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22/04/2008

Accueil et opération d'une enfant roumaine, ma fille Julia. Présentation de l'association Sera. Handicap et amour.

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Soixante-dix-sept familles accueillent en France des enfants roumains, ayant besoin de soins médicaux et pour certains d’une opération. Elles les accueillent et les élèvent comme leur propre enfant, totalement bénévolement et avec tout leur coeur. La plupart sont handicapés, avec des problèmes de comportements, des problèmes de santé mentale ou physique, ou les deux, et des handicaps touchant la parole, la vue ou l’audition.

Julia est arrivée chez nous il y a six ans. Après neuf années passées dans un orphelinat en Roumanie, son étoile l’a conduite vers nous, sa nouvelle famille. Les deux personnes qui l’ont conçue et engendrée l’ont vraisemblablement abandonnée à la naissance à cause de ses malformations. Ses oreilles n’avaient pas fini de se construire extérieurement, indiquant une surdité partielle qui s’est avérée réelle. Elle n’avait pas de palais dans la bouche, empêchant le langage de s’épanouir, et une fente labio-palatine apparaissait aussi, dans le contexte du syndrôme de Franchesquetti.

Lorsque l’association nommée S.E.R.A. -dont le sigle signifie “Solidarité pour les Enfants Roumains Abandonnés”- nous a envoyé la photo de Julia et une fiche de renseignements sur elle, nous l’avons tout de suite adoptée dans notre coeur. Suite à notre accord, des membres de l’association sont venus nous voir pour nous rencontrer et découvrir nos personnalités, nos aspirations, notre demeure, la future chambre de Julia. Ils ont clairement placé notre attention sur le handicap de notre fille et sur le fait qu’elle n’aurait pas l’âge mental de son âge, mais un âge qui correspondrait à son passé, aux traumatismes vécues par elle, au fait qu’elle n’avait jamais été stimulée. “Ne serez-vous pas déçus ? Comment réagirez-vous devant la réalité de cette enfant ?”

Avec Marc, mon compagnon depuis six ans à l’époque, mon ex-mari aujourd’hui, nous avons répondu en ayant conscience de la situation. Je ne dirais pas... pleinement conscience, car sans vivre les choses, comment peut-on tout imaginer ? Et même en les vivant, on avance les yeux fermés comme un aveugle qui a ses yeux au bout des doigts et du coeur.

Pourquoi je dis cela ? Parce qu’aujourd’hui, nous ne savons pas ce qu’a exactement vécu Julia en orphelinat. Lorsqu’elle était bébé, est-elle restée dans son lit des journées entières ? Cela, je le crains fortement, au vu des rapports et des témoignages. Lorsqu’elle a grandi, elle n’est sûrement jamais sortie à l’extérieur afin de se promener avec les autres enfants. En effet, ses membres inférieurs étaient très faibles et sans aucun muscle, ce qui fait qu’elle trébuchait à chaque instant sur un chemin de pierres et qu’elle descendait difficilement les escaliers. Peut-être n’a-t-elle jamais eu non plus de livres, de jeux, de jouets... Elle ne savait pas tenir un crayon et n’avait jamais dessiné.

Et puis, a-t-elle été victime d’attouchements de la part d’adultes, comme on nous l’a fait craindre à son arrivée ? A-t-elle été rejetée ou exclue à cause de ses handicaps ? Était-elle enfermée dans une pièce unique toute la journée avec d’autres enfants ? N’avait-elle pour seule activité que le balancement sur elle-même, qu’elle faisait beaucoup en arrivant chez nous... On sait en tout cas qu’elle a grandi entourée seulement de bébés, sans stimulations, ni sorties.

Si je me pose toutes ces questions, c’est que cela existait couramment et existe toujours dans beaucoup d’orphelinats roumains, surtout ceux où étaient gardés les enfants “différents” et handicapés, exclus de la société dictatoriale de Ceaucescu. Il y avait aussi les enfants attachés dans leur lit. Et ceux qui ne mangeaient qu’une fois par jour... Dernièrement, l’association SERA a accueilli Denis, qui avait eu le nez rongé par un rat, alors qu’il n’avait que trois semaines. Désormais, il a un vrai nez, après trois opérations et une greffe, et il est retourné en Roumanie pour être accueilli dans une famille.

Lorsque Julia est arrivée chez nous, elle était comme une enfant “sauvage”, ayant grandi littéralement sur une autre planète et débarquant dans un monde totalement différent. Elle découvrait tout avec une curiosité immense et se saisissait de ce nouveau monde avec un appétit féroce. Elle nous a adoptés comme nous l’avons adoptée. Tout simplement, comme une place dans notre coeur qui était à prendre. Tout simplement comme une résonance de l’amour qui se rejoint, qui se retrouve.

Avec nous, elle a découvert la force de ses jambes, la marche, les arbres, la nature, le soleil, les animaux. Elle a découvert la joie d’avoir une famille, une chambre, des poupées, des jeux, des chats. Elle a découvert qu’elle pouvait manger à satiété, qu’elle avait manqué mais qu’elle ne manquerait plus de rien, qu’elle mangerait maintenant à sa faim. Elle a renoncé à se mordre et à taper dans les murs devant la moindre contrariété. Elle a compris que nous ne l’abandonnerions jamais, au bout de plusieurs semaines pendant lesquelles elle a fait de grosses crises de colère, hurlant, se mordant, se griffant... si l’un de nous quittait la maison.

Julia a accepté le bonheur offert chaque jour. Puis deux mois après son arrivée, elle a entendu enfin, grâce à un appareillage conçu pour ses oreilles. Elle est sortie alors du monde cotonneux dans lequel elle avait toujours vécu pour s’ouvrir complètement à la vie. À l’Hôpital, elle a été endormie complètement afin de détartrer toutes ses dents qui n’avaient jamais connu de brosses ni de nettoyage quotidien.

Après moultes examens, la grande opération eut lieu le treize mars de l’année 2002 : la création de son palais au sein de la bouche. Julia est revenue de la salle d’opération au bout de plusieurs heures, la bouche en sang. Elle avait aussi des points de suture sur la lèvre supérieure jusqu’à la narine gauche.

Le Professeur Raphaël, qui l’a opérée, a dû rouvrir la fente extérieure, fermée d’une mauvaise façon en Roumanie, et ôter une dent qui avait poussé au milieu, à l’intérieur. Il nous a confié “n’avoir pas vu cela depuis la guerre d’Algérie”. Le palais était désormais reconstruit par les deux parois réunies au coeur de la bouche de notre fille.

Julia a d’abord vomi tout le sang qu’elle avait avalée au cours de l’opération sous anesthésie. Elle s’est débattue et hurlait à chaque fois que les infirmières venaient lui nettoyer la bouche, les lèvres et les dents noircies par le sang. Il fallait la tenir fortement et même l’enfermer dans un drap pour l’empêcher de frapper les personnes soignantes.

Nous l’avons veillée jour et nuit, son père et moi, pendant les dix jours d’hospitalisation qui ont suivi. Elle a eu beaucoup de difficultés à remanger et à boire. Mais tant de visages se sont penchés vers elle pour l’encourager que la confiance en sa bouche a vaincu sa douleur. Ce séjour à l’Hôpital a été une véritable résurrection, une nouvelle naissance.

À deux pas, ma fille Océana était morte, en février 1997, dans le bâtiment d’en face. Je revoyais son corps inerte et froid. Cinq ans avant. Dans le même Hôpital. Mort brutale d’un enfant. Crucifixion de l’amour... Mais résurrection aujourd’hui d’un corps, celui de Julia. Début d’une nouvelle vie qui a redonné espoir à la parole pour une fillette qui n’a jamais pu parler.

Je remercie le Ciel pour ce combat, pour ce miracle de la vie où la mort d’un enfant a permis le chemin qui a mené un couple, le nôtre, à sauver un autre enfant, à l’arracher au désert grâce à l’association S.E.R.A... afin de lui donner les fleurs et l’oasis d’une vie nouvelle.

Le jour de ses dix ans, neuf mois après l’opération, Julia est venue mettre sa tête sur mon ventre en s’allongeant sur le divan près de moi. J’ai pensé alors au jour de sa naissance, à ce jour où elle est sortie du ventre de la femme qui l’a portée pendant neuf mois. J’étais émue de sentir l’abandon de Julia sur moi, comme un bébé que l’on pose sur sa mère au moment du premier cri. C’est ce que j’appelle la maternité de l’adoption... tous ces moments tissés qui créent le patchwork de l’amour.

Ce soir-là, à l’occasion des voeux échangés pour la nouvelle année, mon père m’a dit en me parlant de Julia : “Julia, de toute façon, elle est débile... Handicapée si tu préfères, mais débile est le mot.” Cela m’a fait très mal et j’ai réagi vivement en lui répondant que s’il était venu au spectacle de Noël monté par la classe de Julia, il aurait compris que Julia est tout sauf “débile”.

Je sais que Julia a des handicaps et qu’elle rencontre des obstacles, notamment pour apprendre à parler. On sent chez elle un grand retard de développement dû à toutes ces années pendant lesquelles elle a vécu repliée sur elle-même. La psychologue scolaire nous avait fait comprendre qu’en grandissant, Julia devrait intégrer un établissement spécialisé adapté à ses troubles. On nous a dit mille choses, dont une qui a résonné longuement : “Il se peut que Julia ne puisse jamais récupérer son retard d’évolution ni parler ni vivre plus tard en adulte autonome.”

Une amie, Annick, m’a dit très justement : “Tu sais, les gens sont méchants avec la différence. Et puis, il y a ceux qui ne veulent rien voir et qui continueront à te dire que Julia est tout à fait normale et qu’elle n’a pas de problèmes. Reconnaître la différence, c’est déjà l’accepter. La nier, c’est mettre un couvercle pour ne pas voir ce qui nous dérange.”

J’aime Julia comme elle est, exactement comme elle est, depuis l’instant où j’ai lu son dossier et regardé sa photo, deux mois avant son arrivée. Tout en lui donnant le maximum de chances d’évoluer dans sa nouvelle vie, je sais au plus profond de moi que mon amour pour elle ne changera pas et que j’accepte entièrement cet être, qui est devenu mon enfant, dans le devenir total de son destin. Je suis intimement persuadée que lorsque les choses doivent se faire, rien ne peut les arrêter. Il faut de la patience et parfois attendre que la vie se dénoue... Que le présent se mette en marche pour nous guider vers l’avenir.

L’association S.E.R.A., “Solidarité pour les Enfants Roumains Abandonnés”, par laquelle nous avons accueilli notre petite Julia est un mouvement humanitaire qui aurait tellement besoin de plus de familles pour soigner des enfants roumains en attente d’opérations, de soins médicaux et d’un entourage affectif salvateur.

Il faut pour cela des familles qui s’engagent à prendre en charge de A à Z la santé d’un enfant, son éducation, ses handicaps -qu’ils soient physiques ou mentaux-, et son entretien quotidien, au même titre qu’un enfant naturel. La Roumanie s’étant fermée à l’adoption depuis un certain temps, il faut trouver des familles qui sachent aimer leur enfant et ouvrir grand leur coeur, même si l’enfant ne porte pas encore leur nom, même si l’enfant n’est pas officiellement inscrit sur le livret de famille. Cela s’appelle l’amour inconditionnel...

Au contraire de l’amour conditionnel qui s’exprimerait ainsi : “Je ne pourrais t’aimer que si certaines conditions sont réunies. Si tu es handicapé, malade, sourd, aveugle, déficient mentalement, retardé psychiquement... comment pourrais-je t’aimer ?... Comment pourrais-je aussi m’investir auprès de toi si un juge n’a pas déclaré que tu es mon enfant ?!”...

Aujourd’hui, six ans après l’arrivée de Julia, je me bats en tant que tutrice légale de cette enfant pour qu’elle obtienne la nationalité française, afin qu’elle ne soit pas renvoyée en Roumanie à sa majorité. Dans ma lettre à la Juge des Tutelles, j’ai écrit ces mots : “Je demande pour Julia la nationalité française, car je suis très attachée à elle et je considère Julia comme mon enfant. Je ne voudrais pas qu'elle puisse m'être arrachée à l'âge de dix-huit ans, pour être renvoyée en Roumanie où son sort serait d'être mise en hôpital psychiatrique. Elle est arrivée en France à l'âge de huit ans et demi, après une enfance passée au sein d’un orphelinat roumain, dans des conditions d'enfermement terribles et une immense carence affective...” (extrait de ma lettre).

La Juge des Tutelles a accepté ma lettre et a eu un accord positif de tous les membres du Conseil de Famille. La décision du Conseil a été envoyé au Service de la Nationalité Française, qui a demandé par ailleurs différentes garanties sur l’identité de Julia et la mienne, et sur ses origines roumaines. Le dossier est en bonne voie. La seule épée de Damoclès qui demeure aujourd’hui est que Julia soit rapatriée en Roumanie à la demande de son pays, avec tous les enfants roumains accueillis dans les mêmes conditions qu’elle. Mais depuis le début, nous savons cela et nous gérons nos inquiétudes.

Monsieur de Combret, président de l’association SERA, m’a donné son sentiment sur l’accueil de Julia :

“Sans vous, que serait-elle devenue ? Elle aurait grandie et puis, comme beaucoup, on l’aurait placé à l’asile. Avec vous, Julia a déployé ses ailes de papillon et elle progresse sur le chemin d’une vie nouvelle, grâce à une chance incroyable d’épanouissement et de don d’amour. Vous aimez Julia et cet amour lui permet de prendre racine car elle sait que vous l’aimez comme elle est.”

Monsieur de Combret a fait un travail immense en Roumanie où il se rend chaque année. Cet homme se dévoue entièrement depuis 1990 à la cause des enfants roumains orphelins, handicapés et abandonnés dans des mouroirs, humanisant leur conditions de vie. Il a fait construire et rénover des orphelinats. Il a trouvé avec SERA des familles comme la nôtre en France pour sauver certains enfants et leur donner la chance de se sortir de l’enfer.

En 2004, neuf mille enfants étaient encore abandonnés durant l’année, la pauvreté étant la plupart du temps à l’origine de l’abandon, avec des mères souvent âgées de moins de vingt ans, illettrées et marginalisées. Des milliers d’adultes handicapés sont encore laissés à l’abandon, faute de moyens, et les associations SERA alliée à CARE ainsi qu’à “Vivre en Famille”... font le nécessaire pour apporter leur aide solidaire à la Roumanie et à ses enfants abandonnés. Ils favorisent le retour de certains de ces enfants dans leur famille, en aidant financièrement les parents démunis. Ils ont aidé ainsi, dans les orphelinats et dans toute la Roumanie, vingt-quatre mille enfants, dont ils ont amélioré le sort.

Depuis quatre ans, Julia a obtenu une place dans un IME, Institut spécialisé qui est adapté à son handicap. Elle est dans une classe de cinq jeunes correspondant à son niveau. Céline, son institutrice, ainsi que toute l’équipe, entourent Julia d’attentions et d’un programme pédagogique pointu avec orthophonie, psychomotricité, verbalisation, langage des signes, sports, stimulations diverses. Ils font un travail remarquable et je les en remercie infiniment.

Aujourd’hui, Julia a un petit frère né de ma chair qui a trois ans et une soeur d'adoption venue du Bénin qui est arrivée un an et demi après elle, en avril 2003.

Chloé Laroche

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____________________________ Commentaire :

Je suis vraiment touchée par cette histoire de Julia ....
il y aurait tant à dire mais je crois qu'il y a surtout à faire !
je suis éducatrice spécialisée sur Lyon et je souhaite vraiment intervenir auprès de ces enfants roumains, pourriez vous m'indiquer quelques infos svp a savoir, comment je dois m'y prendre
j'ai perdu ma fille à la naissance l'année dernière et depuis, j'ai eu un petit garcon Kostia .... 
j'ai vraiment envie d'aider ces enfants

merci de me répondre 

marion

Ecrit par : marion | 22.08.2008


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L'HISTOIRE DE L’ASSOCIATION S.E.R.A.___________ Solidarité Enfants Roumains Abandonnés




- SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés) a été créée en 1990 pour mettre fin au scandale des abandons d'enfants en Roumanie.

- Au cours des seize années qui se sont écoulées depuis la disparition de Ceaucescu, des progrès ont été réalisés : en particulier, la loi qui organisait l'abandon des enfants a été abrogée et le droit de chaque enfant à une famille est désormais reconnu.

- Mais beaucoup reste à faire : les abandons n'ont pas cessé, et 50 000 enfants abandonnés s'entassent encore dans des orphelinats.


L'OBJECTIF :

L'objectif de SERA est de mettre fin à cette situation intolérable par trois moyens :
• la prévention de l'abandon ;
• la "désinstitutionnalisation" des enfants abandonnés ;
• l'humanisation des conditions de vie des enfants tant qu'ils sont dans les orphelinats.


LES ACTIONS :


- Pour la prévention de l'abandon, SERA a créé, en 1996, dans l'un des 41 Départements de Roumanie, le premier "service social" du pays. Grâce à celui-ci, une centaine de petits enfants ont pu échapper aux orphelinats dans l'année. Devant le succès de cette action, le gouvernement roumain a décidé, en 1997, de créer des "Directions de la Protection de l'Enfant" dans chaque Département. SERA contribue à cette importante réforme en subventionnant le fonctionnement d'une douzaine de ces Services.


- Pour la "désinstitutionnalisation" des enfants abandonnés. Depuis l'origine, SERA apporte une aide financière à des familles pour leur permettre de reprendre l'enfant qu'elles ont abandonné. En outre, SERA travaillait en étroite liaison avec les principales oeuvres d'adoption françaises, qui réalisaient chaque année une centaine d'adoptions. Depuis novembre 2000, l'adoption internationale est, hélas, interdite en Roumanie. Pour sortir néanmoins les enfants des orphelinats, SERA contribue à développer le placement familial :
5 000 enfants sont aujourd'hui dans des familles d'accueil rémunérées en Roumanie. SERA subventionne chaque année une centaine d'entre elles.

- Pour l'humanisation des conditions de vie des enfants, SERA intervient directement dans une trentaine d'orphelinats : équipement (chauffage, sanitaire, etc.), et fonctionnement (personnel éducatif et médical, nourriture, jouets, vêtements, etc.). SERA prend aussi médicalement en charge, chaque année, environ 150 enfants des orphelinats qui sont soignés dans les hôpitaux de Bucarest.


LES RÉALISATIONS DE SERA DEPUIS 1990 :

Au total, depuis 1990, SERA a contribué à améliorer le sort d'environ 24 000 enfants, qu'ils aient échappé aux souffrances des orphelinats ou que, dans les orphelinats, ils bénéficient de conditions de vie meilleures.


L'ALLIANCE AVEC CARE :

Depuis 2003, SERA s'appuie sur CARE, association de bienfaisance assimilée fiscalement à une association d'utilité publique (arrêté préfectoral du 28 octobre 1997), avec laquelle SERA a fusionné.

SERA
13, rue Georges Auric - 75019 PARIS
Tél. : 01 53 19 89 89

Nous contacter par mail : info-care@carefrance.org
Connaître l'action de CARE France et SERA : www.carefrance.org

Faire un don en ligne sécurisé pour soutenir l'action de SERA : www.carefrance.org/soutenez/donligne.htm

20/04/2008

Je suis révoltée par les expulsions et je l'écris

Bonjour à tous et toutes,

 

"25000 étrangers doivent être reconduits à la frontière française chaque année". C’est le projet officiel du Gouvernement et cela ne date pas de 2008.


Hier soir, dans le cadre de l’émission de Laurent Ruquier : “On n’est pas couché”, Monsieur Brice Hortefeux, Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, s’est défendu avec virulence des comparaisons qui lui ont été faites par Éric Zemmour et Éric Naulleau... comparaisons avec le régime de Vichy et les raffles nazies. “Ah non, surtout pas ! Ce qui s’est passé durant la Seconde Guerre Mondiale est trop grave !” Monsieur le Ministre et principal lieutenant de Sarkozy a joué l’effarouché devant ces comparaisons. “Moi, le matin, quand je me lève, je vis mal ce que je suis obligé de faire. Vous croyez que c’est facile pour moi ?” On aurait presque pleuré.

Monsieur le Ministre, vous avez joué la langue de bois et noyé le poisson. “Vous savez, je défends une veuve menacée d’expulsion. Elle est malade. On ne va quand même pas l’expulser !” ... Et puis, vous avez dit aussi, avec un air d’ange couvrant le démon qui sait plaire : “Vous savez, on leur donne un pécule, quand ils quittent la France. Car les pauvres, ils n’ont plus rien. Il faut bien qu’ils y arrivent après, dans leur pays.”

Monsieur le Ministre, étiez-vous là le 28 février 2008 quand vos services ont emmené Monsieur Léguy Mbira dans un vol pour le Gabon, son pays d’origine, et qu’il pleurait de n’avoir pas pu dire au revoir à sa fille et à sa compagne ?

Étiez-vous dans la tête de sa fille de quatre ans lorsque son papa est passé à la télé et qu’elle s’est demandé pourquoi. Sa tante lui a dit : “Ton papa va voir tes grands-parents. Il reviendra.”
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Est-ce que vous étiez dans le coeur de la maman, alitée sur un lit d’hôpital au moment des faits, le 25 février 2008 ? Lorsque la police l’a appelée en lui disant : “Vous venez récupérer votre fille à l’école, sinon, elle sera placée, vu que son père est expulsé”, auriez-vous aimé être à sa place, à la place de cette mère, de cette épouse devenue maman isolée à cause de l'État français ?

Monsieur le Ministre, êtes-vous là quand des familles sont écartelées, déchirées, crucifiées par l’horreur de l’expulsion ou de la mise en camps de rétention ? Ce que vous faites est contraire aux Droits de l’Homme et viole aussi les Conventions entre les Pays, comme celles conclues avec le Gabon, lequel s’est d’ailleurs rebellé en menaçant la France de ne pas garder les français en situation irrégulière.

Déjà en 2006, le mouvement Éducation Sans Frontières nous demandait de ne pas nous “habituer à l’insupportable”. Le 16 novembre 2006, la famille Raba a été emmenée dans le camp de rétention de Lyon durant 21 jours, mari, femme et enfants. Trois enfants de 7, 5 et 3 ans. Les deux derniers sont nés en France et vivaient à Gray, en Haute-Saône. Cette famille était arrivée du Kosovo en 2001 et avait été déboutée de sa demande d’asile en France.

Lors de sa mise à l’avion, le commandant de bord a refusé de décoller, devant la brutalité des forces de police sur cette famille. La maman a été blessée.

Monsieur Sarkozy a parlé de les renvoyer dans un avion militaire. Il a réussi puisque ils ont été expulsés “discrètement” depuis.

Une pétition est active pour la demande de leur retour sur le site http://www.educationsansfrontieres.org

Je suis révoltée depuis le début par ces actions d’expulsions et indignée par le chiffre annoncé comme un objectif à atteindre par le Gouvernement, comme si ces 25000 étrangers expulsés par an n’étaient que des légumes à cueillir ou des kilos de marchandises à faire passer dans des charters. “Prenez une catapulte, ça ira plus vite", a émis ironiquement Sébastien Tellier, s'adressant à Brice Hortefeux, lors de l'émission de Laurent Ruquier du 19 avril 2008.

Des bébés, des enfants, des femmes, des hommes, des personnes malades... sont concernés par ces horreurs, sont enfermés, sont déshumanisés, sont déchirés dans leur être profond, sont insécurisés... et le peuple français s’est habitué à l’insupportable.

Moi, non. D’autres comme moi ne se sont pas habitués. Je ne suis pas en Chine et j’utilise mon droit de parole et d’écrit sur Internet pour dire au Gouvernement que ses méthodes me révoltent et qu’ils doivent fermer les Camps de détention d’étrangers en attente d'expulsion. Qu’ils doivent arrêter de considérer les étrangers comme du bétail ou de la viande à exporter.

Chloé LAROCHE

___________________________ Référencement instantané

PS : Voici ci-après des articles ainsi que des pétitions concernant mon article.


“¬ Expulsion des sans papiers : ne nous habituons pas à l’insupportable.

L’augmentation réitérée de la pression sur les services préfectoraux et policiers pour atteindre les quotas d’expulsions assignés par Mr Sarkozy provoque des dérives inéluctables. En particulier depuis cet été, nous assistons à une détérioration sans précédent des gardes fous démocratiques censés protéger toutes les personnes vivant dans ce pays : français, étrangers avec ou sans papier.

Les barrières morales fondamentales semblent avoir sauté, y compris la protection sacrée des enfants : mise en rétention de mineurs - parfois même de nourrissons -, traque policière d’adolescents, interpellations dans les établissements scolaires et les centres de vacances... Ces faits sont d’une extrême gravité. Ils s’ajoutent à plusieurs opérations de ratissage de sans papiers organisées à Paris au mois d’août - qui ressemblent à d’authentiques rafles -, aux mesures tendant à supprimer l’accès aux soins, aux arrestations de futurs conjoints de français quelques jours avant leur mariage, à la multiplication des renvois par charters, aux expulsions musclées de squats - « pour la sécurité de leurs habitants » - sans relogement...

Cette vague répressive ne s’arrête pas aux étrangers. Fin juillet 2005, Nicole Mussie, militante du MRAP et du RESF, était placée en garde à vue à Metz parce que soupçonnée de protéger deux adolescents dont la mère avait été interpellée. Le 24 août, perquisition chez Bleuette Dupin, journaliste de Radio France Bleu Auxerre, "coupable" d’avoir fait un reportage sur la famille Makombo en cours de reconduite à la frontière. La mère et ses 2 plus jeunes enfants ont été interpellées à Sens. Les 2 plus âgés, ont pris la fuite, par peur d’un retour au Congo, donnant lieu à la plus grande opération policière jamais réalisée pour une « fugue » : une vingtaine de perquisitions et d’interrogatoires ont eu lieu chez des proches et des amis de la famille Makombo ainsi que dans les locaux de l’Eglise évangélique de Joigny.

Cette machinerie impitoyable lancée contre les sans papiers, est le prolongement inévitable des annonces démagogiques faites par le ministre de l’intérieur ; la politique d’expulsion des étrangers en situation irrégulière n’étant elle-même qu’un écran de fumée contre la dégradation de la situation sociale en France. Les mesures prises contre les sans papiers nous concernent tous. Si nous ne réagissons pas maintenant il sera trop tard.

Source/auteur : http://www.sudeducation.org/, http://www.educationsansfrontieres.org
Mis en ligne le mercredi 14 septembre 2005, par Ludo

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25 février 2008 - « Midnight express » à Vincennes ?

Communiqué LDH :

Centre de rétention de Vincennes, nuit du 11 au 12 février 2008.
Brimades, insultes, « renforts » policiers. Tirs au « Taser ». Un «
retenu », touché à la poitrine, perd connaissance et se réveille à
l’Hôtel-Dieu avec le bras en écharpe et de fortes contusions à la tête,
nécessairement postérieures à sa perte de connaissance. Ceux qui ne se
sont pas évanouis peuvent témoigner … tant qu’ils sont encore en France.

Les autres « retenus », à qui on ne reproche rien, sont refoulés dans
leurs chambres. Aux coups de matraques répondent des brûlures de
cigarettes sur deux matelas.

Rappelés, les « renforts » dégradent des objets personnels, piétinent un
Coran. On fait descendre dans la cour y compris ceux qui dormaient.
Certains sont habillés, d’autres non. On ne laisse aucun d’eux prendre
un vêtement.

Dans la cour, fouille intégrale. Ce n’est qu’ensuite qu’un par un ils
peuvent rentrer au chaud. Cela dure jusqu’à 4 heures du matin.

Khaled, ressorti de l’hôpital le 14 février, a été reconduit au CRA de
Vincennes. Depuis 10 jours, il n’a reçu aucun soin, n’a vu ni médecin ni
infirmier. Le bandage de son bras est sale et ensanglanté.

Une enquête de l’IGS est en cours.

Ces faits se sont déroulés dans un lieu évidemment abrité des regards
indiscrets, sur le territoire de la République française, en février
2008. La LDH, le SM et le SAF, qui ont décidé de constituer sur ces très
graves événements une mission d’enquête de leur Commission Citoyens
Justice Police, appellent l’ensemble des médias à leur donner l’écho
qu’ils méritent. Il est temps que chaque Français sache ce que l’on fait
en son nom.

Paris, le 25 février 2008.

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Pétition pour la famille RABA :

Monsieur le Préfet,

Monsieur et Madame RABA, originaires du Kosovo, sont arrivés en France le 9 novembre 2001. Ils ont fait plusieurs demandes d’asile qui ont ete rejetees. Ils ont 3 enfants de 3, 4 et 7 ans dont deux sont nes en France. Ils sont tous scolarises. Les deux plus jeunes sont scolarises à l’ecole maternelle Les Capucins, le plus grand est en CE1 au groupe scolaire Moïse Levy à GRAY (70 100).

Cette famille fait l’objet d’un arrete de reconduite à la frontiere confirme par le tribunal administratif.

Ils avaient presentes une demande de regularisation sur la base de la circulaire Sarkozy qui n’a jamais reçu de reponse de vos services.

Les cinq freres et les deux soeurs de Monsieur RABA sont tous refugies politiques, 4 en France, 1 en Suisse, 1 en Autriche et 1 en Suede.

Monsieur et Madame RABA ont subi des violences tres graves du fait du refus de Monsieur RABA de participer avec l’UCK à des expeditions visant à bruler des villages serbes. Ces elements de l’UCK font aujourd’hui partie de la police du Kosovo. Aussi le retour de cette famille au Kosovo est vraiment extremement risque et dangereux.

Patrie des Droits de l’Homme, la France doit rester le pays d’asile dont a besoin cette famille en la prenant sous sa protection, elle qui a fui les violences d’un pays qui n’a su la proteger.

La France, signataire de la Convention internationale des Droits de l’Enfant, doit permettre à ces 3 enfants de vivre dignement dans un pays qui saura continuer à les accueillir.

Monsieur le prefet, après avoir fait appel à votre humanite pour annuler l’Arrete Prefectoral de Reconduite à la Frontiere et examiner à nouveau ce dossier afin que la situation de cette famille soit regularisee, je vous demande d’agir avec Monsieur le ministre de l’intérieur afin que la famille puisse revenir en France et être régularisée.


Voir le site http://www.educationsansfrontieres.org


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Pétition : Nous exigeons la régularisation des parents de Jennifer !


Jennifer est élève de l’école Lafayette à Vesoul depuis cette année, auparavant elle allait à l’école à Luxeuil où résidaient ses parents, rien ne distingue Jennifer des autres enfants, elle est vive, parle très bien français.

Mais, fin mars, ses parents ont reçu une OQTF leur demandant de quitter la France et de repartir en Georgie.

Car les parents de Jennifer, Manana et Vladimir Outeyan, ont fui la Georgie en 2004 où ils avaient été persécutés parce qu’ils appartiennent à la minorité Yéside.

Manana est malade, elle est suivie par plusieurs médecins. Max le petit frère est né en France.

Vladimir le papa, a fait une formation AFPA et a des promesses d’embauche dans le bâtiment. Comme la préfecture ne lui donne pas le droit de travailler, il s’investit dans de nombreuses associations. Chacun apprécie son courage, son sérieux et sa volonté. Toute la famille est très bien intégrée.

A Luxeuil, ils ont eu le soutien du député, du maire, des institutrices, des parents d’élèves et de nombreuses associations.

Nous devons tous nous mobiliser pour empêcher que cette famille reparte vers un pays où elle risque la maltraitance, où ils n’ont plus aucune attache.

Nous ne pouvons accepter que cette petite fille soit arrachée de sa classe, séparée de ses amis et de tous ses repères, c’est ici qu’elle a appris à parler, ici qu’elle a connu l’école, son pays c’est ici.

Ligue des Droits de l’Homme, collectif Raba, FCPE, RESF
mercredi 2 avril 2008.

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16/04/2008

Mères jumelles en adoption

77d094434876197d5aaefb101719d84d.gif Mères jumelles en adoption________________________à Évelyne

(Poème dédié à tous les parents, pères et mères adoptifs
qui subissent des violences de la part de leur enfant devenu adolescent)


La rose dérive sur les vagues
D'une mère en dérive d'adoption
Se rappeler tous les bisous
Et puis voir les coups et les insultes

Voir la haine dans les yeux de ses enfants
La rose dérive sur les vagues
D'un océan de tendresse
Le coeur cloué sur une croix blanche

Je pense à vous qui vivez
L'arrachement de rêves passés
La rose dérive sur les vagues
Venant s'échouer sur les berges tristes

Le bonheur tient dans un regard
Cet engagement pris avec le coeur
D'un enfant qu'on a pris par la main
Pour l'emmener vers demain

Mais plus on a aimé l'enfant
Plus il a besoin de se détacher
Et plus il a été abandonné
Plus il agit pour se faire haïr

Je pense à vous qui êtes mère
À vous qui êtes père en adoption
Vous avez vécu la colère et le rejet
De ce petit qui vous admirait autrefois

La rose dérive sur les vagues
Et je vous prends dans mes bras
Pour les blessures invisibles
Des insultes insolentes

Vous avez regardé les yeux
De vos adolescents orphelins
Vous avez soudain eu peur de ces racines
Qui remontent dans leur vie

Ils se battent au fond d'eux
Contre des forces qui les dépassent
Luttant contre l'amour étonnant
Des parents adoptifs fidèles au lien

La rose dérive sur les vagues
Pour vous la mère de trois enfants
Que vous avez aimés pour toujours
Vous êtes ma soeur en mère

Ce soir la rose ne dérive plus
Je me sens moins seule
Car vous m'avez témoigné
Que les vagues sont infinies

En amour d'adoption


Chloé77d094434876197d5aaefb101719d84d.gif

14/04/2008

Pardon sans excuses pour une adoption choisie

1012709335.jpgpour toi, Yacinthe, avec toutes mes pensées.

YACINTHE________

Yacinthe n’était pas grande
lorsque je l’ai vue la première fois
Elle me regardait dans la nuit
ses grands yeux noirs
Au coeur de l’Afrique
et je restai saisie

Je restai saisie
d’un amour qu’elle retint
Me prenant de son regard
elle me garda pour elle
M’arrachant de sa terre
pour que je l’emmène

Pour que je l’emmène
le plus vite le plus loin
De ce pays où les larmes
ont rempli son âme d’ombre
De cette terre qui a pris son enfance
et moi j’avais ce poids à enlever

J’avais ce poids à enlever
de son coeur endolori
Elle ne lâcha plus mon sourire
de mes nuits et tous mes jours
Elle me prit par la main
pour traverser l’océan

Pour traverser l’océan
nous nous prîmes la main
Dans l’avion qui l’arracha
aux racines d’années tristes
Où elle vit l’effroi couper
les ailes des anges

Les ailes des anges
camarades orphelins en enfer
Ceux qu’on frappent et qu’on tue
ces petits qu’on force à travailler
Obligation de porter mille pierres
pour gagner le droit de manger

Pour gagner le droit de manger
ma fille a porté sur sa tête
Des seaux de terre et de roche
et dans ses bras la force est restée
Quand elle se dresse aujourd’hui
devant moi je tremble

Devant elle je tremble
car je sens le volcan
Celui de la colère
raz-de-marée d’enfant évadée
D’un enfer qu’elle transforme
en paradis de ses rêves

Dans le paradis de ses rêves
ses parents d’Afrique l’attendent
Au pied de l’avion avec mille fleurs
elle leur dit tout son amour
Et combien son coeur est plein
de tout ce qui n’a pas été dit

Tout ce qui n’a pas été dit
les pourquoi les comment
L’abandon la polygamie
les frères et soeurs qui sont restés
Cette soeur qu’elle aurait voulu
arracher de l’enfer révolu pour elle

Tout ce qui n’a pas été dit
les comment les pourquoi
Maman pourquoi c’est toi
qui m’aime et pas elle
Ma Maman d’Afrique
elle me manque

Elle te manque mais je suis là
ils te manquent mais nous sommes là
Et tu te reconstruis de racines
en terre apprivoisée d’adoption
Enracinée en amour et regards
posés sur ta vie endolorie

Pardon de t’avoir arrachée à ta terre
mais je ne pouvais faire autrement

ma Yacinthe

Ta Maman de coeur et de sang
Chloé

Ce 14 avril 2008, Grenoble

10/04/2008

SOS d'une maman et conductrice de taxi sur Grenoble

LE PREMIER ARTICLE DE CE BLOG !!

 

images-10.jpegBonjour à vous qui me lirez. Je jette cette bouteille-blog à la mer. Pourquoi ? Parce que je vis des choses trop difficiles pour les garder dans mon coeur. Et aussi pour donner du courage à d'autres en donnant l'exemple de ne pas sombrer. Il y a eu aussi trop d'injustices ces derniers temps dans ma vie pour ne pas en parler.

Je suis conductrice de taxi spécialisé pour handicapés physiques et mentaux ainsi qu'ambulancière diplômée. Après un congé parental de trois ans, j'ai repris le 3 mars un travail en contrat à durée indéterminée. Je suis la maman solo d'un garçon de trois ans et de deux filles de quinze ans, recueillies en Roumanie et au Bénin.

Je transportais six fois par semaine trois jeunes et adolescents handicapés mentaux dans mon taxi, pour les emmener dans un IME ou les ramener à leur domicile. Le trajet total pouvait durer une heure et demi avec eux, selon les bouchons. Le 11 mars, un des ados m'a frappée violemment, se jetant sur moi sans raisons. J'ai pu stopper le taxi et arrêter le jeune par la voix et l'autorité dont j'ai fait preuve. Puis je suis repartie. J'ai pris la voie rapide et là, de nouveau, il s'est jeté sur moi et m'a frappée par de violents coups de poings, très agressifs. J'étais à 110 kilomètres heure sur l'autoroute et j'ai eu très peur. Je ne pouvais pas me défendre et il fallait que je garde la maîtrise du véhicule. J'ai crié pour qu'il arrête. Il s'est mis sur le côté et n'a plus rien fait. J'étais en larmes et très choquée. j'ai appelé les pompiers sur le portable et ils m'ont conseillée.

Arrivée à l'IME, j'avais très mal à l'épaule droite et j'étais très perturbée psychologiquement de ce que je venais de vivre. Je suis allée le signaler au directeur de l'IME, lequel a été plutôt froid, me disant que si je ne faisais pas l'affaire, il fallait réfléchir et qu'il payait "assez cher ma patronne pour que ça se passe bien".images-11.jpeg

Il faut dire que j'étais à l'essai pendant un mois jusqu'au 2 avril. Je suis allée aux Urgences, où ils m'ont gardée plusieurs heures, car je me sentais mal et j'avais des signes de faiblesse cardiaque (douleurs au bras gauche, à la poitrine, opression, malaise). Une psychologue est venue m'entendre. La patronne m'a appelée, affolée. Elle m'a fait comprendre que je devais reprendre le plus tôt possible, car sinon elle ne pourrait pas me garder, car elle perdrait des contrats. Elle m'a avoué aussi que ce jeune l'avait déjà frappée, d'un coup de poing, mais elle ne l'a plus jamais redit par la suite, gardant cela pour elle. Elle s'était aussi bien gardé de me le signaler avant, afin que je me méfie. Ce jeune autiste qui m'a frappé est très costaud et déjà d'un certain gabarit. Sa maman voulait qu'il soit placé devant dans la voiture, donc il était assis sur le siège passager.

Pour arranger la patronne, je n'ai pas utilisé tout mon arrêt d'accident du travail, un jour seulement, et j'ai repris le travail le surlendemain. La patronne m'a demandé de transporter à nouveau le jeune qui m'a agressée, mais en le plaçant à l'arrière du taxi. Une semaine après, je recevais un coup de poing de sa part, dont j'ai fais part à la patronne. Deux jours après ce coup de poing, il sortait son sexe à l'arrière et le montrait à l'autre jeune autiste. Il semblait très agité et je l'ai signalé. Enfin, le 25 mars, après avoir ramené à leur domicile ses deux camarades, je me suis retrouvée seule avec le dénommé Killian. Nous étions à la sortie de Vif, près de Grenoble. Il s'avance, tirant sur sa ceinture, et m'attrape par derrière pour me secouer et puis me frappe à la nuque et en haut du dos violemment, côté droit. Je m'arrête sur le côté et sors de la voiture. J'avais déjà onze heures d'amplitude de travail et avais eu une dûre journée, depuis sept heures du matin, prise du premier client. Là, il était six heures du soir et je devais aller chercher mon fils à la crèche après.

J'appelle les pompiers, lesquels ont appelé ma patronne. Je dis à celle-ci que je ne peux pas continuer comme ça, que c'est trop dangereux et que je suis très choquée. Elle essaye de joindre les parents du jeune, sans succès. Elle me propose de venir, mais que dans ce cas, je dois aller faire une course sur l'hôpital, en remplacement, à plus d'une demi-heure d'ici. Je n'étais pas en état et de plus, je pensais à mon fils. Alors je lui ai dit non pour l'hôpital. Elle m'a dit : "Dans ce cas, tu prends sur toi, et tu l'emmènes." J'ai accepté.

Dix kilomètres plus loin, Killian se précipite sur moi de l'arrière et m'assène un grand coup vers les cervicales, à droite du cou. Je crie pour qu'il s'arrête. Là, je stoppe le taxi. La patronne me rappelle ; je lui dis que je me suis arrêtée sur le bord de la route et que j'attends les parents sur place. Je ferme le taxi et je sors à l'extérieur, laissant Killian dedans. Je suis très mal, je pleure, très choquée, désemparée.

La maman arrive au bout d'un moment et sans un mot de réconfort ou de compréhension, me crie dessus en sortant son fils du taxi. "C'est une question d'autorité. C'est de votre faute. Vous ne savez pas y faire. Depuis quinze jours, tout va mal à cause de vous. Mon fils n'a jamais fait ça avec personne."

images-8.jpegJe l'ai laissée dire. C'est une maman qui a un jeune handicapé adolescent, autiste, avec des comportements difficiles, des gestes qui vont dans tous les sens, qui ne communique pas. Killian grandit. Ses parents sont inquiets au fond d'eux, car voyant ces réactions, ils ne veulent pas y croire. Déjà lors de la première agression, sa mère a dit : "Non, ce n'est pas vrai, mon fils n'aurait jamais fait cela." À tel point que ma patronne m'a appelé, le 11 mars, me disant : "Chloé, il faut le dire si c'est grave ou pas. Si c'est pas grave, ça rassurera la maman, car elle a peur qu'on lui donne des médicaments, qu'il n'a jamais eu encore." Cela m'a choquée. Je me suis sentie reléguée au rôle de menteuse ou de profiteuse du système, qui simulerait une agression pour avoir un accident de travail en poche. Je venais de passer des heures aux Urgences et on ose me demander si ce n'est pas grave..... !!!!!?

Le soir du 25 mars, je suis allée chez le médecin. J'ai été arrêtée une semaine. Je suis revenue travailler le 1er avril. Tout s'est bien passé. La patronne m'a dit que je ne referais plus le transport de Killian pour l'instant.

Et puis le 2, elle me dit de passer chez elle. Elle devait me donner ma paye. Elle me dit : "J'ai une mauvaise nouvelle. Je ne te garde pas." Elle a ajouté : "Je suis très contente de toi. Il n'y a rien à redire. Mais je ne peux pas te garder. Un jour, tu sauras peut-être pourquoi. Mais je ne peux pas t'expliquer." J'étais effondrée. C'était, hélas, le dernier jour de mon mois d'essai.

Tout cela pour en arriver là ! Ces agressions difficiles à gérer depuis un mois et puis voilà... Plus rien. Je perds mon travail. En plus, depuis janvier, ma patronne m'avait fait promettre de bien être présente pour elle début mars, aussi j'avais refusé une autre proposition de travail pour ne pas la trahir. Et là, je me sens trahie, à un point inimaginable. Car je sais au fond de moi que mon départ a un lien avec les agressions et... c'est injuste.images-12.jpeg

Cela s'est passé il y a une semaine. J'ai su depuis qu'on ne peut pas renvoyer un salarié durant des soins encore en cours après un accident du travail, même dans le cadre d'une période d'essai.

Le Syndicat des Taxis m'a lancé de son côté : "Madame, vous apprenez à l'examen que personne ne peut vous obliger à prendre dans votre véhicule un individu que vous ne désirez pas transporter."...........

Les responsables du Syndicat  ont oublié de souligner que la majorité des taxis sont patrons... pas salariés !!! Et qu'un salarié taxi n'a qu'à se taire et accepter toute course que lui demande son patron.


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73980169.jpgDepuis, il y a d'autres choses très difficiles dans ma vie.

Mon coeur est trop gros pour que je vous en parle tout de suite.

Mais mon fils vient de perdre son papa, qui devait être opéré lundi soir, d'une tumeur cancéreuse, à la Clinique des Cèdres à Échirolles.

Il est mort sur la table d'opération d'une erreur chirurgicale.
La tumeur était proche d'une artère, laquelle a été sectionnée.
Il s'est vidé de son sang. Parti inconscient.

Je dis erreur, ou faute médicale, car ils le savaient que la tumeur était grosse. Ils ont essayé, malgré tout, l'opération pour le sauver, mais au final, on lui a enlevé ses derniers moments.

Le père de mon fils avait 47 ans et mon fils l'aimait.
"Mon papa, c'est mon papa. Ce n'est pas le papa d'autres enfants. C'est mon papa."

Une psychologue m'a dit : "Maintenant, vous êtes liés à jamais avec cet homme, par le ciel et la terre, en cet enfant, votre enfant. Plus tard, il dira à ses enfants : Voilà, c'était cet homme et cette femme qui se sont aimés et qui ont fait que je suis venu."

Un grand trou dans mon coeur s'est creusé quand j'ai annoncé le décès de son papa à mon fils.

Hier, il l'a vu une dernière fois, au PFI. Je lui ai bien expliqué les choses, avec les conseils d'une psychologue formée au deuil et à l'accompagnement des survivants.

Mon fils l'a regardé un court instant. Il a vu ses yeux fermés. Que son père ne parlait plus. Il m'a vu poser des roses près du corps. Puis il s'est échappé et a grimpé sur un fauteuil, pour rejoindre la vie, dans le sourire innocent de l'insouciance.

Mon ex-compagnon, étendu sous un drap, était à l'endroit où se trouvait Océana, la fille que j'ai perdu il y a onze ans.

C'est lorsque nous sommes sortis à l'extérieur que la colère est sortie dans le coeur de mon fils. Il a jeté son doudou et de ses poings m'a frappée. Hier soir aussi, poussant son assiette : "Je veux mon papa."

Chloé LAROCHE

Voir mon article : "Ultime adieu au père de mon fils" :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/04/11/

adieu-au-pere-de-mon-fils.html

 

et l'article concernant les agressions sur les ambulanciers :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/07/15/

pour-cyrille-jeune-ambulancier-decede-mon-temoignage-d-ambul.html

NOTA : la photo de l'enfant est celle d'un petit garçon d'Inde ; ce n'est pas celle de mon fils.

 
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