureux au Ban Public") :

 

Une politique de “combat” contre les couples mixtes

"Depuis plusieurs années, les réformes successives de la législation sur les étrangers rendent les conditions de vie des couples mixtes toujours plus difficiles. Derrière le prétexte de la lutte contre les mariages blancs se cache en réalité une véritable politique de “combat” contre l’immigration familiale, récemment reléguée au rang peu enviable d’“immigration subie”. Bien que protégée par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l’homme, la liberté du mariage et le droit de mener une vie privée et familiale normale font l’objet d’atteintes de plus en plus graves et répétées."

 

La liberté du mariage en danger

 

"Abus de pouvoirs. Certains maires refusent de célébrer le mariage et, parfois, signalent directement le couple à la police. D’autres transmettent systématiquement le dossier de mariage au procureur de la République alors que la loi ne prévoit une telle transmission qu’en cas de doute sérieux sur la sincérité de l’union. Des mariages indésirables. Les arrêtés de reconduite à la frontière pris pour faire obstacle à la célébration du mariage se multiplient. La délivrance de visas à des étrangers souhaitant venir se marier en France est devenue très exceptionnelle et les procédures à suivre avant de se marier à l’étranger se sont considérablement durcies."

 

Rejoindre son conjoint en France : le parcours du combattant

 

"L’épreuve de la transcription. Lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, les couples mixtes doivent en demander la transcription auprès de l’état civil français pour que leur union soit reconnue. Cette formalité est indispensable pour que l’étranger obtienne un visa lui permettant de rejoindre son époux français en France. Or la procédure de transcription donne souvent lieu à des enquêtes injustifiées et peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années.

Le piège des visas. Si les étrangers mariés à des Français ont en principe droit à l’obtention d’un visa d’entrée en France, ceux qui vivent en union libre ou dans le cadre d’un PACS ne disposent pas d’un tel droit. Dans tous les cas, le traitement des demandes de visa dure généralement plusieurs mois et, de plus en plus souvent, ces demandes ne reçoivent pas de réponse."

 

Vivre en France dans la précarité

 

"Le risque de l’expulsion. Pour un étranger en situation irrégulière, le fait de vivre en couple avec un Français ne le protège pas de l’expulsion même si les intéressés sont mariés ou si la vie familiale est inscrite dans la durée. Partout en France, des couples vivent ainsi cachés, dans la peur des expulsions devenues de plus en plus fréquentes.

L’absence d’un véritable droit au séjour.

Depuis plusieurs années, les étrangers mariés à des Français n’ont plus droit à la délivrance automatique d’une carte de “résident” valable 10 ans. Ils ne peuvent prétendre qu’à la délivrance d’un titre de séjour provisoire dont il faut demander le renouvellement tous les ans. La procédure de renouvellement prend souvent plusieurs mois pendant lesquels les conjoints de Français ne disposent que de simples récépissés. Dans ces conditions particulièrement précaires, il est difficile pour les intéressés de trouver un CDI, d’obtenir un logement, de souscrire un prêt bancaire, etc. En cas de rupture de la vie commune (divorce,décès du conjoint français), l’étranger fait l’objet d’une mesure d’expulsion. Pour les étrangers vivant en concubinage ou dans le cadre d’un PACS avec un Français, la délivrance d’un titre de séjour est laissée au bon vouloir de l’administration." 

 

La disparition du droit à l’intimité de la vie privée

 

"La multiplication des contrôles. Les couples mixtes sont enfermés dans une existence jalonnée de contrôles destinés à vérifier la réalité et la poursuite de leur vie familiale. Contrôlés avant la célébration du mariage, avant la délivrance d’un visa pour la France, avant la première délivrance d’un titre de séjour, ces couples le sont également par la suite tous les ans, au moment du renouvellement de leur titre de séjour provisoire. De nombreux témoignages font état d’interrogatoires policiers ignorant les règles de déontologie, d’objectivité et de respect des personnes auditionnées. La mise à nu des existences. Tenus d’ouvrir la porte de leur domicile aux enquêteurs, contraints de dévoiler leur correspondance privée et leur compte en banque, parfois interrogés sur des aspects très intimes de leur vie (relations sexuelles, convictions politiques et religieuses), les couples mixtes ne disposent plus dans notre pays du droit au respect de la vie privée."

 

La détérioration du traitement des couples mixtes par l’administration

 

Le pouvoir du guichet.

 

"De nombreux dysfonctionnements sont régulièrement constatés : refus d’enregistrer des demandes, durée de traitement des dossiers anormalement longue, refus non motivés, difficultés pour obtenir des informations auprès des services, impossibilité d’accéder aux guichets, multiplication des arrestations à domicile ou dans les locaux de l’administration, listes de pièces à produire différentes selon les préfectures ou les consulats, etc."

 

Il y a des PÉTITIONS sur le site d'"Amoureux au Ban Public", des dizaines.

En voici une :

 

Exigeons un visa pour Zakia_______

 

"Un enfant français et sa mère de nationalité marocaine interdits d'entrée en France depuis 4 ans.

Le gouvernement français refuse depuis plusieurs années la délivrance d'un visa à Zakia, ressortissante marocaine veuve d'un français et mère d'un enfant français âgé de 4 ans.

Zakia, de nationalité marocaine, s'est mariée le 12 juillet 2003 au Maroc avec Abdel-Ilah MRABTI, un ressortissant français. Le couple demande au consulat de France la transcription du mariage sur les registres de l'état civil pour obtenir un livret de famille. La procédure s'éternise car le consulat suspecte un mariage blanc et saisit le Procureur de Nantes pour enquête.

Ne supportant pas la séparation avec Zakia, Abdel-Ilah loue un appartement au Maroc et la rejoint le plus souvent possible, lorsque son travail le lui permet. Le 12 mai 2004, un enfant naît de leur union. Le 18 juillet 2005 un drame se produit. Abdel-Ilah décède d'un accident de voiture au cours d'une de ses visites à Zakia au Maroc. Un an plus tard, en juillet 2006, la veuve obtient enfin la transcription de son mariage, après deux ans d’attente !

Dès l'obtention du livret de famille, Zakia dépose une demande visa pour la France afin de venir y vivre avec son enfant qui possède la nationalité française. Elle reçoit un premier refus non motivé et dépose dans les semaines qui suivent une nouvelle demande. En avril 2007, un second refus, motivé cette fois, lui est adressé. Le consulat estime qu’elle ne participe pas à l’entretien et à l’éducation de son enfant qu'elle élève pourtant depuis sa naissance ! Le 24 avril 2008, la commission de recours contre les refus de visa confirme la décision du consulat en évoquant « un risque migratoire » !!

Faute d’avoir obtenu la transcription rapide de leur mariage, Abdel-Ilah et Zakia n’ont jamais pu mener une vie familiale en France. En raison des refus de visa répétés opposés à sa mère par le gouvernement français, leur enfant, actuellement âgé de quatre ans et citoyen français, ne connaît toujours pas la France et se voit refuser le droit de grandir dans son propre pays.

Nous, signataires de la pétition, dénonçant avec vigueur le refus du gouvernement français de permettre à Zakia de venir vivre en France pour y élever son enfant de nationalité française.

Nous exigeons la délivrance immédiate d'un visa en sa faveur."

 

= Allez signer la pétition sur le site http://www.amoureuxauban.net (Mouvement de couples mixtes pour la défense du droit de mener une vie familiale).

 

Commentaires

Je trouve que c'est inadmissible des comportements pareils au niveau de l'état.

Ecrit par : rahmani | 04.10.2008

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QUAND JE VOIS QUE MA COUSINE AIME UN HOMME DU CAMEROUN ET QU IL NE PEUT PAS VENIR EN FRANCE C EST DEGOUTANT PENDANT QUE DES COUPLES MARIES ICI EN FRANCE SONT EN TRAIN DE SE DECHIRER ET DIVORCER OU EST LA JUSTICE DANS TOUT CA???????

NICKOLE DU LE CREUSOT 71

Ecrit par : PESCHER NICKOLE | 16.02.2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08/08/2008

Lettre solidaire pour les sinistrés, endeuillés, solitaires, meurtris par la vie... qui n'ont pas dormi cette nuit.

Cette nuit, des personnes n’ont pas dormi ou très peu.1947079007.jpg

Il y en a des centaines, des milliers... et je vais vous en parler.

D’abord les parents du petit Louis qui a disparu dans la Drôme.. Un petit garçon de deux ans et demi qu’on ne retrouve pas depuis hier. Qu’un ange le protège et qu’on le retrouve ! Avec toutes mes pensées à ses parents désespérés et inquiets.

Je pense aux sinistrés d’Hautmont et à la région du Nord qui vient de subir une terrible tempête, avec plus de mille logements et maisons gravement endommagés et détruits. Il est possible de les aider en envoyant un chèque à l’adresse suivante :

Association des Maires du Nord
Solidarité -Sambre
BP 1179
59013 Lille Cedex

Je pense aussi aux parents du bébé de huit mois tué à Bonifacio. Tous deux ont 28 et 29 ans, jeunes parents en deuil. Terrible drame où ils ont vu le crâne de leur enfant éclaté par une pierre lancée par deux adolescents. La mère a hurlé et toute la Corse l’a entendue. Se promener au bord de la mer dans un paysage idyllique et voir son enfant décédé de façon si horrible, frappé par le sort injuste d’une pierre qui aurait ricoché... destinée à la mer.

Je pense malgré tout aussi aux deux adolescents, cousins de 13 et 14 ans, incarcérés depuis. Ils ont jeté des pierres du haut des falaises pour “s’amuser” mais savaient-ils la portée de leurs actes. Combien d’adolescents font des bêtises pour provoquer, s’essayer à la vie, montrer leur autonomie jusqu’à défier l’irraisonnable ? Un des deux risque vingt ans de prison... mais savait-il que sa pierre destinée à la mer allait ricocher sur un bébé dont la tête a explosé ? Sa vie est détruite à jamais, comme une rose cueillie d’un coup de sécateur. La vie du bébé aussi.

Je pense aux parents et à la famille de ces deux adolescents corses... qui ne dorment plus. Aux parents du bébé qui porteront à jamais cette croix et cette déchirure, comme un glaive leur transperçant le coeur.

Je pense aux parents de cette fillette de douze ans décédée dans sa tente dans le Cher, durant une colonie de vacances.... à cause d’un arbre tombé avec un vent à 120 km/heure... à cause aussi de la négligence d’adultes qui ont rentré le matériel.... mais pas mis les enfants à l’abri dans des bâtiments en dur, pourtant accessibles juste à côté. Ces gens-là ne feront pas de prison, pourtant on met un gosse en prison pendant vingt ans pour une pierre qui a ricoché. Là, le ricochet, c’est l’inconscience et la non-assistance à autrui. C’était un centre diocésain, avec des soeurs. On ne peut pas dire que les centres diocésains soient très recommandables en ce moment...

Le meurtrier de Valentin dans l’Ain a été tué par un homme hébergé dans un centre diocésain, au sein du village où il demeurait. Les parents de ce petit garçon vivent un supplice comme vous ne pouvez l’imaginer, le coeur arraché de quarante coups de couteaux plantés dans la chair de leur chair. Je pense à eux et je leur offre le poème écrit pour leur fils dans mon chapitre : “Révolte pour l’Enfance”.

Cette nuit, d’autres personnes n’ont pas dormi. Je pense à cette dame âgée, Rose, qui a perdu tous ses frères et soeurs, seule survivante d’une grande famille. Elle est dans une maison de retraite, loin de son village de montagne d’où elle a été arrachée... sa maison plaisant bien à sa descendance, à l’une de ses descendantes.

Je pense à cette femme qui pleure dans la nuit, à cet homme aussi... Ils ont perdu leur aimé(e)... parti(e), séparé(e), divorcé(e). Ils n’ont plus de goût à vivre, pensent ne plus jamais pouvoir aimer. Il y en a plein comme ça. Ils écrivent dans des sites psy pour témoigner de leur douleur, de leur chagrin. Ils s’entraident et se soutiennent. Mais il y a ceux qui restent seuls chez eux, ceux qui en ont marre de leur vie. Ils ne veulent pas mourir, juste échapper à ce manque horrible de l’autre. J’ai envie de leur dire qu’une porte se ferme et qu’alors une autre s’ouvrira.

Achille a témoigné d’Amsterdam : “Le serpent change de peau mais pas de nature. C'est la haine et le désir de vengeance qui engloutit toute chance d'aimer ou de faire un autre pas. Il y a peu de gens honnêtes sur terre, alors je dis soyons tout simplement très rationnels la prochaine fois et ne faites jamais confiance à qui que ce soit même s'il (elle) partage votre lit ou votre vie pendant des années. Un cœur noble ne peut soupçonner en autrui la malice qu'il ne sent point en lui.”

Un coeur noble ne peut soupçonner en autrui la malice qu’il ne sent point en lui... Les mensonges, la dissimulation, les tromperies, la trahison, la perversité, le sadisme, l’égoïsme, la froideur, la manipulation, l’indélicatesse... font beaucoup de mal entre deux êtres, dans l’amour.

Benblash a 23 ans, il vit à Montélimar et a écrit ceci : “Je viens de me faire larguer... aujourd'hui même. Je m'étais pourtant juré qu'on ne m'y reprendrait plus, et pourtant... j'aime cette fille plus que tout au monde, et malgré ça, elle me quitte. Jamais une douleur ne sera aussi grande que celle laissée par un chagrin d'AMOUR, ce sentiment de solitude, de mal-être, la confiance en soi perdue et toutes ces questions qui se posent... pour digérer une rupture, pas d'autre moyen que d'attendre, attendre et attendre encore. Reprendre petit-à-petit goût à la vie, se relever et à nouveau regarder devant soi. On a beau se raisonner, se dire que ça va s'arranger, parfois ça marche, d'autres pas... mais comme dit le dicton : "Ce qui ne tue pas, endurcit". Il nous faut donc être plus fort que le chagrin pour ne pas nous laisser envahir par lui, se dire que finalement, si cette personne tant aimée est capable de nous faire autant de mal, c'est qu'elle n'en valait pas la peine et qu'elle ne nous aimait pas vraiment... sinon, pourquoi nous ferait-elle pleurer...?”.737595677.jpg

Je terminerai en vous offrant ces paroles de Amaruh, à Düsseldorf en Allemagne :  “Plaie d'amour n'est pas mortelle mais souvenez vous : “Plus haut le singe monte plus la chute sera dure", donc lorsque votre branche casse, c'était tout simplement pas la bonne branche, changez de branche ou au pire changez d'arbre lorsque vous vous en remettrez car on s'en remet toujours avec le temps.”

Je souhaite à tous et toutes beaucoup de courage car la vie n’est pas un long fleuve tranquille. La tempête s’abat sur vous en une seconde : une pierre lancée, un arbre qui tombe, un deuil, une séparation, une tornade, une disparition, un meurtre, un accident de la route ou dans la maison, une noyade, une agression, une maladie... et c’est la fin du bonheur. Mais il vous reste la vie et il faut reprendre son bâton et poursuivre le chemin car un jour ou l’autre, tout le monde meurt... et l’heure de chacun sonne au moment où c’est écrit. Il faut juste l’accepter.

“Sos dans une tempête de mère”... mon blog... est là pour cela, pour toutes les tempêtes de chacun. Je suis comme une petite maman qui vous envoie son aide par les mots apaisant les maux ainsi que par l’entraide des pensées solidaires... et des actes posés : pétitions, aides, solidarité... que chacun lisant ici peut faire... solidarité comme par exemple un chèque envoyé pour les sinistrés d’Hautmont (à envoyer à l'adresse ci-après) : Association des Maires du Nord / Solidarité -Sambre- BP 1179- 59013 Lille Cedex _______

Merci pour eux et merci de me lire... et de m'écrire.

Sincèrement,

Chloé

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Commentaires

Merci Chloé pour tous ces témoignages d'évènements difficiles et douloureux pour ceux qui les vivent et pour l'aide et le soutien apporté aux parents et aux familles meurtris.
Ta pensée est très lucide dans la vision des évènements, et il est important de ne pas passer sous silence ce qui se passe, même si certains évènements sont difficiles à entendre.
Je rends grâce à ton courage et à ta lucidité !
Je t'embrasse
Marc

Ecrit par : marcanciel | 08.08.2008

07/08/2008

Dieu seul le sait mais nous aussi. Pauvreté et solidarité, avec ATD Quart Monde, l'Abbé Pierre et Coluche. Poème contre les Négationnistes. Poème "Sidéens, femmes et divorcés".

Ces poèmes sont extraits de l'ouvrage de Chloé Laroche, édité en 2000 : "Soleil d'amour Soleil de Colère" -ISBN : 2-9516004-0-2, aux éditions L'Âme du Ciel.

 

PANTOUM POUR L'ABBÉ PIERRE ET COLUCHE________________1231960303.jpg




À toi l’Abbé Pierre qui fit jaillir ces mots :
“Servir premier le plus souffrant” même avant soi
À toi Coluche pour qui Pierre est un héros
Voici ce qu’un jour tu lui dis : “Eh ben voilà”


“Servir premier le plus souffrant” même avant soi
L’Abbé nous y invite avec ses chiffonniers
Voici ce qu’un jour tu lui dis : “Eh ben voilà”
Lui offrant un chèque de solidarité


L’Abbé nous y invite avec ses chiffonniers
Ils vivent si pauvres pour donner le bonheur
Lui offrant un chèque de solidarité
Tu lui fis un clin d’âme des Restos du Coeur


Ils vivent si pauvres pour donner le bonheur
Dans l’immense toit d’Emmaüs né pour l’Amour
Tu lui fis un clin d’âme des Restos du Coeur
Tous les deux vous resterez en nous pour toujours


Dans l’immense toit d’Emmaüs né pour l’Amour
La mort n’existe plus car la vie nous gagne
Tous les deux vous resterez en nous pour toujours
Car grâce à vous l’indifférence est au bagne

Janvier 1993____________________________________________________64888910.jpg

 

 

ODE POUR LES PAUVRES___________________

En hommage au Père Joseph Wresinski,
fondateur du Mouvement ATD Quart-Monde




La dignité n’est pas le privilège des riches
Dans le Quart-Monde hommes et femmes marchent debout
Surtout ne me soutenez pas que les pauvres trichent
Ou alors essayez de vivre avec eux sans le sou
Chez nous ils sont des milliers d’êtres à souffrir de faim
Exclus et rejetés par le don du pain quotidien
Ils ont perdu leur travail, leurs enfants, tous leurs espoirs
Et très souvent ne savent ni lire ni écrire
Mais ils gardent le courage d’esquiver le pire
Même si quelques uns pour fuir se mettent à boire


Tant que vivra la misère l’Homme ne peut rire
Dans notre beau pays combien d’enfants n’ont pas de jeux
Les sourires de leurs parents sont rougis de soupirs
À Noël mille tristes larmes emplissent leurs yeux
Puissent ceux qui possèdent donner à ceux qui n’ont rien
De l’argent, des vêtements, des jouets ou un jardin
Pour qu’enfin dame Solidarité s’émerveille
D’avoir autant de fiers fidèles à son service
Et surtout n’attendez pas un instant plus propice
Mais donnez bien vite avant le brouillard du sommeil


Dans la rue grise les mendiants sont les baromètres
De la générosité sans fard des passants pressés
Qui saura entrouvrir assez grande sa fenêtre
Pour accueillir cette femme assise avec son bébé ?
Le confort, le luxe et l’argent seraient-ils si jaloux
Pour susurrer qu’elle aurait peut-être en elle des poux
Ce ne sont que prétextes de gens lâches et sans coeur
Pensez au lendemain : ces âmes seules dans le froid
Ne laissez pas s’éteindre leur étincelle de joie
Qui au feu d’un foyer leur rendrait un nouveau bonheur


Joseph disait que “la misère est l’oeuvre des hommes”
Il ajoutait : “Seuls les hommes peuvent la détruire”
Aujourd’hui l’indigence a reperdu de ses formes
Le Mouvement d’Aide à Toute Détresse la fait fuir
Depuis déjà trente-cinq ans que ce groupe a surgi
Grâce à toi qui te nommais père Joseph Wresinski
La misère est toujours là mais des hommes se battent
Pour dire qu’elle existe et pour la faire reculer
Si chacun les aide elle devra rendre les clés
Qu’elle a volées aux tristes sans-logis... échec et mat !




Janvier 1993  64888910.jpg____________________________________________________________________________________




MORTS EN ALGÉRIE____________2 août 1996

Dédié à  Monseigneur Claverie




Mort à Oran
Mort en priant
Tu étais de ceux
De la colère de Dieu

L’humanité blessée
N’oubliera pas ton feu
Les étoiles versent les larmes
Qui naissent du sang qui coule

Tu te nommais Pierre
Évêque en Algérie
Et tu maudissais la guerre
Que livre la horde sauvage

Cette horde criminelle
Qui tua sept de nos frères
Moines éperdus de prières
Âmes folles de Dieu

Mais Dieu est grand
Car Il est Allah
Il est Jéhovah
Yahvé tout-puissant

Sa colère doit être grande
Devant la foi qui tue
Il n’aime que l’Amour
Unissant tous les croyants

L’Algérie était heureuse
Lorsque je l’avais visitée
Mais aujourd’hui elle pleure
Et ses larmes coulent en chaque femme


Chaque algérienne qui se tait ou qui crie
Chaque journaliste qui vit dans la terreur
Chaque religieux qui tremble pour les siens
Chaque chauffeur qui meurt près de son Évêque

 

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SIDÉENS, FEMMES ET DIVORCÉS________________________


(Dédié à Monseigneur Jacques Gaillot, évêque d’Évreux
et à mon amie feu Aimée Guicharet qui soutenait les sidéens)



Quand la Pierre de l’Église renia Jésus
La foi des fidèles ne s’arrêta pas là
Aujourd’hui lorsque le Sida nous met à nu
Le Pape nie l’objet empêchant le trépas
Saint-Pierre aussi avait renié Jésus trois fois
Mais son amour de Dieu fut plus fort que l’effroi
Un séropositif ne peut plus donc aimer
Puisque sans préservatif il devient tueur
Laisserez-vous des enfants perdre le bonheur
D’avoir trouvé l’amour, même contaminé ?


Quand la Pierre de l’Église renia Jésus
Marie et ses soeurs en foi ne faiblirent point
Pourtant ici encore la femme est exclue
Certains parlent du mythe d’Ève si lointain
Saint-Pierre aussi avait renié Jésus trois fois
Mais son amour de Dieu fut plus fort que l’effroi
Salomé était de la race de Judas
Pourquoi exclure les femmes donnant la vie
Pour un péché qu’elles n’ont même pas commis ?
Femmes évêques, pourquoi ne serait-ce pas ?


Quand la Pierre de l’Église renia Jésus
L’amour des coeurs les uns pour les autres croissait
Aujourd’hui deux amours successifs sont reclus
Un homme divorcé ne peut aimer après
Saint-Pierre aussi avait renié Jésus trois fois
Mais son amour de Dieu fut plus fort que l’effroi
Quelqu’un m’a dit : “L’Église sert de garde-fou”
Mais quel jeune serait assez fou pour mourir
Sur l’autel du Sida dans la foi du pire ?
Quelle femme battue peut chérir son époux ?_____________Février 1993

 

EN VÉRITÉ_______________________


“Pour ne pas oublier, il faut savoir à son tour.
Pour faire savoir, il ne faut pas accepter d’oublier.”
L’abbé Pierre




La vérité ne tue pas
C’est le silence qui tue
Mais il y a aussi des vérités
Qui tuent
Car elles font le silence
Sur les autres
Les autres vérités


En effet
La vérité n’est vraie
Que si le silence sonne faux
Car il y a des silences
Qui sont vrais
Authentique vérité
De celui qui prie
De celle qui médite
De celui qui appelle en soi
L’ultime vérité


La vérité ne tue pas
C’est le silence qui tue
L’homme qui se tait devant
Sa femme qui se tait
Chacun se terre dans sa vérité
Sans chercher à partager
Ses quatre vérités
Honnêtement
Avec l’autre sincèrement


La vérité est tue
Et les mensonges naissent
Toute honte bue
Le silence tue
La vérité qui se noie
Au bord des coeurs
Assoiffés d’authentique
De cristal limpide
De franchise infinie
Terrible souffrance
Du mutisme sans fond


Mais toute vérité
N’est pas bonne à se dire
Le silence est parfois
Le tombeau de secrets
Inaccessibles à certaines vérités
Et puis il y a celles qui sont admises
Par ceux qui croient
Détenir l’unique vérité :
Celle qui peut tenir au silence
Les pires crimes contre l’Humanité
Souffrances tues
Êtres tués une seconde fois
Par la Négation de la Vérité




1996_________________________________________________Poème dédié aux déportés victimes
du Nazisme, envoyé
aux Négationnistes

06/08/2008

En hommage à Valentin. Avec toutes mes pensées à ses parents.

VALENTIN____________________________160769874.jpg



Un enfant est mort assassiné
Un soir en pleine rue sombre
Tout seul face à son meurtrier
La main du démon a frappé
Quarante coups de couteau
Comme un chien enragé

Un enfant est mort assassiné
Le cercueil est blanc dans un monde noir
Un homme a tué mais ce n'est pas lui
Qui était au bout de sa main
C'est un mal pire que tous les maux
La volonté de prendre la vie d'un enfant pur

Un enfant est mort assassiné
Il portait le prénom de l'amour
Jamais il ne connaîtra le bonheur
Des amoureux dont il portait le nom
Mais de là-haut il esquisse un sourire
En portant la main à ses plaies refermées2043568094.jpg

Un enfant est mort assassiné
Comme le petit Nicolas
Poignardé dans les rues de Marseille
Il y a déjà des années
La vie continue mais le cauchemar aussi
Violence qui frappe l'innocence

Un enfant est mort assassiné
Il a parcouru ensanglanté
Les rues désertes et silencieuses
Appuyant sa main rougie sur les maisons
Traces de vie indélébiles
Ton âme est immortelle

Un enfant est mort assassiné
Il porte ce soir à ses parents meurtris
Un soleil d'amour si grand
Que j'en pleure chez moi ce soir
Valentin va poursuivre son chemin
En les prenant par la main dans la nuit

Je t'embrasse Valentin.

Chloé

02/08/2008

Les Fleurs de l'Amour. Être une femme. Parole d'ange. Violon de vie. La Terre et la Colombe.

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Introduction spéciale de Chloé Laroche :

J’ai choisi dans ce blog d’offrir et de partager gratuitement mes écrits, nouvelles, poèmes, témoignages, réflexions... ainsi que mon dernier livre : “Solidarité Puissance Toi”, que vous pourrez découvrir dans la catégorie "Solidarité Puissance Toi" et aussi dans celle intitulée "Amour, tolérance et croyances" (voir à gauche de cette page en dessous de ma photo).

Les Nouvelles du Paradis et les Lettres à Océana (catégorie "Survivre à la mort d'un enfant") proviennent de mon ouvrage : "les Semences de l'Après-Vie", paru en 1998. Beaucoup d'articles de la catégorie "Ne tirez pas sur l'ambulance" proviennent de mon ouvrage écrit entre 2002 et 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes".

D'autres textes, contes et nouvelles arriveront encore sortis du livre "Un homme et une femme au coeur des Alpes", paru en 2001... sur la montagne, l'amour, les relations parentales et la résilience.


_________________________________ Important :

Les poèmes qui suivent sont protégés dans l’ouvrage aujourd’hui épuisé : “Soleil d’amour Soleil de colère” écrit par Chloé Laroche et paru en 2000 aux Éditions L’Âme du Ciel, sous l’ISBN : 2-9516004-0-2. Si vous souhaitez les utiliser ou les imprimer, merci d’envoyer un mail à l’auteur à : chloe.email@laposte.net

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LES FLEURS DE L'AMOUR___________




Si votre amour doit être le roman du siècle
Vous aurez toujours un long siècle pour le vivre
Et il demeurera pour les siècles des siècles
Par-delà les mots qu’on peut lire dans les livres
Laissez pousser les fleurs et jaillir les rivières
Laissez faire les yeux et tomber la poussière
Du coup de foudre qui emplit nos vies de sable
Laissez les coeurs s’étreindre avant d’unir vos mains
Pour que le temps présent puisse embraser vos demains
Sous le feuillage tendre et vert d’un grand érable


Si votre amour est la plus belle des histoires
Vous aurez un océan d’encre pour l’écrire
Ne jetez pas votre stylo d’or dans un miroir
Celui du passé qui vous revient en noirs soupirs
Mais choisissez le chemin de l’avenir sans peur
Sans crainte d’aimer et de partager votre coeur
Si pour vous l’amour n’est qu’un morceau de rivière
Vous ne connaîtrez jamais le bonheur du fleuve
Qui grandit au fil des méandres qui se meuvent
Dans la contrée d’une tendresse sans frontières


Si votre amour doit être le plus profond des films
Vous aurez toujours le doux scénario du hasard
Ne craignez pas d’ouvrir votre coeur dans la mine
Et de le tendre à votre âme-soeur, même en retard
Celui qui ose lancer sa flèche sans cible
L’atteint au-delà des limites du possible
Mais celui qui jette son arc en plein désespoir
Par déception ou par peur d’aimer et de chérir
Verra le gai soleil de son âme se flétrir
Dans l’enfer des regrets et des pâles histoires




CHAPELET D'AMOUR____________




Sur la plage
De mon éternité
Tu t’approches
Sur les ailes d’un ange
Et tu me dis que
Je compte pour toi



Alors je compte pour toi
Les pétales des roses
Que j’effeuille d’amour
Jusqu’au soleil de ton âme



Alors je compte pour toi
Les vagues des océans
Que je filtre à travers
Le soleil de ma vie



Alors je compte pour toi
Les coccinelles dans la neige
Que je réchauffe sur mon coeur
Dans le soleil de tes yeux



Et tu comptes pour moi
Les jours de mon infini
Et l’infini de tes nuits sacrées


________________________________ Dédié à mon ange gardien







FOI D'AMOUR______________________

(poème dédié à toutes les victimes des guerres touchées par des attentats sur les marchés,
comme celui de Sarajevo ou en Irak, en Palestine et en Israël)



Il n’y a pas d’ailleurs
Où l’amour ne fleurit pas
Il chante dans ton coeur
Et au coeur du gouffre intense


Il n’y a pas d’ailleurs
Où l’amour ne fleurit pas
Il pousse sur les berges
Du torrent dévastateur


Il n’y a pas d’ailleurs
Où l’amour ne fleurit pas
Il défit le temps qui passe
Sous le pont de la torture


Il n’y a pas d’ailleurs
Où l’amour ne fleurit pas
Il est la rose du sang qui coule
Sur le marché des fleurs martyrs


Il n’y a pas d’ailleurs
Où l’amour ne fleurit pas
Il est vainqueur de vie
Pour tous les coeurs vaillants


Il n’y a pas d’ailleurs
Où l’amour ne fleurit pas
Il est la source du désert
Et l’oasis de l’Espérance



1995________________________________________________






L’AMOUR
EN CIMES D'AILES______________






Dans les cimes écloses
De l’amour en quête
Je m’absente du monde
Pour plonger en moi

Lorsque je remonte
Le ciel s’est mis à l’endroit
Pour fondre sur moi
Comme un faucon affamé

Alors je me laisse faire
Et il me met les menottes
En jetant la clé au fond
De la rivière de mon âme





Dans les cimes écloses
De l’amour en quête
Je m’absente du monde
Pour en retrouver la clé

Lorsque je reviens
L’oiseau s’est transformé
En colombe immaculée
Qui m’enlève vers le ciel

Alors je la laisse faire
Et elle me montre son coeur
Ensanglanté d’insupportable
D’où je tombe inanimée





Dans les cimes écloses
De l’amour en quête
Je m’absente du monde
Pour soigner la colombe

Lorsque je reviens
L’oiseau ressuscité se plaint
Le sol est recouvert de plumes
De mille oiseaux défunts

Alors je les laisse faire
Et ils viennent sur mon corps
Pour tisser la lumière
Des chemins de l’Amour


1995_____________________________




AMOUR SUBLIME___________________


Aux veuves qui pleurent





Il n’y a rien qui puisse
Me faire oublier
Ton amour
Toi qui es parti
Dans l’autre monde
Arraché par un ange
À notre montagne


Il n’y a rien qui puisse
Me faire oublier
Ta voix
Toi qui me parles encore
De notre union
Dans les rêves de mon coeur
Adossé au cimetière


Il n’y a rien qui puisse
Me faire oublier
Ton regard
Toi qui me scrutes
Du haut du clocher
De l’éternité découverte
Par ton âme paysanne


Il n’y a rien qui puisse
Me faire oublier ma peine
Sauf peut-être nos enfants
Et les enfants de nos enfants
Toi que j’aimerai toujours
Dans le bleu de l’océan
De leurs yeux épanouis



______________________________
Dédié à ma grand-mère Madeleine
qui a rejoint son mari au Ciel au bout
de quinze longues années de solitude



LETTRE SAUVÉE DES EAUX____________________





Pour sauver un chat
Il s’est mis à l’eau
Puis le ramena
Sur son coeur tout chaud

Sauvant son puîné
Elle s’est mise à l’eau
Au bord de l’été
Pris sous un bateau

Pour sauver le bien
Ils ont tout donné
Jeunes musiciens
À l’humanité

Pour sauver l’amour
Ils se sont battus
En donnant toujours
Et à corps perdus

Pour sauver l’espoir
Nous nous sommes vus
Dans un contre-soir
Nos vies étaient nues

Pour sauver demain
Tire l’alarme
Donne-moi la main
Sèche mes larmes





__________________________1992



CONSÉCRATION_________________

(Dédié à Mireille Nègre,
danseuse et vierge consacrée,
aux alpinistes et aux artistes,
aux paysans et aux moines)





Se consacrer au plus haut
À l’essence du ciel
Au sublime éternel
De l’essentielle ardeur
C’est le don du grimpeur éreinté
Conquérant les sommets
De l’âme véridique


Se consacrer aux larmes
D’une vie de labeur
Labourage lumineux
Du semeur d’espérance
C’est le don du paysan fatigué
Jusqu’au bout des sillons
De la terre retrouvée


Se consacrer à la toile
Des couleurs de l’amour
En puisant l’arc-en-ciel
Dans les yeux des enfants
C’est le don du peintre irisé
Exprimant l’Univers
À la mesure de son être


Se consacrer aux pauvres
À ceux qui n’ont plus que leurs yeux
Et sécher leurs peines
En chantant la Paix
C’est le don de la colombe envolée
Qui prend leurs mains dans les siennes
Pour serrer le monde dans ses bras


Se consacrer à l’Amour
Qui descend du Soleil
Jusqu’aux racines de l’Esprit
C’est le don du poète inspiré
Regardant vers demain
En marche vers Celui
Qui marche devant lui


Se consacrer à Lui
Par-delà l’espoir ténu
D’un bonheur terrestre
C’est le don le plus grand
De l’âme verdoyante
Qui renaît à la source radieuse...
De l’Amour en Esprit


1995___________________________________





TU DONNES SANS RIEN ATTENDRE_______


(À Claire Bécaud
Aux peintres du monde entier)




Je suis le très vieux peintre Wang-Fô
J’aime traverser le monde à pied
Pour semer le riz de mes tableaux
Dans les yeux gris des enfants blessés


Wang-Fô revient de loin
C’est un être sage
Le pays d’où il vient
Est un ciel sans âge
Et celui où il va
Est un pays sans rois


Cet enfant qui erre
C’est ton élève Ling
Comme nous sur Terre
Si verts que des figues
Dans cet art du bonheur
Sortant de tes couleurs


Tu donnes sans prendre
Dans le creux de tes mains
Mais tu sais attendre
Le parfum des jardins
Car tel un long chemin
Aussitôt tu les peins


Tu nous emmèneras
Loin de tous nos soucis
Sur cet océan-là
Où jadis tu partis
Pour un ailleurs fleuri
Par tes mains amaigries


Wang-Fô tu es si bon
Esprit si généreux
C’est toi la vraie leçon
Que nous a donnée Dieu
Car ton coeur courageux
Reste pauvre mais bleu


Tu n’as jamais vendu
De tableaux alentour
Le corps à moitié nu
Au monde tu donnes
Les couleurs de l’amour
Et puis tu pardonnes



Je suis le très vieux peintre Wang-Fô
J’aime traverser le monde à pied
Pour semer le riz de mes tableaux
Dans les yeux gris des enfants blessés





1989_______________Poème inspiré par une nouvelle de Marguerite Yourcenar : “Comment Wang-Fô fut sauvé”, elle-même inspirée par un vieux conte chinois (collection Folio cadet n° 67).





RESTE
VIVANT_________




Tu vis la mort dans l’âme
Comme la naissance
D’une âme sans vie



Tu vis la mort dans l’âme
Comme la souffrance
D’un coeur sans voix



Tu vis la mort dans l’âme
Comme l’absence
D’un amour sans espoir



Mais pourquoi mourir
Lorsque l’âme vit
Lorsque le coeur chante
Lorsque l’amour crépite ?



1995_________________________




AMOUR
INCRUSTÉ____________


(À ceux et celles qui
pratiquent l’art de l’icône)


Tu peins
Avec les gouttes
De ton coeur
Larmes d’or
Sang d’esprit
Sainteté


Tu peins
Avec les rêves
Sculptés dans le réel
Oiseau rare
Alcyon qui pond
Mille oeufs de lumière


Tu peins
Avec les rênes
De ta vie
Maître du sillage
De l’amour semé
Au creux de l’icône


Tu peins
Avec l’essence
De ton âme
Imprégnée de Dieu
Embaumée d’univers
Éprise d’idéal serein




_______________________________________________________


ANCRE D'AMOUR
ENCRE DE VIE_________

Dédié à mes amis écrivains et poètes



Jaillissement d’une plume
Appelée par une étoile
Souviens-toi de la rive
Qui t’inspire à l’infini


Jaillissement d’un rire
Sorti d’un coeur d’enfant
Souviens-toi de ce ciel
Qui nous scrute à la racine


Jaillissement d’une fleur
Offerte à la lumière
Souviens-toi de l’amour
Qui sublime l’encre noire


1995________________________________________________






“Voyez, mes frères,
le printemps est venu.
La terre a reçu l’étreinte
du soleil, et nous verrons
bientôt les fruits
de cet amour.”

Sitting Bull,
chef sioux hunkpapa (1875)____________


s“L’enfant doit savoir qu’il ne doit pas toucher
la flamme éclatante qui l’attire tant.
De loin elle le réchauffe et
illumine son coeur ;
de trop près,
en cendres
elle le réduirait.
Un seul dans ce coeur
peut sans crainte résider ;
car il est le rayon qui l’a bien allumé.
Il est la salamandre qui dans le feu renaît.”


La Mère (Pondichéry)
27 Mars 1917 / “Prières et Méditations”



________________________________________________________________________





CHAQUE VIOLON EST UNE FORÊT_________________________




Chaque violon est une forêt
Dans laquelle grandit le bonheur
Dans chaque forêt bat un grand coeur
Un son qui vit dans l’arbre qui naît
Homme forestier fais attention
Ne renverse pas l’érable d’or
Recueille seulement le bois mort
En attendant que sève soit sons



Chaque violon est une prairie
Dans laquelle s’ébroue un cheval
Dans chaque prairie crie un archet
Un arc dans le poulain qui naît
En son âme la joie dévale
Par mille notes et sons fleuris
Au-delà des orages la vie
Prend pied dans l’amour d’un animal



Chaque violon... une colline
Dans laquelle s’ébat un enfant
Dans chaque colline... un mendiant
Et un vieil homme qui jardine
Ce sont les rêves du musicien
Qui cultive pour l’amour des siens
Mille arc-en-ciels de hautes ondes
Apaisant le coeur gris du monde




1992______________



L’ARME
DE PAIX________







À toi
Qui mit des épines
Dans mon coeur
Je t’offre
Cette rose sans ronces
Pour défaire
Les tempêtes sans fin
De la souffrance
Qui ronge ma Terre



À toi
Qui mit des sabres
Dans mon âme
Je t’offre
Cette épée sans épines
Pour annuler
Les guerres sans fin
De la haine
Qui tue ma Terre



À toi
Qui mit des bombes
Dans ma vie
Je t’offre
Cet archet sans flèches
Pour faire la Paix
Et enterrer la hache
De la rancune
Qui hante ma Terre




1995__________________________________________


VIOLON DE VIE________



À mon violon et aux
violons du monde entier




Arc d’amour
Violon au coeur pur
Tu sillonnes les âmes
Pour que la joie rayonne
En roses rouges de vie


Arc de vie
Flèche touchant la sève
Pour ramener aux racines
Le ciel des rêves
S’abreuvant au Soleil


Arc du Soleil
Archet de lumière
Tu viens des étoiles
Nous parler de la trêve
En rosée de paix


Arc de paix
Tu caresses les ouïes
Transperçant les êtres
Jusqu’au chant intime
Du violon intérieur


Arc de l’intérieur
Tu nous offres l’ultime
Pour dépasser les rêves
En leur rendant l’espoir
Réalité de l’amour




1996__________________________________________






CRI
DE PAIX______________________________





Jamais plus tu n’emprunteras
Les ponts ornés de bonsaï
Toi qui mourus à Nagasaki
Du vol d’un oiseau noir
Enfoui dans l’enfer éclaté


Jamais plus tu n’emprunteras
Les toits fleuris de violonistes
Toi qui mourus à Auschwitz
Dans le four de la haine
Attisée au creux de l’atome


Jamais plus tu n’emprunteras
Les rues étoilées d’enfants
Toi qui est mort à Sarajevo
Porté par ton coeur vers le coeur
De la souffrance irradiante


Mort d’un médecin
Ou mort d’une mère
Mort dans l’éclat d’une bombe
Ou dans un camp de concentration
Morts sur la route
De la vie
Au carrefour des haines
Je vous pleure
Dans l’amour de mon coeur
Je vous pleure
Sur les cimes de l’espoir


1995______________________________________








CONCERTO
POUR LA PAIX____________________________

Dédié à feu Yehudi MENUHIN
et à Miguel Angel ESTRELLA





C’est un voyage
Que nous risquerons
Dans les images
D’un globe tout rond

Nous nous en irons
Dans mille pays
Pour créer le pont
D’une mélodie

Entre les rires
Des petits enfants
Et le sourire
Des bleus océans

Car toutes les mers
Chantent ensemble
Dans les rivières
Qui les rassemblent

Et puis chaque enfant
Sans aucun doute
Est une goutte
Dans l’immense chant

Qu’il vienne d’ici
Qu’il vienne d’ailleurs
Il chante la vie
Semant le bonheur

Oui nous partirons
Sur les verts chemins
Échanger les sons
De nos gais refrains

Car nous le savons
Que la musique
Est un clair lagon
Vraiment magique

Elle est le vieux port
De toute amitié
Comme un long accord
Né d’éternité

Elle est la crique
Aux doux messages
Si fantastiques
Des plus grands sages

Elle nous donne
Les clés d’harmonie
Du monde infini
Qui nous étonne

Elle est l’arc-en-ciel
De toutes les vies
Et la merveille
De notre ouïe

Elle nous unit
Car elle est celle
Qui fleurit le lit
De notre âme en ciel

Oui nous partirons
Au seuil des maisons
Pour donner le son
De mon violon rond

Ton saxophone
Et la guitare
Seront les phares
Du téléphone

Où nous chanterons
Pour le monde entier
Frissons en chansons
Regards échangés

Nous sommes frères
Soeurs mères pères
Dans la conquête
De la planète

Pour qu’une vraie joie
Regagne les coeurs
Et qu’un grand émoi
Gomme le malheur

Pour qu’une vraie paix
Soit reine partout
Et que plus jamais
Ne passe les roues

D’un lourd char d’assaut
Sur un frêle enfant...
Prends donc ton saxo
Joue à tous les vents

Fleuris ton violon
Et sors de chez toi
Pour donner le ton
À toutes les voix

Cueille ton piano
Et sème l’amour
Peins toujours plus haut
La couleur des jours

D’un globe en larmes
Qui soudain sourit
Devant le calme
D’une mélodie





Avril 1991_______________ Poème écrit avant mon voyage autour du monde après avoir remporté le premier prix du concours “Exploit autour du monde” organisé par le Forum des Voyages de Grenoble en 1990. Mon projet gagnant était de rencontrer des enfants d’autres pays à travers la musique, langage universel, et de communiquer avec eux des chansons de paix et d’amitié, des musiques d’harmonie et de fraternité. Ils me
chantaient leurs chansons et je leur faisais écouter des enfants d’autres pays. Vous pouvez lire le poème “Troubadour chante avec amour” qui relate ce voyage.






TROUBADOUR CHANTE AVEC AMOUR__________________________

À tous mes petits amis, enfants du Dauphiné
et du monde, enfants de Nouméa ou de Papeete,
avec qui j’ai partagé la chanson de Renée Mayoud :
“Qu’importe d’où l’on vient pour devenir amis, pour inventer
demain et faire chanter la vie aujourd’hui” (“Enfants d’ici et d’ailleurs”)




Troubadour chante avec amour
Ton oreille avec le soleil
Mon violon voyage toujours
Ma voix est comme l’abeille
Elle a butiné mille fleurs
Semant le pollen du bonheur
Dans le coeur de tous les enfants
Rencontrés autour du monde
À nouveau la joie m’inonde
Je revois leurs yeux innocents


Troubadour chante avec amour
Te souviens-tu à Tahiti
Ces danseuses dans leurs atours
Après l’humble Californie
Nous surfions dans les écoles
Tels des colombes en envol
Je distribuais des chansons
D’amitié, de fraternité
En pétales éternisés
Par toi mon ange compagnon


Troubadour chante avec amour
Tous ces enfants nous ont aimés
Car la musique est sans détour
Leurs sourires nous ont épiés
De San Francisco à Sydney
Écoutant le son de la paix
D’un enthousiasme satisfait
Car ils ont soif de messages
Emplis d’ardeur, de partage
Pour un monde pur sans délai


Troubadour chante avec amour
Tout en égayant les âmes
Jeunes, vieilles, la nuit, le jour
De sons aux coeurs-oriflammes
S’envolant d’une flûte hardie
Capable en une mélodie
D’embraser la terre entière
Par un feu de joie éternel
Brûlant les scories du réel
Dans un canon sans frontières


Troubadour chante avec amour
Des mots pleins de fraternité
Sa décision est sans retour
Il suit sa route, critiqué
Mais sait que le soleil brille
Lorsqu’il cultive ses trilles
Il sait que les coeurs le suivent
Vers un avenir de refrains
Où vivront toujours les jardins
Pour que le meilleur arrive


Troubadour chante avec amour
Te souviens-tu à Djakarta
À Nouméa et Singapour
Les enfants dansaient sur nos pas
Les Tahitiens nous ont fleuri
Par colonnes nous ont chéri
Vois-tu dans l’île de Corfou
Ce grec ancien dans sa maison
Qui riait avec mon violon
Comme un enfant joyeux et fou


Troubadour chante avec amour
Dans le feu de l’espérance
Plus sage que le passé lourd
De guerres et de souffrances
Tous les coeurs battent ensemble
Rythmant la vie qui rassemble
Cinq milliards d’humains sur Terre...
Puissent les cordes de la Paix
Jouer sans fin et sans arrêt
Que l’avenir soit lumière !




____________________________ 1993__




LE VIOLON MAGIQUE_______________________

À tous les amoureux du violon



1. Ton violon a une âme______

À ma mère et à son père Lucien




Un jour un vieil homme m’a dit :
“Ton violon a une âme”
En regardant ses cheveux gris
J’ai entendu “une dame”


Je jouais souvent pour elle
Avec mes rêves et mes sons
Dans la demeure du soleil
Embellie de mille chansons


Puis le vieil homme est parti
Avec son âme dans le ciel
Durant la nuit je me suis dit
Il s’est envolé près d’elle !






2. L’âme de mon violon___________

À William Garcin,
Olivier d’Icarie,
Pierre Marinet,
violonistes sur
mon chemin




Elle est la dame du lac d’or
Et je suis son preux chevalier
La musique est mon doux trésor
Mon bel archet est une épée


Mon violon est un cheval
Avec lui j’enchante Terre
Afin d’effacer tout le mal
Gomme sonnant sans frontières


Le lac sans fond c’est l’univers
Où les sons construisent la vie
Vagues bleues d’une rivière
Descendue du Grand Paradis





3. L’archet magique_________

À
Jean Quiliquini
Anne-Charlotte Gérard
Violette Meunier-Carus
Ludivine Seigle-Vatte
Caroline Michel
Chloé Manceau
Marine Bodin
mes élèves
en violon



Bienveillante est le doux surnom
De ce sabre fier de la paix
Replongeant dans son clair lagon
Si nos pensées sentent mauvais



Car l’archet ne supporte pas
Le malheur et la souffrance
Il joue par-delà les tracas
Pour que tout le monde danse



C’est un bâton si magique
L’âme du lac nous le donne
Pour enrichir d’harmoniques
Toutes les vies qui résonnent



4. L’archetier_____________


À André Faynot, violoniste et peintre,
mon élève d’une septentaine d’années




L’archetier est comme Merlin
Il connaît les plus fins secrets
Et l’art de rassembler le crin
Pour faire le plus bel archet


Il sait découvrir le cheval
D’ou naîtra le fringuant objet
Ensemble ils galopent en aval
Traversant sept mille forêts


Le pernambouc est le doux bois
De ce petit arc épique
Qu’il doit rechercher avec foi
En plein coeur de l’Amérique


__________________________________1992___________




LE MUSICIEN ET
L'HOMME POLITIQUE___________

Poème adressé à l’ensemble des hommes et des femmes
politiques, de quelque parti qu’ils ou qu’elles soient




Dans la rue un musicien
Rencontra un jeune homme
Qui le prit pour un vieux chien
Lui lançant une pomme

Cet homme gagnait beaucoup
En gouvernant sa ville
Il avait un fier bagout
Sachant manier ses billes

Il était politique
Maire bientôt ministre
Souriant des critiques
Évitant les yeux tristes

Ce matin-là vraiment chaud
Il posa sa cravate
Sa veste et son chapeau
Et prit son jeu de cartes

Un roi de pique sortit
Et il pensa à son coeur
Puis à tous ses ennemis
Verdissant soudain de peur

Car il entendait un son
Qui l’entourait de partout
Bondissant comme un ballon
Il pensa devenir fou

Le violon était si clair
Qu’il nettoya ses erreurs
L’homme fit marche arrière
Pour faire notre bonheur

Il brûla ses factures
Faux papiers et mensonges
Et vendit ses peintures
Pour que les pauvres mangent

Il donna l’argent sale
Déblanchi par la drogue
Pour fleurir de pétales
La naissance d’un orgue

Il enleva sa veste
Pour jamais ne la tourner
Ayant sauvé le reste
De toutes ses qualités

Depuis ce matin il sut
Qu’une pomme toute nue
Peut bien faire à notre insu
Triompher l’homme des rues !

1992__________________________________




QUATUOR UNIQUE___________

À Heïdi Harrison, Nathalie Broll, Étienne Houssay
et à William Garcin, notre professeur de Musique de
Chambre au Conservatoire de Musique de Grenoble





Il est un quatuor semblable à tous les autres
Avec deux violons, un alto, un violoncelle
Quatre rires et quatre archets au crin d’apôtres
Jouent en choeur écoutés par huit fines oreilles
Il y a aussi huit grands yeux qui se regardent
Dans l’échange d’un monde où les mots se lézardent
Bref c’est un quatuor qui ressemble à ses frères
Formant le carré d’une musique ensoleillée
Par les quatre sourires d’âmes émerveillées
Ainsi cet ensemble est unique sur la Terre !

Unique parce que ses membres sont uniques
Dans l’immensité de l’éternelle symphonie
Unique parce que chaque note est unique
Dans la multiplicité des mondes infinis
Et qu’à la mort de ses quatre membres ou d’un seul
L’ esprit de notre quatuor sera au linceul
Cet ensemble charmant ne jouera plus comme avant
Il ne chantera plus alors la complicité
De ces quatre vies se démêlant dans l’amitié
À travers l’enthousiasme merveilleux du printemps

Ce fut une journée d’automne quatre-vingt-deux
Qu’une main invisible rassembla ces êtres
Ils apprirent à se connaître tous quatre heureux
De travailler ensemble avec les clés d’un maître
Il s’appelait William et leur enseigna la joie
De jouer “les Quintes” et l’Alouette” en rois
En souriant à Haydn et à Beethoven
Heïdi, Nathalie, Étienne et Anne-Chloé
Ont fait un long voyage durant toute une année
Où chaque réunion fut une étape reine

Ils ont mêlé leurs noms en un nom si unique
Que nul oeil ne le verra jamais, invisible
Il est imprononçable au coeur de la musique
Où quatre coeurs ont vécu le bonheur possible
De partager une oasis dans un grand désert
Traversant les tempêtes sans recevoir d’éclairs
Or ils ont dû se séparer un jour gris de juin
Car au détour de leurs vies une des quatre âmes
Lorsque j’y repense aujourd’hui mon coeur se pâme
Dût dire adieu aux trois autres pour partir très loin

C’était Heïdi qui venait des Amériques
Et qui devait retourner dans son pays lointain
Nous étions tristes après ces mois fantastiques
Nos instruments en deuil étaient emplis de chagrin
Lorsqu’elle partit, dans un nuage de regrets
Nous vîmes jaillir un arc-en-ciel beau et secret
Que depuis nous avons conservé en notre esprit
Par-delà le grand océan qui nous sépare
Si un jour se recroisaient ici-bas les regards
Notre fier quatuor s’entendrait à l’infini !


1993__________________À la mémoire de ce quatuor unique formé en 1982



“Aimer vraiment quelqu’un
C’est découvrir qu’il est unique.”







FEMMES DU VERSEAU______________________



À mes âmes-amies : Annie, Maïra, Héllè, Gisèle, Mireille, Monique, Gisela, Annie, Nathalie, Hélène, Anne-Marie, Chantal, Marhèse, Olga,Solange, Geneviève, Marianne, Marie, Manou, Aimée, Fabienne, Henriette, Denise, Emmanuelle, Marie-Dominique, Anne, Ghilaine, Agathe, Simone, Isabelle, Khristel, Agnès, Jacqueline, Noëlle, Marguerite, Chris, Madeleine, Pierrette, Élisabeth, Raymonde, Patricia, Maria, Françoise, Nicole, Ghislaine, Maëlle, Sylvie, Bernadette, Odile, Huguette, Édith, Danielle, Magali, Josette, Claude, Suzon, Laurette, Annick, Josiane,
Roselyne, Viviane, Christine, Sandrine, Rose, Claire, Marie-Françoise, Anne-Charlotte, Christiane, Maïté,Jacinthe,Cécile,Renée,Corinne,Catherine, Françoise, Éliane, Polka, Josiane, Élise, Suzanne, Fernande, Murielle, Éva, Renée, Charlotte, Martine_____________





Au fil de l’eau
Couturières d’éternité
Nous voguons vers les cieux
Tout en haut de la vague


Au creux de la vague
Tisseuses de sérénité
Nous nous accrochons
Aux falaises d’une chute


Tout en haut de la chute
Tricoteuses d’humanité
Nous sommes prêtes à sauter
Dans les bras de l’océan


Sur le bord de l’océan
Jardinières d’immensité
Nous voguons vers le large
Sur le fil de notre rivière intérieure




1994_____________________________________




MAÏRA______________À ma mère____________





Un jour vint l’hiver
Sous les grands arbres verts
Il faisait vraiment très froid
Partout dans la forêt

Une femme vivait là
Avec ses deux enfants
Sous le grand hêtre
Près du tronc chaleureux

Lorsque vinrent les glaces
Elle sut qu’ils devaient partir
Fuir au bout du silence
Au pays du Grand Soleil

Ils s’en furent avec courage
Quittant leur verte contrée
Sans repos et sans halte
Surmontant tous les dangers

Ils passèrent torrents et déserts
Montagnes et sombres forêts
Marchant durant huit semaines
Jusqu’au neuvième jour

Le Soleil apparut à leurs yeux
Et les inonda de lumière
Il les embrasa de son feu
Et leur donna sa magie

Il les fit monter tous trois
Dans sa demeure céleste
Dans la maison solaire
La grotte sacrée de Râ

Et c’est ainsi
Que la jeune femme
Devint Maïra
Mère de cinq étoiles




ÊTRE UNE FEMME_________




Être une femme
rose sur un ciel d’amour
envahie de feu
aux carrières de l’avenir


Être une femme
belle parmi les étoiles
épanouie aux rayons
du soleil levant


Être une femme
aux carrefours de l’Amour
envahie de sérénité
lumière d’éternité


Être une femme
sans voile ni amertume
voguant dans l’allégresse
d’un ailleurs adamantin


Être une femme
chevalier d’un futur proche
qui prend racine
au coeur de la pureté


Être une femme
l’âme de la Terre
la mousse des arbres
l’écume de l’infini


Être une femme
sur les sommets les plus hauts
noblesse de l’Univers
joie des galaxies


Être une femme
par mille pardons semés
sur le sentier des âmes croisées
jusqu’au don de son être


Être une femme
générosité d’un fruit
tendresse de l’extrême
par-delà le doute


Être une femme
ivresse des montagnes
sur les ailes d’un aigle
fidélité sans limites


Être une femme
cadeau du ciel
cordes qui vibrent
coeur d’enfant



Être une femme à l’infini



1993_____________




MOITIÉS JUMELLES____________________



Ô femme musulmane
Tu es la moitié jumelle
De l’homme qui prie
Ô femme musulmane
Tu es reine d’amour
Dans le palais de ton Dieu
Ô femme musulmane
Rencontre ta soeur en Christ



Ô femme chrétienne
Tu es la moitié jumelle
De l’homme qui prie
Ô femme chrétienne
Tu es reine d’amour
Dans le palais de ton Dieu
Ô femme chrétienne
Rencontre ta soeur en Mahomet



Ô mes soeurs
Rencontrons-nous en Dieu
Nous les moitiés jumelles
Des hommes qui prient
Nous les reines d’amour
Dans le palais sacré
Donnons-nous la main
Et tendons la paix
À nos moitiés de vie
Car l’Homme porte la vie
Et la Femme engendre l’espoir





1995____________________________________________________


TOUS ET TOUTES______________




Tu les as tous réunis
Tous debouts à Assise
Ils sont tous venus
Le monde n’y croyait plus

Ils sont tous venus
Tous les chefs religieux
Chefs indiens et Dalaï-Lama
Imams et Rabbins

Tous les chefs religieux
Étaient près de toi
Pour prier ensemble
La même prière

La même prière
De la paix qui naît
Au sein de l’humanité
Réunie en un seul bouquet

La même prière
Reprise en choeur
Par toutes les femmes
Qui prient dans l’ombre

Un jour viendra
Sur le sol d’Assise
Où les chefs religieux
Se salueront... hommes et femmes

Sur le sol d’Assise
Les épouses de Dieu
Relèveront le voile
De la colombe en larmes



Septembre 1996_____________________________en mémoire de la rencontre à Assise (1986) avec le Pape Jean-Paul II







ÉTOILE DE MÈRE_____________ pour les mamans



Tu es sa mère
Et lui est là
Au creux de tes mains
Déposé par l’Aurore

Il est ton enfant
Et tu es là
Tout au fond de ses yeux
Chavirée par l’Amour

Vous êtes reliés
Par le fil des étoiles
Dans le coeur du Soleil
Les oiseaux chantent

Un jour éloigné du nid
L’oiselet déplie ses ailes
En une salve de lumière
Il offre la Lune à sa mère

Elle ouvre alors les mains
S’envolent mille oiseaux
La liberté est belle
Lorsqu’elle est partagée

Lorsqu’il est enfant
Ne l’abandonne pas
Quand il sera grand
Ne le retiens pas

Toute mère est une mer
D’amour orchestré
Pour pousser l’enfant-vaisseau
Vers son chemin d’étoile... de mère


1996____________________________________________________







PRISME DE MÈRE_________ en hommage à La Mère de Pondichéry





Lorsque je regarde en moi
Je vois Jésus qui prie
Par une des fenêtres de mon coeur
Et à chacune des fenêtres
De mes larmes en prière
J’aperçois Marie en miroir
La Mère du Ciel en reflets


Lorsque je regarde en moi
Je vois Bouddha qui prie
Par une des fenêtres de mon âme
Et à chacune des fenêtres
De mes cellules en prières
J’aperçois la Mère en miroir
La Mère du Monde en reflets


Lorsque je regarde en moi
Je vois Moïse qui prie
Par une des fenêtres de mon corps
Et à chacune des fenêtres
De mes organes en prières
J’aperçois la Terre en miroir
La Terre-Mère en reflets


Lorsque je regarde en moi
Je vois Mahomet qui prie
Par une des fenêtres de mon être
Et à chacune des fenêtres
De ma mosquée intérieure
J’aperçois mille femmes en prière
La Mère du Monde en vérité





LA DAME À LA LICORNE________________

Poème inspiré par la célèbre tapisserie
de la Dame à la Licorne et dédié aux amoureux


Tu es mon seul désir
Mon seul amour mon Tout
Tu es mon sourire
Je te suivrai partout

Le temps n’existe plus
Le feu est dans mon coeur
Mon âme est mise à nue
En un cri de bonheur

Pourquoi es-tu si loin
J’entends ta voix si près
Dans les fleurs du jardin
Qui m’enivrent de paix



Tu es mon seul désir
Ma passion mon sommeil
Tes cheveux s’étirent
En eux je m’éveille

Le lion est force
De l’attente sacrée
En lui je m’efforce
De ne pas te pleurer

La licorne pure
Protège notre amour
Elle donne l’armure
La victoire pour toujours


Tu es mon seul désir
Le soleil de ma vie
Trésors de l’avenir
Fleurissez notre lit

Le chêne et l’oranger
Sont nos arbres de joie
Comme un fruit partagé
Au sommet de la foi

Sous le toit du futur
Je t’attends sans répit
Les fruits rouges sont mûrs
Viens à moi je t’en prie




__________________________________

GOD BLESS YOU_________Dieu vous bénisse


Dédié à feu Chantal et à tous ceux
que le désespoir inonde un jour





God bless you
Amie ne te blesse pas
Au chaos de la vie
Ne t’égare pas
Dans les lignes de tes mains

God bless you
Amie ne te blesse pas
Aux cactus du désert
Donne ton coeur au soleil
Il te rendra l’espoir d’aimer

God bless you
Amie ne te blesse pas
Sur les rêves perdus
Embrasse la terre vivante
Et remercie pour la lumière

God bless you
Amie ne te blesse pas
Par le désespoir qui t’inonde
Sois la rivière de joie
Parcourant tes cellules



God bless you
Amie tu t’es blessée
Que Dieu te pardonne
Qu’il pardonne à tous ceux
Qui se blessent un peu ou à jamais






Août 1996______________________________________


LE VIOL
DE LA COLOMBE_____________


Dédié à toutes les femmes d’ex-Yougoslavie
meurtries dans leur chair, dans leur âme, dans leur être







À l’aube d’un nouveau siècle dit spirituel
Nous savons que deux cent mille femmes sont violées
Toutes musulmanes, si jeunes, c’est irréel
Atrocement violentées par de lâches guerriers


Si toutes ces colombes criaient leur colère
Ensemble elles deviendraient telles des lionnes
Mais elles sont cloîtrées dans l’horreur d’une guerre
Traquées en des lieux où les armes déraisonnent


Ces armes appartiennent à de sombres corbeaux
Pensant vaincre l’ennemi en violant les dames
Mais c’est la honte qui les jettera au cachot
Quand à la mort la conscience juge notre âme


À l’aube d’un nouveau siècle dit spirituel
Trouons le silence pour sauver l’innocence
Ne levons pas seulement nos regards vers le ciel
Battons-nous sans répit contre l’indifférence



1993___________________________________________




CHAÎNE D'AMOUR________________

Dédié à feu mon grand-père Jean-Louis Laroche
à Éva, à sa maman Fabienne, à ma belle grand-mère Henriette






Éva est née
petite-fille de mon grand-père
elle est ma cousine
lui est mort juste avant


Jean-Louis était de roc
papy de Résistance
torturé dans les camps
concentration d’horreur


Il est revenu l’âme en peine
mais il a cru en la vie
il voulait aimer à pleine joie
échappé du sordide


Éva est née
fille de sa propre fille
elle continue le chemin
qu’il a laissé sur terre


Il gardait la souffrance
tout au fond de lui
les déceptions de sa destinée
les tortures infligées


Les mutilés de guerre
sont des plaies ouvertes
où chaque épreuve
vient renforcer la douleur


Éva est née
elle apporte le sourire
à trois femmes en deuil
à une lignée sans fin


Elle vient comme tous
nous venons au monde
à la suite d’une chaîne d’amour
où chaque maillon est rencontre


Rencontre de deux lignées
par lesquelles l’arbre grandit
s’épanouissant jusqu’à la cime
où nous rejoignons nos ancêtres


________________________________________________________Octobre 2000




LA NÉBULEUSE DE LA ROSE________________

à Sacha Dulic, le plus jeune astronome de France
à toutes les femmes poétesses de la Nébuleuse de la Rose
à la Nébuleuse de la Rose qui existe réellement dans le Ciel




Au coeur de la Nébuleuse de la Rose
Se trouve une âme si belle qu’elle embrase
Tout l’univers avec le ciel de sa prose
Lorsque l’étoile du matin lit ses phrases
Des années-lumière chantent sur la Terre
Et par-delà les galaxies millénaires
Vibre sa voix lactée tel un cri de femme
Qui sait ce qu’elle veut et que Dieu veut aussi
La Paix dans le monde jusqu’aux mille aphélies*
Du zénith au nadir dans toutes les âmes

L’Univers n’est pas né d’un hasard aussi grand
Que les millions de galaxies qui respirent
Au-dessus de nos têtes d’éternels enfants
Devant la beauté, l’harmonie du navire
Sur lequel nous sommes frères d’équipage
Pour élever les voiles d’un long voyage
Celui du Temps s’étirant comme l’Aurore
À travers l’ostensoir des météorites
Traversant le coeur d’une âme en orbite
Celle de notre Terre aux larmes emplis d’or

Devant les étoiles vit un astronome
Il s’appelle Sacha et aime l’Univers
Sans savoir que derrière se cache un Homme
Qui l’aime et régit les océans et les mers
Ce grand être est la force la plus immense
Certains l’appellent la Vie, d’autres l’encensent
Comme le Créateur des ciels et des terres
En fait Il est le souffle et nous donne l’Amour
L’amour de notre chemin, d’avancer toujours
Jusqu’aux frontières de l’Espoir loin des guerres



1993_______________________________________________________

*Une aphélie est le point de l’orbite d’une planète le plus éloigné du soleil.





TERRE D'ADUL-TAIRE____________


Elle avait dix années et elle aimait son père
Mais elle faillit mourir quand elle vit le désastre
Son papa était une étoile peu ordinaire
Ayant besoin de deux femmes autour de son astre


Or il n’éclipsa pas sa dame pour une autre
Mais amena une intruse au foyer devant tous
Bien sûr la petite ne fut pas son apôtre
Ses oeillades pour l’amante n’étaient pas douces


L’enfant voyait les yeux de sa mère si tristes
Qu’en son jeune coeur le feu d’un volcan l’incendiait
Heureusement le ciel mit fin à ce sinistre
Elle pria pour que cela ne revienne jamais


Ô parents, si vous souhaitez vivre un autre amour
Réalisez-le au plus haut de la montagne
Ne le faites pas devant vos enfants en plein jour
Pour eux vos deux mains enlacées seraient le bagne !



Janvier 1993____________________




CROIRE OU NE PAS CROIRE________________________




Mon ami, crois-tu en une survie après la mort ?
L’essentiel n’est pas de croire mais d’être soi-même
Dans le meilleur de son âme tout en restant d’accord
Avec la philosophie que l’on suit, que l’on aime
Au-delà des mots, des idées, de mille concepts
Dont beaucoup d’êtres humains se sont fait les adeptes.
Tu sais plus que tu n’en dis, d’autres disent sans savoir
N’écoute que ton coeur et la lumière de ta vie
Nous sommes sur une route qui mène au paradis
Rêver à lui n’est pas l’essentiel de ton histoire


Mon ami, crois-tu en l’existence de l’Architecte ?
L’essentiel n’est pas d’y croire mais d’être sous son toit
Comme un enfant curieux qui apprend et qui détecte
Les trésors enfouis dans le vieux grenier avec émoi
L’amour se trouvant dans son coeur pour la Terre entière
L’envie de tout savoir de l’intérieur d’une pierre.
Ceux qui ont eu la chance de revenir d’un coma
Après leur passage de l’autre côté de la vie
Parlent tous de l’importance d’offrir son coeur ici
Maintenant et toujours, en ouvrant nos yeux et nos bras


Mon ami, crois-tu au bel amour de ton étoile ?
Elle te parle tout bas et te suit fidèlement
Sans fin elle te protège par-delà le voile
Qui empêche les humains de lire le firmament.
Elle est la source de ta vie et te prend par la main
Pour t’emmener vers l’espoir, le plus fleuri des jardins
Te donnant sa lumière et le courage d’avancer
Sur ce long chemin qui te mène au palais de l’Amour
Celui pour lequel tous les êtres s’enchantent un jour
Cet arc-en-ciel qui entoure l’Univers de ses clés




1993____________________________________________________




CORDÉE D'ANGE_____________


Attrape la corde de mon âme
Mon ange
Et attache-la en croix
À l’étoile blanche
Qui trace ma vie
Comme une charrue
Dans les lourds sillons
De mon sang lacté
Déposé en pluie d’or
Sur mon front serein
Ridé de lumière


Attrape la corde de mon âme
Mon ange
Et passe-la moi autour du coeur
Je te suivrai sur les chemins
Du sentier court
Et escarpé
Comme un âne sacré
En route vers les sommets
De l’absolu
Suivant son guide
Pas à pas fidèlement


Attrape la corde de mon âme
Mon ange
Et accorde-la en joie
À l’orchestre divin
Afin que le violon de mon coeur
Gomme la tristesse
Qui l’envahit parfois
Comme un nuage nostalgique
De l’harmonie céleste
Qui règne parmi les anges
Et entre les hommes sages


1995________________________________________________



LE PAIN DES ANGES_________________________


Dédié à mes amis musiciens et compagnons de concert :
François Bourbon, accordéoniste,
Lucien Foucart et Jérôme Chartier, guitaristes,
Yves Crosat-Mestrallet : orgue et accordéon




Le pain des Anges
C’est la main bleue
Que tu tends
À celui qui a faim
C’est le sourire offert
Au coeur blessé
Décapité


Le pain des Anges
Ce sont les larmes
Qui coulent en dedans
Devant la souffrance éperdue
Des femmes violées
Par la folie de vils soldats
En rut de vengeance ethnique


Le pain des Anges
C’est le chant qui s’élève
Au coeur de la forêt
Pour que tous les troncs du monde
Se transforment en arbres à pain
Afin que chacun mange
À sa faim


Le pain des Anges
C’est cette musique céleste
Sortie tout droit de l’océan
Pour bercer tous les enfants
Ceux qui prient et ceux qui rêvent
Ceux qui rient et ceux qui souffrent
Ceux qui ne veulent plus manger


Le pain des Anges
C’est ton âme dans mes yeux
Lorsqu’elle brille de joie
D’amitié, de partage
Quand nos doigts de couleur
Pointent avec rage
Vers l’horizon de l’espoir


Le pain des Anges
C’est la flamme dans vos yeux
Vieillards et tous les ancêtres
Fiers d’être antiques et vrais
Cheveux blancs et gris d’argent
Cette crinière qui s’élève
En drapeau d’humanité


Le pain des Anges
C’est la harpe et le violon
La guitare, l’accordéon
Le chant du Paradis
Au jardin des exclus
Car ceux qui n’ont rien
Ont soif de nourriture céleste


1996_______________________




HOUX
D'AMOUR________________________




Marie ma joie
à tes pieds
je dépose mon houx
la haine incrustée
dans les gènes
d’un autrui collé
à mon âme



Marie ma vie
à tes pieds
je dépose mon gui
boules d’étoiles accrochées
à l’âme des saints
sève d’un chêne
jailli de l’amour



Marie ma paix
à tes pieds
je dépose mon lierre
en couronnes d’espoir
accouru du désert
pour clamer à la terre
le courage des anges




1995___________________________________






PAROLE
D'ANGE____________________




Lorsque tu vas sur le chemin
et que tout bascule

Lorsque tu croises le diable
derrière les barreaux d’une secte

Lorsque tu songes à mourir
pour t’échapper de prison

Lorsque tu pleures des larmes de sang
devant la haine éclatée

Lorsque tu cries devant les forêts mortes
et que le silence revient en écho

Lorsque tu vois la mer qui monte
à cause d’une pollution admise

Lorsque tu marches dans le cimetière
de tes amis emportés par le sida

Lorsque tu cours vers celle qui est partie
parce que le cancer a pris son âme

Lorsque tu penses à l’enfant violé
qui sommeille en ton passé intérieur

Lorsque ton être est déchiré
par la mort de ton enfant



Regarde le ciel et
suspends-y tes ailes____________________ (8 Mars 1996-Jour de la Femme)







ACCOUCHER
DE SOI-MÊME___________




Accoucher de soi-même
Comme on accouche d’une étoile
C’est l’histoire du monde
À l’échelle d’une fourmi
Car la fourmi est un monde
Qui accouche d’une échelle
Pour grimper jusqu’au firmament


Accoucher de soi-même
Comme on accouche d’une échelle
C’est l’histoire du monde
En balance avec lui-même
Car lui-même est un monde
Qui accouche d’une balance
Pour rester en équilibre


Accoucher de soi-même
Comme on accouche d’une balance
C’est l’histoire du monde
Qui a le compas dans l’oeil du soleil
Car le soleil est un monde
Qui accouche d’un compas
Pour tout arrondir


Accoucher de soi-même
Comme on accouche d’un compas
C’est l’histoire du monde
Qui cherche l’équerre de la croix
Car la croix est un monde
Qui accouche de la souffrance
Pour atteindre l’Amour



1995___________________________________






TRINITÉ SOUFIE__________________________





1. À la tombée du jour




Allah tombé du jour
je renais en Toi
comme un papillon
découvrant les couleurs
de l’Aurore en lui


Allah tombé du jour
je fusionne en Toi
au coeur de ma nuit
où tu es là me portant
le trésor de ta solitude


Allah tombé du jour
je ressuscite en Toi
par tes mains qui s’ouvrent
dans le lotus de mon âme
qui prie sur le tapis du Ciel






2. À la grâce de Dieu


Allah Grâce de Dieu
Éclaire les hommes
Et ne les laisse pas se battre
En ton nom d’infini

Allah Grâce de Dieu
Éclaire notre monde
Et ne permets pas que les fleurs
Meurent sous le feu des balles

Allah Grâce de Dieu
Éclaire les mosquées
Et n’empêche pas les femmes
De prier devant ta flamme

Allah Grâce de Dieu
Éclaire mes frères
Et ne punis pas leurs égarements
Dans l’indulgence de ta clémence

Allah Grâce de Dieu
Éclaire la Terre
Et ne détruis pas notre espérance
Lorsque ta lampe brûle de colère

Allah Grâce de Dieu
Éclaire nos coeurs
Et ne nous laisse pas dans l’insolence
D’avoir croqué l’indifférence

Allah Grâce de Dieu
Éclaire l’avenir
Et sème en nos âmes
L’amour de l’unique lumière


Celle qui brille dans les yeux
Des enfants venus au monde
À la grâce de Dieu




3. Allah pointe de mon épée



Jamais Allah pointe de mon épée
Tu n’iras me perçant le coeur
Mais toujours à la pointe de mon archet
Tu iras me blessant d’harmonie
Blessure d’amour
Départ du vieil homme
Qui meurt en moi
Revit la Joie


Jamais Allah cime des arbres
Tu n’iras me berçant d’espoir
Mais toujours à la cime de mon âme
Tu iras me chantant l’Amour
Chant de la Paix
Naissance d’un tronc
Qui vibre en moi
Revit la Foi


Jamais Allah croisée des chemins
Tu n’iras me promettant la lune
Mais toujours à la croisée de nos routes
Tu iras me guidant vers la Croix
Dans cette voie de l’unité
Où le Fils rejoint Dieu
Où tout vient du Père
Et retourne à Lui



Voie de l’Islam
Ouverte à ses soeurs
Où tout vient du Père
Mère infinie de toutes choses





____________________________________________1995



GUÉRISON
INTÉRIEURE___________






Pour guérir de la peine d’un amour sans sursis
En voilant mes deux iris j’ai expiré trois fois
J’ai ouvert ma poitrine et mon coeur en est sorti
Je l’ai lancé dans le cosmos de toute ma foi
L’Éternel a placé dedans mille tendresses
Il y a semé dix mille délicatesses
Lorsque mon nouveau coeur est revenu en son sein
Il était ciselé comme un pur diamant d’amour
Sa brisure s’était évanouie pour toujours
Et j’y ai fait entrer tous ceux que j’aime sans fin



Pour guérir de mille blessures non refermées
En chantant j’ai tout écrit sur une falaise
Puis j’ai pris un marteau blanc et j’ai tout fracassé
J’ai mis dans un voile ces morceaux de malaise
Et j’ai construit un bateau sauvé du naufrage
Pour rencontrer des peuples aux contes sages
Je leur ai parlé de paix et de fraternité
Puis au coeur du Pacifique j’ai jeté mon sac
Toutes mes blessures enfouies au fond du ressac
Et tous les pays m’ont parlé de joie, d’amitié



L’âme toute emplie de fleurs partagées et d’amour
Je suis rentrée sur la plage de la falaise
Et j’ai pleuré sur le sable tout au long du jour
Car des centaines de dessins d’enfants en glaise
Décoraient cet endroit où j’avais gravé mes plaies
Bien plus tard je suis remontée près de la forêt
Et me suis endormie dans l’immense clairière
Le soleil m’a prise dans ses bras pour m’emmener
Sur des terres d’avenir semées d’éternité
À travers le chant infini d’une rivière



Cette rivière sacrée coule en chacun de nous
Elle est celle de notre imagination fleurie
Elle peut réaliser nos rêves les plus fous
Ceux de retrouver la santé, la joie et la vie
En créant ses propres lois, en trouvant son maître
Celui qui se cache en nous et que l’on regrette
Lorsque l’on a l’impression qu’il nous abandonne
En fait il est toujours là, mais devant nos portes
Il attend patiemment que notre ardeur soit forte
Pour détruire le son d’un seul mur qui résonne






__________________Ce poème est inspiré de la pratique par l’auteur de deux exercices de visualisations appelés “l’autre coeur” et “l’Odyssée” proposés par l’ouvrage “Visualisations de guérison/Le pouvoir de votre imagination au service de votre santé” du Docteur Epstein (paru aux éditions Jouvence-Eau de Jouvence).

“Faites de vos problèmes le point de départ de votre transformation.
Utilisez la visualisation pour vous aider à devenir votre propre maître.
Laissez vos croyances créer vos expériences et dites oui à la vie.”
Docteur Gérard Epstein






FEU CHRISTIQUE__________________________



Un jour le Soleil est venu
Sa main a traversé mon coeur
Puis Il a mis mon âme à nu
Et il m’a laissé le bonheur


Il m’a donné un grain de feu
Me disant : “Cultive-le bien”
Avec un rire si radieux
Que je ne pensais plus à rien


Enfin Il m’a parlé tout bas
Pour me confier un grand secret
Comment replanter ce feu-là
Sans incendier mille forêts


J’ai jardiné cette flamme
Seuls la devinaient les enfants
Par les portes de leur âme
Lorsque nous semions des chansons


Je leur ai offert des germes
Leur ai confié la formule
De l’Amour contre la haine
Puis du Pardon qui annule


Dans l’amour d’une personne
D’un dieu ou d’une musique
C’est l’Esprit Saint qui nous donne
De sa lumière magique


À nous de garder son ardeur
Pour l’accueillir dans le monde
Afin de chasser le malheur
À des joules à la ronde


Que nos coeurs soient emplis d’amour
De Solidarité, de Paix
Que la rancune d’anciens jours
Soit effacée à tout jamais


Un jour vous verrez son Rire
Il aime sentir notre joie
Et lorsqu’Il reçoit nos soupirs
Il nous offre les clés de la Foi


Un jour vous viendrez vers son Feu
Car Il attend votre Flamme
Et vous danserez avec Dieu
Dans le soleil de votre Âme





____________________________écrit le jour du Vendredi Saint____________





ATHÉE BOUILLANT________________

Dédié à Christian, Stéphane,
Emmanuelle et tous les athées






Tu ne penses pas
Qu’il y ait un Dieu
Pourtant je le crois
Tu portes son feu

Tu es sincère
Lorsque tu aides
Et pour tes frères
Toujours tu plaides

Tu sembles si bon
Les traits généreux
Immense lagon
Ta belle âme est bleue

Lorsque tu grognes
C’est qu’elle est rouge
Tu es en rogne
Car nul ne bouge

Tu te renfermes
Lorsque tes yeux voient
Que des gens aiment
Qu’un vieux noir se noie

Non tu ne crois plus
Aux êtres humains
Car tu as trop vu
Arracher des mains

Pourtant tu repars
Tu es sûr qu’un rien
Qu’un seul beau regard
Peut faire du bien

Tu as conscience
De votre force
Dans la clémence
D’un coeur féroce

Toujours tu te bats
Tel un sage indien
Pour qu’une vraie joie
Règne sur les tiens

Puis tu ripostes
Face au sombre mal
Que certains postent
Comme des chacals

À jamais là-haut
Dieu te chérira
Car son fier cadeau
C’est ta vie en bas

Tu portes son feu
Au tréfonds de toi
Et tu es si preux
Comme un nouveau roi

Demeure bouillant
Ne sois pas tiède
Toi l’athée fringuant
Ne sois pas raide

Dieu grandit en toi
Fleur de silence
En toi Il a foi
De confidences



1993________________________________________________________









LOUP-ANGE D'HUMANITÉ____________________ À Onoée






Le loup n’est pas un loup
Pour son frère loup
Mais l’homme peut être loup
Pour son propre frère


Qui était donc ce loup
Mangeant la grand-mère
Rouge de sang dans le lit
Si ce n’est l’homme


Le vrai loup, lui
Était dans la forêt
Comme le vrai homme :
Celui qui n’est pas
Un loup pour autrui


Cet homme vit dans l’aura
D’un hêtre droit
Fier et intègre
Ange d’humanité


Cet ange vit de sagesse
Il attend au bord des villes
Ni impatient ni désolé
Loup-ange de liberté


Il attend simplement
Que les loups soient libres
Dans le coeur des hommes
Pour que l’Homme soit Ange


Ange d’humanité
Loin des guerres et loin des crimes
Ange de liberté
Celle de pouvoir choisir d’aimer


Il attendra des années
Mais un jour les loups captifs
Prendront leur envol
Car les hommes auront des ailes


Cependant “qui fait l’ange
Fait la bête”
Mais être ange sans faire semblant
C’est louer l’humanité


Loup-ange d’espérance
Au coeur de la bonté
Confiance aveugle en l’Homme
C’est le cadeau des cieux


Ne chutez pas, mes frères
Ange veut dire “messager”
Alors messagers de Paix
Relèverez-vous le pari être-ange ?




1996___________________________________________________





LES DIX DOIGTS DE L'ARCHER DIVIN_________________________





L’AUTHENTICITÉ dévoile l’âme du violon
La SIMPLICITÉ discrètement donne le La
La SOLIDARITÉ propose d’unir nos sons
La FRATERNITÉ nous demande d’ouvrir les bras
Pour que la BONTÉ puisse jaillir dans tous les coeurs
Et que l’UNITÉ éclose en une mer de fleurs
Dans l’AMITIÉ de milliards d’oiseaux en partance
Vers la TÉNACITÉ d’un bel orchestre d’enfants
Jouant avec HUMILITÉ l’air doux du Printemps
À travers la PURETÉ d’un chant d’espérance


L’AUTHENTICITÉ nous siffle le coup de l’envoi
La SIMPLICITÉ court en longues marches à pied
La SOLIDARITÉ ouvre de nouvelles voies
La FRATERNITÉ exulte dans toute mêlée
Et la BONTÉ se lit sur les visages sportifs
À travers l’UNITÉ qui fait rentrer les griffes
Grâce à l’AMITIÉ qui pagaie sur les eaux vives
Dans la TÉNACITÉ d’un cycliste montagnard
Pédalant avec HUMILITÉ sans nul écart
Vers la PURETÉ d’un nageur aimant la rive


L’AUTHENTICITÉ se voit dans l’âme de l’archer
La SIMPLICITÉ s’épanouit au coeur de l’art
De la SOLIDARITÉ des deux yeux concentrés
Vers la FRATERNITÉ d’une flèche et d’un regard
La BONTÉ frémit alors devant cette cible
En qui l’UNITÉ des âmes devient possible
Forgeant l’AMITIÉ loin des guerres incapables
Grâce à la TÉNACITÉ d’une paix solide
Brisant avec HUMILITÉ tous les bolides
PURETÉ d’une flèche fuyant les palabres





1993____________________________



“La terre ouvre
son corps
de mère
à l’enfant.”

Pierre Hugonnard
(“L’Amour tue”-Cairn éditions)

________________________



CELLULE
D'ESPOIR______________


Elle n’était pas grande
La joie de ce matin-là
Mais elle a accouché du soleil
Et je l’ai prise dans mes bras



Elle n’était pas grande
La vie de mon frère souffrant
Mais elle s’est épanouie d’espoir
Et je l’ai prise dans mon coeur



Elle n’était pas grande
La foi de ma soeur en larmes
Mais elle a chanté de joie
Et je l’ai prise en mon âme



Elle n’était pas grande
La paix de ma mère la Terre
Mais elle m’a embrassée
Et j’ai pleuré d’amour




1995____________________________________________________




PANDA
MENACÉ_____________



Notre bel ami le panda
Tu es tellement mystérieux
Végétarien au fond des yeux
Jadis était-ce vraiment toi
Le plus grand chasseur de ces bois ?
Tu nous transmets un mystère
Mangeur de bambous en terre

Tu as peut-être découvert
Le grand secret des étoiles
Quand elles prennent le voile
En déversant mille larmes
À chaque fois que les armes
Les fusils, les chars ou les crocs
Font couler au ciel le sang chaud

Nous devons te sauvegarder
Car ton espèce disparaît
Sur notre planète meurtrie
En détenteurs d’humanité
Vous avez choisi à jamais
De ne plus arracher l’esprit
Aux existences établies

Lorsque Losan la bergère
Se sacrifia pour le bébé
De ton arrière-grand-mère
En combattant même blessée
Contre un énorme léopard
Tous tes ancêtres pleurèrent
En un immense cercle noir

C’est depuis cette époque-là
Que les yeux rieurs des pandas
Sont toujours cerclés par un rond
Sur lequel la vie fait le pont
Avec ultime tendresse
Pour une femme tigresse
Qui adorait ton espèce________________________




LA TERRE
ET LA COLOMBE_____________



Ne me dites pas
Qu’un jour la Terre
Se retrouvera
Sans ciel bleu ni mers
Comme un grand ara
Dans sa volière
Ne me dites pas
Que sans colère
Elle survivra

Car je le sais
Dans ton grand tour
Si tu croisais
L’oiseau d’amour
Tu lui dirais :
“Renais toujours
Ne meurs jamais
Et suis ton cours
Fleuve de paix

Comme un éclair
Qui luit en mai
Écarte l’air
Et reste gai
Sans être amer
Devant les faits
De cent guerres
Cancers secrets
À extraire !”

Or cet oiseau
Tu l’as trouvé
Un jour sur l’eau
L’âme blessée
Sans dire un mot
Tu l’as chargé
Du fier rameau
D’un olivier
Sans oripeau

L’oiseau d’amour
Est dans nos coeurs
Et son parcours
Fuit les malheurs
Que les gens lourds
Dans leurs erreurs
Créent alentour
Dans le labeur
D’un monde sourd

L’oiseau en pleurs
Nous aime tous
Il sait l’heure
De la mousse
Et il a peur
Qu’elle pousse
Et que tout meurt
Privé de fleurs
Pollutions, peurs

Il sait très bien :
Tu crieras tard
Brisant tes liens
Même en retard
Et les terriens
Verront le fard
D’un air de rien
Brisant le dard
De vils vauriens

Nous revivrons
Toi ma Terre
Feras le pont
La charnière
Sur ton dos rond
En colère
Dans tes vallons
Au coeur des mers
Et des lagons



1990________________________________________






AU CIMETIÈRE
DES ARBRES________________________________



Qui massacra le si bel hêtre de ma mère
Couronnant de son vert tendre l’azur du grand lac
Et qui fit tomber le bouleau d’or de mon père ?


Tous les arbres coupés revivront-ils à Pâques ?
En Amazonie ils meurent seuls et sans un cri
Or les anges au paradis pleurent en ressac


Ils tombent sur le côté comme des corps sans vie
Souffrant en silence de perdre la lumière
Et priant pour que les hommes cessent leur folie


Dans l’avenir si la Terre se trouvait sans air
Alors que les forêts grandissent au paradis
Aurions-nous le temps de reboiser tous nos déserts ?


Janvier 1993___________________________________





JACINTHE_______________


(Écrit à l’âge de douze ans)



Il était une jacinthe
Sous le grand saule pleureur
Il était une fleur mauve
Se berçant dans le vent


C’était une belle fleur
Qui jouait avec Zéphyr
Elle disait : “Je suis le vent doux”
Elle riait : “Je suis l’herbe fraîche”


Et elle se secouait
Et elle resplendissait
Douce comme son ami Zéphyr
Fraîche comme l’herbe verte


Et quand elle mourut
Personne ne la pleura
Elle était restée dans le vent
Elle était restée dans l’herbe fraîche



________________





LA VRAIE COULEUR
DE LA MER_____________________


“C’est au fond des océans
que se joue notre avenir et celui de tous les êtres vivants.”
Le Commandant Cousteau




Joli dauphin blanc Bélouga
Nage en paix près de ta mère
Nous méditons pour le combat
Qui devra sauver la Terre

Crois-moi tu ne t’éteindras pas
À cause d’infâmes traîtres
Non ce n’est pas dans l’Au-delà
Que nous voulons te connaître

En mille-neuf-cent soixante-dix
Le Canada s’est arrêté
De pourchasser les corps lisses
De ton espèce sacrifiée

Ils trouvaient “trop de mercure”
Dans votre chair de bélougas
Devenus sales et impurs
Comme d’horribles renégats

Malgré la paix, la pollution
Poursuit le massacre affreux
Les dauphins meurent sous les ponts
Ils agonisent sous nos yeux

Peut-on voir la mort sans peine
De quatre-vingt-huit baleines
L’estuaire du Saint-Laurent
Les a enterrées en cinq ans

Durant neuf mois huit cent dauphins
Se sont tous échoués à l’est
Des États-Unis en reste
Pourquoi ? Personne n’en sait rien !

Tous ces drames se sont passés
Au coeur des années quatre-vingt
Les corps froids ont été testés
Pour découvrir leur assassin

On trouva quelques infections
On parla de “marée rouge”
Mais trop peu de la pollution
Elle n’attend pas qu’on bouge

Elle avance comme un soldat
Sur le front de la planète
Si personne ne l’arrête
Elle risque de prendre le pas

Bannissons les vils DDT
Et tous les déchets toxiques
Car sinon comment éviter
La course catastrophique ?

Sommes-nous condamnés à voir
Les doux marsouins disparaître
Dans l’enfer d’une mer noire
Comme on le laisse paraître

Des espèces sont menacées
Des coeurs humains s’en sont émus
Il nous reste bien peu d’années
Pour arrêter la mort en crue

Puissent les puissants du monde
Présidents, rois et PDG
Se pencher sur l’or des ondes
Bien loin des sombres pétroliers

Que les enfants puissent vivre
Des lendemains faits d’outre-mer
Sans regretter dans les livres
La vraie couleur de notre mer




1993___________________________________________________



01/08/2008

La Foi derrière les barreaux. Pour tous ceux qui se trouvent enfermés dans des prisons de conscience, sectes dangereuses et pensées extrémistes.

SURVIVANT SOLAIRE____________

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(Texte dédié à Thierry Huguenin
survivant de la tragédie
de l’Ordre du Temple Solaire
d’octobre 1994 et à tous
les survivants anonymes)

Secte ou serpent
Quitte mon chemin
Garde ton venin
Et ne vole plus mon sang
Ma sève est au soleil
Et mes frères sous la terre
Je suis le rescapé
D’une tragédie sectaire


Secte ou serpent
Quitte mon destin
Garde tes promesses
Et ne vole plus mes rêves
Ma sève est au soleil
Et mes frères sous la terre
Il y en a tant d’autres
En dérive d’illusions


Sectes ou serpents
Quittez nos navires
Gardez vos délires
Et ne volez plus nos ailes
Ma sève est au soleil
Et mes frères sous la terre
Prisonniers d’un temple
A la lumière noire de mort


Sectes ou serpents
Quittez notre planète
Gardez vos artifices
Et ne volez plus nos âmes
Ma sève est au soleil
Et mes frères sous la terre
Ressuscités peut-être
Par nos rêves de chaînes brisées______________


________________________________



LE CRI DE
SAINT-PIERRE____________

“Mourons pour des idées, d’accord,
mais de mort lente...” Georges Brassens



À Saint-Pierre de Chérennes
Ils sont morts treize ici
Et trois enfants sans vie
Comme un holocauste nazi
Au coeur du Vercors transi



À Saint-Pierre de Chérennes
Un mythe les a tués
Ils n’avaient rien demandé
Dans leur sincérité
On leur a volé leurs clés



À Saint-Pierre de Chérennes
On n’oubliera pas
La raison de leur trépas
Le silence dans le fracas
D’une fuite pour l’Au-delà



À Saint-Pierre de Chérennes
La Bête a encore frappé
Apocalypse écorchée
Innocents massacrés
Par une secte endiablée



À Saint-Pierre de Chérennes
Ils sont morts treize ici
Et trois enfants sans vie
On n’a pas entendu leurs cris
Étouffés par des âmes en folie



Saint Pierre
Entendrez-vous le mien
Ce cri de la révolte
Contre des idées qui tuent
Contre des jeteurs de clés
Contre cette Bête immonde
Qui pousse des vies
Dans le Puits de l’Enfer



Saint-Pierre
Ouvre-leur la porte
A ces massacrés d’illusoire
À ces suicidés de l’espoir
À ces innocents perdus
Redonne-leur les clés
Du Paradis égaré
Ouvre-leur ta Porte


Saint-Pierre
Prends-les dans tes bras
Ces trois enfants assassinés
Par la folie de leurs aînés
Couvre-les de lumière
Et ne permets plus
Que d’autres petites âmes
Arrivent chez toi ainsi... Soit-il !


Je dédie ce poème à Tania Vérona, 6 ans, Aldwin Lardanchet, 4 ans et son frère Curval, 2 ans, morts dans la
tragédie de la secte du Temple Solaire, en Décembre 1995__________________________________________________



ENFANT DE SECTE__________________




Enfant de secte
Enfant tu es
Enfant tu peux partir
Adamantine
File le temps
Entre tes doigts



Fils de secte
Fils de la Terre tu es
Fils tu peux t’enfuir
Petit Merlin
File le temps
Entre tes doigts



Mère de secte
Mère du Ciel tu es
Mère tu peux t’échapper



Vous tous prisonniers
Filez le temps
Entre vos doigts



Et ne laissez pas
Les rides de la mort
Frôler votre vie !


Juillet 1995_______________________ En 1978, 266 enfants sont morts dans le suicide collectif de la secte de
Guyana.





ÉPIPHANIE EN DEUIL___________________
1005387810.jpg

(Texte dédié à Emmanuelle, fille de Jo Di Mambro
-l’un des gourous de l’Ordre du Temple
Solaire- sacrifiée par la folie de son père
le 5 Octobre 1994, à l’âge de douze ans)


Enfant sacrifiée
À un gourou
À un père
Je voudrais
Te ressusciter
Dans la marche
Des Rois
Pour te voir grandir


Ils marchaient
Vers l’étoile
Et l’étoile
C’était toi
Petite fille
Sacrifiée
À un gourou
À un père


Ils marchaient
Sans te voir
En route vers Sirius
Ils ne savaient pas
Dans leur folie
Que leur soleil
C’était toi
Emmanuelle

II.

(À Tania Vérona, 6 ans, Aldwin
Lardanchet, 4 ans et son frère
Curval, 2 ans, décédés dans la
tragédie de la secte du Temple
Solaire, en Décembre 1995)




Les trois Rois marchaient
Ils ont vu une étoile
Puis ils ont pleuré
Car l’étoile
Était morte
En seize rayons
D’humains assassinés

Ils ont pleuré
Car trois enfants
Étaient morts
Dans l’étoile
Crucifiés d’horreur
Par des adultes fous
Trop fous pour apercevoir
Les myriades d’étoiles
Qui brillaient dans les yeux
De trois petits terriens
Innocents devant l’immensité
Celle qui se passe de Sirius

Les trois Rois ont pleuré
Se souvenant de l’Enfant Jésus
Et de l’étoile les guidant vers lui...
Combien d’innocences crucifiées
Faudra-t-il encore ici-bas
Pour que l’Humanité comprenne
Que le péché le plus grand
Est de tuer son frère
Homme ou femme
Que le péché le plus grave
Est de tuer l’étoile
Qui brille en chacun
En chacune
En l’Enfant

III.

(À Jean Vuarnet et ses fils, Alain
et Pierre, qui ont perdu leur mère
Édith et leur frère Patrick dans
la tragédie de la secte du Temple
Solaire en Décembre 1995)




Les trois Rois
Reviendront demain
Avec l’espoir nu
Jailli de nos larmes
Que plus jamais
Une étoile ne sombrera
Dans l’enfer sectaire
Des esprits perdus


Les trois Rois
Reviendront demain
Et nous nous serons là
Survivants d’un monde
Où l’amour ne tuera plus
Dans l’idéal égaré
Des religions sacrifiées
Par la folie d’un homme


Les trois Rois
Reviendront demain
Pour faire ressusciter
Les enfants morts
Sur un chemin différent
Où la foi sincère
Ne sera plus prison
Mais soleil épanoui

______________________________________________________7 Janvier 1996
Jour de l’Épiphanie



LA FOI DERRIÈRE LES BARREAUX _______________
1005387810.jpg

(dédié aux femmes qui ont osé porter plainte
contre le gourou du Mandarom
pour viol et tentative de viol)


Sectes ne nous tuez pas
Dans vos îles désertes
Non ne nous promettez pas
Des merveilles inertes

Être un sage est si beau
Qu’il faut savoir le rester
Tu es tombée de très haut
Face à la réalité

Tu croyais en un sage
Pour lui tu aurais tout fait
Mais un jour son image
A basculé à jamais

Il devenait prisonnier
Messie et maître en lotus
Élu comme un roi sacré
Dans le pire des laïus

Or il n’a pas réussi
À prendre ton essence
Comme il l’a fait sans répit
Sur d’autres innocences

Tu vénérais un sage
Mais découvrant un homme
Pour effacer l’orage
Ta foi a pris sa gomme

Tu as rejoint le vrai Christ
Très loin des fourbes messies
Au coeur de cette piste
Qui transmuta tes soucis

Tu as retrouvé la joie
D’être simple près de Dieu
D’être libre de ton soi
Loin des mots qui sonnent creux

Et tu dis non aux sectes
Ces ruches irréelles
Où l’illusion décrète
Qu’elle seule a le bon miel

Mais il est rarement bon
Les reines sont mauvaises
Nous traitant en blancs moutons
Pour mieux prendre leurs aises

En notre monde cruel
L’Homme cherche refuge
Dans mille tours de Babel
Pour fuir tous les déluges

Attention à ces veaux d’or
Aux idoles, aux gourous
Aux promesses d’âge d’or
Et aux rêves d’un pieux fou

Vivre l’idée d’un homme
Jusqu’à creuser sa tombe
C’est croquer une pomme
Ne mangeant que son ombre

Je veux bien suivre un sage
Me montrant la lumière
Seulement si son âge
Est grand comme l’univers !


____________________________________


En Mars 1997, 39 membres de la secte “Porte du Paradis”, hommes et femmes âgés de 26 à 72 ans se sont
aidés mutuellement à mourir pour rejoindre, selon eux, l’Ovni qui les attendait dans la queue de la comète
Hale-Bopp.

En Novembre 1978, 931 personnes se sont suicidées au sein de la secte de Guyana conduite par Jim Jones, qui
se proclamait Dieu. 266 enfants sont morts dans cette tragédie. Les plus jeunes ont été empoisonnés par leurs
propres mères.


ÉVASION GLOBALE_______


“Une secte a assassiné mon fils et de nombreuses sectes
ont assassiné ou détruit moralement bien d’autres jeunes gens.”
Roger Ikor, auteur de : “Je porte plainte” (1981)



Il n’a pas fermé la porte
Il a oublié de la fermer
Il lui a dit après
Mais elle avait fermé la sienne
Il n’a pas pu pénétrer
Dans son antre sacré

Il n’a pas fermé la porte
Mais elle a su l’ouvrir
Pour s’enfuir très loin
S’échapper de ce palais
Où des femmes restent enfermées
Dans un silence d’inceste

Il n’a pas fermé la porte
Mais elle n’est jamais revenue
Après avoir trouvé les clés
De ses agissements secrets
Elle a brouillé les pistes
Et changé les serrures

Il n’a pas fermé la porte
Mais elle l’a claquée
Le jour où elle a porté plainte
Elle voudrait que son geste
Ouvre la porte aux enfants
Encore prisonniers de ce maître indigne

Il n’a pas fermé la porte
Mais elle en ouvrira d’autres
Les portes des consciences
Pour que des âmes se réveillent
D’une tentative de viol
Elle fera une évasion globale


_________________________________________________



DROGUÉ D'ÉTERNITÉ________________






Drogué d’éternité
Dans une secte cocaïne
Tu es une conscience
Tuée par ses frères et soeurs
Dans la Tour de Babel



Drogué d’illusions
Dans une secte illuminée
Tu es un revenant
Berné par le veau d’or
Au pied du Mont Sinaï



Drogué de rituel
Dans une secte de mensonges
Tu es un être humain
Sauvé un jour de cet épave
Par le phare de ta conscience



Libéré d’amour
Loin des sectes infernales
Tu es l’oiseau
Qui s’envole vers le ciel
De ton moulin d’étoiles


_______________________________

(à ceux qui ne savent pas qu’ils sont en prison
derrière des barreaux de Foi)


CHERCHEUR D'ABSOLU__________________________




Toi qui cherches la lumière
Ne te trompe pas de porte
Au clair de la lune
Vers de faux Pierrots

Toi qui cherches la lumière
Trouve-la d’abord en toi
La demander aux autres
Est une chose bien risquée

Toi qui cherches la lumière
N’emprunte la plume de personne
Tu pourrais perdre tes ailes
Un soir de sinistre lune



Toi qui cherches ton chemin
N’écoute pas l’ogre affamé
Il pourrait t’arracher
Ton petit frère ou ton âme

Toi qui cherches ton chemin
Sème les pierres de ta conscience
Pour ne jamais te perdre
Dans les toiles de la Bête

Toi qui cherches ton chemin
Surtout écoute ton coeur
Et chausse les bottes de ton courage
Pour fuir les mondes illusoires



Toi qui cherches ta princesse
N’embrasse pas les masques
De ceux qui veulent te voler
L’essence de ton être

Toi qui cherches ta princesse
Cous donc la délivrer
Car ton âme est prisonnière
Dans le donjon d’une secte

Toi qui cherches ta princesse
Prends l’épée de ta vaillance
Et d’un baiser de liberté
Sauve-la pour l’éternité



Janvier 1996_______________________________________ TOUS CES POÈMES ONT ÉTÉ ÉDITÉS DANS L'OUVRAGE DE
CHLOÉ LAROCHE : "SOLEIL D'AMOUR SOLEIL DE COLÈRE", PARU AUX ÉDITIONS "L'ÂME DU CIEL" ET SONT DONC
PROTÉGÉS.

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16/07/2008

Pour l'enfant décédé oublié par son père dans une voiture. Pour tous les papas pris dans l'hyperactivité. Ma réflexion sur l'oubli des enfants et les tueries des familles. Numéros verts et urgences familiales.

Ce matin, j’ai été bouleversée d’apprendre le décès d’un petit garçon de deux ans et demi, Yanis, oublié hier dans la voiture par son père, à Pont-de-Chéruy dans le Nord-Isère. Petit homme mort lentement sous la chaleur écrasante de 45 degrés dans le véhicule fermé à double-tour. 1730744766.jpg Petit homme qui a vu la mort rôder et puis l’emmener, en se demandant ce que faisait son papa. Un papa pris par le tourbillon de la vie, en hyper activité de pharmacien. Comme le papa de la toute jeune Noémie, oubliée dans la voiture en juin 2007, à Béziers, morte en quelques heures sous le soleil brûlant. Enfants morts de l’oubli d’un papa, comme ce cas il y a déjà quelques années, où le père avait oublié son enfant car cela sortait de sa routine habituelle, parce que c’était la mère qui l’amenait habituellement à la crèche.

La mère hurle dans son coeur, dans son âme, devant la mort de son enfant. Le père fautif, lui, est écrasé à vie par ce poids effarant d’un oubli vertigineux. Ces mères et ces pères brisés à jamais par un drame incompréhensible, drame des choses qui arrivent dans un monde qui va trop vite, drame de l’amour qui se casse en mille morceaux devant la colère de la mère endeuillée, qui reste là à ne rien comprendre au drame de cet oubli effarant. 1730744766.jpg

On accable ces papas mais peut-être ceux-là souffrent-ils de trous noirs mentaux dûs à une activité débordante, à des soucis écrasants, à une hyper-activité où la place n’existe plus pour la surveillance et la protection des enfants... tels des chasseurs dont la mission est inscrite dans les gênes de l’homme depuis le début des âges, les enfants étant depuis les origines laissés en garde à la femme. Chasser, nourrir la famille, braver les dangers pour protéger les siens : certains hommes peuvent être si concentrés sur ce rôle qu'ils en arrivent à oublier qu'ils ont un enfant à regarder, surveiller, garder, protéger, mettre à l'abri. On accable ces papas mais qui aurait le droit de juger...

Un trou noir voulu dans le destin ?

Peut-être était-ce inscrit... Un accident, pourquoi il se produit ? Par négligence ou par oubli, par hasard ou par ennui. Dégoût de sa vie, fuite par l’oubli, oublier son bébé. S’oublier soi-même à travers son enfant, comme un acte posé d’un mal-être invisible.

D’autres posent des actes définitifs conscients, comme ce père qui vient de se pendre avec ses deux fillettes de deux et sept ans, près de Compiègne... dans la maison de son ex-compagne dont il était séparé depuis deux ans. Il a choisi délibérément de quitter cette vie avec ses enfants. Comme un chasseur de vie qui, n’ayant plus l’amour, se retrouve dépossédé de sa mission et préfère sacrifier sa descendance, au mépris de la vie à venir.

J’ai déjà parlé dans un de mes articles des hommes qui tuent leurs enfants et leur femme suite à une séparation ou un divorce. C’est effarant comme la liste s’allonge... Dans ma région, à Bougé-Chambalud : trois enfants tués par leur père, lequel s'est suicidé ensuite, en 2006. À Saint Siméon de Bressieux : un informaticien isérois de 48 ans a tué les trois enfants de sa femme avant de se suicider. L’homme avait menacé de mort sa compagne, qui a réussi à s’enfuir et se réfugier chez des voisins. Quand elle a voulu revenir, la maison était en feu et ses enfants issus d’un premier lit (5, 6, 17 ans) tués par balle. Le meurtrier a épargné le bébé de 18 mois dont il était le père. Aux Abrets en 2006 : Nicolas, 10 ans, tué par son ex-beau-père, lequel voulait se venger de la mère de l’enfant.... . Antoine a été retrouvé dernièrement flottant entre deux mondes, après avoir été jeté sciemment dans un lac par un homme qui avait “aimé” sa maman, petite Anne aide soignante, retrouvée morte assassinée, baignant dans son sang et frappée à mort par son ex-compagnon. En janvier 2008, un homme s’est défenestré, à Metz, avec le fils de sa compagne âgé de deux ans, suite à une rupture... Maxime Giasson Saint-Hilaire, 7 ans, a été abattu d’un coup de fusil de chasse le 27 septembre 1998 à Montmagny, au Québec, par son père adoptif, Pascal Giasson, 23 ans, quelques semaines après sa séparation d’avec la mère de l’enfant. Quelques jours plus tard, au Québec, le 30, par influence probable du drame précédent.... Myriam Chrétien, 6 ans, et Audrey, 3 ans, ont été abattues à coups de fusils de chasse à Hull par leur père René Chrétien, 32 ans. Celui-ci “bénéficiait de la garde alternée et est passé les chercher à une date indue, à l’école et à la garderie, soi-disant pour les amener en camping”.

Pourquoi les enfants payent-ils un si lourd tribut dans ce bas-monde ? Parce qu'ils sont issus de deux personnes, dont l’un s’appelle la mère et l’autre le père. Deux êtres façonnés par des sentiments et des comportements humains, qui impliquent l’erreur, l’erreur humaine, et des choix aussi, le choix de construire ou de détruire, le choix de partir ou celui de mourir, le choix de fuir la vie et ses responsabilités ou celui d’assumer. Deux êtres façonnés par des forces qui dépassent parfois l’entendement comme la force d’amour et la violence liée aux passions, comme aussi le chaos vécu dans le chômage, l’hyperactivité, le surendettement, la peur de tout perdre, le divorce.

La vie ne tient qu’à un fil... et les parents devraient garder cela à l’esprit, marqué au fer rouge... Le fil de la conscience, celle de protéger son enfant à tout prix, la conscience de penser à lui avant soi, la conscience de préférer rester à la maison avec son bébé plutôt que de le laisser dans une voiture la nuit pour aller danser en boîte, la conscience d’installer une protection autour de sa piscine pour éviter les 500 noyades annuelles d’enfants, la conscience d’accepter que la vie change et que l’autre nous quitte, la conscience de devoir protéger les enfants des conflits parentaux, la conscience d’arriver à oublier ses soucis pour ne penser qu’à l’enfant et à sa survie (survie = ne pas l’oublier dans une voiture ou sur une aire d’autoroute), la conscience de soi-même qui fait que si l’on a besoin d’aide psychologique, on ne reste pas tout seul à gérer ses problèmes... car les problèmes peuvent devenir monstres et un humain est bien seul devant les monstres de la haine, de la peur, de l’oubli, de la dépendance.

J’écris ce chapitre aujourd’hui en hommage à tous ces enfants décédés, oubliés, tués... et aussi pour dire à tous les papas et les mamans :

La vie est dure, pas facile ; elle demande des sacrifices, un renoncement à l’égoïsme quand on a des enfants... mais si on sent qu’on dérape, qu’on ne va pas bien, qu’on n’en peut plus, qu’on ne va plus se contrôler, qu’on va vers le pire, qu’on oublie des pans de sa vie et qu’on risque d’être négligent.... alors allez consultez... parlez à quelqu’un... prenez le téléphone et parlez anonymement.

Voici des numéros qui pourront vous aider à diminuer la cocotte minute et le stress de la vie accumulé :

-Cap éCOUTE : n° vert 0800 33 34 35 (gratuit)
et aussi le 0472 33 34 35

-SOS Suicide (écoute anonyme de toute souffrance) :
01 45 39 40 00

-Numéro gratuit d’écoute anonyme pour les Parents, Adolescents et Professionnels de l’éducation :
0 810 659 009 (numéro azur) ...

-Croix-Rouge Écoute Parents-Enfants :
0800 85 88 58 (de 10 h à 22 h et week-end : de 10 h à 20 h)


_______________________________________ 1730744766.jpg
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L’enfant par lequel j’ai écrit ce chapitre, décédé hier dans une voiture fermée en plein soleil, est arrivé dans une oasis d’eau, rafraîchi par des Anges, qui lui ont expliqué qu’il s’était déshydraté sous le soleil, à la suite d’une terrible bêtise de Papa, que son heure était venue et que ses parents allaient devoir faire l’immense chemin de pardon, le papa à lui-même et la maman au papa, afin de poursuivre leur chemin sans ce petit garçon né de leur amour. L’endroit est plein de fontaines et de fraîcheur où l’enfant désaltère son âme, dans la paix et l’acceptation d’un destin dont il ne dit rien, car il sait -là où il est maintenant- que chacun sur terre doit mourir. Il a pardonné à son père l'oubli de sa vie. La colère est sans effet sur le temps, sur l'amour, sur la naissance et la mort.

Petit garçon, petit Yanis, je t’envoie de gros bisous et je souhaite force et courage à tes parents.

Je souhaite aussi force et courage à toutes ces mamans qui ont perdu un enfant ou plusieurs tués par un ex-compagnon, dans toutes les horribles situations dont j’ai parlé plus haut.

Et j’exhorte les papas à appeler les numéros ci-dessus, avant qu’il n’arrivent au pire. Cela concerne les mamans aussi, car il y a celles qui tuent leur enfant et celles qui ont failli le faire mais qui sont allées se faire aider, en en parlant, en cherchant de l’aide... au lieu de commettre l’irréparable par désespoir, fatigue extrême et malaise incommensurable.

Bien à vous,

Chloé L



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Commentaires

AP - Mardi 22 juillet, 21h52 :


CHALON-SUR-SAONE - "Une fillette de trois ans a été retrouvée morte mardi en fin d'après-midi par son père, qui l'avait oubliée dans sa voiture stationnée au soleil à Saint-Marcel (Saône-et-Loire), a-t-on appris auprès du substitut du procureur de la République de Chalon-sur-Saône, Thierry Bas.

Le père a été placé en garde à vue à l'hôpital de Chalon-sur-Saône où il a été admis en état de choc. L'autopsie de la fillette doit avoir lieu mercredi matin et les enquêteurs tenteront d'entendre le père le même jour si son état le permet, a-t-il ajouté.

Selon M. Bas, "l'enfant a passé toute la journée dans la voiture de 9h jusqu'à 16h30. Ce (mardi) matin, le père devait emmener sa fille chez la nourrice mais pour une raison qu'on ignore, il est allé travailler. Quand il a repris sa voiture en fin de journée, il ne s'est aperçu de rien. C'est en récupérant son fils à la crèche qu'il a vu sa fille inanimée à l'arrière", a-t-il expliqué.

Selon le magistrat, le père s'est ensuite rendu à la caserne des pompiers de la commune qui ont tenté en vain de réanimer l'enfant. Les parents de la fillette, sous le choc, ont été admis au centre hospitalier de Chalon-sur-Saône.

La semaine dernière, le 16 juillet, un drame similaire s'était produit à Pont-de-Chéruy (Isère). Un petit garçon de deux ans et demi oublié par son père pendant plusieurs heures dans une voiture garée en plein soleil, dans le centre-ville, est mort de déshydratation."

_______________________________________________________________________________________________________________________

COMMENTAIRE de BABOU :

Au sein de mes collègues, amis et famille, tout le monde est terrifié. Tout le monde accable ces papas (et ces mamans) qui "oublient" leurs enfants en pleine canicule dans une voiture. Les cas sont de plus en plus nombreux depuis 2-3 ans en Belgique, France, Pays-Bas... 
Je voudrais soutenir ces parents qui, après ces drames, n'auront plus de vie, plus assez de larmes pour pleurer, et personne sur qui rejeter la faute !!! Que EUX, tous seuls, avec leur immense souffrance et le mépris des autres ..... Le monde est devenu tel, que je remercie le ciel d'avoir des ados de 14 et 16 ans. Car dans l'état d'esprit dans lequel je me retrouve aujourd'hui, dans ce monde de fous, je me dis que.... aïe aïe, je ferais quoi de mes deux tous petits anges en bas-âge ?? On court, on s'inquiète pour son couple, son job, les finances,... On perd les pédales... on prend des médocs pour dormir, on en reprend pour être en forme, on se dit qu'il va y avoir une nouvelle guerre mondiale ... On meurt.... 
Je soutiens de tout coeur ces parents effondrés.... et j'embrasse tous les petits anges qui boivent aux fontaines dans un monde meilleur , un monde que ces papas et mamans auraient sûrement bien eu envie de leur offrir..
.

Ecrit par : babou2505 | 26.09.2008

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15/07/2008

Pour Cyrille, jeune ambulancier décédé durant le transport d'un patient violent. Mon témoignage d'ambulancière et de taxi, avec le récit de mon agression à Caluire.

ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences



 

HOMMAGE À CYRILLE HAQUEVAUX, AMBULANCIER DÉCÉDÉ TRAGIQUEMENT

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Je pense à toi, Cyrille, à ton enfant qui va arriver, à tous les ambulanciers de France et du monde entier qui font leur métier avec coeur.ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences,cyrille haquevaux,saint-brieuc,danger,ambulance,accident,caluire,bande,violence,victime,orphelin,drame,métier,handicapé,handicap,protection,conducteur,courage,héros,collègue,traumatisme,témoignage,médical,accompagnement,fuite,suicide,déséquilibré,mort,deuil,gâchis

Je suis touchée par ton décès tragique, causé par un patient violent et atteint mentalement que tu devais accompagner, et je tenais à te rendre hommage sur mon blog... où je parle de notre métier régulièrement dans le chapitre : "Ne tirez pas sur l'ambulance" (cliquer sur ce titre à gauche dans les catégories).ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences,cyrille haquevaux,saint-brieuc,danger,ambulance,accident,caluire,bande,violence,victime,orphelin,drame,métier,handicapé,handicap,protection,conducteur,courage,héros,collègue,traumatisme,témoignage,médical,accompagnement,fuite,suicide,déséquilibré,mort,deuil,gâchis

Cyrille Haquevaux, 24 ans, se trouvait à l'arrière de l'ambulance lorsque le patient transporté, atteint mentalement, s'est agité brutalement et a essayé de sauter de l'ambulance, entraînant dans sa chute le jeune ambulancier sur le bitume de la voix express. Cyrille ne se releva pas et fut emmené à l'hôpital de Saint-Brieuc. Il est maintenant décédé et son enfant va bientôt voir le jour, sans que Cyrille n'ait pu le voir, lui qui s'occupait de tous ses patients avec générosité et coeur.


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J'ai repris le travail et les faits se sont reproduits, avec des coups violents reçus dans le dos et à la nuque, malgré mes avertissements à l'employeur et aux parents, lesquels ne m'ont pas cru. "Leur fils ne pouvait pas avoir fait cela." La mère m'a accusée de n'avoir aucune autorité. Au final, je n'ai eu aucun mot réconfortant ni le semblant d'une compréhension... J'ai eu du mal à m'en remettre, et en plus, suite à tout cela, j'ai perdu mon travail. Heureusement, j'en ai retrouvé un depuis, et j'ai repris courageusement la voie que j'aime : le transport et l'accompagnement de personnes malades, âgées et handicapées.


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En juin 2004, je m'étais déjà fait agresser à Caluire, près de Lyon, par une bande de jeunes qui ont lancé des pétards sur mon taxi, alors que je transportais un client et que j'étais arrêtée dans un embouteillage. Je suis sortie du véhicule et un des jeunes (il avait environ 18-20 ans) m'a menacée verbalement, avec tant de haine dans les yeux que j'en resterai à vie troublée...

Troublée et interpellée par la haine d'un inconnu qui vous prend pour cible, sans aucune raison. Il m'a lancé un pétard en plein visage, pétard qui a explosé près de l'oeil gauche. Je suis restée choquée en attendant les pompiers, qui m'ont emmenée aux Urgences. Ils ont été formidables. Les policiers sont venus assez rapidement sur les lieux et m'ont révélé qu'ils n'arrivaient pas à mettre la main sur cette bande et qu'ils craignaient ces jeunes. Ils étaient d'ailleurs tous partis en courant de la petite place où ils sévissaient.ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences,cyrille haquevaux,saint-brieuc,danger,ambulance,accident,caluire,bande,violence,victime,orphelin,drame,métier,handicapé,handicap,protection,conducteur,courage,héros,collègue,traumatisme,témoignage,médical,accompagnement,fuite,suicide,déséquilibré,mort,deuil,gâchis


J'ai eu beaucoup de chance de ne pas perdre un oeil ou l'ouïe et de n'avoir aujourd'hui aucune séquelle. Il n'y a eu aucun témoin ayant apparu non plus, alors qu'il y avait du monde aux balcons, dans les commerces, dans les voitures alentour. Personne n'est intervenu, ni n'a réagi pour m'aider, à part le client que je transportais... qui a eu peur lui aussi. J'étais alors enceinte et je remercie le Ciel de m'avoir permis de garder mon fils, malgré le choc.ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences

ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgencesCe sont des métiers à risque, comme chaque fois que j'ai transporté en VSL (véhicule où on est seul avec le patient assis) des malades sortis de l'Hôpital Psychiatrique, parfois sur de longues distances.


Je me souviens d'un jour où on nous avait confié un monsieur de l'Hôpital psychiatrique pour l'emmener en dialyse. Il s'est mis à mordre mon collègue à l'arrière et à se débattre dans tous les sens. Le cadre ambulancier avec qui j'étais ce jour-là me suppliait de faire aussi vite que possible, ce que j'ai fait, passant à travers les embouteillages par miracle et aussi grâce aux automobilistes qui s'écartaient pour me laisser passer. J'ai traversé toute l'entrée de Grenoble à toutes trombes pour arriver le plus vite possible au CHU.

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Un médecin avait tout de même fait remarquer à ma patronne, lorsque j'ai été frappée, qu'aucun filet ou grille de protection n'était installé dans le véhicule que je conduisais.

Je pense à toi Cyrille......... et à ta famille, à ton enfant orphelin d'un papa. Je pense à ton collègue traumatisé par ton décès et par ce drame terrible.

Je pense à tous les ambulanciers de France et du monde. Nous faisons un beau métier mais quelles difficultés nous traversons et quelle méconnaissance de la société existe sur cette profession souvent rabaissée et délaissée ! C'est un métier de personnes généreuses et souvent exploitées. Un métier qui ne compte pas ses heures et ses kilomètres, ni son écoute aux patients. Un métier d'amour envers les autres, envers les souffrants. 

Chloé Laroche

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RAJOUT : J'AI SU EN 2012 PAR LE COLLÈGUE DE CYRILLE (VOIR SON COMMENTAIRE) QUE SON FILS VA BIEN, QU'IL EST TRÈS BEAU ET QU'IL RESSEMBLE À SON PAPA.

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Photos : je remercie le site Photosearch et Bing images pour la plupart des photos de cet article. Le mandala de larmes vient du site : http://koah.over-blog.com/30-categorie-10168075.html

La photo de la personne tournée de dos devant le lac du Bois Français a été prise par moi.

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.... Vous pouvez lire ci-après des extraits du site des Ambulanciers, expliquant les circonstances du décès de Cyrille, jeune ambulancier et futur papa.



__________________ Hommage à notre collègue ambulancier  dans l'exercice de ses fonctions____________

(extrait du site des Ambulanciers .... http://ambulancier.over-blog.com)


Le malade bouscule l'ambulancier installé à l'arrière.
Les deux hommes sont projetés, par l'arrière, sur la voie express.
Lourde chute pour l'ambulancier Cyrille Haquevaux, 24 ans.

Le jeune ambulancier est, lui, transporté au centre hospitalier de Saint-Brieuc puis à Pontchaillou, à Rennes, où il était dimanche en état de mort cérébrale. Sa conjointe doit accoucher dans quelques jours.


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Extrait du reportage LCI :

PAS DE SANGLE.

Selon un employé de l'hôpital de Saint-Brieuc souhaitant rester anonyme, le jeune homme "très baraqué" venait de traverser une phase d'agitation, "de celle où ils veulent tout casser". D'après cette même source, le patient était allongé sur le brancard non sanglé. Au bout de 10 minutes de trajet, à hauteur de la commune de Plérin, "le patient réussit à ouvrir la porte du véhicule", raconte Bastien Diacono, le procureur adjoint du tribunal de Saint-Brieuc.

Dans des circonstances encore indéterminées, le malade entraîne dans sa fuite l'ambulancier. Les deux tombent sur le bitume. L'ambulancier ne se relèvera pas. Le patient, lui, passe la glissière de sécurité sur le terre-plein central. Le jeune homme est percuté par une voiture arrivant en sens inverse.

______________________________ Extrait du site : http://ambulancier.over-blog.fr _____________

Notre avis :

Un problème parmi tant d'autres, mais cette fois-ci un collègue y a laissé la vie, ce qui confirme ce que l'on a toujours dit : nous ne sommes pas de simples "transporteurs" mais des professionnels de santé formés et diplômés. Ce ne sont pas des colis que nous prenons en charge mais des personnes, malades de surcroît, avec leurs différents problèmes et pathologies. Je n'ai jamais vu un chauffeur routier se faire éjecter de son camion par un colis qu'il transportait.

Le deuxième Hic c'est la transmission d'informations entre le personnel soignant et les ambulanciers... quand on voit qu'il faut parfois se "battre" pour avoir un minimum de relève. Sachant que le malade est sous la responsabilité intégrale de l'ambulancier, une fois la grille de l'hôpital franchie, il est donc nécessaire d'obtenir certaines informations à caractère médical. RAPPEL : les ambulanciers sont tenus au secret médico-professionnel, donc apte au secret partagé. Un malade psychiatrique ayant une phase d'agitation même calme sera sanglé au minimum d'une ventrale par précaution, car on le sait ce genre de patient est totalement imprévisible. Si les informations citées plus haut avaient été transmises, cela aurait certainement engagé nos collègues à sangler le malade et l'on aurait pu ainsi éviter ce drame. Dommage qu'une fois de plus il faut attendre un mort pour amener une réflexion sur le sujet.

Nos pensées accompagnent sa famille.
Sincères Condoléances.

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Les faits:

SAINT-BRIEUC. - « C'est une histoire hors norme. Avec cette affluence sur la RN12, on a frôlé une catastrophe plus grande encore. » Le procureur adjoint, Bastien Diacono et les secouristes restent marqués par la scène qu'ils ont découverte, samedi, peu après 13 h, à la hauteur de Plérin (Côtes-d'Armor). « Deux corps allongés de chaque côté de la quatre voies, il nous a fallu un peu de temps pour comprendre. »

Quelques dizaines de minutes plus tôt, une ambulance de la toute jeune société Urge ambulances revenait du centre hospitalier de Saint-Brieuc pour véhiculer un patient vers l'hôpital psychiatrique de Bégard, à 50 km. Un homme âgé de 27 ans doit y être transféré à la demande de sa famille. Quelques heures auparavant, il a tenté de mettre fin à ses jours, en voulant sauter d'un pont.

Un témoin a tenté de le stopper.

Alors que le véhicule est en route, le malade bouscule l'ambulancier installé à l'arrière. Les deux hommes sont projetés, par l'arrière, sur la voie express. Lourde chute pour l'ambulancier Cyrille Haquevaux, 24 ans, qui reste à terre. Le patient, lui, se relève et entreprend de traverser la route. « Un témoin l'a saisi par le bras pour l'arrêter dans son élan », raconte un automobiliste. Mais l'homme réussit à traverser le rail de sécurité et à se lancer dans le flot de circulation. Une voiture le heurte brutalement. L'intervention des secours ne permettra pas de le réanimer.

Le jeune ambulancier est, lui, transporté au centre hospitalier de Saint-Brieuc puis à Pontchaillou, à Rennes, où il était dimanche en état de mort cérébrale. Sa conjointe doit accoucher dans quelques jours. Son collègue, conducteur, a, lui aussi, été hospitalisé, extrêmement choqué.

Transport à risque :

Pour Bastien Diacono, le représentant du parquet, « cela pose la question de la condition de transport de l'individu atteint de pathologie psychologique ». Pourquoi le malade n'a-t-il pas été attaché ? Sa dose de tranquillisants était-elle suffisante ?

« Nous ne sommes que des exécutants, témoigne Yann Kerleau, président du syndicat départemental des ambulanciers. Le transport est prescrit par un médecin avec consignes particulières. » Mais l'évaluation n'est pas toujours aisée.

« Ce sont des transports à haut risque, estime-t-il. Il n'est pas rare que nous ayons des problèmes avec des malades agités. » Son équipe a déjà été confrontée à une tentative d'étranglement, une agression... «Quand c'est une hospitalisation contre la volonté de la personne, j'oblige mes collègues à attacher les chevilles et les poignets. C'est plus délicat quand la personne est sensée et volontaire.»


Sébastien GROSMAITRE.

Ouest-France____________________________
Vos réactions sur le Forum :



le 08/07/2008 à 12h07
Condoléances à la famille de cet ambulancier, et encore une fois un grand bravo et merci, à tous ces hommes et femmes, qui mettent leur vie en danger, pour en sauver d'autres.
Moi, Chez moi

le 07/07/2008 à 21h17
J'ai moi un fils policier qui doit souvent transporter ce genre d'individu à Sainte Anne et qui a été blessé personne n'en parle.
Mimi, Val de reui

le 07/07/2008 à 20h58
Bonjour je suis CCA depuis plus de 20 ans. Avant les médecins discutaient avec les ambulanciers ; maintenant un ordre de mission, une prescription médicale de transport (bon de transport) et les ambulanciers débrouillez vous scandaleux!!! où va t on ? les ambulanciers sont la derniére roue de la charrette ; savez vous que nous sommes des transporteurs qui bénéficient de la convention collective des transports routiers !? un camion de bananes, de viande ou une ambulance : la même convention ! scandaleux ! j'aime mon métier mais actuellement il est temps que les différents ministéres de tutelle se réveillent en tout cas toutes mes condoléances attristées pour ce collégue qui a laissé la vie pour un "fada"' ; à qui le tour ?
Ambulancier catalan, Perpignan

le 07/07/2008 à 18h53
Étant moi même ambulancier , je ne peux qu'être ému et énervé en lisant cet article , car cela fait des années que l'on crie au loup en disant qu'un tel drame se produirait et on nous riait au nez , car parfois ces transports ce font même en Véhicule Sanitaire Léger... ce qui veut dire qu'il n'y a qu'un ambulancier dans le véhicule et que ce serait-il passé si le véhicule était allé percuter un car d'enfants ? Il est temps de réglementer correctement ce genre de transport mais encore une fois il faut un drame pour que l'on se penche sur notre métier ; malheureusement il est trop tard pour notre collègue , condoléances à la famille et bon courage.
Marpin, Saint-calais

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Commentaires

Merci pour votre bel hommage à mon ancien coéquipier, stéphane de saint-brieuc.

Ecrit par : STEPHANE | 31.08.2008

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Nous sommes aussi ambulancières dans le Pas de Calais, nous déplorons ce drame et nous présentons à la famille nos plus sincères condoléances. ENCORE UNE FOIS CE DRAME AURAIT PU ETRE EVITE

Ecrit par : aicha - peggy | 17.09.2008

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Je suis passée en voiture juste après le drame les pompiers ambulance et un corps sur la 4 voies étaient là près de nous, nous allions sur st brieuc... Dès que je lis cette histoire je revois ces images, j'ai un petit bonhomme de 20 mois et je pense fort à la femme de l'ambulancier qui a maintenant un enfant, j'espère qu'elle est entourée même si cela ne remplacera pas le papa... et courage à son coéquipier qui était dans la voiture pour continuer son travail.

Ecrit par : mary | 05.01.2009

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Merci Mary pour votre commentaire et vos pensées pour cet ambulancier et sa famille ; merci à vous aussi, son co-équipier d'ambulance qui m'a écrit et à qui je pense fort. Nous soutenons très fort, ambulanciers de toute la France, sa compagne veuve et son enfant. Chloé

Ecrit par : L'auteur de ce blog | 05.01.2009

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TOUTES MES CONDOLEANCES A SA FAMILLE JE SUIS MOI MEME AMBULANCIER...................

Écrit par : Thieulent | 06/04/2010

Répondre à ce commentaire

 

Oui, nous pensons à sa famille et son enfant qui a quelques mois maintenant. Je pense à tous les ambulanciers de France et du monde. Un beau métier mais quelles difficultés et quelle méconnaissance de la société sur ce métier souvent !! Un métier de personnes généreuses et souvent exploitées. Un métier qui ne compte pas ses heures et ses kilomètres ni son écoute aux patients. Un métier d'amour envers les autres, envers les souffrants. Toutes mes pensées pour vous. Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 07/04/2010

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Je suis aussi ambulancier et voulais signaler que notre profession comporte des risques malheuseument non reconnus. Je viens de perdre un collegue la semaine derniere d'un infarctus, il n'avait que 48 ans. Le stress de cette profession ne l'a pas aidé c'est sur.
Nous exercons ce metier par passion mais cela devient de plus en plus dur physiquement ainsi que mentalement.
Toutes mes pensées vont a la famille de Cyrille et de Jef.
Pascal

Écrit par : Pascal | 09/04/2010

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Cyrille, 

mon pote, mon collègue,

cela va bientôt faire 4 ans que tu nous as quitté.
beaucoup, tellement de choses on changé depuis ton départ, 
si tu savais comme tu me manques
je ne peux m'empêcher de repenser à ce jour dès que je passe sur ces lieux maudits.
je ne sais pas pourquoi j'écris sur ce blog je pense que c'est un moyen d'exorciser ses vieux démons, une sorte de bouteille à la mer qui au fond de moi espère que ces mots te parviendrons.
Je voulais que tu saches que malgré le chagrin, la rage... j'ai tout fait pour sauver ce que tu avais eu tant de mal à créer...
Je m'excuse de n'avoir réussi. 
j'ai eu l'occasion de croiser ton fils, il est magnifique, il te ressemble.
rien ne sera jamais plus comme avant, j'en ai d'ailleurs quitté le métier, trop dur...
Bref tu nous manques à tous beaucoup, on ne t'oubliera jamais.

Écrit par : lukaz | 26/04/2012

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Courage à vous Lukaz. Cyrille est parti si tôt. Ce métier est un beau métier mais si dur parfois et si peu aidé et protégé. Je pense à tous les ambulanciers de France et du monde et vous envoie mes meilleures pensées. Chloé L

Écrit par : Chloé Laroche | 27/04/2012

 

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29/06/2008

À toi qui porte la souffrance de ta vie, seul et isolé. À ceux qui croient que les épreuves frappent ceux qui les attirent. Karma pervers et jugement humain inéquitable.

Bonjour à tous et toutes,

 

images-13.jpegDernièrement, j'étais invitée à un repas avec quelques convives.

Une dame travaillant à l'hôpital dit à un moment : "J'en vois des personnes qui souffrent et il y en a, elles ont tellement d'épreuves en même temps et de souffrances de toutes sortes, qu'on se demande comment c'est possible...".

Une dame lui répond : "Il faut dire qu'il y en a qui cherchent et qui s'attirent les problèmes."

Quand on a dit ça, on a fait le tour de l'humanité. Pour ceux qui tournent en rond.

Je m'oppose à ce genre de propos, qui prennent leur source très souvent dans des raisonnements spiritualistes ou de développement personnel. "Votre vie dépend de vos pensées"... "Vous attirez ce que vous êtes".... "Votre colère et votre rancoeur vous ont créé ce cancer".... "Pensez positif et vous attirez le meilleur."images-14.jpeg

Il y a du vrai là-dedans, mais ce n'est pas si simple. Quelqu'un de très positif peut très bien devoir affronter de nombreuses épreuves, pour de multiples raisons qui demeurent inconnues à nos yeux d'humains. Et comment pouvons-nous juger ici-bas des épreuves d'autrui.... Ce n'est que de l'orgueil et beaucoup de gens dits spirituels n'en manquent pas... au point qu'un ami qui a un cancer m'a dit récemment : "J'ai le chou-fleur (le cancer) et depuis, je n'intéresse personne. On me dit que c'est mon karma et donc, je suis un pestiféré. Que puis-je apporter à des gens qui considèrent ma maladie ainsi ?" Cet homme fréquentait des personnes en recherche spirituelle et il est déçu car il se retrouve seul et isolé. Il va mourir et il est seul. Pendant ce temps, ses amis devenus invisibles... se satisfont d'avoir la santé et de jouir d'un "bon karma".IS693-008.jpg

Mais qui oserait dire de Jésus qu'il a été crucifié parce que c'était son karma ? Qui dirait cela de Gandhi qui a été assassiné ? Certains ont le statut de sacrifié ou de martyr... mais les autres peuvent crever dans l'indifférence générale, ajoutée à la culpabilité et aux reproches inconscients de l'entourage...

La compassion n'est pas équitable.


Chloé

25/06/2008

Le silence est entré dans mon ambulance. Mon hommage aux ambulanciers. Hommage aux patients. Attente d'un traitement. Attente de l'ambulancier après l'attente chez le médecin ou à l'hôpital.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



LE SILENCE ET L'ATTENTE________________ambulancier,taxi,maladie,écoute,cancer,accompagnement,mère teresa



Le silence est entré dans la voiture que je conduis. Une Astra blanche avec la croix bleue des ambulanciers sur le capot.

Ma patiente est assise à côté de moi.

Quelques mots ont été échangés. Et puis le silence a gagné. Non pas lourd mais consenti, de part et d’autre. Lourd de sens, oui, car la maladie est là, présente. Le cancer mine ma patiente depuis des années. Sans rémission.

Elle m’a soudain reparlé.
Et puis le silence est revenu, comme la neige qui se dégage doucement devant nous, sur la route.

Je rencontre ce silence tous les jours, à travers les patients que je prends en charge. Silence de neige, silence de patience, silence d’attente...
L’attente d’arriver à destination, l’attente dans les embouteillages, l’attente dans les salles d’attente pour rencontrer le médecin, l’attente de l’ambulancier qui emmène et ramène, l’attente d’un avenir meilleur, l’attente d’une santé disparue, l’attente d’un traitement en salle de chimiothérapie...

Dans toute cette attente, les patients ont besoin de sérénité et de calme. Ils ont besoin que nous les transportions avec beaucoup de tact et de respect.

Chloé Laroche


________________ Mon hommage

aux ambulanciers du monde :ambulancier,taxi,maladie,écoute,cancer,accompagnement,mère teresa



Le métier d’ambulancier est une profession où les anges gardiens ne chôment jamais dans l’ensemble du monde entier.

Je lisais tout à l’heure le témoignage d’une femme : Marta Gray, dans “La couleur du silence” de Yves Eurieult (éditions Ramuel), qui a travaillé aux côtés de Mère Teresa à Calcutta en Inde.

Elle racontait l’horreur qu’elle a vécu là-bas, les corps vivants dévorés par les vers, les enfants de neuf mois qui avaient la taille d’un foetus à terme, les malades infectés que leur amenaient les ambulanciers pour qu’ils meurent dignement dans le centre de la Sainte femme.

Je pense aux ambulanciers de ce pays, à ceux de Palestine et d’Israël, à ceux d’Algérie et de la Tchétchénie...

Je pense aux quarante-quatre ambulances qui ont été réquisitionnées le soir où la boîte de nuit de Saint Laurent du Pont a été détruite par un incendie dramatique... Ces professionnels du transport médical sont allés chercher les corps des victimes, de tous ces jeunes isérois, morts dans la fête d’une dernière nuit.

Ils ont fait la navette pendant des heures entre le lieu du drame et le gymnase pour que les dépouilles soient dignement rendues à leur famille.

Le métier d’ambulancier ressemble à celui de passeur des âmes et des corps... Il est un accompagnateur dans le passage entre la vie et la mort, soit dans un sens soit dans l’autre.

La plupart du temps, il n’y a heureusement que la vie et l’espoir.

Mais dans bien des cas, de par le monde, l’ambulancier se bat pour donner à la Vie une chance : il se bat pour que la Mort n’arrive pas pendant le passage du transport... afin que le malade soit soigné à l’arrivée, sur le lieu béni où les médecins exercent.


Chloé Laroche

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Pour lire tous mes articles concernant le métier d'ambulancier

et de taxi médicalisé, consulter :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/


Le mandala de larmes vient du site : 

http://koah.over-blog.com/30-categorie-10168075.html

24/06/2008

Trois destins rencontrés en ambulance. De la vie au désespoir. Du combat désespéré à la lutte finale contre la maladie, la solitude et la mort.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



TROIS RENCONTRES

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Trois rencontres m’ont bouleversée durant cette journée de travail en ambulance.

Trois destins aux multiples souffrances.

D’abord, je vais chercher un homme handicapé, chez lui. Il est en fauteuil roulant. Arrivés à l’ambulance, je l’aide à l’asseoir dans le véhicule. Je plie son fauteuil et le soulève pour le ranger à l’arrière du véhicule.

La dernière fois que je l’ai vu, au cours d’un précédent transport, il devait partir en voyage au Brésil. Je lui demande alors comment cela s’est passé.
-Qu’est-ce qui vous a plu le plus là-bas ?
-Le Christ, m’a-t-il répondu !
-Le Christ ?
-Oui, et j’ai eu la chance de le voir de près en hélicoptère. Il fait trente mètres de haut...
-C’est le Christ qui surplombe la baie de Rio de Janeiro ! Il a les bras tendus, ouverts sur le monde. C’est si beau de représenter Jésus ainsi, lui ai-je dit.
-C’est vrai ! C’est magnifique !
-Vous étiez seul là-bas ?
-Non, nous étions neuf à partir, neuf membres de ma famille, à cause d’événements douloureux. Ma soeur venait de perdre son fils et son mari ... et nous avons perdu notre mère aussi.... Pour Noël, nous avons préféré partir le plus loin possible...”.

Ils ont mis un océan entre leurs morts perdus et leurs vies présentes... Océan de larmes, océan d’espoir face aux drames vécus.

J’ai ressenti beaucoup de douceur de la part de cet homme pour sa soeur. Il m’a parlé d’elle et de sa force, de ses blessures gravées dans la chair, de sa volonté de s’en sortir par elle-même. Survivance éperdue d’une mère orpheline et d’une veuve solitaire.

Et puis, plus tard dans la journée, je suis allée chercher une dame.

Elle m’a ouvert son coeur spontanément.
Nous roulions dans la neige.

Cette patiente m’a parlé de sa vie de veuve, de ses cancers successifs, de son mari suicidé, de tous les suicides qui s’accumulaient au sein de la famille. Elle m’a parlé de ses enfants, de ses peurs pour eux, de son angoisse de la pulsion de suicide “peut-être héréditaire”, de son combat pour la vie, de la flamme de son existence risquant de s’éteindre bientôt.

J’ai écouté cette dame tout au long du parcours. Je l’ai regardée avec admiration et respect. Elle n’avait à vivre, selon les médecins, que quelques mois. Je l’ai déposée à la Clinique tout en lui laissant quelques mots d’espoir et la chaleur d’une présence à ses côtés, présence fugace mais intense.

Et puis ce soir, j’ai transporté un homme de quarante ans, sortant régulièrement de l’Hôpital Psychiatrique afin de poursuivre une rééducation de la parole. Ce patient a une maladie qui s’est développée tardivement, maladie que sa mère lui a transmise.

Étant enfant, il a vu sa maman enfermée derrière des barreaux, ceux d’un asile. À la fin, on ne lui permettait plus de la voir. Aujourd’hui, il maîtrise difficilement ses mouvements et a beaucoup de mal à parler. Il se bat pour rééduquer sa parole et réapprendre à articuler.

Cet homme est le père de deux adolescents. “Je ne les vois pas souvent. Ils me manquent tellement !” me confie-t-il.

Cet homme travaillait autrefois. Il avait alors une vie normale, une famille. Aujourd’hui, il est enfermé dans ce pavillon psychiatrique.


Après la fin de mon travail, je suis rentrée chez moi avec les images de ces trois vies qui m’ont bouleversée... avec les mots de toutes ces vies que je croise.

Je pense aussi à cet homme dont j’ai parlé plus haut... que nous appellerons François et qui est rentré en chambre stérile depuis neuf jours.

Je suis allée le voir au tout début de son entrée à l’Hôpital. Je le lui avais promis. C’était son premier jour d’isolement. Je lui ai parlé à travers la vitre, avec le téléphone du couloir.

Il paraissait très ému de me voir. Je lui ai dit qu’il commençait un voyage et que je lui souhaitais bonne chance pour ces six semaines où il allait être enfermé, isolé dans cette pièce pour sa greffe de moelle.

Dans ses yeux, j’ai lu un grand espoir... La peur de ne pas survivre aussi. Mais l’espoir surtout. L’espoir de vivre grâce à cette greffe.

Ce soir, je pense aussi à Soeur Emmanuelle.
On l’a incitée à prendre congé des bidonvilles d’Égypte où elle a tant fait pour les plus pauvres. Elle vit maintenant dans le Sud de la France.

Je l’ai entendue parler sur l’origine de son engagement :
-Je ne voulais pas vivoter mais vivre pleinement. Tout donner et partager. Aujourd’hui, je peux partir en paix. Je sais qu’après moi, d’autres continueront. L’important, c’est d’ajouter sa goutte à l’océan d’amour. Il est important que chacun le fasse dans sa vie. Chaque goutte est importante.”

J'ai fait ces trois rencontres durant la semaine de prévention du suicide. Je pense très fort à toutes les familles qui ont perdu un proche par cette fin terrible. Chacun de nous est unique, unique à jamais. Chaque existence est une goutte de vie unique.

 

Chloé LAROCHE

 

 

La photo de fleur provient de ce lien :

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POUR LIRE TOUS MES ARTICLES

SUR LE MÉTIER D'AMBULANCIER, MON MÉTIER :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/









23/06/2008

Histoires ambulancières sur ceux que nous transportons. Leurs larmes et leurs mots. Leurs maux. Comment un homme en vient à vouloir se suicider.

(Extraits de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



“Pourquoi l’ai-je fait ?”____________
_______________________________



-Maintenant, je comprends ceux qui le font.”
Le patient que je transporte vient de me confier qu’il avait tenté de se suicider il y a quelques mois, un jour où il était resté seul, avec une carabine pointée du sol vers sa carotide. Le coup est parti... Si fort qu’il a évité la mort. Il a éraflé la vie de cet homme et lui a laissé un bras handicapé.
-Pourquoi l’ai-je fait ? Je n’en sais rien aujourd’hui. Je ne comprends pas. Mais je comprends ceux à qui cela arrive. Je ne les comprenais pas avant. Maintenant oui.”

Il m’a remué, ce grand-père.
Comme cette dame dépressive que j’ai emmenée dans son foyer d’accueil. “Cela fait huit ans que je suis malade dépressive,” m’a-t-elle confié.
Cette dame, je m’en souvenais bien. J’étais allée la chercher deux semaines avant à l’Hôpital psychiatrique pour l’emmener dans un foyer, une famille d’accueil. Mais là, aujourd’hui, quel déchirement ! Elle était venue passer cinq jours à l’occasion de Noël avec sa mère âgée, dans la maison de retraite de cette dernière.

Je l’ai retrouvée dans le couloir, figée, avec son gros sac de voyage. “Tenez”, m’a-t-elle dit en me tendant son sac. “C’est vous ?! C’est drôle que ce soit encore vous ! Je suis bien contente.” Mais elle était si triste de dire au revoir à sa mère.
En arrivant à la voiture, elle me dit : “Je suis si angoissée, tellement angoissée.” Elle fuma une cigarette, les yeux en mille morceaux. Sa mère nous regardait, du haut de son balcon. Elles se dirent adieu de loin.

-Je n’ai pas envie de retourner là-bas,”’ me confia-t-elle.
-Prenez ce temps pour vous détendre, vous reposer à la campagne. Ces gens qui vous accueillent sont-ils gentils avec vous ?
-Oui, ils sont gentils, mais ils ne s’occupent pas de moi.”
Après cet échange, nous avons roulé pendant une heure... Une heure en chansons, chansons d’amour que nous avons partagées en écoutant une fréquence radio. Et puis, des confidences sont venues sur ses deux grands enfants. Confidences mêlées à une si grande tristesse. Sensibilité à fleur de vies.

Ce soir, en repensant à ces deux patients, j’ai pleuré... J’ai songé à ce qu’il nous reste de la vie lorsque nous n’avons plus rien, lorsque nous sommes au bout... à bout, lorsque seul le départ de la vie nous réjouit.
Je pense qu’il reste alors l’essentiel, c’est à dire l’amour qu’on a partagé, cette énergie universelle qui circule entre les âmes. Si nous gardons cet essentiel à l’esprit et que nous ne nous coupons pas de cette énergie ni de notre âme ni de notre chemin intérieur, nous devons pouvoir vivre jusqu’au moment ultime où la mort arrive... à son heure, sans avoir à la chercher.

Je repense à ce que mon collègue Cyril m’a dit : “Moi, le soir, j’essaye de ne plus penser à ma journée de travail. Je m’interdis de revenir dessus car sinon je ne le supporterais pas. Je ne sais pas comment tu fais pour arriver à écrire sur le métier et à repenser à tout cela. C’est trop dur.”

Je crois personnellement que faire l’autruche n’est pas une solution. Lorsque quelque chose me touche, je regarde en face cette chose... et je vis mes émotions.

Les ambulanciers rencontrent dans leur métier des situations et des réalités difficiles, à une cadence rapide, et personne ne les aide psychologiquement. C’est une lacune du métier et un oubli regrettable, à mon sens, car je pense que si la moitié des ambulanciers quittent leur poste au bout de deux ans, c’est qu’il y a usure et saturation psychique. Ensuite, “la moitié de ceux qui seront restés... partiront eux aussi dans les deux années suivantes”... comme le dit un cadre de mon entreprise.

Lorsque nous passons d’une urgence à l’autre sans souffler, lorsque nous devons prendre en charge un malade alors que nous sommes encore avec le précédent, lorsque nous transportons vers sa séance de dialyse un patient gravement atteint sur le plan mental et agressant physiquement durant tout le trajet le collègue ambulancier assis à côté de lui, lorsqu’un autre malade psychologiquement atteint essaye de détourner la voiture de sa trajectoire dans un moment de folie, lorsque nous découvrons un corps sans vie alors que nous pensons trouver un malade... Comment les ambulanciers peuvent-ils tenir nerveusement pendant des mois sans avoir la tentation de quitter ce métier... pourtant merveilleux ?

S’ils ne parlent jamais et n’évacuent pas tout cela, s’ils préfèrent enterrer ces expériences difficiles au plus profond d’eux sans jamais y repenser et surtout sans jamais exprimer ce qu’ils ont ressenti... comment pourront-ils poursuivre sans avoir un jour envie de changer de route ?

Si les entreprises ne prennent pas en compte cela en faisant rentrer par exemple un équipage qui vient de vivre quelque chose de très difficile, elles s’exposent à ne pas garder leurs employés fort longtemps.
Imaginez une jeune ambulancière d’une vingtaine d’années qui vient de débuter et qui voit un de ses premiers patients mourir... Imaginez qu’elle doive enchaîner ensuite son service...



Une grand-mère en deuil___________________




Aujourd’hui, j’ai emmené une patiente de quatre-vingts ans, très agréable et pleine de tonus. Elle m’a raconté tout le bonheur qu’elle avait eu d’être née dans le Sud de la France. Mais elle m’a confié aussi combien le soleil lui manquait, avec sa chaleur et sa lumière, en cette saison.

Et puis elle m’a parlé du soleil perdu qu’elle pleurait depuis neuf ans... son petit-fils décédé jour pour jour le 31 Décembre. Il avait alors un an et demi et souffrait depuis sa naissance de graves problèmes de santé.
Cette dame m’a tout raconté, du décès du petit garçon à l’Hôpital jusqu’aux mois de calvaire de sa fille en deuil.

Cela ressemblait tellement à ma propre histoire. Je ne lui ai rien dit car la résonance aurait été trop forte. Je pleurais en conduisant des larmes invisibles. Elle m’a montré la photo de son petit-fils et j’ai su qu’il était près d’elle, comme un petit ange.

Cette grand-mère, en ce jour anniversaire, n’a peut-être parlé de son chagrin et de son vide qu’avec moi... Il était important qu’une personne partage cela avec elle, en ce jour de plus grande souffrance. Il y a des jours précis qui reviennent en cycles et qui sont à jamais marqués d’une pierre noire... une pierre sombre qui alourdit le coeur et le remplit d’orage, de tristesse et de souvenirs jamais effacés.

Il était important aussi que cette dame partage cela avec une personne qui pouvait comprendre... comprendre et accepter que neuf ans après, la douleur est toujours vive... que neuf ans après, l’amour est toujours vivant.
Que neuf ans après, la photo d’Emmanuel nous tend toujours les bras.



Dialyse et espoir de greffe__________________


Je poursuis mes missions d’ambulance en V.S.L..
J’accompagne de nombreuses personnes en dialyse. Elles restent branchées durant une demi-journée trois fois par semaine à une énorme machine qui purifie intégralement leur sang, afin de pallier à des reins ne faisant plus leur travail. Certaines font des dizaines de kilomètres à chaque fois pour rejoindre leur centre de dialyse. Elles arrivent, se pèsent et se couchent pendant des heures sur un lit, pendant que leur sang passe dans les tuyaux. Ensuite, nous revenons les chercher pour les ramener chez elles.
Ce sont souvent des personnes âgées qui doivent gérer en plus beaucoup d’autres problèmes de santé. Mais aujourd’hui, j’ai transporté pour la dialyse un jeune d’une trentaine d’années. Il m’a dit qu’il venait de s’inscrire sur une liste d’attente pour avoir une greffe du rein mais qu’il ne voulait pas y penser chaque matin en se levant, car l’attente et la déception vont de pair.

Et puis j’ai ramené un vieux monsieur algérien chez lui.
Il y avait une pluie battante sur l’autoroute. La tempête faisait rage avec un grand vent.

Tout en conduisant, j’ai cherché la station “Radio Beur” pour lui faire une bonne surprise. Lorsque je l’ai enfin trouvée, il a été tout heureux.
Il m’a demandé si je comprenais l’arabe.

-Non”, lui ai-je répondu. “Mais j’aime écouter ces musiques. Je suis allée en Algérie à l’âge de dix-neuf ans, à Blida, Oran, Alger...”. Il m’a répondu très surpris que l’Algérie était son pays et puis il a traduit les paroles de la chanson que nous écoutions.
-C’est un homme qui est triste car sa femme lui manque.”

En me quittant, il m’a serré les mains chaleureusement.
Il était très ému.



L’angoisse de la chambre stérile________________

La journée a été très longue car j’ai commencé à 7 heures 45 et j’ai terminé à 19 heures avec une coupure d’une demi-heure.

Le dernier patient que j’ai emmené ce soir doit être bientôt greffé de la moelle. Je l’avais déjà transporté avec sa compagne et nous avions parlé ensemble.

Ce soir, cet homme m’a parlé de sa traversée du désert depuis sept ans, de sa leucémie et de son espoir de greffe réussie.
-Soit ça marche soit j’y passe,” me confie-t-il.

Bientôt, il allait devoir entrer en chambre stérile pour n’en plus sortir pendant six semaines. Il aurait droit à une seule visite par jour, une personne devant être protégée sous un scaphandre.

Il allait pouvoir aussi croiser des regards amis derrière une baie vitrée.

-Tout ce que je vais emmener avec moi doit être désinfecté avant : les livres, les compacts disques, etc.”

Il m’a confié ses angoisses, sa peur de mourir, ce magnifique challenge du combat pour la vie.

Je l’ai écouté tout en conduisant.
Puis je lui ai promis d’aller le voir pendant son séjour à l’Hôpital. Cela lui a fait plaisir.

Je crois en la force de l’amitié et en ce sourire qu’elle donne à la vie.




“Tu restes dans notre coeur”_______________


Aujourd’hui, j’ai parcouru trois cents quatre-vingt kilomètres avec une amplitude de onze heures moins l’heure de pause, c’est à dire dix heures effectives.
Je me suis occupée de six patients dont un agriculteur que j’ai ramené chez lui, près de Megève en Savoie.

En revenant sur ma ville de départ, le bureau m’a envoyée à l’Hôpital psychiatrique pour transporter un patient.
Je suis donc allée le chercher dans un des multiples pavillons de cet Hôpital. Le monsieur en question rentrait chez lui après une hospitalisation. Il était assez jeune, les cheveux en bataille, avec une barbichette et une moustache à la cosaque.

L’infirmière a fermé la porte à clé derrière moi en attendant qu’il réunisse ses affaires. Un patient s’est approché de moi en me disant :
-C’est bien que vous l’emmeniez. Comme ça, il n’aura pas à prendre le bus.”

Mon patient est revenu avec son sac. Il était ému de partir. Un jeune qui était là lui a dit : “Tu t’en vas mais tu restes dans notre coeur, dans notre tête.”

Dans ma voiture ambulance, pendant le trajet, je le sentais perdu. Il pleurait doucement. J’ai alors engagé la conversation.
-Je suis russe,” m’a-t-il dit. “Je ne parle pas bien le français.”

Malgré tout, il a eu envie de me parler de lui. J’ai appris qu’il était dans la région depuis un an, recueilli dans une communauté ressemblant à celle d’Emmaus. Il semblait désemparé, avec beaucoup de soucis dans sa vie personnelle et peu d’argent de surcroît pour équilibrer sa liberté et revendiquer son indépendance.

En le déposant à la communauté, je lui ai souhaité bonne chance sur la route de sa vie. Il m’a quittée avec un sourire triste, mais un sourire tout de même.



Hospitalisation d’office et révolte_________________



Cette semaine, nous avons été réquisitionnés par la Préfecture pour participer à trois H.O. Ce sigle signifie “hospitalisation d’office”, c’est-à-dire une mesure prise par les autorités -préfets et maires- pour interner une personne à l’Hôpital psychiatrique, souvent contre son gré, dans le but de la protéger d’elle-même et de protéger aussi l’ordre public ainsi que les proches de cet individu.

Lorsque nous sommes appelés pour une H.O., nous allons chercher deux infirmiers à l’Hôpital psychiatrique puis nous allons ensuite à l’Hôtel de Police chercher l’équipe de policiers qui nous accompagnera, pour la sécurité globale de ce groupe éphémère.
Parfois, l’intervention peut s’avérer musclée car l’intéressé peut être armé ou se montrer agressif envers les personnes présentes pour son hospitalisation. Les H.O. concernent des individus qui troublent l’ordre public par un comportement d’agressivité envers autrui, de bizarrerie dérangeante, comme par exemple un cas de nudité totale dans la rue, ou qui sont dangereux pour eux-mêmes ou bien encore très délirants.

Depuis que je suis ambulancière, j’ai assisté à cinq hospitalisations d’office. La première fois, je venais de commencer le métier. Personne ne m’avait prévenue que j’aurais à faire des H.O. Je pensais même que cela n’existait plus ainsi. Il est vrai que participer à l’internement d’un être humain par force et contrainte n’est pas chose agréable, pour ma part en tout cas.

Si l’individu à emmener n’ouvre pas sa porte, le serrurier est appelé pour ouvrir la serrure. Et puis si l’homme ou la femme ne se soumet toujours pas et ne vient pas librement, après la discussion que les infirmiers lui proposent gentiment, on doit s’emparer de sa personne et l’attacher avec des liens fermés à clé s’il devient agressif. C’est ce qui s’est produit aujourd’hui.

Nous sommes arrivés à huit au domicile d’une personne, dans une petite ville de province... “Un individu troublant l’ordre public”. L’homme était assis, prostré et la tête entièrement recouverte d’un vêtement. D’après l’équipe présente, ce n’était pas la première fois qu’il faisait l’objet d’une H.O. J’ai aperçu des images religieuses sur sa table et des écrits mystiques. Cet homme a refusé de découvrir sa tête et a crié qu’il était chez lui et que nous n’avions pas le droit de faire ainsi irruption dans son logis et de l’emmener contre son gré. Les infirmiers ont tenté de le raisonner en lui parlant, lui expliquant qu’il avait besoin d’être soigné, qu’il faisait l’objet d’une hospitalisation d’office et que c’était pour son bien.

Devant son refus de coopérer, les infirmiers lui ont découvert la tête de force. Il s’est alors rebiffé et a tenté de saisir un couteau. Là, il a été plaqué à terre et attaché par les infirmiers, par les gendarmes et par mon collègue. L’homme hurlait et se débattait. L’infirmière a fermé à clé les liens. Puis ils l’ont levé. Il a marché vers la sortie, les pieds entravés. Enfin, il a été installé à l’arrière de l’ambulance et attaché de nouveau aux deux bras du brancard. Il suppliait les personnes présentes de le laisser libre dans l’ambulance, demandant à être assis sans être entravé. Pour la sécurité, les infirmiers ont jugé nécessaires de l’allonger, lié sur le brancard. Puis les gendarmes sont partis et nous avons roulé jusqu’à l’Hôpital psychiatrique avec les infirmiers qui sont restés à l’arrière du véhicule avec le patient.

Christophe m’avait glissé ces mots pendant l’intervention : “Je suis désolé pour tout cela.”
Sur le trajet du retour, il remarqua soudain que cette intervention m’avait vraiment secouée. Il me poussa à en parler.
-J’ai honte de participer à cela, Christophe.
-C’est pour le bien de cet homme. Il va maintenant être soigné.
-Oui, mais c’est la façon de procéder que je déplore. Je n’ai jamais supporté qu’on attache les gens...
-Et les criminels alors ? Les vrais et ceux présumés coupables que la justice menotte systématiquement dès leur arrestation parce qu’ils sont probablement dangereux ?
-Ce n’est pas pareil... Moi, je parle des malades. J’ai vu ma grand-mère attachée de force et contre son gré sur son lit d’hôpital parce qu’elle arrachait sa sonde alimentaire. Elle est morte attachée, quelques jours plus tard. Où est la dignité qu’on doit à chaque être humain, dans le pays des Droits de l’Homme, qui prône Liberté, Égalité, Fraternité ? Un jour, dans un camp d’handicapés mentaux dans lequel je travaillais comme animatrice et aide soignante, mes collègues ont pris d’office les sangles de mon étui de violon pour attacher une jeune fille qui était très agitée....
-Il y a des gens qu’on est obligés d’attacher pour la sécurité des autres. Comme il y a des gens qu’on est obligés d’enfermer pour la sécurité de la population et de leur entourage.
-Mais chaque année, on reconnaît un certain nombre d’internements abusifs...
-Ces personnes ont des recours judiciaires et peuvent porter plainte pour cela, si c’est le cas. En attendant, nous devons faire notre travail... Nous sommes réquisitionnés pour accomplir cela par les autorités et nous ne pouvons pas discuter...
-Ne pourrait-on pas employer une autre méthode, plus douce et respectueuse pour la dignité du patient !? Par exemple, pendant l’H.O., un médecin pourrait être présent et faire une piqûre calmante au lieu d’en arriver à la violence de l’entrave... par déférence pour un malade qu’on veut aider mais qu’on agresse en définitive.”

Après ce que m’a dit Christophe, j’ai pensé à tous les gens qui devraient être soignés et qui gardent leur liberté malgré tout. Je parle des pédophiles, des faux gourous, des manipulateurs d’autrui en tous genres. Tous ceux aussi qui troublent l’ordre public sans se dévoiler mais qui ont suffisamment d’appuis pour ne pas être inquiétés.


Je pense aussi à cet homme qui voulait faire sauter son immeuble, avec sa famille et tous les voisins. Il nous a suivi tranquillement, dans le cadre de son hospitalisation d’office. Ma conscience est restée sereine ce jour-là. Car peut-être avons-nous pu éviter un drame...

Dans ce métier, nous devons rester humble. L’humilité est de rester à sa place en sachant que nous ne maîtrisons pas tous les paramètres des missions qui nous sont confiées...

Nous devons accomplir notre tâche, tel un ange gardien qui se tient là près de vous et qui vous voit souffrir sans pouvoir vraiment intervenir, parce que ce n’est pas le moment. Il vous soutient par la pensée, par la prière discrète, par un accompagnement invisible et discret. C’est la seule aide qu’il peut apporter sans que vous le sachiez vous-même.



Larmes partagées______________


Une dame âgée se tient couchée sur le brancard, près de moi. Elle me fixe du regard. Des larmes coulent sans paroles. Je lui souris doucement. Elle me sourit aussi.

Je regarde vers l’avant, vers la lumière sur la route, devant l’ambulance.

Je pense à mon grand-père d’adoption qui vient de mourir, Albert. Je suis allée voir son corps pendant ma pause, tout à l’heure, au funérarium. C’était l’ami de ma grand-mère paternelle.
Il a compté pour moi depuis ma naissance autant qu’un grand-père de sang.

La dame continue de pleurer.
Moi aussi dans mon coeur...

En allant chercher cette dame, Christophe et moi-même avons pu voir dans le couloir des Urgences une dizaine de brancards sur lesquels les malades attendaient patiemment.

Des infirmiers s’activaient auprès d’eux pour leur poser des perfusions ou pour les questionner sur leur état. Un homme criait dans une chambre.

Heureusement, la lumière est là, devant mes yeux. Et au fond de mon coeur, du courage et de la force.

La dame près de moi me fixe toujours. Elle est sereine maintenant.

 

Chloé LAROCHE

22/06/2008

Je tire mon chapeau aux parents qui se battent pour leurs enfants... non-démissionnaires et présents dans leur rôle éducatif.

Bonjour à tous et toutes,

 

images-19.jpegUne femme m’a dit ceci : “Je vais mourir car je suis malade. J’aurais aimé faire ce que vous avez fait. Je vous envie car moi je n’ai rien fait. J’aurais voulu adopter comme vous. Chloé, ce que vous faites est admirable mais pour moi cela dépasse l’entendement. Votre action est même maso à mon goût, car adopter d’accord, mais accueillir une enfant handicapée puis une enfant grande qui vient d’Afrique avec une histoire comme la sienne déjà si difficile... c’est incompréhensible pour moi. Je n’arrive pas à comprendre comment vous faites... Oui, d’accord vous avez cette force car vous avez perdu un enfant mais peut-on remplacer un enfant par un autre et est-ce vraiment sain ?”


Je répondrai à cette femme ceci : Oui, cet amour laissé dans mon coeur par le départ de ma fille il y a onze ans m’a donné des ailes pour donner de l’amour à d’autres enfants. Non, aucun enfant ne remplace un autre enfant, même si mon jeune fils ressemble étonnamment à ma fille décédée au même âge. Je sais qu’il y a des parents comme ceux de Dali qui donnent le même prénom qu’un précédent enfant décédé. Cela est très préjudiciable pour l’enfant vivant. Dali disait lui-même que quand il allait sur la tombe de son frère, avec son prénom inscrit sur la tombe, il avait l’impression d’être mort. Pourtant il s’est servi de cette souffrance pour devenir un grand peintre. À tout obstacle, on peut trouver une sublimation, une offrande de sa vie au beau, au juste, au don de soi.images-12.jpeg

Cette femme me dit qu’elle n’a rien fait de “bien” de sa vie et qu’elle aurait voulu faire quelque chose dont elle serait fière. Je lui ai fait remarquer qu’elle avait élevé plusieurs enfants. “Oui, mais c’était les miens et vous, vous élevez des enfants qui ne sont pas les vôtres”. Je lui ai répondu que élever ses enfants était quelque chose de formidable et que bien des parents, au contraire d'elle, sont démissionnaires ou abandonnent leur enfant ou les maltraitent ou les éduquent mal.

images-20.jpegDernièrement, un homme m’a avoué qu’il connaissait des personnes qui laissent leurs enfants jeunes, de moins de dix ans, devant des films pornographiques et qu'ils regardent ce genre de films avec eux. Et ceci se répète au fil du temps. Cela me donne envie d'aller chez ce genre de parents et de leur ôter l'envie de recommencer ce genre de pratiques terribles pour un enfant.images-22.jpeg

Aussi, je tire mon chapeau à tous les parents qui savent éduquer leurs enfants, leur donner des limites, les protéger, leur parler du monde sans tout leur montrer, les aimer, leur apporter de la tendresse tout en respectant leur corps et leur intimité, les nourrir et les choyer sans les pourrir de société de consommation.

images-4.jpegJe tire mon chapeau aux pères qui se retrouvent seuls avec leurs enfants parce que Madame a rencontré le grand amour et se tire avec “l’homme de sa vie”. J’ai une amie très chère qui s’est retrouvée à l’âge de treize ans avec ses trois frères et soeurs, abandonnés par leur mère tombée amoureuse d’un autre. Elle a tout laissé derrière elle.... Tout : ses enfants marqués à vie. Elle a vécu cet amour indescriptible qui prend toute la vie, tous les sens et même les non-sens.

Je tire aussi mon chapeau aux mères qui vivent des choses extrêmement difficiles... Travailler sans papier en France en élevant seule ses enfants, dans une pièce unique comme seule habitation. Vivre avec la peur au ventre en protégeant ses enfants. En se demandant si on va être expulsée... de son logement ou de son pays... En travaillant au noir... En étant obligée de laisser ses enfants seuls la nuit pour aller travailler... Femmes acculées au pire.images-16.jpeg

Où est donc passée en France cette notion humaniste de défendre la veuve et l’orphelin ? Qui a encore cette notion de protéger la femme seule élevant à la force de son mental et de ses reins ses enfants seule ? Qui pourrait donner des papiers aux mamans étrangères qui travaillent pour la France mais... qui pleurent chaque nuit de l'inespérance de leurs lendemains... quand leurs enfants dorment à côté d'elles du sommeil de tous les enfants du monde.

Chloé LAROCHE

13/06/2008

Ma solidarité envers cette femme assassinée dont on a retrouvé le tronc flottant dans une valise.

Bonjour,

Beaucoup de sujets me font réagir dans l'actualité et je suis très sensible aux appels au secours lancés.
Mais certains ne verront jamais leurs cris entendus.
Je pense à cette femme dont on a découpé le corps. Horrible destin dont on peut se demander s'il vient d'un amour mutilé, d'un pervers maléfique, d'une vengeance sortie de l'enfer, d'un martyre sans nom.
Je pense à ses proches qui ne savent pas que c'est elle, retrouvée sur cette rivière nantaise, partie pour son dernier voyage, sans sépulture, sans honneurs, sans adieu... et qui la cherchent encore, l'attendant parmi toutes les disparitions d'adultes.
Quelqu'un l'a placée dans une valise... car elle voulait partir, s'enfuir de sa vie. On l'en a empêchée et elle en est morte comme tant de femmes assassinées pour une rupture, pour un divorce, pour un refus d'aimer.
J'ai envoyé beaucoup de pensées à cette femme car son corps morcelé n'a pas de repos et demande de l'aide.

Chloé

12/06/2008

Flashs-back de mon métier d'ambulancière. Vie et mort. Maladie et courage. Solitude et isolement. Regard sur un métier merveilleux mais peu reconnu.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



CHRONIQUES
D'UNE AMBULANCIÈRE________________ _________________ _________________ solitude,isolement,handicap,ambulance,deuil,anévrisme,ambulancier,dépression,suicide,écoute,métier,isère,taxi,vsl,musique,moto,accident moto,paraplégique,vie,combat,maladie,rééducation,courage,résilience,urgence,femme enceinte,perte sang,bébé,enfant,prise en charge,médical,médecin,hôpital,témoignage,vérité,blog,livre internet,édition,éditeur,vivant,avenir,espoir,tragédie,drame,perte,amputation,hospitalisation,peur





Ce qui me frappe le plus, ce sont la solitude et l’isolement de certains patients.

Un soir, nous avons été appelés en urgence avec mon coéquipier pour une dame qui faisait une hémorragie vaginale. Elle était assise par terre dans sa cuisine. Il y avait du sang près d’elle. Du sang qui s’était écoulé violemment de ses entrailles. Son bébé de quelques mois était posé près d’elle, impuissant et démuni face à la souffrance de sa mère.

Nous les avons emmenés tous les deux à l’Hôpital. Le père était, selon cette maman, incapable de s’occuper de l’enfant. Nous avons donc confié ce dernier au service de pédiatrie. La jeune mère n’avait plus d’amis, son mari n’étant pas pour qu’elle en ait et plutôt contre... Un mari en situation irrégulière, un mari à protéger dans la solitude d’une vie captive de l’amour.

Nous avons confié cette jeune personne aux Urgences gynécologiques et lui avons laissé en quittant le service quelques mots rassurants pour elle et son bébé.



Je me souviens aussi de cette jeune femme africaine, transportée il y a quelques semaines. Nous l’avons sortie d’un hôpital pour l’emmener dans un autre. Durant le voyage, j’étais à l’arrière de l’ambulance, auprès d’elle, et je l’ai écoutée. Elle était belle, sauvage et écorchée vive dans l’âme.

-J’ai fait une connerie”, m’a-t-elle dit. Ce qui voulait dire en d’autres termes qu’elle venait de faire une tentative de suicide.

Elle vivait dans une totale solitude. Une solitude d’isolement qui sentait la blessure du racisme. Elle pleurait son pays et ne se sentait en aucune façon intégrée dans sa petite ville de province. Elle m’a parlé de ce racisme vécu au quotidien, dans le travail et dans la rue. Pourquoi elle, si jeune et si belle. La couleur de sa peau envahissait tant le coeur des gens qu’ils ne voyaient plus cet être humain en face d’eux ? Je lui ai parlé de la communauté africaine implantée à cinquante kilomètres, dans la grande ville voisine. Pour tisser des liens. Refaire surface avec son identité culturelle. Mais elle n’avait malheureusement pas de voiture.

La dépression n’a pas de couleur et le désespoir peut hélas tomber sur chacun des habitant de la Terre, par-delà toute frontière et sous n’importe quelle latitude. Relever la tête et se battre, ne pas se laisser abattre, est le don du courage laissé à chacun de nous, que nous soyons noirs ou blancs, jaunes ou rouges.

Nous avons laissé cette jeune femme dans sa nouvelle chambre hospitalière. Elle allait pouvoir se reposer. Mais je savais en la quittant qu’un sourire était né dans son coeur, une étincelle d’espoir, une lueur allumée par notre échange.



Un après-midi, nous sommes allés dans un centre d’accueil spécialisé pour chercher une dame et l’emmener passer un scanner.

C’était une femme jeune, au visage d’ange. Elle était prostrée, paralysée ainsi depuis plus de dix ans.
-C’est une rupture d’anévrisme qui l’a frappée d’un seul coup. Elle était dynamique, pleine d’énergie, de projets et maman d’un petit garçon. Elle a eu un jour très mal à la tête et soudainement elle a disparu dans ce gouffre de la maladie.”

C’était sa soeur qui se confiait ainsi à moi...
-Notre vie dans la famille n’a plus jamais été celle d’avant.”
Elle sortit fébrilement des photos de son sac.
-Tenez, ce sont des photos de ma soeur. Regardez comme elle était belle et épanouie.”
J’ai regardé, très émue, ces photos d’une jeune femme de trente ans, heureuse de vivre. Je me suis dit en voyant ce qu’elle était devenue que la souffrance du Christ offerte sur la croix se poursuit inlassablement dans l’humanité martyre.

Cette crucifixion de la chair et de l’âme, cet écartèlement qui n’en finit plus au coeur de la vie, a commencé dans ma propre existence le jour où des hommes en noir ont cloué et fermé à jamais le cercueil de ma fille de trente mois. Pour continuer à vivre et pour exister pleinement, il faut apprendre à offrir sa souffrance pour qu’une transmutation s’accomplisse dans d’autres vies que la sienne. S’offrir comme un coeur ouvert et le donner aux Anges pour qu’ils le transplantent dans d’autres vies en détresse ou en perdition.

Un collègue m’a dit : “Tu vas t’essouffler. Tu verras, le métier d’ambulancier, c’est un métier de business. Il faut enchaîner les courses le plus vite possible, transporter les patients de façon rentable et puis savoir se préserver soi-même psychologiquement en gardant de la distance avec les personnes transportées. Un jour, tu te surprendras à regarder ta montre lors d’une urgence et à regretter que ce soit sur toi et ton collègue que ce transport est tombé... Un jour, tu te surprendras à penser que tel patient régulier qui sent tellement mauvais car tellement infecté... soit bientôt mort pour ne plus avoir à le transporter.”

”Jamais ! Tu m’entends !”, lui ai-je répondu. Non, cela jamais !

Faire ce métier dans un esprit de service, d’écoute, d’accueil et d’accompagnement du patient, donner un sourire, sourire sans compter, rassurer le malade, le laisser là où on devait le transporter et lui serrer les mains chaleureusement, l’écouter aussi, se taire lorsqu’il veut la paix... Voilà ce qui me motive.

La plupart des ambulanciers ont cet esprit de service. Ceux qui ne l’ont pas changent rapidement de métier ou alors ils se fabriquent une carapace à travers laquelle n’apparaissent plus que des gestes formels et standards.

Le collègue dont je parlais précédemment et qui veut me faire croire que je vais vite changer dans ma façon d’appréhender le métier... ce même collègue est un jeune homme qui sait faire rire les malades. Il sait leur donner de la joie avec son humour naturel. Il se tient proche du malade, scrutant son état de santé, et il est capable, au jugé de ses observations, de me demander de conduire plus rapidement, si c’est moi qui tiens les rênes de l’ambulance, afin que le malade souffre moins longtemps.

Un jour où nous travaillions ensemble, nous avons dû transporter une jeune femme qui venait de subir une césarienne. Il m’a avoué ensuite que cela lui faisait toujours quelque chose de transporter des personnes jeunes.

C’est pour cela que je crois en l’Humanité. C’est parce que même si un être humain dit qu’il se protège de la souffrance d’autrui, qu’il est détaché et éloigné de tous les maux de ses frères humains... il peut être aussi tout le contraire dans les actes concrets.




La Toussaint et le jour des Morts viennent de passer. Les fleurs ont réchauffé les tombes dans les cimetières.
J’ai travaillé durant ces deux jours en ambulance.

Nous sommes allés chercher un homme paraplégique pour le transférer d’un hôpital à un autre.

-Cela fait treize ans que j’ai eu cet accident de moto qui m’a coûté mes jambes, mais vous savez, me dit-il, j’ai plus appris de la vie depuis cet accident que dans mon existence d’avant.”

Cet homme prénommé Serge avait l’oeil vif et son sourire était empli d’enthousiasme envers la vie. Il était, me semblait-il, empli de dynamisme, de volonté et d’ardeur de connaître et d’apprendre. Il passa de notre brancard à son lit sans avoir besoin de notre aide, glissant ses jambes inertes à une rapidité impressionnante.

Dans l’ambulance, nous avons parlé de musique, de clavier, de Jean-Sébastien Bach. Je lui ai dit que j’étais violoniste et que je faisais aussi des concerts. Il m’a confié alors qu’il avait un rêve : apprendre le piano pour arriver à jouer un morceau, la Toccata de Bach.

Je me suis dit qu’être capable d’apprendre à jouer d’un instrument pour interpréter une seule partition, unique et magnifique, c’est comme un grand amour. On peut tout quitter pour lui. Pour une seule personne, une seule sur la Terre, on peut quitter son pays, ses amis, sa famille, aller au bout du monde pour rejoindre l’oasis de son coeur. Pour un seul être, on peut tout apprendre. On peut apprendre à naviguer, à voler dans les airs, à piloter sa vie... apprendre à aimer, muter pour aimer.



La veille de la Toussaint, nous avons emmené un homme âgé qui se trouvait dans une maison de retraite. Il était tombé et il y avait un risque de fracture du col du fémur. Nous l’avons placé dans un matelas coquille afin de lui éviter tout mouvement et pour qu’il ne souffre pas trop aussi pendant le transport vers les Urgences. Lorsque j’ai rempli ses papiers pour la prise en charge, comme nous le faisons pour chaque malade, j’ai remarqué qu’il y avait une note écrite sur la fiche de liaison : “Deux enfants DCD”... Décédés... Il avait perdu ses deux enfants adultes durant la même année !

Une vague de compassion a traversé mon âme et j’ai prié pour cet homme qui restait maintenant tout seul dans cette demeure de fin de vie, veuf et orphelin de ses deux enfants. Je lui ai parlé un peu pendant le transport. Je lui ai dit qu’il avait un beau prénom, celui d’un ange. Le prénom d’un homme qui a tout donné. D’autres auraient écrit... “qui a tout perdu”. Perdre, c’est vivre dans le vide et le néant. Donner, c’est transmuter ses souffrances et les offrir pour que le meilleur advienne.

J’ai compris dernièrement que je ne suis pas vraiment loin de ma fille défunte. La distance qui me sépare d’elle est infime dans le temps de l’infiniment grand de l’univers. Dans soixante-dix ans et peut-être avant, ma vie se terminera et alors je retrouverai Océana et toutes les personnes que j’ai aimées et qui sont parties. Lorsque je regarde le monde tourner et la vie danser autour de moi, je me dis sereinement que dans cent vingt ans, aucun être humain vivant aujourd’hui ne sera plus. Le bébé qui naît aujourd’hui, la femme mère de cinq enfants, le chef de famille qui pense gouverner les siens, le collégien qui apprend, le salarié qui trime... tous seront morts. Et d’autres humains auront pris la relève d’une nouvelle humanité.

C’est pour cela que l’important, c’est de vivre sa vie pleinement, de manière à l’enrichir, à la fleurir, à lui donner les ailes de l’Amour.

Laisser tomber le superflu, le “je m’en foutisme”, l’égoïsme, les regrets où l’on se noie, la nostalgie qui freine la vie, les querelles inutiles, les conflits imbéciles... encore que parfois ces derniers soient nécessaires... et vivre le temps qui nous reste avec tous ceux qui demeurent encore vivants.


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(Fragments de mon ouvrage paru en 2003,

mais épuisé à ce jour : "Transports d'âmes et d'hommes").


POUR LIRE TOUS MES ARTICLES

SUR LE MÉTIER D'AMBULANCIER, MON MÉTIER :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/

03/06/2008

Des enfants arrachés à la vie. Leurs parents pleurent. Dédié par Chloé aux parents des enfants accidentés en Haute-Savoie et à tous les parents en deuil. À toi qui est désespéré et qui pense au suicide.

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Ce soir, je pense aux parents des sept enfants décédés hier en Haute-Savoie, tués dans un car percuté par un train. Je leur envoie toutes mes pensées et ma compassion. Mon coeur de maman orpheline sait l’enfer qui s’est emparé de la vie de ces familles et combien l’horreur de la déchirure est incommensurable. Six cercueils étaient rangés aujourd’hui en étoile dans la chapelle ardente et les étoiles pleurent des larmes de sang. Ces enfants ne rieront plus et n’embrasseront plus leurs parents. Ceux-ci sont privés à jamais de la tendresse et de l’affection partagées avec leur enfant. Ils devront vivre avec cette croix portée, ce grand vide au fond des tripes, et apprendre à avancer malgré tout et à vivre encore et encore... dans la survivance des parents orphelins.

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Je pense ce soir aussi aux six enfants décédés dans le drame du Drac en Isère ainsi qu’aux familles de ces noyés de sept ans. J’étais allée dans leur classe avec mon violon, après le drame du 4 décembre 1995, pour amener par la musique du baume et des sourires, mais c’est difficile pour les survivants de se dire qu'on est toujours là et pas les autres. C'est si difficile pour l'enfant qui a tenté d’aider son camarade en lui tendant la main... de l’avoir vu se noyer et s'éloigner à jamais. J’ai malgré tout trouvé, quelques semaines après le drame, des enfants courageux et tirés vers le haut par la vie qui continue. Les enfants ont l'énergie de se battre pour survivre au pire et pour apprendre la résilience de savoir avancer avec les peines et les larmes intérieures.

La vie a basculé pour des dizaines de familles, pour des centaines de familles dans le monde, pour des milliers... qui ont perdu un enfant. Que leurs proches soient près de ces personnes.


Chloé



DES PARENTS PLEURENT_________________________


Dédié aux parents qui ont perdu leur enfant, aux parents du groupe de soutien “Aurore”, de “Jonathan-Pierres Vivantes”, d'Écoute Deuil” de Grenoble, de “l’Espérance Stella” ainsi que de l'association “Noël”.


Je connais une mère qui pleure
Elle va au cimetière sur une tombe
Une partie d’elle-même est là
Ensevelie sous la terre
Et cette mère pleure

Je connais un père qui souffre
Il vit la déchirure de la mort
Certains lui disent que son enfant
Sa fille est partie là-bas
Et qu’il ne faut pas verser de larmes

Je connais leur déchirure
Le sentiment d’être amputée
D’être vide au coeur du ventre
Révoltée au fond des tripes
Envie parfois de tout recommencer

Je connais leur cauchemar
L’impression de vivre un rêve
Une illusion terrible de laquelle
Va revenir notre enfant chéri
La mort est définitive dans l’absence

Je connais une mère qui rit
Mais qui s’en veut de pouvoir encore
Produire des sons de joie insolents
Devant le drame quotidien qu’elle vit
Dans ses cellules écartelées

Je connais un père qui travaille
Mais les images de sa fille le hantent
Il s’accroche à la vie comme à la falaise
En demandant aux anges de le tenir
Assez fermement pour ne pas sombrer

Je connais un athlète handicapé
Il s’appelle Riad et se bat pour le sport
Comme nous il est amputé à vie
Chez les parents orphelins ça ne se voit pas
Mais le handicap coule dans nos veines

Je connais Aristide et Béatrice
Couple d’handicapés qui donne l’espoir
Ils se sont rencontrés dans l’eau
Ils ont eu des enfants et s’aiment
Elle nage et croit à son meilleur

Je connais un chanteur aveugle
Il s’appelle Gilbert et rayonne
Il me donne l’envie de vivre
Malgré le choc du deuil enraciné
Je poursuis ce que tu m’as donné

Ce que tu m’as donné, ma fille
C’est la vie qui s’ouvre sur l’inconnu
C’est le don d’être maman à jamais entre Ciel et Terre
C’est ton rire qui résonne toujours en moi
Et tes bras autour de mon cou qui vivent à jamais

Ce que vous me donnez
À vous qui vous battez
Pour l’handisport
C’est la fureur de vie
Où nous nous retrouvons

Ce que les parents orphelins
Apportent aux autres
C’est la constance intérieure
De ceux qui s’accrochent
Désespérément

Ne leur dites jamais de ne pas pleurer
Personne ne dit à un handicapé qu’il ne l’est pas
Son fauteuil se voit
Pas la tombe de notre enfant
Ni l’urne qui dort dans sa chambre

Ce que toi tu peux faire
C’est nous parler des arbres
De la terre et des roses
Du silence où les mots chantent
De sa vie dans la nôtre


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PLAIDOYER POUR TOI QUI EN AS MARRE___________
à toi qui souffres tant que tu as des idées noires



Je pense que nombre de personnes qui cherchent à se suicider ne veulent pas mourir, mais seulement se reposer... reposer dans la paix. La vie les fatigue et ils ont besoin de calme, de paix, de repos total. Alors ils fuient et mettent leur âme au “repos”.

Au lieu de cela, au lieu de chercher à mourir, ils devraient partir. Partir un jour, deux jours. Car partir, c’est mourir un peu. Partir, c’est reposer sa vie, son esprit, changer de cadre, avoir une optique différente sur soi, sur les autres.

Au lieu de chercher à mourir, ils devraient écrire, car écrire, c’est déposer sur le papier le poids de la vie. Ils pourraient alors prendre une feuille et tout dire. Tout jeter. Tout balancer en mots. Se décharger de tout. Et puis placer cette feuille emplie de maux dans un récipient empli d’eau. Admirer ensuite l’encre qui s’en va lentement, en diluant la souffrance.

Les mots se défont, entraînant les maux dans l’eau de la vie. L’eau est mémoire et elle se souvient. Les scientifiques eux-mêmes ont découvert cela. L’eau est une amie à qui on peut tout confier, tout dire sans jamais parler à personne de ses secrets et de ses souffrances. L’eau gardera à jamais nos secrets tout en nous aidant peut-être par là même à trouver une solution secrète à nos aspirations profondes.

Je me souviens d’un couple qui ayant perdu leur enfant construisait chaque année pour son anniversaire un bateau en papier avec mille mots d’amour écrits dessus et des petits coeurs dessinés avec tendresse. Ils emmenaient ce bateau sur un cours d’eau et le regardaient partir sur la rivière vers leur petit ange.

Bien sûr, il y aura toujours des gens bien-pensants pour dire qu’ils sont fous, mais les gens bien-pensants ont souvent peur en eux-même des forces de la vie, de la nature et de l’amour.

Si tout était lisse comme un lac sans vague dans le coeur humain, il n’y aurait plus rien à dire, plus rien à penser ni à panser ? Nous serions tous des bien-pensants, avec des vies plates, bien rangées, bien casées, bien identiques. Nous jouerions tous la même note... Il n’y aurait plus d’harmonie, plus de révolutions, plus d’évolutions et la symphonie s’effondrerait.


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________RÉALITÉ POSTHUME_________________ Je dédie ce poème à Chantal Favet, qui s’est jetée dans l’Isère durant l’été 1996, et à feu Philippe Réal, que j’étais allée voir à l’hôpital après sa première tentative de suicide





Lorsque Dalida s’est tuée
J’ai pleuré
Car j’ai vu un cygne s’envoler
Le coeur plein de larmes
Vers un Au-delà bouleversé
Tremblement de terre
Des roses piquées dans leurs pétales


Lorsque Bérégovoy s’est tué
Elle a pleuré
Et sur ses joues ridées
J’ai vu les larmes
Se changer en mouettes
Ma Grand-mère portait le voile
Des bateaux déshonorés


Lorsque Philippe s’est tué
Nous nous sommes tus
La réalité assassine
Lorsque les rêves sont trop forts
Oui jusqu’au bout de mes prières
Je serai près de toi, de vous
Jusqu’à la rive dernière


Mais je vous en supplie
Empêchez-les de vous rejoindre
Ceux qui veulent mourir
Dites-leur qu’il n’y a pas de place
Sur l’arbre mort des vies perdues
Dites-leur que les plus belles fleurs
Poussent sur le chemin de la vie présente


Dites-leur les souffrances
Du barrage construit
Sur une rivière en crue
Flux de larmes trop abondantes
Dites-leur que la solution
N’est pas de couper l’arbre
Mais de sauver les branches


Oh dites-leur le soleil explosé
Des cellules de vos corps
Écartelés de regrets
Devant les sentiers possibles
De l’avenir caché
Dites-leur l’espoir des inconnues
Solutions d’une équation sacrée


Surtout dites-leur
Que la fuite est terrible
Pour ceux qui restent
Impuissants d’amour
Devant l’acte définitif
Dites-leur qu’on revient toujours
Là où on s’est brisé le tronc


Oui dites-le leur... que
l’heure n’est pas encore venue
pour eux.


Chloé Laroche


(Ces poèmes sont extraits de mon ouvrage :
“Soleil d’amour Soleil de colère”, livre épuisé aujourd’hui).

02/06/2008

Conte anti-pédophile : "Jason, petit ange du Mont-Blanc". Dédié à tous les enfants assassinés, abusés et violés.

à Jason, petit garçon
inconnu de ma vie, assassiné
le 14 novembre 1996.


Dans ce que vous allez lire, tout est vrai. Jason a existé et son histoire m'a touchée. Il m'a permis à travers ce conte de libérer ma parole de petite fille abusée par le professeur de violon Roman Gorecki, décédé aujourd'hui. Que Dieu lui pardonne et protège sa descendance. 1539451641.jpg




Moi, Jason, je suis un petit ange adulte. J’aime mes parents. J’aime mon père qui a appris ma mort un jour terrible de novembre. Je voudrais qu’il sache que je n’ai plus mal et que, là où je suis parti, ce qui m’est arrivé n’existe plus. La torture est effacée de mon être. En revanche, elle existera à jamais dans la mémoire de Dieu qui pardonne... mais n’oublie pas.

Je pardonne à mon meurtrier et je pardonne à ma mère qui ne m’a pas arraché des mains de celui qu’elle aimait, mon beau-père, celui qui m’a tué. J’envoie à celle qui m’a mise au monde des milliers d’edelweiss et de gentianes cueillis sur les versants des Alpes limpides. Je les ai ramassés en pensées puisque les baisers me sont désormais interdits sur la terre.

Je suis parti au Ciel assassiné et torturé. La souffrance quand on est si petit a quelque chose qui ressemble au mimosa qui meurt sous le couteau du promeneur. J’ai été torturé et mes cris se mêlent aux larmes de milliers d’enfants invisibles.

Je n’avais que vingt et un mois mais aujourd’hui j’ai trouvé une plume, la plume de ma revanche. La revanche d’un ange est pardon.

Ma vie a basculé mais aujourd’hui je vole, je suis oiseau et je rebondis sur des vagues de paix.

On m’a appelé Jason pour que je trouve la toison d’or comme dans le mythe grec. Quelle était cette toison dans ma courte vie ? Le bonheur ? Non ! L’impermanence, peut-être ? En réalité, ma toison d’or, c’est le Ciel qui m’a tendu les bras.

Au moment de partir, j’ai vu un Ange près de moi. Il m’a donné la force de mourir, de partir en martyr. Il a mis du baume sur les brûlures que j’ai subi et sur mes cheveux arrachés. Il a enlevé la drogue de mon sang perdu, cet aliment de mort que des adultes me donnaient. Il a essuyé tous les coups reçus la nuit de ma mort.

L’Ange m’a dit lorsque j’ai quitté la Terre qu’une femme ne m’oublierait pas. C’est elle qui écrit avec moi, pour que ma vie soit un chant éternel, pour que mon nom fleurisse et donne au monde la Toison d’Or de l’innocence. Exactement trois mois après mon départ du monde, sa fille Élodie est montée au ciel.

Mes parents m’ont appelé Jason. Ma mère elle-même a tenu le rôle de Médée, la magicienne qui n’empêche pas le crime de s’accomplir. Son compagnon d’alors a tenu le rôle du dragon plein de perversité et de pulsions terribles. Ils ont volé ma pureté d’âme et ils ont méprisé mon esprit.

J’étais un petit être innocent et on a souillé ma peau. On a blessé mon âme. Aujourd’hui je suis initié car j’ai traversé le rideau de feu. J’ai changé de niveau. J’ai subi une transmutation. Je suis devenu or, soleil des alchimistes. Car sur Terre, j’étais de plomb par la souffrance qui m’alourdissait comme une pierre.

Aujourd’hui, je suis dauphin car je suis transfiguré. En Grèce, cet animal accompagne les rites funéraires. Il emmène l’âme sur son dos ; il sauve aussi les vivants naufragés. Jésus lui-même a été représenté sous la forme d’un dauphin.

Élodie est près de moi. Sa maman a fait un rêve il y a quelques jours. Elle était avec un dauphin dans la mer et elle l’aimait comme s’il était son enfant ; puis ils sont allés ensemble sur la terre ferme mais l’animal manquait d’eau ; alors elle l’a mis dans de l’eau douce ; peu après, elle a ramené le dauphin vers la mer mais sur le chemin il a soudain disparu et une grenouille est apparue. La maman orpheline s’est réveillé en pleurant son dauphin et elle a pensé très fort à sa fille au ciel.

En Occident, la grenouille est le symbole de la résurrection. En Orient, c’est le signe de l’âme en voyage. Lorsque la grenouille chante au printemps, c’est le signe du renouveau.

Le grain meurt et sous la terre donne à nouveau la vie. Le dauphin disparaît pour que vive la grenouille.

Je suis proche d’Élodie dans le grand voyage des âmes. L’âme ne meurt pas. Elle tombe par le corps dans la terre et s’élève en germant vers les cimes immaculées de neige éternelle.

Tout ce que m’a fait subir mon beau-père la nuit de mon envol n’est plus. Tout a disparu dans la lumière de Dieu. Cela reste uniquement dans la mémoire des hommes.

La maman d’Élodie a pleuré lorsqu’elle a appris comment j’étais mort. Beaucoup ont versé des larmes en lisant les journaux ou en regardant le procès. Les Anges aussi ont pleuré et ils ont lavé mon corps de lumière avec des mots colorés.

Les Anges m’ont pris dans leurs ailes et m’ont serré très fort sur leur coeur. Alors j’ai senti l’amour et le pardon de Dieu pour ma mère. Je l’aimerai toujours et je prierai pour elle tout au long du voyage de mon âme.

Ici, des arcs-en-ciel et des oiseaux magiques ont réparé le crime. Ils ont retiré les germes du mal de mon âme innocente.

En bas, sur la Terre, une femme a pris sa plume et l’a trempée dans l’encre de la mémoire collective. Elle s’appelle la Verdoyante et sa fille Élodie continue de grandir dans son coeur.

Elle a écrit un conte pour moi, un conte qu’elle a dédié aussi à tous les parents d’enfants assassinés de par le monde. Je vous l’offre pour ne pas le garder au fond de mon nuage accroché au Mont Blanc... C’est l’histoire d’un petit garçon, tué par un humain, comme je l’ai été. On a recomposé son corps sur la Terre comme les Anges l’ont fait pour moi au Ciel.


Il était une fois un homme qui habitait avec sa famille dans un village éloigné de la ville. Un matin, il partit chasser, bien que les provisions du verger soient suffisantes.

Soudain, il aperçut au milieu d’un champ un arbre immense, un chêne au tronc entouré de lierre, qu’il n’avait jamais vu auparavant. Sans s’émouvoir de la beauté et de la noblesse de cet arbre inconnu, il pensa : “Ce chêne pourrait servir de bois de chauffage pour l’hiver entier ! Sans le dire à personne, afin de le garder pour moi seul, je reviendrai cette nuit avec ma hache.”

Se rapprochant de l’arbre, il entendit des cris ressemblant à ceux d’un enfant qui vient de naître et il découvrit dans le creux des branches un petit bébé, qui battit des mains à sa vue. “C’est très certainement le marmot de quelque fille fautive venue enfanter dans la forêt !” se dit-il. “Je vais l’emmener chez le curé, qui dira ce qu’on doit en faire.”

Prenant l’enfant dans ses bras, il partit vers le village. Alors qu’il traversait la forêt, il aperçut tout à coup un sanglier. Ne voulant pas rater cette occasion de chasser, il laissa tomber l’enfant et épaula son fusil pour tirer ; lorsque soudain un serpent passa devant lui. L’homme eut très peur ; il fit un bond en arrière et lâcha son arme en glissant sur une pierre. Le sanglier fonça alors sur lui mais le chasseur grimpa prestement sur un arbre.

Malheureusement pour lui, la branche sur laquelle il s’était réfugié cassa et l’homme tomba à terre, se retrouvant juste à côté du petit enfant. Celui-ci battait des mains et riait en voyant tout ce manège ; le chasseur ne fit pas attention à cela ; il pensait que les enfants ne peuvent ni comprendre ni sentir ce qu’il se passe et qu’il ne font que manger, dormir et grandir.

L’homme, voulant se défendre, chercha son fusil mais ne le trouva point. Par hasard, en levant la tête, il le vit se balançant fièrement au sommet d’un arbre. Il secoua d’abord les branches dans tous les sens mais le fusil ne bougea pas. Ensuite il décida d’aller chercher sa hache ; mais, alors qu’il s’en allait, il reçut le fusil sur la tête et perdit connaissance.

Quand il revint à lui, il était couché sur un lit, entouré par toute sa famille et par la plupart des villageois, venus le voir par curiosité. Il leur raconta ce qui lui était arrivé, en déformant la vérité à son avantage.

Tout à coup, pensant au bébé qu’il avait découvert, il leur demanda s’ils l’avaient amené ; les villageois ayant répondu par l’affirmative, il leur dit : “Tout ce qu’il m’est arrivé est survenu après avoir découvert ce gamin”, et, bien que pensant en lui que ce n’était pas vrai, il ajouta : “Et je sais bien qu’il se moquait de moi !”

Alors chacun cria : “Il faut se venger. Le coupable doit être puni. Tuons le marmot et jetons-le aux chiens !” Mais quelqu’un suggéra : “Mangeons-le plutôt , ce serait un gâchis de le jeter aux chiens !” Après ces paroles terribles, tous se précipitèrent dans la pièce où avait été déposé le bébé... Les uns après les autres, ils tombèrent foudroyés en voulant porter à leur bouche la chair de l’enfant assassiné. Tous, sauf les enfants du village qui avaient compris l’énormité et la monstruosité de cet acte. Ils comprirent aussi dans quel chemin ignoble les avaient emmenés leurs parents... à qui ils devaient pourtant respect et considération.

Lorsqu’ils virent les adultes tomber les uns après les autres, ils se mirent à rire, et de tous les coins de l’univers, des rires d’enfants leur répondirent. Ils entendirent soudain une voix venue de leur coeur, qui leur disait :
-Montez au sommet de la montagne en portant chacune des parties de mon corps. N’ayez aucune crainte, aucune peur. Arrivés là-haut, vous reconstituerez mon corps comme un puzzle de vous-même et, en chantant, vous ferez une ronde tout autour de moi. Et sans jamais défaire votre ronde, vous attendrez.”

Les enfants prirent donc chacun soigneusement une partie de l’enfant et, en file indienne, ils partirent vers le sommet de la montagne. Ils rencontrèrent bien des difficultés : ils durent franchir des torrents tumultueux, ils escaladèrent des parois abruptes, ils se cramponnèrent à la glace, ils traversèrent des tempêtes de neige, ils connurent le grand vent et la grêle... mais jamais ils ne virent tous ces éléments de la Terre comme des ennemis.

Pour eux, ces éléments de la nature étaient leur famille, leur unique et seule famille.

C’est ainsi qu’ils arrivèrent sains et saufs au sommet de la montagne. Là, tous ensemble, ils recréèrent le corps de l’enfant mort. Puis ils se prirent par la main et firent une ronde autour de lui, en riant et en chantant.

Soudain, l’orage éclata ; mille éclairs fusèrent de toutes parts et tout fut illuminé. Tout à coup, un éclair plus lumineux que les autres jaillit au milieu de la ronde des enfants. Le bébé ouvrit les yeux et leur sourit ; tous les enfants, d’un même élan, s’élancèrent vers lui et l’on vit, au bout de tous les bras réunis, un être lumineux projeté dans le ciel... et un arbre magnifique, un chêne immense au tronc couvert de lierre, s’élançant au milieu de la ronde.

L’on entendit des rires d’enfants retentir à l’infini dans tous les coins de l’univers et un doux murmure chanter le nom de l’Amour.

Les villageois se réveillèrent de leur torpeur et accueillirent en eux l’enfant qui était mort mais qui maintenant revivait en chacun.


Voilà. Ce conte est terminé. J’en suis tout remué... Vous aussi, je crois. L’univers est en réalité en chacun de nous et je suis, moi aussi, petit Jason, en chacun de vous qui lisez cet ouvrage ; je suis aussi dans l’esprit de la femme qui a écrit ce conte. Le monde recomposera ma vie par sa compassion et les prières qu’il fera pour mon âme... par son amour aussi et les pensées tissées de roses qu’il m’enverra.

Mais la Verdoyante pleure. Je vois son enfant intérieur se recroqueviller. Il voudrait dire mais il ne peut pas. Je vois dans le miroir gelé de mon glacier un violon sur une balance. Mais la balance se brise et l’instrument à cordes explose. La Justice n’est pas venue. Elle n’était pas au rendez-vous de l’enfant. L’enfant est seule, seule face à un professeur pédophile... Fléau mortel !
-Viens me parler, toi petite fille perdue sur le Mont-Blanc. Viens me raconter ta peine. Le Ciel fera justice et je t’aiderai...
-Mon ange ne m’a pas sauvée de tout ce qu’un enfant peut endurer...
-Oui, mais il t’a sûrement retenue de te jeter dans la rivière... Tu sais, ton Ange parle au Créateur, au grand Manitou, au Principe suprême, au Grand Architecte. Rien ne se perd ni ne s’oublie. Ni le sacrifice des enfants violés, ni le don de leurs souffrances, ni l’abomination des adultes coupables. Va, raconte-moi...
-À l’âge de onze ans, j’ai eu un violon. Pour apprendre à jouer. Mes parents m’ont trouvé un excellent professeur. Un vieux monsieur renommé pour l’apprentissage du violon. Un polonais prénommé Roman. Comme un roman. Le roman pervers d’un vieil homme qui devient fou devant les yeux d’une petite fille. Peu à peu, il m’a parlé de mon âme pure. Puis il m’a dit qu’il était amoureux de moi. Il m’a forcée à l’embrasser sur la bouche. Il m’a menacée si je parlais. Mon innocence s’écroulait et mon violon violé gémissait de douleurs intérieures. Cela dura de longs mois jusqu’à ce que, au bord du suicide, j’arrive à parler à un ami proche de mes parents. Le drame s’arrêta mais le silence demeura car il n’y eut pas plainte ; tout fut enterré sans paroles écrites ni jugement. Tout fut même pardonné quelques mois plus tard...
-Le pardon est nécessaire, mais il est bon qu’il y ait un coupable désigné et que la justice soit faite pour qu’il y ait réparation... et pour qu’il n’y ait pas d’autres victimes, surtout en ce qui concerne les enfants ! Il est nécessaire aussi que justice soit faite pour que personne ne dise à l’enfant violé : “Mais si cela se trouve, c’est toi qui l’a cherché...”. Culpabilité éternelle de la victime face au monde...
-Quelques années plus tard, j’ai écrit une lettre à ce professeur, lettre que l’adulte que j’étais devenue n’a jamais envoyée. Je la garde au plus profond de mon coeur, dans le coeur de l’enfant intérieur qui chemine au sein de la Verdoyante.
-Je t’en prie, dis-la moi ! Je veux entendre ce que tu as écrit, cette toison d’or que tu caches comme une justice enfouie sous une avalanche de neige, dans un coffre fermé à double tour. Je sais bien que tu as jeté la clé au fond d’une crevasse de la Vallée Blanche. Mais j’ai fait un double car je suis le petit ange du Mont-Blanc... Les montagnes sont toutes présentes pour t’écouter... Le Grand Paradis, le Mont-Rose, le Grand Capucin et le Petit, le Cervin, les Drus, la Dent du Géant, le Mont Maudit, l’Aiguille Verte... Elles sont toutes ici comme des antennes pour retransmettre au monde ta lettre. Car une lettre morte, c’est comme une bouteille à la mer qui reste coincée dans l’estomac d’un requin ! Nous savons que la tienne est importante...
-Je te remercie, petit Jason. Tu as l’enthousiasme et le courage de Jason l’Argonaute ! Mais, tu vois, je tremble... J’ai si peur. Je voudrais enterrer tout cela, effacer la mémoire, les images et les gestes... Je dois parler cependant, ne pas étouffer la gravité... Voici donc cette lettre que je grave avec le sang bleu des étoiles sur le glacier de la Vallée Blanche :

Lettre à mon professeur de violon,
De plus en plus, on parle des enfants violentés, du silence à briser, des gosses muets devant les sévices imposés par des adultes ; je suis un exemple malheureux de ces enfants-là mais je souhaite aussi briser le silence, soigner les maux intérieurs par les mots.
Un jour, je suis entrée chez vous. J’avais onze ans. Vous avez dit à mes parents que vous acceptiez avec joie de m’apprendre le violon et que j’avais des doigts faits pour cet instrument. J’étais frêle, fragile et innocente. Vous m’avez fait travailler et mes parents avaient confiance en vous car vous étiez l’un des meilleurs professeurs de la région. Je travaillais bien et je progressais vite.
Vous donniez encore vos cours dans l’appartement où vous habitiez et votre femme m’ouvrait parfois la porte...Vous aviez deux caniches superbes. Et puis un jour vous m’avez parlé de mes yeux, qu’ils étaient clairs et purs. Vous m’avez dit que vous étiez amoureux de moi. Vous étiez âgé et moi je ne disais rien ; j’étais très réservée, d’une timidité extrême. Vous avez voulu m’embrasser sur la bouche ; moi je ne voulais pas mais vous m’avez obligée.
Plus tard, vous avez pris l’appartement en face, où vous étiez seul pour donner vos cours. Vous me parliez pendant les cours de vos problèmes avec votre femme et votre vie. Je ne disais rien. J’écoutais vos paroles. Je souffrais en silence d’ingurgiter vos confidences. Vous vouliez toujours m’embrasser sur la bouche même si je ne voulais pas. Vous me disiez que lorsque j’aurais vingt ans, j’accepterais de vous épouser. Vous me disiez que si j’en parlais à quelqu’un, vous vous tueriez. Vous me disiez que personne ne me croirait, que vous étiez l’un des professeurs les plus estimés de la région. Je n’en parlais pas. Je ne pouvais pas exprimer ce que je vivais en mots ; je n’y arrivais pas ; j’étais bloquée, choquée.
Moins j’en parlais et plus j’avais honte de ne rien dire ; je portais tout cela comme une croix trop lourde.
Tant d’enfants ne parlent pas, par pudeur ou par honte, lorsqu’ils vivent des choses de ce genre...

Un jour, plus tard, mon père est allé voir une voyante-écrivain, Judith Henry ; elle lui a dit en voyant ma photo : “Votre fille a été violée, quelque chose s’est passé ?” Oui, j’ai été violée, en un viol de baisers. C’est cela que vous avez fait ! Ne souriez pas, car si je m’étais donné la mort, auriez-vous eu la conscience tranquille, vous qui l’avez encore peut-être aujourd’hui ? Le viol, c’est, dans la loi, toute pénétration dans le corps de l’autre. Et c’est considéré comme un crime...
Un soir, vous m’avez soudain serrée contre vous et avez introduit votre langue dans ma bouche. C’était dégoûtant, abject... Je résistai et me débattai mais sans pouvoir me dégager. Mon âme s’est arrêtée de respirer. Je voulais mourir et lorsque je me suis retrouvée dans la rue, je n’avais qu’une envie : me jeter sous une voiture ; plus tard, j’ai voulu aller me jeter dans l’Isère, la rivière la plus proche... Lorsqu’on est enfant, penser à ces choses-là est terrible : criminel est celui qui provoque ces pensées-là !

Dans ma détresse, j’ai pu parler enfin à un ami de mes parents, de passage chez nous. Mon père, ayant entendu quelque chose de notre conversation, a voulu tout savoir, et il a su. Il était furieux contre vous et vous le fit savoir. Ma mère a été très choquée d’apprendre votre infamie. Elle n’a pas compris mon si long silence. C’était inadmissible d’avoir caché tout cela si longtemps, d’avoir occulté l’Inadmissible... Si un enfant cache des choses aussi graves à ses parents, c’est aussi pour les préserver et les sauvegarder de l’Intolérable ! Ceci dit, mes parents n’ont pas voulu porter plainte contre vous... pour préserver ma reconstruction.

L’affaire s’est arrêtée là mais pas dans mon coeur, hélas. Six mois plus tard, je ratai l’entrée au Conservatoire, concours que je présentai seule et sans l’aide d’aucun enseignant. Mon père a parlé alors avec moi et m’a dit : “Il faut pardonner à ton professeur. On va retourner le voir car lui seul peut te faire réussir dans le violon.”
Je ne voulais pas cela, mais par seul amour pour mon père, j’acceptai de faire cet effort inhumain. Vous m’avez reprise en cours, comme si rien ne s’était jamais passé... comme s’il y avait eu un malentendu, comme si le temps avait tout effacé, comme si on pouvait gommer le dégoût dans l’âme d’un enfant.

Vous avez repris votre manège, comme si les chevaux de bois étaient toujours à la même place... Mais les chevaux se sont rebellés et je suis partie pour toujours ; je me suis accrochée à mon violon et j’en ai fait mon cheval de bataille.

C’est vrai que j’ai failli le sacrifier, car le regarder, c’était me souvenir ! Vous me disiez qu’il fallait que je sois amoureuse de mon violon ; mais vous avez tout fait pour que je le déteste ; vous avez tout fait pour cela, par égoïsme, par inconscience, par vice.

Vous me disiez que chez vous, dans les pays de l’Est, les cousins, les cousines, tout le monde s’embrassait sur la bouche et qu’il n’y avait pas de honte à le faire. Honte à votre conscience et honte à votre inconscience.

Je prie Dieu de protéger tous les enfants et de les garder de choses de ce genre. Que personne ne viole jamais leur innocence.

Avant de quitter cette Terre, allez voir un prêtre, je vous en conjure, et délivrez votre âme de cette infamie.


La petite fille se tut. La Vallée Blanche était couverte des larmes bleues de cette lettre qui fit le tour du monde pour avertir les enfants qu’ils doivent se rebeller, casser en deux l’archet du Diable et emporter très loin le violon de leur âme afin de la garder intacte et pure. Jason mit ses ailes autour de la fillette. La Verdoyante sourit aux Anges. La lumière était revenue dans ses yeux. Elle écrivit alors un poème pour sa mère... "Dans le secret d’un violon"________________

Ma mère, ne pleure pas en secret
Pour un secret que j’ai caché
Ma mère, ne pleure pas de regrets
Pour ce violon que j’ai gardé

Il faut que tu comprennes
Qu’à onze ans j’étais frêle
Pure comme une graine
Qu’on expose au froid dégel

Mon père était si heureux
De m’écouter apprendre
Sur ce violon aux tons bleus
Mille musiques tendres

Mais mon si vieux professeur
Déchargeait ses yeux en moi
Dans mon esprit en terreur
De devoir taire mes droits

Il disait qu’en Pologne
Chacun pouvait s’embrasser
Le faisant sans vergogne
En un viol de ses baisers

Ses lèvres sur les miennes
C’était insupportable
Comme une intense peine
Et souffrances inommables

Je ne pouvais en parler
Par pudeur et par dégoût
En quatre longues années
J’ai cru mourir à genoux

Puis j’ai pu le dire enfin
À une autre personne
Qui m’aida à mettre un frein
À ce martyre aphone

Car mes parents ont tout su
Leur être fut chaviré
Comment cet homme avait pu...
Ce professeur estimé

Face à cette ignominie
On ne porta pas plainte
Le silence fut le prix
D’un avenir sans craintes

On me sauva des griffes
De ce monstre égoïste
Pour lui ce fut la gifle
Des “petits enfants” du Christ *

Il a pris l’innocence
De mon chemin aux yeux clairs
M’imposant le silence
Comme un poison bien amer

Il a volé la gaieté
De mes années d’enfance
Je n’ai pas pu l’oublier
Au fil de l’existence

Enfin après de longs jours
J’ai appris à dire non
Aux faussaires de l’Amour
À détruire leurs prisons

Oui j’ai appris à parler
À dépasser la douleur
De mes larmes si brisées
Par de profondes terreurs

Au coeur de ma détresse
Je lui ai donc pardonné
En priant pour qu’il cesse
De voler la Pureté

Mais mon âme est en crainte
Car ma mère n’oublie pas
Ce secret hors d’atteinte
Loin de l’amour de ses bras

Elle ne sait pas ma honte
La peur qui me retenait
Comme un glacier sans fonte
Dans une prairie de paix

Combien d’enfants sur terre
Cachent ainsi leur malheur
À la vie de leur mère
Pour protéger son bonheur ?


* “Prenez garde de ne scandaliser aucun de ces petits enfants car
je vous dis que leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon
Père qui est dans les cieux.” Extrait de l’ Évangile selon Saint Matthieu.


Chloé Laroche

(http://violonistenciel.site.voila.fr)

25/05/2008

Lettres à ma fille au Ciel, lettres au Christ, au Soleil et à Marie (1997). Offertes pour tous les parents orphelins en deuil de leur enfant en ce jour de la Fête des Mamans.

PRÉCISION : Les écrits donnés ici ont été édités en 1998 dans l’ouvrage de Chloé “Les Semences de l’Après-Vie” (ouvrage épuisé introuvable) sous l’ISBN : 2-84424-000-3 (Éditions L’ÂME DU CIEL & L’ATELIER). Les écrits donnés sur l’ensemble de ce blog sont protégés mais peuvent être cités en donnant les références et avec l’autorisation de l’auteur Chloé Laroche (chloe.email@laposte.net)___________________________________________________________________________________________________________
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LETTRES à ma fille au Ciel,
lettres au Christ, au Soleil et à Marie____________ 730667945.jpg

______________________________________ Ces lettres sont écrites dans un esprit d’universalisme où j’aborde chacune des fois (“foi” au singulier) du monde, avec le respect dû à chacune et avec l’idée que le Créateur est le même pour tous, comme le soleil brille sur tous les pays______________________440065165.jpg



LETTRE UNE
à ma fille OCÉANA

(16 Mars 1997 et terminée le 2 Mars 1998)



Mon Enfant de Lumière,
Mon Bébé, ma chair déchirée d’éternité,


Va sur ton chemin et sois confiante. Maman est là... pas comme avant, mais je suis là. N’aie pas d’inquiétude devant mes larmes : j’ai tellement confiance en Dieu et en ceux qui t’accueillent dans l’autre monde !

Aujourd’hui quelqu’un m’a parlé de toi mais cette personne était tellement bouleversée qu’elle m’a dit avoir perçu une âme d’enfant égarée et perdue, ne sachant vers quelle lumière aller... et que c’était peut-être toi !? Je lui ai répondu que ce n’était pas possible, que lorsqu’un enfant s’en va dans l’autre monde, il est forcément accueilli et que là-haut on prépare son arrivée...

Finalement je l’ai rassuré, moi ta petite maman pleine d’inquiétude pour toi là-bas sans moi ! Je voudrais pouvoir venir te rejoindre mais je ne peux pas encore partir... sauf si Dieu, notre Père à toutes les deux, le veut bien.

Tout à l’heure, je suis tombée, en ouvrant la télévision, sur la fin du film : “Le petit prince a dit” ; c’est un film que j’avais vu il y a longtemps et qui m’avait beaucoup touchée ; il raconte l’histoire d’une petite fille très malade, Violette, et montre tout l’espoir que ses parents veulent garder. Ce soir, je n’ai vu que les derniers instants du film : le papa de l’enfant malade retrouve le chien de Violette, perdu dehors... La petite fille repose sur son lit, attendant le sommeil de la nuit ; elle prononce ces derniers mots : “Bonne nuit, Papa !” puis elle ferme les yeux. Ensuite, la lumière illumine son visage figé par la mort ; son père étrangle un oreiller...

Ce soir, je voudrais te dire que ton père, Pascal, t’a aimée ; il t’a vu naître, il a été heureux d’être ton Papa, il t’a promenée... Dans les orages et les tornades de notre histoire, dans le coeur de ta Maman qui a quitté le bâteau en détresse lorsque tu avais trois mois mais qui a toujours gardé une ancre pour toi et ton père, dans nos deux coeurs de parents aujourd’hui désespérés... ces trois mots silencieux résonnent : “Bonne nuit, Papa !” Car tu aimais ton Papa et tu l’aimes pour toujours là-haut au Ciel.

Tu es partie si vite... en énumérant, trois jours avant ton décès, tous les noms comme pour nous dire au revoir... Maman, Papa, Fafa, Mémé, Papi ; nous ne pouvions imaginer que tu allais nous quitter si vite, emportée par un virus qui nous a tous foudroyés ; tu avais seulement la grippe et c’est une encéphalite-méningite qui t’a arrachée à nous en vingt-quatre heures à peine ; tu es tombée dans un coma profond, le jour de ton admission aux Urgences, et le lendemain matin, le 14 février, les médecins nous annoncaient qu’il n’y avait aucune chance possible de te sauver ; le virus était là, terrible, inexorable, criminel, foudroyant.

Nous étions hébétés, incapables d’imaginer que tu nous avais quittés ; les médecins ont accepté avec compassion de nous laisser jusqu’au lendemain près de toi, avant de débrancher les appareils ; nous t’avons beaucoup parlé et nous espérions encore. D’autres enfants étaient morts dans les mêmes conditions, sans que les médecins puissent les sauver, à différents stades du virus, mais nous ne le savions pas encore ; un garçon de quatorze ans avait été admis quelques jours avant toi et n’avait pu être sauvé ; en Irlande, cet hiver, une jeune fille de dix-neuf ans, proche d’une de mes amies, est partie aussi soudainement.

Le lendemain, samedi 15, les médecins nous ont reparlé de débrancher les appareils reliant encore notre fille à la vie, en nous expliquant qu’elle se trouvait en état de “coma dépassé” et que son cerveau était détruit par un virus impossible à soigner encore à notre époque. Quelques heures plus tard, ils débranchèrent... Nous étions secoués, en état de choc... La foudre s’abattait sur nous. Tu étais morte, ton coeur ne battait plus... Nous étions anesthésiés par la douleur. Je t’ai dit de te sentir libre et d’aller vers la Lumière pour poursuivre ton chemin de grande âme ; je t’ai dit aussi que nous t’aimerons toujours ; j’ai peigné une dernière fois tes cheveux et t’ai habillée pour l’ultime voyage. Comment survivre à un déchirement aussi cruel sinon par une abnégation totale, un renoncement à nous-mêmes et un don sans retour de l’ange à l’humanité...

Tu ne disais pas encore : “Bonne nuit, Papa !”. Au moment de t’endormir, tu réclamais des calins, et tu disais : “Papa” ou “Maman”... puis tu réclamais ton Bébé, ton nounours et ton chien. Tu disais : “Au ‘voir”... Tu aimais bien les bisous de Maman et je te disais souvent : “Je t’aime !”, en t’embrassant bien fort...

Tu aurais bientôt dit : “Bonne nuit, Papa !” ou “Bonne nuit, Maman !”... Tu serais bientôt allée à l’Ecole Maternelle ; tu aurais fait beaucoup de choses auxquelles on avait pensé, ton père et moi, mais tu es partie, parce que tu devais partir.

Ne t’inquiète pas, nous nous retrouverons. Je t’aime, mon Bébé ; tu me manques tellement... Va vers la Lumière du Christ, de Saint Joseph et de Marie, dont tu aimais tant toucher les images.

Ne t’inquiète pas pour ma souffrance... Elle est normale. Un jour, il y a treize ans, mes parents sont partis vivre dans une île des Dom-Tom. Mon frère cadet Enée avait dix-sept ans et j’en avais dix-huit ; nous sommes restés tous les deux en France pour nos études. Je me souviens combien j’ai pleuré sur le quai de la gare de Grenoble, car ils partaient à douze mille kilomètres de là, pour ne revenir que dans trois ans. Mes petits frère et soeur s’en allaient avec eux ; ça a été un déchirement véritable ! La mort ressemble à cela... car la mort est séparation ; elle est, hélas, séparation définitive avec le défunt... terrible séparation physique durant toute la vie de ceux qui restent sur la Terre.

Mon Bébé, depuis que tu es partie dans l’autre monde, je fais de terribles cauchemars ; dans l’un d’eux, tu étais dans un train que je ne pouvais retenir et qui partait pour ne plus revenir. C’est horrible de savoir, d’accepter que je ne te reverrai jamais sur cette Terre... Tu as pris un train sans retour... Personne ne peut imaginer le déchirement intérieur, dans les tripes... d’une maman ou d’un papa qui perd son enfant ! Personne, sauf ceux-là...

Je ne veux plus penser à ce train, à toi dans le cercueil... Je veux penser comme Christian Bobin qui écrit à son amie Ghislaine, décédée à l’âge de quarante-quatre ans, dans son livre “La plus que vive” (Ed. Gallimard, 1996) : “Je n’ai aucun doute sur le lieu où tu es réellement : tu es cachée dans le coeur des roses rouges. Lorsque je vais au cimetière, je regarde ta tombe, (...) je me dis que tu es là à deux mètres sous mes pieds, (...) et je ne crois pas ce que je pense, et ça vient d’un seul coup, ça vient lorsque je me retourne, c’est là que je te vois, dans l’amplitude et l’ouvert du paysage, dans la beauté sans partage de la terre et du grand ciel, toi partout à l’horizon, c’est en tournant le dos à ta tombe que je te vois.” J’ai commencé cette lettre il y a un an ; aujourd’hui, je la termine avec ce texte de Christian Bobin ; tant de choses m’ont aidée depuis douze mois, tant de personnes et de lieux... comme la Salette où je suis allée me réfugier pour la “date anniversaire” des un an après ton départ dans l’Au-delà ; j’étais si mal ; je ne voulais voir personne ; il y avait comme un gouffre à l’intérieur de moi, de douleur et de révolte insupportable ; j’ai pris ma voiture et je suis partie me réfugier près de la Vierge qui est apparue en cet endroit immaculé de neige ; à mon retour, une maman orpheline comme moi m’a appris qu’elle avait fait la même chose que moi pour la date anniversaire de la mort de son enfant ! Que tous les parents qui ont perdu un enfant puissent trouver refuge en Marie... car elle sait combien ils souffrent : elle a été traversée par le même glaive de douleur ! Alors que tu n’avais qu’un mois, Océana, nous t’avions emmenée en pélerinage à la Salette, ton père et moi, dans ce lieu béni par la Vierge, à deux mille mètres de prières tournées vers le Ciel, lieu de Bleu où tu vis désormais.


_____________LETTRE DEUX
à MA FILLE

(19 Mars 1997)



“Le plus haut degré de l’Espérance, c’est le désespoir surmonté,
comme tout au bout de la nuit on rencontre une nouvelle aurore.”
Georges Bernanos1223106545.gif


Nana Chérie,

C’était début Mars. Avec Fafa, nous sommes allés au cimetière, sur ta tombe. C’est très difficile car je sais que tu es vivante dans un autre monde, que tu es vivante dans mon amour... et ton corps est là, sous la terre. En une seconde je te revois au funérarium et puis au moment des scélés définitifs du cercueil. Je te vois dedans, je me vois t’embrasser... Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi, ce n’est pas nous, c’est un cauchemar...

C’est trop dûr, trop dûr ! Ne plus revoir tes cils, tes sourcils, tes cheveux, ta bouche, tes yeux vivants... J’ai mis des baisers sur ton front froid, sur tes joues. J’ai scellé dans mon coeur tous les moments de bonheur, mon Amour pour toi... et je sais que tu n’es pas au cimetière.Tu vis ailleurs... mais je voudrais pouvoir creuser la terre, ouvrir ton cercueil et voir ton sourire ressusciter à la Vie.

Ce jour-là du mois de Mars, avec Fafa, nous étions seuls sur ta tombe ; tout à coup, mon regard a été attiré par une maison miniature faite de bois et de mousse, sans toit, avec une porte ouverte d’un côté et une porte fermée de l’autre côté... J’ai pris cette maison posée sur les graviers du cimetière, aux portes de l’Invisible, et je l’ai posée sur la croix de ta tombe, en attendant de l’emmener avec moi ; soudain, un oiseau est arrivé et s’est glissé derrière la croix. De là où j’étais, je voyais ses yeux, bordés de jaune, qui me regardaient ; il m’a longuement regardée, longtemps ; puis d’un jet il s’est envolé avec un grand cri, me laissant un regard d’adieu qui a traversé mon âme comme si les yeux de Dieu m’avaient emplie d’espérance.

Lorsque tu étais bébé, je t’ai emmenée plusieurs fois dans une maison pleine d’amour, au toit ouvert sur le ciel : la ferme de Marthe Robin ; cette femme est une grande mystique chrétienne, décédée en février 1981 dans la Drôme, près de Châteauneuf-de-Galaure ; elle a vécu dans sa ferme comme une carmélite, acceptant comme unique nourriture quotidienne l’hostie du Seigneur, ceci durant cinquante années ! Je t’ai emmenée à plusieurs reprises en cet endroit ; en effet les âmes pélerines peuvent venir se recueillir dans sa chambre... figée comme une fleur immortelle par la sainteté de cette missionnaire de l’Esprit ; je te plaçais à chaque fois sur son lit afin que tu sois protégée et couverte de grâces divines.

Nous étions allés chez Marthe fin janvier, Fafa et moi, trois semaines avant ton décès ; nous avions beaucoup prié puis nous étions descendus au Foyer de Charité que Marthe a créé à Châteauneuf-de-Galaure, comme elle en a créés depuis son lit des centaines dans le monde entier ; ce jour-là, j’ai été attirée, dans la petite librairie du Foyer, par l’histoire d’une petite fille, Anne de Grignan, décédée à l’âge de dix ans d’une maladie... Elle était un exemple d’amour et de charité envers les autres ; elle avait demandé à faire sa première communion à l’âge de six ans ! Ce petit livre m’a interpelée et je l’ai donc acheté, pensant un jour t’en lire l’histoire... mais beaucoup plus tard. Je n’ai pas voulu te le montrer à mon retour... car, je ne sais pourquoi, j’ai pensé qu’il ne fallait pas te donner des idées de ressembler à cette petite fille partie si vite.

On croit toujours pouvoir protéger les siens de ce qui parait contrôlable... accident, maladie, désespoir, etc ! En réalité, ce petit livre était destiné à ta maman... car tu n’en as jamais vu les images ; je l’ai posé près de toi, lorsque nous avons veillé ton corps ; Marthe Robin et Anne de Grignan voulaient sûrement m’aider à admettre et accepter qu’un enfant, mon enfant, puisse quitter la Terre si vite ! Tu es si belle et je t’aime si fort, ma petite puce Océana ; je prie pour que Marie te serre tendrement pour moi dans Ses Bras de Maman.


______LETTRE TROIS
à MON ÉTOILE
(20 Mars 1997)



Mon Bébé,

Que de choses se sont passées que je voudrais te raconter. D’abord, le film : “Une petite fille particulière” que j’ai regardé à la télévision : c’est l’histoire d’une femme qui vient de perdre sa maman ; elle s’occupe d’une enfant trisomique, Annette, et cette enfant lui apporte, à ce moment-là et durant toute la période de deuil, une présence et une approche des choses différentes. Cette femme apprend ensuite de la bouche de l’homme qu’elle épousera plus tard que, chez les esquimaux, la tradition est de bien observer tous les signes qui suivent la mort d’un proche... car celui-ci nous donne ainsi les moyens de poursuivre notre propre chemin. Et cet homme lui cite un poète : “Reconnais ton étoile et suis-là ! Elle ne brille que pour toi !”

Je sais que c’est toi qui me parles à travers ces messages... parce que tu es l’étoile la plus proche de mon coeur et que tu m’envoies tellement de signes que j’attrape comme des rayons de soleil qui me font vivre et m’accrocher à l’espoir !

Ainsi, hier après-midi, j’ai regardé un instant par la fenêtre ; juste alors, est arrivée une voiture fourgonnette qui s’est garée pendant une heure en feux de détresse devant l’immeuble, en dessous de chez moi.

Sur la camionnette, qui avait un girophare rouge, était inscrit “Nickel Demeure”... “Entretien de votre monument funéraire... nettoyage, fleurissement, etc” ; au moment où je remarquai ce véhicule, étonnée et stupéfaite, une chanson de Michèle Torr est passée à la radio avec cette phrase que j’ai notée tout de suite car je savais que c’était toi qui me parlais : “Je ne te demande pas de m’offrir des fleurs tous les jours mais de faire de temps en temps un geste d’amour !”

Peu après, Fafa m’a appelée au téléphone pour me parler d’un rendez-vous possible avec Marianne Dubois, qui m’avait dédicacé il y a un an son livre : “Noces de Lumière”.

La camionnette était toujours là... L’heure tournait... et j’ai cherché cet ouvrage dans ma bibliothèque. Je l’ai ouvert au passage suivant :

“Une nouvelle naissance sera bientôt aussi importante que notre voyage ensemble, si tu acceptes de mourir à ce passé récent et si tu veux bien te laisser éclore à autre chose.”

Et puis j’ai ouvert de nouveau le livre :

“Tout au bout de ton absence, je te retrouve en moi, plus vivant(e) que jamais, éclatant(e) de lumière et de joie.”

A travers la première phrase, c’était toi qui me parlais et à travers la seconde, c’est comme si ta Maman te répondait... Comme l’auteur, Marianne Dubois, qui parle dans ce livre à la partie divine d’elle-même !

Mais je ne t’ai pas encore parlé de la tempête extrême qui me secoue depuis hier soir !... Ton phare est heureusement allumé dans ma vie et Dieu ne permet pas que je coule ! Il faut garder la tête hors de l’eau sans se noyer... ou se laisser noyer par des courants dangereux ! Les parents comme moi sont emportés dans un tourbillon et surnagent, dans le désespoir de n’avoir pu retenir la main de leur enfant. On marche en face du vent et on n’avance plus !

Mais tu es le soleil de ma vie et tu m’envoies la lumière nécessaire pour que mon radeau ne coule pas.

Je t’embrasse et te serre tendrement sur mon coeur déchiré.



_______LETTRE QUATRE
à MON PETIT ANGE

(21 Mars 1997
Jour du Printemps)1716664391.jpg


Ma belle Âme,

Ce soir, Fafa m’a emmenée chez des cousins de sa famille, que je ne connaissais pas. Lorsque ce couple a appris ta mort, ils étaient en train de lire mon projet sur une éducation à la Paix par la Musique dédié aux enfants des écoles :“Un Archet pour la Paix”... Ils ont été très bouleversés, d’autant plus que la cousine de Fafa est née un an après le décès d’un petit frère de deux ans.

Le cousin de Fafa m’a parlé tout à coup d’un vieux violon qui leur servait de décoration, un violon de 1880... Il me l’a mis entre les mains, avec un archet tout neuf... L’instrument était désaccordé et les chevilles ne tendaient pas suffisamment les cordes mais j’ai joué quelques notes sur ce violon... qui était resté auparavant cinquante ans dans un grenier ! C’était très émouvant de me dire que l’âme de ce violon était là pour me donner l’envie de rejouer sur mon propre violon ; car celui-ci demeure toujours muet depuis le dernier concert que nous avons donné pour les plus démunis, au restaurant “Le 51” du Père Fréchet, sept jours avant ton départ vers l’Au-delà... ce concert où nous avons joué -violon, accordéon, guitares, percussions- et où j’ai dansé et ri avec toi !

Tu étais si heureuse et pleine de vie, ce soir-là... Nous fêtions le Carnaval... quatre jours avant Mardi Gras ! Tu étais habillée en trappeur du Canada et Maman avait un drôle de chapeau avec des clochettes et plein de couleurs... Tu me regardais jouer et tu venais te blottir contre moi, bercée par nos musiques, puis tu allais gaiement vers tous les convives, vers Laurette et Marie-Jo, les dames de ta crèche qui étaient venues nous écouter, vers Fafa et vers Noël... vers Jordann aussi, hôte du “51”.

Océana, tu nous as quittés durant la première semaine du Carême et je n’ai plus voulu m’alimenter... Aujourd’hui, je prends des aliments pour pouvoir vivre mais je n’ai pas retouché mon violon... Seules l’écriture et la nature me nourissent de sève et d’essence d’ espérance.

Le cousin de Fafa m’a donc présenté son violon et nous avons appris que leurs voisins du dessus et du dessous étaient pianistes ! Quelques instants plus tard, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : nous avons entendu “Au Clair de la Lune”... joué sur un piano par trois fois ; on aurait dit une main d’enfant : les deux premières fois étaient frappées avec quelques erreurs de notes et la troisième était vraiment parfaite, sans tâtonnements ! Cela venait du dessus et je l’ai entendu comme une mélodie qui me parlait de toi et qui me disait :

“Petite Maman Chérie, je sais que tu me sentais un jour faire du piano mais je suis partie et cette chanson est pour toi, qui l’apprend chaque année à tes petits élèves de flûte à bec. Je t’aime et te fais de gros calins, Maman !”

Cela a été si doux à mon coeur ! C’est vrai que tu étais douée avec ton petit piano et que tu aimais souffler dans la flûte à touches ! Lorsque j’étais enceinte de toi, j’écoutais beaucoup de piano, alors que c’était une chose rare avant ton arrivée dans ma vie ! Je m’étais dit que tu serais sûrement douée pour cet instrument et puis tu avais de si longues et fines mains ! Lorsque je travaillais sur mon violon et que je jouais des morceaux, alors que nous étions seules, tu applaudissais à la fin de chaque musique et tu disais : “Encore !” avec tant de joie et de ravissement que j’en étais émue ; tu étais parfois dans ta chambre pendant que je jouais, et tu manifestais ton bonheur jusqu’à moi !

Puisses-tu, ma fille chérie, faire partie des Anges Musiciens, comme cet Ange violoniste que tu aimais tant prendre dans tes mains... au coeur de ce Monde Lumineux où tu vis aujourd’hui !


______LETTRE CINQ
à MON BÉBÉ
(22 Mars 1997)




Mon petit dauphin, Océana chérie,

Il y a quelques jours, j’ai noté cette phrase qui est exprimée à la fin d’un film extraordinaire : “Le Festin de Babette”. Cette phrase dit : “Du coeur de l’artiste s’élève un long cri vers l’Univers. Donnez-nous le moyen de donner au monde le meilleur de nous-même.” C’est une phrase magnifique que j’ai essayé de vivre à ma façon ces dernières années... en exprimant mes idées, mes cris et mes révoltes à travers mes écrits, en jouant du violon pour les enfants des écoles, les sans-abris, les personnes malades, et aussi lorsque j’ai réalisé mon tour du monde en 1991 pour rencontrer et faire chanter les enfants des écoles où je me présentais... à Tahiti, Sydney, San Francisco, Nouméa, Djakarta ; je leur parlais de Paix et d’amitié entre les peuples, à travers la musique, véritable langage sans frontière... aux mots universels.

Plus tard je t’aurais emmenée avec moi. Nous aurions pris l’avion ensemble. Nous aurions posé le pied ensemble sur le sol d’autres pays. Tu aurais joué de la musique avec moi et nous aurions chanté ensemble pour les enfants du monde, pour ceux qui sont malheureux, ceux qui sont attachés sur leur lit sans personne... comme en Roumanie, ceux qui n’ont connu que la guerre et la peur, ceux qui ont faim et ceux qui sont malades.

Avec toi dans mon coeur, je referai le tour du monde, je reverrai les sourires des enfants enchantés et mon violon les fera rire de plaisir et de joie. Avec toi, je ferai résonner mon violon dans les prisons, car les enfants sont là aussi, dans le coeur des parents déchirés et privés pour maintes raisons de voir vivre et grandir leurs enfants... Lorsque je vois, en Arizona, ces femmes enchaînées comme des forçats et privées de leurs enfants pour avoir fumé un joint, je trouve cela lamentable ! Ceci dit, je suis contre toute forme de drogue et je pense à tous les parents qui ont perdu un enfant à cause d’une over-dose ; je pense à ces parents qui voient, impuissants, leur enfant se noyer dans la cocaïne et se détruire lentement, mais si terriblement vite, en prenant des produits comme le LSD, le crack, l’ectasy, les amphétamines.

Pour en revenir à ces femmes qu’on prive de voir leurs enfants, ce traitement injuste et démesuré les mènera peut-être plus tard à des actes de révolte et d’agressivité ! Cette réflexion concerne aussi les enfants car ceux-là payeront malheureusement plus tard dans leur vie d’adulte l’incarcération abusive de leur mère.

Une chose me révolte aussi, c’est lorsqu’on enlève un enfant à sa mère parce qu’elle est trop endettée et si pauvre qu’elle ne peut plus le nourrir ; je trouve cela si triste ! On devrait plus aider les mères car elles sont fortes mais elles peuvent devenir si fragiles. Une maman peut se battre pour son enfant, elle peut travailler d’arrache-pied pour lui... mais elle peut aussi sombrer dans la dépression, elle peut ne plus supporter d’être obligée de travailler très dûr et de mettre son enfant à la crèche ou la garderie des semaines entières avec des horaires très lourds pour une maman.

Pour toi, je faisais en sorte de travailler à mi-temps afin de te prendre souvent avec moi, d’avoir le temps de jouer ensemble et de se promener. Le matin, nous étions souvent en retard à la crèche, car, avant mon travail et mes activités, j’étais si heureuse de te voir jouer dans la maison, de t’entendre et de prendre le temps de partager la Vie ensemble. Je te revois dans le jardin de la crèche, où tu aimais retrouver tes petits camarades, sur la balançoire ou dans le sable, sur un vélo aussi... J’avais remarqué depuis peu que tu pédalais très bien. Tu aurais pu pédaler au printemps dans le parc Mozart sur le vélo-tracteur que t’avait offert ta marraine Patricia. Anéantissement du futur imaginé...

Ma fille, tu continueras à vivre dans mon coeur pour reconstruire l’avenir et nous irons chanter ensemble pour tous les coeurs-colibris.



________LETTRE SIX
à MA FILLE DE LUMIÈRE

(15 Avril 1997)



Océana, grand oiseau de mon coeur,

Cela fait deux mois que tu es partie... Je suis toujours reliée à toi et tu m’envoies des signes extraordinaires. Dans mon état, infiniment sensible après ton départ, je ressens ce qui me convient, où je dois aller, ce que je dois faire... et parfois d’une façon étonnante.

Ainsi, je vais te raconter notre voyage au bord de la mer avec Fafa et notre amie Mila (tu appelais Marc et Djamila ainsi)... qui m’ont accompagnée dans cette aventure.

Nous sommes partis en voiture pour aller à Nice... voir la mer. C’était la première fois que je partais loin après ton décès, que je m’éloignais du cimetière, de ta tombe, de ta chambre, de notre lieu de vie commun... C’était aussi la veille du dimanche de Pâques !

Avant de poursuivre, il faut que je te dise que je n’arrivais pas à rentrer à la maison, après ta mort et l’enterrement... Je ne supportais pas de voir ta chambre ni ton lit, vide à jamais... Pourtant un soir, je suis rentrée chez nous sans rien dire à personne et j’ai passé la nuit dans ta chambre à prier ; j’ai allumé cette bougie-ange que j’avais amenée pour Noël et que tu aimais tant toucher ; ce soir-là, je l’ai enflammée pour la première fois et il s’est passé quelque chose : la tête de l’ange a fondu à l’intérieur seulement, laissant le visage et le tour du crâne intact. J’ai compris que cela voulait dire que le virus avait pris ton cerveau mais que tu étais vivante, devenue petit ange... J’ai compris que la présence de cet Ange n’était pas un hasard... Puis j’ai eu cette impulsion d’ ouvrir le dernier chapitre d’un des livres du Dr Murphy : “La prière guérit”... Ce chapitre parlait de la mort et notamment d’une femme qui perdit ses deux fils à la guerre ; cette femme avait eu un coup terrible en apprenant la nouvelle de leur “transition” mais elle expliquait qu’elle avait été apaisée en affirmant tranquillement : “Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, car à ses yeux, tous sont vivants.” Elle ajoutait dans son témoignage : “Soudain, je sentis une vague de paix intérieure envahir mon coeur et tout sentiment de douleur disparut. Je sus, je sentis que mes fils étaient en vie et je ressentis leur présence pleine de tendresse. Ce fut une merveilleuse expérience.” Puis elle eut l’impulsion de prier pour eux et répèta souvent : “Dieu est avec eux et tout est bien !”

C’est ce que je fis ce soir-là ; grâce au témoignage de cette femme, j’ai pu traverser ma douleur et ressentir ta tendresse ; je me souviens avoir répété cette même phrase : “Le Créateur est avec toi et tout est bien !”

Je ne dis pas que la douleur disparut mais j’acceptais un petit peu plus l’idée que tu sois partie si loin... en essayant d’avoir Foi en Dieu et Confiance en Lui.

Je ne suis pas repartie de notre maison ; j’ai plié ton lit et, à sa place, j’ai mis ta photo, l’Ange et Marie, avec une bougie, des fleurs ; je n’ai pas enlevé tes vêtements ni tes jouets ; je ne le peux pas encore et je respecte en moi et pour toi le temps des adieux. La foi peut aider mais elle n’efface pas le chagrin ni la douleur d’une si cruelle séparation !

Pour en revenir à notre départ au bord de la mer, fin mars, j’ai beaucoup pleuré car je n’arrivais pas à partir si loin ; cependant, nous avons poursuivi notre route ; une heure après notre départ, nous nous sommes arrêtés, un peu avant le Col de Lus la Croix Haute. Il me semblait impossible de partir si loin... Je ressentais quelque chose de terrible, comme un arrachement. J’étais si mal que nous avons décidé de rentrer !

C’est alors que j’ai ressenti un appel et que j’ai proposé à Fafa et Mila de passer la nuit et le dimanche de Pâques à Notre Dame du Laus, près de Gap. Ils ont accepté, presque étonnés de ma proposition d’aller quelque part ailleurs ; la nuit était tombée et nous traversâmes toute la région du Trièves, accompagnés par la Comète de Halley-Bopp qui trônait dans un champ d’étoiles féérique... Lorsque nous sommes arrivés au Laus, lieu saint où la Vierge est apparue durant cinquante ans à une paysanne nommée Benoîte Rencurel, il était presque minuit ; je pensais trouver dans la Basilique des pélerins silencieux en attente de la Résurrection ! En fait, nous sommes arrivés juste au début de la messe... La Basilique était pleine de pélerins, de moines, de prêtres, d’enfants, d’habitants de la région et tous célèbraient Pâques !

Je me suis avancée vers un banc à moitié plein et une dame nous a tendu un cierge pascal... Le plus étonnant est que cette personne connaissait Fafa... Elle lui dit en souriant : “Ce cierge vous attendait !” et me tendit l’objet de cire.

Une petite fille était assise devant moi et me regardait souvent... Au moment des intentions, l’assemblée a prié pour les personnes en deuil et j’ai senti beaucoup de lumière et d’amour... Le monde fêtait ta résurrection en cette nuit et, avec lui, tu ressuscitais aussi, toi ma fille, au Paradis des Anges. Car la Résurrection, c’est aussi pouvoir renaître par-delà la mort, continuer à vivre dans un corps glorieux, au sein d’un autre monde... de lumière et d’amour.

On m’avait averti que Pâques est une fête difficile à passer pour les parents orphelins de leur enfant, comme Noël ; cela est vrai car on vit la crucifixion très intensément, dans sa propre chair ; je l’ai vécu ainsi car, à ta mort, je me suis sentie crucifiée, à travers les clous du cercueil fermé à jamais sur ton petit corps frêle sorti de ma chair trente mois auparavant ; et puis, la résurrection, on voudrait tellement qu’elle soit réalité dans la matière, que notre enfant revive, comme Jésus est sorti du tombeau ; il reste à comprendre que Jésus vit dans son corps de lumière.. et, avec lui, tous les morts et les défunts !



______LETTRE SEPT
au CHRIST

(Le 23 Avril 1997),
lors de mon pélerinage à Medjugorje
(en ex-Yougoslavie)




Christ,

Merci de me prendre dans tes bras avec ma fille. Merci de prendre en ton coeur tous ceux que j’aime, tous les enfants du monde, tous ceux qui souffrent et ceux qui pleurent, tous les humains qui vivent la guerre et qui attendent la Paix.

Aujourd’hui, nous sommes allés à Mostar, ville ravagée par la guerre ; le toit de la cathédrale a été détruit et se trouve actuellement, recroquevillé comme les âmes blessées de ce pays devant l’église du Père Jozo, qui s’occupe des enfants orphelins.

Avant d’arriver à Mostar, nous avons regardé dans le car la cassette du film : “Marie de Nazareth” et une phrase m’est restée, lorsque tu dis à Marie, ta Maman : “Je serai toujours ton enfant.”

Je te prie de garder la Paix à ce pays... Les immeubles détruits, les chars encore présents pour surveiller la Paix, les murs criblés de balles, les cimetières remplis de jeunes soldats morts, les toits déchiquetés... Tout cela est si terrible dans le plan de ton amour ! Donnez-leur la Paix !

Donnez aussi la Paix à l’Algérie où tant d’horreurs sont commises et répandez votre miséricorde dans tous les coeurs !

Faites que jamais plus des moines et des prêtres ne soient tués comme ces trente moines franciscains jetés dans une fosse après avoir été brûlés et assassinés par des soldats le 7 février 1945, devant l’église de Siroki Brijeg, près de Medjugorje. Hier, je suis descendue dans leur tombe et j’ai pensé aux sept moines tués en Algérie. Les guerres sont aussi terribles les unes que les autres et chacune des blessures infligées est une blessure au Coeur divin... Chacune de nos blessures est une plaie ouverte dans le Grand Esprit car il nous porte pour la vie entière, souffle donné de la naissance à notre dernière respiration.

Voici un conte “Le don de Flore”, que j’ai écrit pour l’Algérie et que je t’offre, inspiré de ma vie et de mon voyage en Algérie, à l’âge de dix-neuf ans :

Les fleurs exhalent un parfum capable de traverser notre monde pour rejoindre celui de nos morts ; elles touchent ainsi leur âme ouverte à l’amour des aimés de la Terre.

Une maman avait compris cela et plaçait devant la photo de sa fille décédée des fleurs odorantes ; elle savait que leurs parfums traversaient mille espaces pour porter son amour à son enfant chérie.

Cette mère s’appelait Flore et sa fille portait le nom d’Eglantine ; sa tombe était toujours couverte de mille fleurs, fleurs de printemps et fleurs d’hiver.

Là où se trouvait Eglantine depuis l’âge de ses trois ans, elle percevait des odeurs de courage, de force, de beauté, de douceur et tout l’amour que lui transmettait sa maman à travers les fleurs.

Un jour, alors que le soleil était caché depuis longtemps derrière les nuages et qu’il faisait froid, Flore s’était rendue malgré tout sur la tombe de sa fille ; elle lui avait apporté un joli bouquet multicolore qu’elle avait placé délicatement dans un vase.

Son coeur était lourd, ce jour-là, si lourd qu’elle n’arrivait pas à pleurer ; ses larmes restaient accrochées aux parois de son âme écorchée.

Soudain, un rayon de soleil illumina la tombe et un sourire brilla dans le visage d’Eglantine, dont la photographie irradiait la stèle ; les larmes coulèrent sur le visage de Flore, telle une rosée d’aurore aux doigts de roses.

Elle se mit à parler à haute voix : “Mon Dieu, si vous m’écoutez, prenez ma vie. Je Vous la donne en échange de la vie d’un enfant d’Algérie... pour qu’il ne soit pas tué. C’est horrible, ce qu’il se passe là-bas ! Si ma vie peut en sauver une, alors prenez-la et laissez-moi rejoindre ma fille... Je Vous laisse la décision de ma mort, brutale ou par longue maladie.”

Flore souffrait en effet au plus profond de son être de savoir qu’ en Algérie, des enfants, des femmes, des hommes innocents étaient massacrés par milliers sans que personne puisse empêcher ces crimes perpétrés par les terroristes...

Elle ne savait pas si Dieu l’écouterait mais si elle pouvait sauver un seul enfant de cette horreur, ce serait pour elle le paradis... et elle retrouverait sa fille peut-être plus vite que prévu.

Dix ans plus tôt, elle était allée en Algérie, à Blida ; elle avait fait la connaissance d’une grande famille... si hospitalière que la jeune femme aurait souhaité devenir l’une des leurs ! Une femme, notamment, l’avait prise en affection et lui avait offert un bracelet avec deux serpents d’argent qui se regardaient ; Flore avait toujours gardé ce présent comme un signe d’amitié entre leurs deux peuples, un signe de paix ; or, depuis la vague d’atrocités des crimes terroristes en Algérie, elle s’inquiétait terriblement pour cette famille de Blida et toutes les familles de ce pays... un pays meurtri et ensanglanté par les corps de ses bébés assassinés et égorgés devant les yeux de leurs propres mères !...

Ce jour-là, Dieu entendit sûrement l’offre de son don car la maman d’Eglantine se piqua à une rose ; Flore n’était pas vaccinée contre le tétanos ; elle tomba gravement malade et rejoignit sa fille au Ciel quelques jours plus tard.

On apprit peu de temps après qu’une enfant de sept ans avait été la seule rescapée d’un terrible massacre qui eut lieu en Algérie, au moment de la mort de Flore.

La maman de cette enfant remercia le Ciel de l’avoir sauvée...

On sut aussi qu’au même moment, un jeune enfant de trois ans avait survécu, seul et unique être vivant, après le crash d’un avion en Asie.

Peut-être que Flore avait sauvé deux enfants, l’un en Orient, l’autre en Occident, comme Jésus avait lui aussi souffert sur la Croix par ses deux bras écartés en acte d’amour et de don à l’Humanité.

Peut-être que sa fille, par sa propre mort et à travers le don de sa mère, avait sauvé aussi un de ces deux enfants... Dieu seul sait si la mort d’un ange peut en sauver d’autres... En tout cas, les Anges, eux, doivent sûrement le savoir !

Depuis le décès de Flore, des personnes avisées disaient que sur la tombe de la mère et de l’enfant venait un homme très âgé, au faciès asiatique, accompagné d’un vieil homme musulman... Ils apportaient à chaque fois des branches d’églantine, qu’ils déposaient de chaque côté de la sépulture de Flore et de sa fille.

Ces personnes disaient qu’ils représentaient sur la Terre les larmes des Sages descendus de la maison des pleurs qui se trouve dans l’Arc-en-Ciel.



________LETTRE HUIT
au SOLEIL

(3 Mai 1997)
écrit à Chamrousse sur le plateau de l’Arcelle



“Sois loué, Mon Seigneur, avec toutes les créatures,
Spécialement messire le frère Soleil,
Lequel fait le jour et par lui Tu nous illlumines...
Et lui, beau et rayonnant avec une grande splendeur :
De Toi, Très Haut, il est la manifestation.”

(Extrait du Cantique du Soleil de Saint-François d’Assise)




Soleil,

Voici que je m’adresse à toi. Tu es dans le ciel, immuable, immortel et intense de lumière. Tu es une création de Dieu et tu es Dieu aussi, manifestation de sa gloire.

Je viens te dire aujourd’hui que ma fille me manque cruellement. Pourquoi me l’avoir enlevée ? Pourquoi est-elle partie si vite ? Pourquoi ?

J’étais venue en cet endroit, où je t’écris en ce moment, le jour de ton éclipse du 12 Octobre 1996, pour contempler ta rencontre avec la lune et le retour à ta lumière obscurcie ; aujourd’hui, c’est une amie, Gisela, qui m’a emmenée sur le même lieu ; nous nous trouvons près d’un torrent qui descend des neiges et je t’écris, oh Soleil, près d’un arbre mort allongé de tout son long à côté de ses frères du bord de l’eau.

Donne-moi, Soleil, toute l’énergie et la force de poursuivre ma route. Je me sens si vide au fond de mes entrailles. La douleur est si vive au creux de mon âme et ma fille me manque tant, depuis deux mois et demi qu’elle est partie... Cette semaine a été terrible ; j’ai eu l’impression de mourir et j’ai vécu des symptômes d’épuisement total très fort.

Après être revenue de mon pélerinage à Medjugorje, je suis allée avec Marc sur la tombe d’Océana... et il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : juste après notre arrivée, le jouet musical que j’avais attaché à la croix s’est déclenché tout seul ! Une musique descendait du ciel comme je n’en avais jamais entendue, très claire, très audible... Enfin deux sons ont alterné, puis un seul son, unique ! Quelques notes sont revenues et un seul son avant le silence complet !... Ce jouet musical, un petit clavier, n’avait jamais fonctionné ainsi et la mélodie entendue n’était pas une musique enregistrée au sein de l’instrument...

Nos coeurs étaient pleins de cette présence fantastique qui existe au-delà de ce qui est visible : nous savions qu’elle était là... vivante dans l’invisible ! Ma fille m’a fait un si merveilleux cadeau à mon retour de pélerinage ! Annick m’avait dit dans le car : “Tu verras, tu auras un très beau signe à ton retour, un signe qui te fera reprendre ton violon et la musique !” Ce jour-là, j’ai pris mon violon et j’ai joué l’Ave Maria de Gounod devant les photos réunies de ma fille et de Marie... Depuis, mon violon se tait de nouveau mais il rejouera un jour, je le sais...

Deux jours plus tard, je suis allée à la rencontre inter-traditions organisée par le Dalaï-Lama ; c’était à la Rochette, le 30 Avril ; toutes les religions étaient représentées afin d’établir un dialogue de paix et d’échange des pratiques sacrées en vue d’une meilleure compréhension de chacune des traditions.

Il y a eu cette phrase des Indiens Cherokee, qui m’a frappée, à propos des enfants : “Ce sont ceux-là qui vont porter nos rêves plus loin !”

Voilà pourquoi les parents orphelins ressentent une immense frustration dans leur être profond !... Oui, mais un enfant qui part va porter des graines de rêves dans toute la galaxie... Il porte les rêves de l’Humanité entière !...


Ce jour-là, une femme chaman, de Laponie, a béni l’assemblée en lançant du lait, aliment sacré dans sa tradition. Elle a dit : “Pour tous ceux présents ici, nous demandons un long chemin, une longue vie, parce que le chemin vers Dieu est long !”

Elle a dit aussi : “Qu’il n’y ait plus de mort d’enfants dans les familles.”

A ce moment-là, j’ai senti la douceur de ma fille, comme si elle me souriait de la Voie Lactée... En vérité, cette femme, en lançant le lait, a fait le geste du Créateur lorsque, d’un geste de Sa Main, il créa la Voie Lactée avec les gouttes de lait des étoiles. Elle mit de la douceur dans mon coeur et, par sa dernière prière, empêcha peut-être certains enfants de partir trop vite rejoindre les Ancêtres.

Le Dalaï-lama a conclu cette journée en parlant de la “Lumière de la Paix” qui dissipe les conflits... par une “meilleure compréhension réciproque” ; il a réaffirmé dans les consciences l’importance de la rencontre qui a eu lieu à Assise en 1986, entre notre Pape Jean-Paul II et les principaux responsables des grandes traditions.

Un moine chrétien, Thomas Merton, rencontré par le Dalaï-Lama, lui avait dit : “Un moine consacre sa vie à chercher Dieu, à chercher la Vérité. Quand il rencontre d’autres chercheurs, une connivence s’installe.”

Un représentant de la tradition pré-colombienne s’est adressé à nous ainsi : “J’aimerais que nous soyons unis. Nous sommes une seule tradition sur cette terre.”

A la fin de la rencontre, chacun des représentants des diverses traditions a allumé sa flamme autour d’un grand feu central. C’était magnifique ! Toute l’assemblée s’est donné la main et nous avons remercié le Dalaï-Lama ainsi que tous ceux qui ont organisé cette journée de partage et d’échanges extraordinaires !

Fais, Soleil, que l’éclipse que je vis dans mon coeur depuis la mort de ma fille soit déchirée par ta lumière et ta chaleur.

Fais que le voile qui assombrit mon âme soit illuminé par le soleil de mon enfant, à l’intérieur de mon être.

Fais, Soleil, que je survive en acceptant que la lune vienne obscurcir ta face.

Fais, Soleil, que tu transmettes tout mon Amour à mon Bébé et que tu deviennes l’Alchimiste de notre Vie commune.

Car nous sommes tous la Création de Dieu et Tout est Relié.


“Vole, vole
Petite flamme
Vole, vole, mon âme
Va retrouver la lumière
Mon amour”

Céline Dion





________LETTRE NEUF
à MARIE

(Mai 1997)



Vierge Marie,


Je voudrais vous remercier tous au Ciel de m’avoir donné les forces nécessaires afin de poursuivre ma route.

Je voudrais te remercier pour ce jour où Bernard, un ami, m’a emmenée en Chartreuse, après la mort d’Océana.

Il m’a d’abord conduite devant ta statue qui se trouve au-dessus de l’église de Saint-Hugues ; après m’être recueillie, je lui ai dit soudain : “Regarde, on voit d’ici la statue de la Vierge qui surplombe Saint-Pierre en Chartreuse. Nous y étions montés, ma fille et moi, avec Marc, une semaine avant qu’elle ne tombe malade.”

Je me souvins alors précisément de ce jour heureux et de cette dernière promenade avec Océana : j’avais soulevé ma fille pour lui montrer les petits anges de Notre Dame de Saint-Pierre, à travers la grille de la petite chapelle.

Après m’avoir emmenée à Saint-Hugues, Bernard m’a ensuite conduite au Monastère de la Grande Chartreuse ; il s’est garé à la Correrie et nous avons marché sur le chemin bordé d’arbres qui mène aux moines. J’étais encore faible mais j’avançais, confiante... sur les pas de Dieu.

Bernard aimait ma fille, énormément ; elle l’aimait aussi. Il savait sûrement, à travers elle, qu’en m’amenant ici, Dieu me mettrait sur une nouvelle route... et je savais, qu’à travers lui, c’est mon enfant qui me prenait par la main pour m’emmener vers “demain”.

Au moment où nous sommes arrivés aux murs du Monastère, au pied de cette montagne de prières qui jaillit du coeur des moines silencieux, un couple est descendu vers nous et nous a croisés ; l’homme et la femme tenait par la main, au milieu d’eux, une petite fille ; ils étaient suivis par une dame plus âgée...

Mon coeur s’est serré si fort devant cette petite fille, oh Vierge Marie, que Bernard a cru que j’allais craquer. Bien sûr, je pensais à ma fille, au bonheur effondré...

Mon regard s’est alors porté au pied du mur de la Grande Chartreuse et s’est posé sur un petit voile rose... où se trouvaient dessinés deux coeurs, un rameau et une fleur !

Un des deux coeurs, un peu plus gros, était entamé : c’était le mien et l’autre, entier, était celui de mon enfant partie dans l’Au-delà.

Quel cadeau immense du Ciel, en cet instant, quel morceau d’amour dans ma douleur ! Quelle preuve plus belle pouvait-on me donner ?

Je garde toujours ce voile rose avec moi et je conserve aussi en mon coeur ce regard de Dieu que nous adressa un moine, après cette découverte ; en fait, nous avons vu trois moines, ce jour-là ! C’est une grâce de les apercevoir et un regard de l’un deux est toujours un don de l’Esprit Saint.

Marie, je voudrais te remercier aussi pour la petite fille qui portait un petit dauphin bleu dans l’église de Medjugorje ; elle se trouvait juste devant moi lorsque je suis entrée pour la première fois dans cet endroit vénéré par les pélerins du monde entier ; sur son tee-shirt était inscrit “Little Sailor” : petit navigateur... Quel beau signe pour la maman d’une petite fille portant le prénom de l’Océan ! Voici la suite de ce merveilleux signe : à notre retour de pélerinage, nous avons traversé une ville très touchée par la guerre en ex-Yougoslavie, Gospich ; au coeur de la cité, le car fit un détour, se trompant momentanément de route !

Et, qu’ai-je vu alors : un immense panneau publicitaire avec un dauphin plongeant dans l’océan et un homme le rejoignant ! Au milieu des ruines d’une ville meurtrie par la guerre, au centre de mon âme abattue par le deuil de mon enfant, le dauphin représentait le symbole de la Vie qui continue... malgré la douleur et les décombres d’une mort soudaine.

Pour finir, Marie, je voudrais te remercier pour ce moment extraordinaire vécu le lundi de Pâques, à Nice, au moment où je suis allée vers la mer pour la première fois, après la mort de ma fille ; une petite fille était là, sur la plage, devant les vagues... Elle portait un anorak identique à celui que j’avais offert à Océana pour Noël, avec la même couleur de feu et les mêmes rameaux verts intérieurs !

Je suis allée parler avec sa Maman, sur le champ ; émue, elle m’a expliqué que son frère était dans le coma depuis neuf mois, à la suite d’un accident... que c’était très difficile, qu’il avait été transféré à Marseille... et qu’il avait juste 33 ans !

Deux jours plus tard, nous étions à Marseille, avec Fafa et Mila, dans ton sanctuaire de Notre Dame de la Garde, phare sacré des marins... où des centaines de bateaux ornent ta Cathédrale.

Ma fille Océana aimait chanter : “Bateau sur l’eau...” ; elle chantait souvent ce début de chanson que nous reprenions en choeur, sans que je connaisse la suite des paroles... En redescendant de Saint Pierre de Chartreuse, où nous étions quinze jours avant le décès d’Océana, comme je l’ai expliqué plus haut, j’avais pris une dame en stop ; elle a appris à ma fille, sur la route, la suite de la chanson : “Bateau sur l’eau... ma chaumière au bord de l’eau” ainsi que les mots du passeur qui demande si on veut traverser ; cela m’a fait penser par la suite au passeur des âmes : Charon, nocher dans la mythologie grecque... Cette dame prise en stop, et déposée en face d’une clinique, était peut-être un avertissement du Ciel...

Je sais pertinemment que ma fille a pris son bateau et je t’invoque, Marie, Notre Dame de la Garde, pour que tu la gardes et la protèges, tout au long de son grand voyage dans l’Au-delà. Je voudrais que tu sois le nocher de sa barque et que tu sois aussi son phare.



Marie
Devant la mer d’amour offerte à nos coeurs
Devant le manteau de feu de la vie enflammée
Devant tes larmes d’espérance
Je dépose mon âme
Mon amour déchiré et confiant
La vie après la mort de ma fille
Sa vie qui continue
Dans les vagues de l’univers
Sur l’orbite du Créateur

A jamais et pour toujours
Je serai maman
Et mes larmes salées d’océan
Rejoindront le petit dauphin
Qui parcourera nos vies
Eternellement
OCÉANA





________ADIEU À MA FILLE

(3 Mai 1997)

écrit près du Pont du Marais sur
le plateau de l’Arcelle à Chamrousse


Océana,


Près de cette eau qui descend
des neiges de la montagne

Près de trois arbres déracinés et morts
qui tiennent debout au-dessus de cette eau
contre un pin bien vivant

Près du Soleil à qui je viens de parler

Près de cette chaumière que j’aperçois
à travers les arbres

Près de cette amie qui m’a emmenée là
et qui dort dans la Grâce de la Mère

Je viens te dire que
Je t’aime

Je viens te dire
A Dieu

Et près de Dieu
Je viens te dire
Merci



Et près de la lune
Je viens te dire
Que j’aime mon père
Et ma mère
Que je leur dis merci
Pour ce cadeau de la vie
Pour mon enfance
Au goût d’oasis
Dans le désert

Oui près de Marie
Je viens te dire
Que je souffre
Mais que les gentianes
Ont le goût de ton amour
Qui brille dans le Ciel
Pour ton Papa
Et pour ta Maman

Mon Bébé
Je viens te dire
Que je t’aime
Dans le chant de l’eau
Qui emporte mon chagrin
Jusqu’à la mer

Appel du large
Medjugorje de l’Amour
Noël de l’Espoir
Où l’Enfant nait
Pour que des cendres
S’envole l’oiseau libre
De l’âme qui se révèle

Oui je viens te dire
Que le Christ ressuscité
A pris mon coeur
A travers le tien
Et que tu vis à présent
En son corps sacré
Temple de Dieu

Ma fille
Je viens te dire
Que je t’aime
Et que mon violon
Fera résonner ton rire
Dans l’écho de tes cordes
Qui ont germé
Sous la terre

Oui ma fille
Je viens te dire
Que la moisson arrive
Celle des blés mûrs
Où notre amour
Apportera à ceux qui nous aiment
La chaleur de nos vies
L’amour de Marie
Les bras de la Terre
Unie à la Mère du Ciel
Dans l’Eternité
Des plus belles fleurs de Dieu

A Dieu
Doudou
Océanamour


Maman





















18/05/2008

Ultime adieu au père de mon fils, mort sur la table d'opération. Il était ambulancier comme moi.

Au père de mon fils...
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Tu es parti si vite, trop vite. Trop vite aussi de ma vie, de notre vie, il y a deux ans et demi. Tu es décédé brutalement ce lundi, d'un cancer au poumon... Parti sur une table d'opération qui était un espoir, mais qui a été ton dernier voyage. Nous nous étions rencontrés samedi dernier pour notre fils. Tu étais debout, bien vivant. Nous avons parlé. Je suis restée chez toi un moment. Il y avait ton amie, que je respecte. Tu avais perdu tous tes cheveux ; tu avais maigri à cause de la chimiothérapie. Tu étais heureux de voir notre fils qui a trois ans. Vous êtes allés au parc ensemble et puis le soir, je suis revenue. Nous avons encore parlé.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinAvant que nous ne quittions ton foyer, tu as mis soudain une cassette vidéo, sans rien dire. C'était l'histoire de Moïse, avec l'histoire imagée de la création du Monde. Je suis restée avec notre fils, à regarder avec toi ces images de mers, d'océans, de volcans, d'univers... et j'ai pensé : "Ne me dis pas que tu vas rejoindre si vite la Création...". Je pensais à toi, à ton air grave, à ce côté médium que tu avais, à ce don de clairvoyance et de persuasion que j'ai connu en toi. Tu étais un poète, très inspiré.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin

C'est toi qui m'avais dit un jour, dans les premiers temps où nous nous fréquentions :

"Chaque jour est un combat pour nos semblables. Les combats sont multiples mais se ressemblent tous. Le comble du combat de chacun d'entre nous est qu'il se trouve en notre âme, dans notre coeur. Et ce combat est unique en nous-mêmes."

Je notais ce que tu disais, car je sentais que cela venait de si haut... Et je t'ai aimé. Aimer au point de tout quitter, au point de venir vivre dans ta ville pour que nous demeurions ensemble, au point de te donner un enfant, au point de trouver un logement et de remuer ciel et terre pour nous trouver un nid... Le nid, je l'ai trouvé. Et puis, je t'ai attendu. Attendu.. Au début, les larmes ne font que des chapelets, et puis cela devient ruisseau et puis fleuve qui emporte tout. Il m'a fallu être forte, toute seule dans la vie. Tu ne m'aidais pas, même financièrement.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin

Tu me disais que tu avais du brouillard dans la tête et qu'il te faudrait du temps. Que tu te battais avec toi-même. Qu'il y avait un mur à franchir et que tu cherchais le moyen de grimper dessus pour pouvoir nous rejoindre. Et puis, j'ai découvert un secret... un drame vécu dans ta vie, une déchirure connue de toi seul. Ton coeur déchiqueté par ce drame était enflé de mille larmes, que jamais tu n'as pu me montrer. Et moi, je portais ton enfant et je sentais ce poids, et je voulais savoir. Quand j'ai su, c'était trop tard. Le brouillard avait pris ta vie. La peur de t'engager plus avant. Tu ne voulais pas de contraintes et les promesses que tu m'avais faites se sont envolées dans la flamme du temps qui passe.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinEn octobre 2005, j'ai écrit ce texte pour toi :

J'ai mal
de cette traversée du désert
Mal à mon oasis... mal
D'un mur où derrière
reste un homme
Qui n'arrive pas
À passer le mur
C'est le père de mon fils..
Et j'ai mal de
cette traversée d'abandon
De ces pointillés de solitude
Où les roses de l'amour
meurent de soif
De n'avoir plus d'oasis
De ne pas comprendre
Le mur invisible
Du coeur d'un homme
Qui de pierre nous a perdu
Dans le désert des solitudes
Pourtant une femme...
A essayé de briser le mur
Cette femme, moi sans toi. 5285cb733375c130a25fb3ef740e22b8.jpg

Puis, en décembre 2005, tu es passé nous voir comme un soleil d'espoir. Notre fils avait neuf mois. Tu m'as promis ce jour-là de passer plus souvent. Notre bébé t'avait retrouvé en une heure de temps et tu es parti en me donnant un baiser et la promesse de tes yeux. Ce fut le dernier et notre fils est tombé malade de cette attente si longue, de sa demande d'un papa, le sien... papa qui ne revient pas.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinIl a toussé durant trois mois, comme si l'explosion de cette attente atteignait sa vie de petit homme et le souffle d'un fils qui a besoin de son père. En janvier 2007, tu es revenu sans prévenir et je t'ai fait comprendre que je voulais d'abord parler avec toi, avant que tu revoies ton fils, afin de poser les bases d'un équilibre pour notre enfant, mais tu l'as mal pris, envoyant même des pierres contre la vitre. Ce jour-là, j'ai eu peur et je voudrais que ce moment n'ait jamais existé, sachant ce que nous avions partagé et le lien fort qui nous unissait.

Et puis, en novembre 2007, tu es revenu dans la vie de notre enfant avec sagesse. Notre fils était si heureux de te retrouver. Il était fier de t'avoir comme papa. Tu lui manqueras beaucoup et pour moi, ton départ représente un grand vide dans mon coeur car tu étais le père de mon fils et ça, c'est sacré, devant l'Univers.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinIl y a trois jours, il t'a vu une dernière fois, au PFI. Je lui ai bien expliqué les choses, avec les conseils d'une psychologue formée au deuil et à l'accompagnement des survivants. Notre fils t'a regardé un court instant. Il a vu tes yeux fermés et que tu ne parlais plus. Il m'a vu poser des roses près de ton corps. Puis il s'est échappé et a grimpé sur un fauteuil, pour rejoindre la vie, dans le sourire innocent de l'insouciance. Tu étais étendu sous un drap, à l'endroit où se trouvait Océana, ma fille que j'ai perdu il y a onze ans. C'est lorsque nous sommes sortis à l'extérieur que la colère est sortie dans le coeur de notre petit. Il a jeté son doudou et de ses poings m'a frappée.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin


Ce matin, nous t'avons dit adieu avec lui, une dernière fois, avant qu'ils ne referment le cercueil. Et puis ils t'ont emmené vers ta dernière demeure, au cimetière, d'où tu as pris ton envol vers des cieux plus cléments.

Je parle à ton fils de ton départ avec des mots simples, des mots réels. Je le rassure, je lui dis que tu ne souffres plus, que tu l'aimes et que l'amour ne s'arrête pas. Je l'entoure de ma présence, de vie et de force... pour qu'il ait envie de manger, de s'amuser, de sourire à la vie. Il y a deux jours, il a repoussé son assiette en te réclamant. "Je veux mon Papa." Et puis il y a eu de sa part des gestes de colère, colère envers la vie. Lui dire qu'il a le droit d'être en colère, de pleurer aussi, d'être triste.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin,opération,cancer,tumeur,clinique des cèdres échirolles,mort,décès brutal,paternité,papa,enfant,deuil,larme,perte,absence,amour,séparation,santé,peine enfant,abandon,intuition,moïse,amour,attente,couple,maternité,souffrance,promesse,sacrifice,solitude,deuil,veuvage,recueillement,souvenir,pardon,vie,hommage,


Perdre son papa, c'est un grand vide dans le coeur, dans la vie. Aujourd'hui, pour lui, aller à la cérémonie, du haut de ses trois ans, c'était courageux. Mais il a vu toute ta famille, tes frères et soeurs, tout ce monde qui t'aimait. Les hommes aussi qui se sont tous rassemblés devant ton cercueil au cimetière pour prier en arabe, comme un salut céleste venu de l'humanité.

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Je te dis adieu et je te remercie de m'avoir donné cet enfant, ce beau petit garçon qui sourit à la vie et qui est curieux de tout. Depuis le mois de novembre, tu avais retrouvé une présence auprès de lui et il y tenait.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin,opération,cancer,tumeur,clinique des cèdres échirolles,mort,décès brutal,paternité,papa,enfant,deuil,larme,perte,absence,amour,séparation,santé,peine enfant,abandon,intuition,moïse,amour,attente,couple,maternité,

Que ton âme parte en paix rejoindre le Créateur.

Chloé

__________ Voir la fin de la page : "Sos d'une maman et conductrice de taxi sur Grenoble" où je parle aussi du départ du père de Yourdine :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/04/10/

sos-d-une-maman-et-conductrice-de-taxi.html

 

La fleur blanche "berceau de Moïse" vient du site :

http://gardenbreizh.org/photos/berlugan/photo-127221.html

MERCI À SON AUTEUR : Berlugan.

 

 

28/04/2008

Pour Élisabeth, qui a été séquestrée durant 24 ans avec trois de ses enfants qui ne connaissent pas le monde ni le soleil.

Élisabeth_________ c7576ac536cd0719e371507be1a73040.jpg

Tu as quarante-deux ans comme moi
Enfermée par ton père durant 24 ans
Dans une cave d’horreur et d’inceste
Tout au fond de l'Autriche silencieuse
Femme violée jusqu’au bout de l’enfer
Par un géniteur abject et diabolique

Tu as eu de lui sept enfants innocents
Arrachés de ton âme, de ta chair blessée
Dont trois petits soleils séquestrés avec toi
Aux cris désespérés d’avoir vécu le pire
Sans la lumière du jour et sans rire
Sans jouer, sans chanter ni courir

De toutes mes forces en pensées
Je te dis “Bats-toi” pour la vie
Car tu as maintenant la liberté
Mais ton corps n’a plus l’énergie
Tes enfants sont sortis de l’ombre
La porte s’est ouverte sur l’inconnu

Tes trois derniers bébés adoptés par ton père
Petits coeurs de ta chair nés de l’inceste
Élevés par le pire des grands-pères
Morsure amère d’une origine
Marquant leurs cellules hurlantes
De colère, de haine et de tristesse

Quand j’ai appris ton sort
Cet enfermement de ta vie
Ce père monstrueux et vil
Te cachant dans la cave d’un immeuble
Ta mère te croyant en fugue
Tant d’années d’amour bafoué

J’ai pleuré comme la Mère
Pleure sur les enfants de la Terre
Comme l’humanité pleure
De voir ses filles et ses fils
Maltraités jusqu’au bout
De leurs dernières forces

Tu as perdu l'un de tes enfants
Emporté par la mort complice
Bien loin de ce triste abîme horrible
De la sombre cave de ton supplice
Où ton père te violait tous les jours
Les mots me manquent devant le pire...

Élisabeth
Nous sommes tous désolés
Effondrés, écoeurés
Dégoûtés.

Chloé Laroche c7576ac536cd0719e371507be1a73040.jpg


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COMMENTAIRES ___________



Très joli poème...

Qui va l'aider c'est sûr

Ecrit par : Riki | 28.04.2008




Ma réponse : Merci Riki. L'aider, je ne sais pas, mais par la pensée, l'expression créatrice... la vie saura lui dire ce que j'ai envie de lui transmettre, cette révolte que je ressens sur ce qu'elle a vécu, la compassion immense que la population de la terre ressent aujourd'hui pour cette femme et ses enfants. Malheureusement, sur cette terre, des êtres souffrent et nous ne pouvons rien faire, impuissants. D'autres personnes sont enfermées comme Élisabeth et rien ne pourra les délivrer, à part le destin et ... nos prières pour que les portes tombent, pour que les bourreaux soient désarmés. Chloé

Ecrit par : Chloé Laroche | 28.04.2008

24/04/2008

Le violon juif d'Esther. Nouvelle de Chloé Laroche écrite à partir de l'histoire vraie d'une famille juive tuée par les Nazis en 1942.

448521972367fafe.jpgNOUVELLE ÉCRITE PAR CHLOÉ LAROCHE en 1994, alors qu'elle était enceinte de sa fille Océana... Nouvelle extraite de son ouvrage introuvable aujourd'hui : "Les Semences de l'Après-Vie".

(les peintures illustratives sont de Marc CHAGALL)

CE TEXTE EST PROTÉGÉ ET TOUS DROITS RÉSERVÉS____________________________________________


_________________ Nouvelle n°13 dédiée à ma fille.


Préface de Chloé Laroche :

J'ai écrit ce qui suit à partir d'une histoire vraie. Une famille juive s’est réellement cachée des Allemands jusqu’en septembre 1942 dans le Nord de la France ; personne n’a su ensuite ce qu’ils étaient devenus jusqu’à ce qu'un certain Monsieur Patrick Burgel habite une maison hantée du nord de la France ; il apprit alors qu’une famille -une fillette et ses parents- avait été massacrée dans sa demeure par les Nazis, pendant la seconde guerre mondiale ; il aida les trois fantômes à se libérer en retrouvant leur ménorah : candélabre juif à sept flammes. J’ai entendu avec émotion son témoignage en mai 94, dans l’émission “Mystères”, sur TF1, alors que j’étais enceinte de ma fille ; cet homme venait de publier un livre : “La maison qui n’oublie pas.” Je me suis mise à écrire la nouvelle suivante le soir même de l’émission ; je me sentais poussée intérieurement à le faire, comme si j’étais scribe du Ciel. J’ai écrit les cinq derniers chapitres deux ans plus tard, en avril 96, et... peu de temps après, je tenais enfin le livre de Patrick Burgel entre les mains, offert par un ami.

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______________________LE VIOLON JUIF D'ESTHER _____________





Esther parle :

-C’est une histoire terrible, qui s’est passée en 1942 ; j’étais une fillette, et pourtant aujourd’hui je suis morte. Je souriais autrefois à la vie et aujourd’hui c’est dans la mort que je souris ; je vis dans un autre monde et c’est grâce à l’amour de Dieu et à celui des vivants que je suis libre... Car la mort ne libère pas forcément et beaucoup de défunts errent dans la souffrance en attendant que l’amour d’un humain les aide à partir libre. Mon âme a attendu quarante-cinq ans, jusqu’en 1987, pour gagner sa liberté... comme l’Humanité a attendu l’année 1945 pour conquérir sa Paix ! Cela a été long... comme un accouchement de la Sérénité arrachée à la douleur sans fin d’un monde en détresse.

J’ai dû attendre durant tant d’années une naissance à la mort pour pouvoir enfin mourir à la vie ! C’est ainsi qu’en 1945, trois ans après ma mort physique, j’ai vécu la Libération du monde sans pouvoir être libre moi-même ; en effet, j’étais retenue sur Terre par les terribles souffrances que les Nazis nous infligèrent, à moi et à mes parents, durant cette nuit horrible où nous mourûmes.

Voici l’histoire de ma libération, vécue en 1987.

Ecoutez !



I.


85c8c834d4211dec.jpgDans une grande maison en France, tout semblait tranquille. Pourtant un chat rôdait ; il avait peur. Il avait aperçu trois êtres vaporeux, comme enveloppés dans du coton ; ce n’était pas des humains mais ils avaient une apparence humaine.

Il tenta de se rapprocher mais soudain, l’un des êtres, plus petit de taille, se précipita vers lui pour l’attraper.
Le chat, très effrayé, fit un bond, toutes griffes dehors, et sauta au sommet du meuble le plus haut ; de là-haut, il pouvait contempler la scène, scutant les pensées de ce personnage mystérieux.

“C’est bien une petite fille, un enfant d’humain !”, se dit-il en son for intérieur.
“Mais que fait-elle ici, dans cette maison ?!”

L’armoire, sur laquelle il était tapi, se mit soudain à vibrer, marmonnant quelques mots d’un bois vieux de cent ans : “Si tu savais, cette pauvre petite, l’enfer qu’elle a vécu ici en une nuit !
Je suis condamnée à rester figée, mais si j’avais pu, j’aurais fracassé le crâne de ses bourreaux, et je l’aurais sauvée, elle et ses parents !!”

A ces mots, des larmes perlèrent sur les murs de la maison ; l’eau des pleurs semblait couler de tous côtés.

Le chat sentit tout à coup la souffrance et l’horreur l’assaillir de toutes parts comme s’il devenait prisonnier d’un monde construit par la haine et la déchéance humaine ; il prit alors ses pattes à son cou et fila si rapidement hors de la maison qu’il en oublia de refermer la porte !



II.


Ce jour-là, un vieil homme saltimbanque passa devant la grille de la maison ; il portait son violon sous le bras et paraissait chercher un endroit pour dormir. Il remarqua de loin que la porte principale de la maison était ouverte et se risqua à l’intérieur de la cour.

C’était une belle maison, avec un jardin autour ; rien ne semblait troubler la tranquillité des arbres, respirant au soleil du crépuscule.

Pourtant, le vieil homme sentit quelque chose de pesant, comme si la baguette du chef d’orchestre s’était alourdie du poids des fautes de tous les musiciens. “Peut-être que pour Dieu, c’est pareil, se dit-il. Il dirige le monde comme une immense symphonie et voilà que les hommes provoquent des guerres et font des monstruosités, l’empêchant de guider le monde avec sérénité et alourdissant Sa baguette du plomb des fusils !”

Cet homme s’appelait David et il connaissait bien les horreurs de la guerre, car toute sa famille était morte dans un camp de concentration nazi.

85289b2b2670de6c.jpgLui-même avait été torturé et les nazis l’avaient obligé à jouer de son violon pour accompagner ses amis jusqu’à leur mise à mort. Lorsqu’il y pensait, et il y repensait souvent, son âme devenait la corde sensible de tous les regards de ces êtres anéantis par l’horreur ; il ressentait en lui la détresse infinie de ces êtres humains massacrés par d’autres humains. Il se souvenait de ces immenses monticules de lunettes, de chaussures et de vêtements que ces monstres avaient amassés, preuves horribles des crimes atroces proférés contre l’Humanité.

En arrivant devant la porte de cette maison, David avait l’âme emplie de visions apocalyptiques de cette terrible guerre qu’il avait vécue sous le feu des balles.

Il frappa doucement à la porte entrouverte de cette silencieuse demeure, mais n’obtenant pas de réponse, il s’engagea sur le seuil et en dévisagea l’intérieur.

Les murs semblaient garder en eux un lourd secret, laissant transpirer un silence qui ne ressemblait en rien à celui qu’on peut goûter après avoir écouté une symphonie de Mozart... C’était comme si un trio d’instrumentistes à cordes était enfermé dans un placard sans pouvoir tirer l’archet pour jouer !

David fit quelques pas dans la pièce principale et posa l’étui du violon sur la table ; mais, comme si une voix lui demandait de jouer, il reprit l’étui pour l’ouvrir et en sortit son instrument, ainsi que l’archet magique.15d34f125f980318.jpg

Le vieil homme tendit les crins de la baguette et se mit à jouer une très ancienne mélodie juive, tout en fermant les yeux ; il imaginait un voile bleu envahir la demeure à travers les notes de sa musique venue d’ailleurs.

Il sentit soudain quelque chose frôler son épaule, comme un gant de velours, une main d’enfant qui se sent rassuré ; il ouvrit alors les yeux et aperçu le chat qui l’écoutait sur le seuil de la porte. David le regarda et lui dit : “Tu es donc le gardien du seuil, mais es-tu ce gant de velours qui m’a frôlé tel un rayon de soleil ?”00b399e188c48e18.jpg

Le chat ne répondit pas, mais il s’approcha de David et flaira le violon avec beaucoup d’attention, comme s’il y retrouvait les odeurs d’un monde connu.

David reprit alors son violon et joua quelques phrases de “La jeune fille et la mort” de Schubert... Pourquoi jouait-il ce morceau ? Il ne le savait pas... mais un musicien est quelqu’un qui communique avec d’autres mondes par le canal des sons qui le transportent sur d’autres dimensions.

2cd705a2315020f8.jpgSi David avait eu les yeux du chat, il aurait pu voir, assise près de la table, une fillette enveloppée d’un voile d’azur cotonneux, et, accrochées à ses yeux, il aurait découvert deux larmes de cristal irisées d’arc-en-ciel.

Le soleil s’était couché et le musicien, ne voyant aucun maître des lieux arriver... remit son violon dans sa boîte et chercha un lit afin d’y laisser reposer ses membres fourbus ; il ne tarda pas à s’endormir, l’étui de l’instrument lui servant d’oreiller et le chat ronronnant à ses côtés.



III.


Le lendemain, David s’éveilla, caressé par les rayons du soleil printanier. Après s’être étiré avec le chat, il descendit dans la pièce dans laquelle il avait joué la veille ; mais quelle ne fut sa surprise d’apercevoir par la fenêtre un jeune homme assis dans le jardin, avec une palette à la main. David sortit et vint le saluer. “Vous êtes bien matinal... et que peignez-vous donc ?”

L’homme, qui n’était pas en fait si jeune, le dévisagea et lui dit : “Que faites-vous là ?... Personne n’ose plus entrer dans cette maison depuis des années. Les gens ont peur des fantômes, mais en réalité les habitants du village ont surtout peur de leur conscience, car à l’époque, c’était pendant la guerre... peut-être auraient-ils pu éviter ce drame affreux, en intervenant au mépris du danger... et je dirais... au mépris de leur vie... car, Monsieur, mérite-t-on la vie lorsqu’on laisse des innocents mourir alors qu’ils ne méritent pas la mort... De toutes façons, personne ne mérite la mort... La mort est naissance et ne peut être châtiment ! La mort est départ mais non pas néant !...”.

David ne répliqua pas car il eut peur d’arrêter le flot de paroles de cet homme étrange, qui semblait bien connaître ce lieu... Il porta ses yeux sur la toile que l’homme peignait et eut un recul d’admiration... On y voyait des anges, des violonistes volant dans le ciel et des couples d’amoureux se tenant par la main dans des couleurs décrochées de la palette universelle.

e0e8c3738fbbcc56.jpg“Oui, Marc Chagall fut mon maître ; voici quelques années, il avait dit : “ J’essaye de peindre au maximum avec le coeur, dans la fraternité du coeur”. Il disait qu’il n’avait pas peur de la mort : “-Je voudrais seulement pouvoir faire ce que je veux faire”, avait-il dit en 1966. Mais voyez-vous, Monsieur, certains êtres sur Terre n’ont pas la chance de faire tout ce qu’ils voudraient faire, certains par manque de temps, d’autres par manque de courage, par paresse ou par peur... et puis certains parce que la mort les emporte jeunes... Ainsi, dans cette maison, une fillette est morte ; on lui a ôté la vie et son âme en souffre... Mon maî-tre Chagall avait dit : “Malgré toutes les misères du monde, il y aura toujours des enfants qui aimeront la pureté malgré l’enfer des hommes... Il y aura toujours des couleurs pures, de la mus-ique, de la poésie pures.” C’est pourquoi je suis là... Je peins pour l’âme de cette fillette, je peins pour la pureté qu’elle aime... et je peins pour qu’un jour son âme soit libre et rejoigne la Lumière de l’Au-Delà. Mon maître, lui, nous a quittés il y a deux ans, en 1985, et je sais qu’il est Là-haut, car il m’inspire ; je l’aime tant ; je voudrais tant que cette petite fille le rejoigne là-bas, lui qui disait avant sa mort : “Je suis un enfant d’un certain âge !””

David n’osait pas l’interrompre ; il pensait, en écoutant le peintre, à ces anges que peignait jadis Fra Angelico ; il se demanda soudain si tous les anges avaient des ailes.

“Toi aussi, tu peux être un ange pour une personne que tu aimes, même en faisant partie du monde des humains ; tu pourrais être son ange gardien et alors tu serais prêt à donner ta vie pour elle. Les humains ne connaissent que trop rarement la capacité infinie de l’Amour qui est en eux ; je parle de l’Amour qui donne, qui offre, qui pardonne, qui supporte, qui élève, qui sauve. L’Amour, on peut le donner à travers la peinture, les couleurs, la musique, un violon, un accordéon, un mot, une phrase, un sou-rire, un coup d’aviron dans l’eau d’une rivière, un but marqué dans une cage de football...”.

A ces mots, David se souvint d’un ami... foudroyé par un éclair, sur un terrain de jeu, en plein match de rugby. “Quelle chose étrange que la mort”, se dit-il. “Elle peut venir nous chercher à tout moment !”

“Oui, dit l’inconnu, mais la mort est belle, lorsqu’elle est vécue dans la sérénité ; c’est un passage vers un autre monde, une porte de sortie et d’entrée. Ce qui fait peur aux hommes, c’est l’inconnu, le vide, le néant... qu’ils imaginent après la vie ; mais pourquoi la vie aurait-elle une fin lorsqu’on sait que l’univers lui-même est infini... et qu’il n’a de limites que parceque la pensée a ses limites... je veux dire... la pensée des humains. Oui, Monsieur, pourquoi la vie aurait-elle une fin et pourquoi a-t-on fait de la mort... un mur, alors qu’elle est porte ? Ce qui est grave sur la Terre, c’est qu’en plus du mur, on a mis des fils de fer barbelé dessus, en croyant s’approprier la mort des autres... Pensez aux camps de concentration nazis, pensez à cette fillette et à ses parents qu’on a torturés ici, avant de les tuer, pensez à toutes ces horreurs de la guerre qu’on retrouve à toutes les époques !!”.9f703a4a0bedbc86.jpg

Soudain, l’être étrange se tut, s’arrêta de peindre et regarda fixement le vieux musicien : “Je vous en prie, j’ai encore de l’espoir, je crois encore à la pureté, pour elle, pour cette petite fille, pour ses parents... Allez chercher votre violon et, ensemble, nous allons semer des fleurs de paix dans le jardin de la mort”.

David silencieusement s’exécuta et alla chercher son violon.
Laissant couler les notes de l’archet, il s’harmonisa aux couleurs du peintre ; l’union de ces deux êtres enveloppa la maison d’une brassée d’amour qui monta tout droit vers les étoiles comme une prière.


IV.


Esther :

-Je ne saurais pas dire combien de temps ils sont restés ainsi dans le jardin à jouer et à peindre... Mais c’était si beau que mes parents et moi avions l’âme apaisée, comme si de cette pureté naissante pouvait naître notre liberté.

J’avais envie de crier comme le Roi de Ionesco :
“Vous tous qui êtes morts avant moi, aidez-moi !”

37b119148f4d99e5671f0722e8f6c947.jpgOui ! Aidez-moi à partir dans ce pays de l’Au-Delà. Montrez-moi le chemin, donnez-moi la clé qui ouvre le monde des morts, montrez-moi la barque qui fait traverser le Fleuve de l’Oubli.
Oui, c’est celà, je veux oublier, me détacher des souffrances de cette nuit horrible où nous sommes morts, mes parents et moi.
Dussé-je effrayer des humains encore en vie... il faut qu’ils sachent que nous sommes là et que nous avons besoin de leur aide !

“Petite fille, petite âme perdue, nous sommes là, nous allons t’aider.”

Mais oui, une voix venue de l’autre monde, j’entends bien une voix venue de l’autre monde ! Où êtes-vous, qui êtes-vous, vous allez nous aider, n’est-ce-pas ?...

Le miracle s’est réalisé : la pureté qui s’est élevée vers le ciel, à travers la musique et la peinture réunies, est arrivée à destination... Une femme voilée de blanc et auréolée de lumière se tient devant moi, pauvre petite âme perdue, et se met à me parler :

“Je m’appelle Hanna... Je suis morte pendant la guerre, en déportation. Mais, avant ma mort, j’ai été contactée par des Anges, durant dix-sept mois. Nous étions quatre, quatre artistes hongrois dont trois juifs. Seule Gitta a survécu et elle a transmis tous les messages des anges dans des livres(*) qui sont aujourd’hui connus du monde entier. Je suis venue pour te donner la clé qui te permettra de te libérer et de nous rejoindre... Vous serez sauvés lorsque les sept flammes auront été allumées, comme un arbre de vie dont on cueillerait les sept fruits pour en offrir un à chaque règne de la nature... L’Homme se trouve au milieu des règnes, liant les pierres, les plantes et les animaux avec les anges, les chérubins, archanges, séraphins, toutes populations lumineuses et Dieu. L’Etre Humain est la flamme de l’Amour et le coeur de la Lumière ; mais cela seulement s’il sait être un pont dans la Création ; s’il détruit le pont et construit des failles, alors il court droit à sa destruction... En effet, si des branches de l’Arbre de Vie venaient à mourir, l’Humanité n’aurait aucun sursis ! Polluer les océans, massacrer des espèces animales, se servir de l’énergie atomique... sont autant de failles qui coupent l’Homme de la Création. Le fait que tu sois morte dans la terreur et la souffrance a créé des failles entre toi et le monde créateur... des failles dans le pont du Créé et du Créateur : voilà pourquoi toi et tes parents avez besoin de reconstruire ce pont de la Lumière et de l’Amour pour rejoindre le monde des Anges et la demeure du Père Céleste...
Voilà donc la clé des Anges : vous serez sauvés lorsque les sept flammes de l’Arbre de Vie seront allumées, et, souviens-toi, petite fille, qu’une grande soeur nommée Anne Franck, qui t’attend là-haut depuis Mars 1945, écrivait avant sa mort : “Dieu ne m’a pas abandonnée et ne m’abandonnera jamais !” N’oublie jamais cela et trouve vite la Clé.
Pense toujours que l’Humanité est la Flamme du milieu, au coeur des Sept flammes qu’il vous faudra allumer. ADIEU !”

(*) “Dialogues avec l’Ange” et “Les Dialogues tels que je les ai vécus” de Gitta Mallasz (Ed. Aubier)

L’apparition s’évanouit au milieu d’une pluie de lumière ; Hanna n’est pas restée longtemps, mais pour moi, petit fantôme, cela m’a paru être une éternité... Elle aussi avait dû souffrir à sa mort.

Lorsqu’elle me l’a racontée, dans une confidence silencieuse des âmes, j’ai eu la vision de son cauchemar : des femmes dont on avait arraché les vêtements se serraient nues dans des wagons à bestiaux et elles mouraient ainsi, privées de nourriture et de so-leil ; chaque jour, des femmes S.S. venaient ouvrir la porte pour en sortir les cadavres. Hanna est morte ainsi et elle a rejoint les Anges sur le Pont qu’elle avait construit avec eux en communiquant avec leur règne durant dix-sept mois.

Hanna était juive, comme moi, mais elle était blonde, avec les yeux bleux ; grâce à son physique, elle aurait pu être sauvée mais elle a choisi la voie de la vérité : “Non, je ne suis pas aryenne, je suis juive !”, avait-elle répondu aux S.S.

Mon père aussi, la nuit de notre mort, avait pris le chemin de la vérité... choisissant de se taire sur les personnes qui nous avaient parlé de cette maison, cachette qui servaient de passage en zone libre pour les juifs.

Tous les faits rapportés ici sont réels... Les morts d’Hanna et de cette famille juive se sont produites ainsi, dans l’horreur.

La nuit où nous sommes arrivés, les allemands nazis avaient déjà investi les lieux et, toute la nuit, le village a entendu nos cris... jusqu’aux silences de l’agonie...

Mais je ne peux plus parler... comme si un étau me serrait la gorge, jusqu’à broyer mon âme...19fe7a309d4832d4.jpg

La souffrance est une faille qui coupe tous les ponts nous reliant à l’harmonie universelle et l’horreur est comme un couperet sectionnant le fil d’Ariane dans le labyrinthe de la vie cosmique.



V.


Son père la retrouva roulée en boule sur elle-même, tel un hérisson dont les seuls armes sont ses piquants... piquants de détresse et de terribles souffrances.

La petite fille lui expliqua ce que Hanna lui avait révélé :
“Allumez les Sept flammes de l’Arbre de Vie et vous serez sauvés”.

L’homme-fantôme réfléchit et se concentra sur le chiffre Sept : “Sept... sept jours de la semaine... les sept couleurs... les sept notes de la gamme... les sept couleurs... de l’arc-en-ciel... les sept planètes de notre système solaire... Dans l’Ancien Testament, le chiffre Sept est utilisé 77 fois... C’est un nombre magique... Salomon construisit le Temple en sept ans... Elisée éternua sept fois et l’enfant ressuscita...Voyons, pourquoi les Sept flammes de l’Arbre de Vie ?... Comment les allumer ?
Il nous faut l’aide d’un humain, mais comment arriver à attirer son attention sur notre problème ? Le Ciel le guidera sûrement vers nous, car, lorsqu’Il donne des clés, Il envoie aussi les verrous pour pouvoir ouvrir les portes !... Soyons confiants !”3874148f07a5a700.jpg


Il avait raison en effet, car, ce jour-là, un homme fut attiré par la maison.

Il cherchait depuis quelque temps un endroit à la campagne pour sa famille : sa femme, sa fille et lui ; il aperçut depuis la route une demeure qui semblait respirer la paix, entourée d’arbres et de verdure .
Il pensa en son coeur : “Cet endroit sera parfait pour nous ! Mais il est sûrement déjà habité...!?”... Il remarqua que les volets étaient fermés et que, malgré le froid naissant, aucune fumée ne sortait de la cheminée.

Soudain, il vit venir sur la route un homme qui tenait un chevalet sous le bras et qui, au vu des taches de couleurs sur ses vêtements et ses mains, paraissait être un peintre...

“Cette maison semble vous intriguer, lui lança l’artiste. Elle n’attend qu’une seule chose : qu’une personne la fasse revivre en vivant dans son giron. Peut-être que cette personne, c’est vous !?
Elle est inoccupée depuis des années et vous y seriez le bienvenu. J’y vais moi-même de temps en temps pour lui tenir compagnie afin d’entretenir les couleurs de l’espoir mais je suis prêt à vous céder le flambeau si vous vouliez rester auprès d’elle !”

Devant tant d’insistance et se voyant découvert dans ses secrets désirs, l’inconnu sourit doucement au peintre et lui dit :

“Oui, il me plairait de vivre ici ! Il y a quelque chose d’indicible en ce lieu qui m’attire étrangement et que je ne saurais expliquer...”. Et il ajouta en riant : “En tout cas, si je devais devenir maître des lieux, vous y seriez toujours le bienvenu pour peindre... J’aime les artistes car ils sont les étoiles des Cieux de la Joie... Ils nous font oublier nos soucis en semant des fleurs multicolores dans nos vies... avec leurs pinceaux, leurs instruments de musique, leurs stylos et leurs rêves.”

Le peintre sourit mystérieusement et, d’un Merci humble et discret, prit congé du futur maître des lieux... Il avait fait son devoir d’Ange et savait déjà que cet homme inconnu était prédestiné à aider la famille fantôme, prisonnière de cette demeure “inhabitée”.


VI.


326aaaeae8c2cd98.jpgCet homme inconnu s’appelait Gabriel et sa femme se nommait Marie. Ils emménagèrent dans la Maison sans savoir qu’elle était hantée... par des êtres torturés à cause d’un évènement terrible vécu dans ce lieu ; ils avaient une fille qui s’appelait Elodie ; ils étaient heureux de venir habiter en ce lieu, sans se douter qu’il y avait déjà ici des locataires invisibles.

Or, une nuit, la petite fille vint réveiller ses parents en leur disant qu’elle avait été sortie de son sommeil par des pleurs d’enfants. “Je croyais que mon ange-gardien pleurait mais... il dormait profondément”, leur dit-elle.

Cela se reproduisit de nombreuses nuits, jusqu’au jour où la petite fille vit une forme au pied de son lit ; elle eut peur car la forme sanglotait et ses larmes tachaient de sang le plancher ; elle appela ses parents mais, lorsqu’ils arrivèrent, tout avait disparu.

Gabriel et Marie s’inquiétaient beaucoup de voir leur fille faire des cauchemars... et avoir des hallucinations ! Ils ne savaient plus quoi faire pour la rassurer et la calmer... Enfin, un matin, Gabriel se mit à se poser des questions et se rappela sa rencontre étrange avec le peintre, avant leur venue dans cette maison... Ce dernier lui avait parlé de “flambeau à céder”, de “couleurs de l’espoir”... Espoir... pourquoi espoir ? Ce peintre savait quelque chose ... Gabriel devait donc le retrouver... mais où le chercher ?

Il partit pour cela vers le village et demanda aux habitants s’ils connaissaient un peintre.

“Oui, le fou qui vit sous le pont de la rivière !
-Le pont de la rivière ? Quelle rivière ?
-La rivière qui traverse le village. Le pont relie les deux moitiés ; continuez plus loin. Si vous avez de la chance, vous trouverez le fou sur le pont, en train de peindre !”

Gabriel poursuivit donc son chemin et aperçut au loin le peintre devant son chevalet. Une pluie fine se mit à tomber et un arc-en-ciel traversa le ciel de part et d’autre ; il semblait former les cordes d’un instrument de musique dont le peintre était l’archet accroché au chevalet d’un violon de lumière.

553865ca1aacc076.jpgL’homme aux couleurs sourit en voyant arriver Gabriel.
“Vous voyez cet arc-en-ciel. Il a sept couleurs. Si vous le décrochiez du ciel, la paix reviendrait dans l’esprit de votre fille !
-Pourquoi dites-vous cela, lui demanda Gabriel, et puis comment savez-vous pour ma fille ?
-Je le sais, Monsieur, parceque j’ai vu des larmes d’enfant briller dans vos yeux et que ces larmes sont celles d’un père qui s’inquiète pour son enfant.
-Et pourquoi un arc-en-ciel lui rendrait-il la paix !?
-Parce que l’arc-en-ciel est un pont magique que nous donne le ciel pour résoudre nos problèmes. Celui-ci est venu pour vous. Sachez le décrochez... et en extraire la quintessence... la septessence, dirais-je !
-Vous êtes fou pour me parler ainsi !? Que ferais-je d’un arc-en-ciel ?... en admettant encore que je puisse le décrocher ?!
-Je ne suis fou que pour une catégorie de personnes... qui hier ont laissé mourir une famille. Les fous ne sont pas toujours ceux que l’on croit !
-Quelle est cette histoire ? Que voulez-vous dire ? Que s’est-il passé dans cette maison ?
-Je vais vous le dire... Une famille juive s’est abritée dans cette maison pendant la seconde guerre mondiale. Des allemands les ont surpris. Ils ont torturé le père, qui n’a pas voulu cacher qu’ils étaient juifs, et ils l’ont tué, ainsi que sa femme et leur petite fille... qui portait le prénom d’Esther. Ils sont morts dans de terribles souffrances et leurs âmes restent enfermées dans le passé terrible qui les a condamnés. Votre fille sentira leur présence tant que les sept flammes de l’arc-en-ciel n’auront pas été allumées...497fae6cab3ad1da.jpg
Elodie signifie Chant de Dieu sur la Terre ; son chemin est celui des Anges musiciens qui font descendre du Ciel la musique des étoiles pour semer des fleurs sur les routes goudronneuses des humains ; aujourd’hui il y a une petite Elodie libre de chanter, votre fille, qui souffre de voir sa soeur des étoiles, Esther, condamnée au silence. Trouvez les sept flammes et faites que leur lumière soit le Chant qui reliera à nouveau le Ciel et la Terre, les morts et les vivants, les Anges du Paradis et les Humains vivant l’Enfer sur Terre.”

Gabriel réfléchit et dit au peintre : “Ces sept flammes, comment vais-je les allumer et où le ferai-je ?”
Le peintre, en contemplant l’arc-en-ciel de lumière, lui répondit :
“Il y a un violon dans cette maison. Trouvez-le et portez-le au musicien qui est venu ici, avant votre arrivée. C’est un violoniste et il connait le sens des sept notes de la gamme musicale. Peut-être vous éclairera-t-il ! Mes couleurs se joindront à ses sons pour faire jaillir les sept flammes !”

Gabriel se recula soudain car des yeux du peintre sortait du feu et deux ailes transparentes de pureté se joignirent dans son dos comme pour la prière d’un ange descendu tout droit de l’Amour.

“Tu t’appelles Gabriel. Moi, je suis l’ange venu t’annoncer l’Espoir et te donner le Courage de sauver des âmes. Elles ont besoin de toi ! Nous, les Anges, pouvont donner le souffle d’agir aux humains... mais nous ne pouvons agir à leur place.
Toi, Gabriel, tu vas agir ! En ces temps terribles du Nazisme, nous avons trop souffert de devoir nous résigner et attendre. Nous ne pouvions arrêter le gaz et éteindre les fours crématoires. La main humaine est parfois lourde, si lourde de plomb que nous ne pouvons agir sur votre monde... en balance avec le nôtre si léger.

Le Nazisme, c’est l’histoire d’un homme fou qui s’est érigé en gourou d’un peuple... Il s’est entouré de quelques disciples convaincus par ses théories ; ils devaient sauver l’Humanité, comme tant d’autres gourous sur la Terre ; seuls les “élus” resteraient vivants... N’est-ce-pas là une théorie encore à la mode dans beaucoup de groupes actuels et de sectes diverses ? De plus, sacrifier des races entières, juive, tzigane et autres, n’est-ce-pas là aussi une terrifiante action en résonnance diabolique avec l’hécatombe des Indiens d’Amérique ! Le peau-rouge n’était pas un individu... aux yeux de beaucoup de blancs ; il était seulement la cellule d’un corps à abattre, un corps “primaire” et “sauvage”, celui de la nation indienne.... Seulement, les blancs ont oublié que la mémoire du corps emplit entièrement la cellule ! Ainsi, la mémoire des Indiens, celle des Juifs et celle de chaque peuple bafoué sur la Terre dans ses Droits ne s’éteindra pas tant que le
dernier être humain vivra encore.

Parce que le Corps en question, c’est l’Humanité toute entière : nous sommes tous frères et toutes nos cellules sont soeurs !

af4c55c1d39efb6e.jpgDieu meurt chaque fois que meurt un Sitting Bull, un Martin Luther King, un Gandhi, un homme, une femme ou un enfant.

Va, Gabriel, et sauve les âmes de cette famille juive prisonnière de la haine.”



VII.


Gabriel partit donc à la recherche du violoniste, “un vieil homme nommé David”, lui avait dit le peintre.

Celui-ci lui avait d’ailleurs donné son propre nom : il s’appelait Michel-Ange...

Gabriel ne savait pas où chercher le musicien, aussi fit-il confiance à l’Ange, le sachant tout proche de lui, malgré qu’il fut devenu invisible.

Il avançait dans les rues du village lorsque soudain un homme désespéré se jeta sous ses yeux par la fenêtre ; l’homme tomba mais ne se tua pas. Gabriel courut vers lui et lui prit la tête entre les mains.
“Pourquoi avez-vous fait cela ?”
L’homme tourna la tête en direction de l’Ange invisible et dit : “Je ne crois plus en rien. Je suis perdu. J’ai trop de poids sur ma conscience. Personne ne peut comprendre... Il y a des années, j’ai laissé faire un crime horrible. Une petite fille est morte avec ses parents... dans la maison qui se trouve de l’autre côté de la rivière. C’est moi qui avait prévenu les Nazis que cette famille allait venir se réfugier dans cette demeure... Et j’ai tout entendu... mais j’ai laissé faire. Je ne voulais pas cela, je ne voulais pas... A l’époque, je collaborais avec les Allemands par intérêt personnel mais je n’avais pas imaginé ce que j’ai entendu cette nuit-là ! Aujourd’hui, je ne peux plus vivre avec ce poids. Le ciel ne veut même pas de moi là-haut... Comment vais-je soulager ma conscience ?”

L’Ange parla alors à l’âme du désespéré :
“Le lendemain du crime, tu t’es rendu sur les lieux du drame. Dis ce que tu as vu. Parle. Libère ta conscience. Dieu le Tout-Puissant est un dieu de pardon... mais le pardon se mérite. Ce n’est pas un plat tout cuit qui se réchauffe en un clin d’oeil.Tu as commis une faute infiniment grave. Parle donc. Rattrape ton coeur qui s’est flétri de honte et arrose-le de repentir et de transformation. Dis ce que tu sais.”

c90df419ba310756.jpgL’homme parla donc et Gabriel l’écouta, étonné, mais attentif au moindre mot du désespéré :
“Le lendemain, je suis allé dans cette maison. C’était terrible. Des larmes de sang coulaient sur les murs. Sur la table, il y avait un violon. Il semblait phosphorescent et rougeoyait comme une braise consumée par un feu de colère. De l’intérieur de l’instrument sortait une mélodie, telle une plainte si profonde qu’un couteau se planta dans mon coeur. Je chancelai et m’évanouis. Lorsque je revins à moi, j’étais dans la cave de la maison. Une femme vêtue de noir me regardait. Un candélabre allumé par sept flammes brûlait et une petite fille en blanc jouait sur le violon que j’avais remarqué en entrant dans la maison. Je voulus fuir car j’avais peur, très peur. Mais la femme en noir me saisit par le bras et me dit : “Nous sommes morts par votre faute et votre lâcheté, dans d’atroces souffrances. Nous ne pourrons être délivrés de ce cauchemar et reposer en paix que lorsque ce candélabre aura été allumé -chose que je suis pour l’instant seule à savoir- en présence des sept sons de ce violon, en présence des sept couleurs de l’arc-en-ciel, ainsi qu’en présence de...”... Je n’entendis pas la fin car tout s’évanouit et je me réveillai... croyant avoir rêvé. Pourtant, près de moi, il y avait le violon !... Je l’ai pris sous mon manteau et depuis je l’ai toujours gardé. Je me souviens de tout cela comme d’un rêve mais seulement comme d’un rêve, inaccessible et mystérieux.”



VIII.

Esther :

-Je me souviens de ce violon dont je jouais lorsque j’étais encore en vie. Ce violon était toute ma vie car il était le prolongement de mon coeur. Lorsque nous avons fui avec mes parents, c’est la seule chose que j’ai emmenée avec moi. Pour moi ce n’était même pas une chose, ni un objet ; c’était un pont vivant qui me reliait à l’univers et sur ce pont glissaient des notes magiques. Chaque note contenait toutes les couleurs de la vie et pourtant chaque note avait sa couleur.

345a03af01c819c6.jpgJe me souviens que lorsque mes parents m’ont proposé de faire du violon, j’ai tout de suite dit oui... parceque je voulais faire de la musique, peu m’importait l’instrument. Mais, pour tester ma détermination, ils m’ont demandé de choisir entre mon chien et... le violon ; leur raison était que “l’achat d’un violon était coûteux et qu’il fallait pour en acheter un... revendre mon chien de pure race”. A l’époque, j’avais un chien que j’adorais ; mais j’avais aussi le don de lire dans les pensées de mes parents, aussi je savais qu’ils ne me l’enlèveraient pas ! Je leur ai donc répondu que je préférais apprendre le violon et que pour cela j’acceptais de me séparer de mon animal. Finalement... ils m’ont offert un violon et j’ai gardé mon chien ! Malheureusement, mon chien est mort quelques temps plus tard... J’ai eu beaucoup de peine mais dans mon violon, en son âme, j’ai senti l’âme de mon chien. Une petite fille m’a dit un jour : “Ton violon, il est comme ton chien, il te suit partout !” J’ai souri... parce qu’elle avait tout compris sans le savoir.

J’ai appris à aimer la musique à travers mon violon. Je dévorais les notes et les partitions, telle une âme assoiffée d’amour et d’harmonie ; puis j’ai appris à aimer le violon au travers de la musique ; et cet instrument est devenu si proche de mon âme qu’elle l’a adopté comme une partie d’elle-même.

Un jour, mon violon s’est mis à me parler :
“Petite Esther, ne laisse jamais personne te violenter et poser des mains d’adulte pervers sur ton coeur pur ; j’ai connu une petite fille qui apprenait le violon sur mes cordes et qui a été obligée durant des années de subir le martyre que lui infligeait son professeur, c’est à dire des baisers sur la bouche ; il l’obligeait à se taire et un jour elle voulut se jeter sous une voiture ; puis son cauchemar s’arrêta enfin et elle essaya de tirer un trait... un coup d’archet, sur ce viol... Viol d’un violon brisé dans l’âme d’une fillette à l’enfance assassinée... Cri de l’absurde dans les cordes d’un violon sacrifié à l’innocence... Elle voulait m’abandonner car elle ne pouvait me toucher sans penser à ces moments de négation intérieure, d’oubli mortel, de conscience ensevelie ! Mais j’avais la mission de l’aider et, dans un sursaut de force vivante, elle m’a enfin regardé... comme le radeau seul capable de la sauver ! Elle a fait de moi le violon le plus heureux car elle m’a rendu mon âme à travers la sienne !”

Mon violon m’a donc parlé ainsi un jour et puis il s’est tu pour toujours ; il est aujourd’hui entre les mains de l’homme qui nous a donnés aux Nazis. Ma mère s’est entretenu avec cet individu après notre mort mais il croit que c’est un rêve... Seulement, de ce rêve dépendent la libération de nos âmes et le salut de la sienne.

Comme du rêve de Martin Luther King dépend la survie de l’Humanité !


IX.


Gabriel secoua l’homme désespéré qui venait de lui raconter son rêve.
“Qu’as-tu fait du violon ? Où l’as-tu mis ? Tu dois me le dire !”

L’homme sourit tristement et lui dit : “Il est dans ma maison... mais des fleurs ont poussé dedans. Personne ne pourrait en jouer à cause de la mousse et du lierre qui l’ont envahi !...
-Comment cela ?! Les fleurs n’ont jamais empêché un violon de vibrer !”

Le personnage qui venait de parler avait une voix forte et assurée. C’était David, le violoniste, qui arrivait sur les lieux, poussé par le “hasard”, ce phénomène mû par une chose plus forte que lui... la coïncidence.
-Allons le chercher, ce violon ! Il saura bien nous guider à travers les pétales et l’humus de ses cordes !”

Gabriel atteignit la maison de l’homme et monta les marches à la suite du violoniste ; celui-ci brandit le violon verdoyant enlacé de lierre et de capucines.

e0bfc490ea62ca4e.jpgLa tension était telle que l’instrument se mit à vibrer et à rougeoyer si fort que David dût le poser sur la table... Les fleurs s’épanouirent et se fanèrent en un clin d’oeil... Le lierre sécha... La mousse et l’humus disparurent... lorsque soudain une explosion interne bouleversa le violon. L’Univers semblait revivre le Big-Bang au centre de la caisse de résonnance et des sons fusaient de partout. Enfin un seul son demeura et le violon de bois se transforma en violon de cristal. Personne n’avait jamais vu cela !

C’était un pur joyau... où la transparence était ciselée dans l’équilibre des harmoniques ! La lumière traversait le son... qui avait pris naissance dans la matière ! L’accouchement venait d’avoir lieu et le bébé semblait déjà être un vieux sage venu du tréfonds de l’Univers pour apporter la paix, l’harmonie... et l’Amour entre les êtres.

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X.


Gabriel saisit le violon de cristal, émerveillé, et dit à David : “Ce violon, je le sais, sauvera cette famille juive, prisonnière dans ma maison. Mais il manque l’archet... Comment allons-nous faire pour le trouver ?”

David réfléchit et alla chercher son propre étui de violon ; il en sortit un archet à la hausse de nacre... Un poulain semblait galoper sur la fine baguette, à travers la mèche délicatement tendue au bois de pernambouc... Le musicien fit glisser le crin de son archet magique sur les cordes d’acier.

Un arc-en-ciel jaillit de l’ensemble et une musique divine s’éleva. David paraissait transformé intérieurement ! Son corps entier vibrait de mille ondes de joie et d’espérance ; toutes ses cellules souriaient de bonheur et cette allégresse se transmit à ceux qui l’écoutaient jouer.

Il se dirigea vers la maison hantée et Gabriel le suivit ainsi que Michel-Ange ; tous ceux qui les rencontrèrent suivirent le cortège et s’arrêtèrent à l’entrée de la demeure. Elle semblait attendre cet instant ; en effet les murs se mirent à vibrer harmonieusement, en unisson avec l’instrument de cristal, et les volets claquèrent soudain à un rythme stupéfiant !

Les oiseaux s’arrêtèrent de chanter puis reprirent de plus belle. Marie et Elodie, la petite fille de Gabriel, ouvrirent la porte à David, Gabriel et Michel-Ange.

Celui-ci avait un pinceau à la main, tel un archet magique : sa palette était comme un violon aux mille couleurs du soleil dans le ciel des humains. Il commenca à couvrir les murs de nuances mélodieuses et de roses d’aurore dignes des plus beaux flamands... On aurait dit qu’il semait des fleurs à travers sa peinture et que des centaines de colibris venaient emplir la maison grâce à ses gestes de créateur.b4c577137f139c00.jpg

David et Michel-Ange couvrirent ainsi tous les murs d’harmonies sonores et picturales... Enfin ils descendirent au sous-sol et là... une chose étrange se produisit ! Un candélabre semblait les attendre, éteint mais serein d’espérance... Un bible ouverte s’offrait à la lecture et une main invisible en tournait les pages, jusqu’au moment où elles demeurèrent immobiles.

8e4e482fe9cbd516.jpgGabriel se mit alors à lire puis entonna le chant de sa lecture sacrée. David l’accompagnait avec le violon de cristal et l’archet nacré. Michel-Ange, de son côté, traçait mille arc-en-ciels sur les murs et l’espace de la cave. Soudain, tous les arcs de lumière se rejoignirent, formant le sceau de Salomon sur le sol : une étoile à six branches... dont la septième était au centre !

A cet instant, les flammes du candélabre s’allumèrent... Elles étaient sept... Sept personnes se tenaient dans la pièce : il y avait Gabriel qui lisait et psalmodiait, David qui jouait, Michel-Ange qui peignait, Marie qui priait, Elodie qui souriait, l’homme désespéré qui pleurait... et le chat qui méditait.

Sept êtres réunis pour la libération de trois âmes... Sept êtres qui ne voyaient pas Esther, son père et sa mère, les remercier à genoux... sauf peut-être le chat... l’Ange... et la petite fille qui souriait !

Enfin... ils virent tous... trois colombes s’envoler du centre de l’Etoile de David inscrite au sol en lettres d’or et d’arc-en-ciel ; ils virent avec émotion sept roses s’épanouir sur les branches de l’Etoile ainsi qu’en son centre.99cf426f49cb231c.jpg

Ils virent des larmes de rosée tomber du violon de cristal qui explosa dans un concert de voix angéliques semées des cieux ; l’archet nacré demeura dans les mains de David qui le posa au centre du sceau de Salomon.

Les sept êtres présents dans la pièce se donnèrent la main autour de l’étoile. C’est ainsi que le nom de “ Constellation de la Pléiade” fut donné à la maison ressuscitée... Chacun sait que l’étoile la plus importante de cette constellation aux sept flammes se nomme Alcyone... ce qui signifie “la Paix”.

La Bible était ouverte sur la Vision de Zacharie : “Ces sept-là (les sept lampes) sont les yeux de Yahvé : ils voient par toute la terre.”

Les sept flammes s’éteignirent doucement mais dans le coeur de chacun elles ne moururent jamais.

Dieu voyait à travers leurs yeux et le mal ne pourrait plus jamais se répéter... Les crimes nazis ne pourraient plus jamais enfermer les consciences.

Car Dieu ne peut accepter le mal que Ses yeux voient !

L’Humanité non plus... ne peut accepter et, pour cela, la Paix doit toujours régner sur la Terre .9465f575054394f8.jpg


___________________________________________ Chloé LAROCHE

 

CE TEXTE EST PROTÉGÉ, AVEC TOUS DROITS RÉSERVÉS, NON AUTORISÉ À LA REPRODUCTION.

 

Marie est broyée
Dans les machines froides
Des âmes nazies

La Vierge pleure sans fin
Sur les horreurs humaines__________ haïkou de Chloéef57f2e9970194c2.jpg

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MERCI À MARC CHAGALL POUR SES 14 tableaux.

La photo avec le violon est celle de mon fils prise par moi-même en 2005.

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"Les Semences de l'Après-vie" est l'ouvrage inspiré par l'amour infini que porte Chloé Laroche à sa fille Océana, envolée à l'âge de deux ans et demi vers l'Au-Delà. Elle a écrit 13 nouvelles dans ce livre qu'on ne trouve plus dans le commerce. C'est pour cela que Chloé a choisi de partager avec vous ces 13 nouvelles dans ses 13 prochains articles, ici sur son blog.... "Je souhaite par ce livre donner force et courage à toutes les personnes endeuillées et leur dire que la mort n'est pas véritable séparation ni trou noir du néant ; les êtres aimés disparus sont unis à nous pour la vie... qui ne finit pas." (extrait de la 4ème de couverture du livre de Chloé Laroche)______________________________________

SI UN ÉDITEUR LISAIT CE TEXTE ET CE BLOG ET QU'IL AIT L'IDÉE DE RÉÉDITER CET OUVRAGE ET CES TEXTES, MERCI DE CONTACTER L'AUTEUR DU BLOG... QUI RECHERCHE UN ÉDITEUR POUR PLUSIEURS LIVRES.... ac.laroche38@gmail.com___________ Merci d'avance !

 
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