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26/01/2010

Quand Serge BEUZELIN chante BRASSENS et BREL dans un hymne à la vie et à l'amour formidable. Concert du 23 janvier à la Soupe aux Choux de Grenoble.

Bonsoir à tous et toutes,imagesacMEbM.jpeg

 

2010.01.23 Grenoble - Soupe au Chou Serge (9).jpgSamedi soir, j'ai passé une merveilleuse soirée en allant à la Soupe aux Choux pour écouter Serge Beuzelin, grâce au site “On va sortir.com” de Grenoble.images.jpeg


Mon coeur est passé de la joie pétillante de Georges Brassens à la lucidité sur ce monde vue par Jacques Brel. Dans un arc-en-ciel d'émotions fortes vécues tout en nuances pastel, j'ai été emportée par la voix de Serge qui nous mène au bout de ses cordes vocales dans un pays d'où l'on ne revient que transformé et empli de plénitude.2010.01.23 Grenoble - Soupe au Chou Serge (3).jpg


Ce soir, nous étions en tête-à-tête avec ce grand chanteur et c’est dans un voyage au coeur de l’amour qu’il nous a entrainés, de cet amour que chante Brel, avec tant de force et de conviction, autant qu’il chante “les Vieux” avec tant de ferveur et de vérité.


imagesPlEDXp.jpegSerge Beuzelin aussi chante “les Vieux” et tout à coup... devant moi, j’ai vu tous les visages de ces personnes âgées que je transporte dans mon taxi TPMR (transports de personnes à mobilité réduite). J’ai vu ce couple qui a du mal à marcher et qui vit côte à côte, l’un avec l’autre, dans une immense solidarité face aux douleurs, aux maux et à la solitude de la vieillesse. J’ai vu ma grand-mère maternelle porter jusqu’au bout ses fardeaux de santé perdue et son deuil de cet homme, mon grand-père, parti trop tôt. J’ai vu ma grand-mère paternelle suspendue à la vie dans un hôpital qui l’attachait car elle arrachait sa sonde alimentaire.imagesxzVMzw.jpeg

imagesGHZ2JX.jpegJ’ai vu là dans la salle tous les vieux qui n’ont plus assez pour manger, retraite médiocre oblige. Je les ai vus passer d’un lit à l’autre, lit de leur maison au lit dernier de la mort, grand repos éternel.images0GhApP.jpeg


Et Serge a chanté l’amour, l’amour qui dure, l’amour d’un soir, l’amour de l’inaccessible étoile de Brel, de cette quête où l’on aime “trop, même mal”, où l’humanité entière a besoin de ces âmes d’artistes qui donnent leurs tripes, leur coeur sur scène, leur espoir d’un monde meilleur, dénonçant les gens qui ne vivent que d’argent ou de bénéfice, de réalisme froid et d’embourgeoisement, ce dernier se contentant de vivre loin des plus pauvres, ceux-là que Brassens n’a jamais oublié.images6MmnAO.jpeg


imageslnmHQw.jpegEt lorsque Serge nous a chanté celui qui boit pour oublier un chagrin d’amour et les marins d’Amsterdam buvant sur les femmes infidèles... la tristesse humaine a traversé nos âmes comme une vision de brume sur l’âme ensoleillée de ceux qui traversent la vie sans dépendances.


images8lKAVG.jpegSerge Beuzelin a cette présence scénique qui me fait penser à un sagittaire bondissant, à travers un homme qui sait tirer les flèches de sa puissance vocale et l’animal qui rugit avec une force incomparable dans son interprétation des mots et des scènes de chaque chanson.


Chaque chanson est un univers qui nous emporte dans une danse de quelques minutes, de la vie à la mort, comme dans “le Testament” de Brassens ou “la non demande en mariage” du même chanteur. Un homme qui peut chanter à sa dulcinée : “J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main” en lui chantant l’une des plus belles chansons d’amour existantes et en lui disant : “Mais non, n’inscrivons pas nos noms en bas d’un parchemin”... cet homme exprime que cet amour est écrit partout, dans les étoiles et sur la plage, dans son coeur profondément éperdu... et Serge en la chantant nous a transmis une part de cet amour.


imagesVSKSE9.jpegC’est ce qu’apportent les chanteurs, les musiciens, les photographes et les peintres : cette part d’amour donnée par d’autres artistes, des artistes encore vivants et aussi des artistes disparus, part d’amour relayée de décennies en décennies, de siècles en siècles.imagesY5LEBm.jpeg


Chloé Laroche

 

Le site de Serge BEUZELIN : http://sergebeuzelin.voila.net/

02/04/2009

Dans mon taxi, les souffrances rentrent et sortent. Elles se déposent. Du handicap au pire vécu.

Du handicap au pire vécu. Offrande d'une sonate pour la vie de Jason, petit garçon retrouvé mort à Liège, tué par son père à coups de chaussure. 

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Dans mon taxi, véhicule sanitaire que je conduis chaque jour, les souffrances rentrent et sortent. Elles se déposent.

 

images-12.jpegJe reste seule avec des confidences, avec les paroles parfois très lourdes de mes passagers handicapés ou malades.

Des enfants aussi. Des personnes âgées.

 

“Qu’est-ce qu’ils ont les pères à nous faire ça,” me dit une enfant qui me révèle qu’une copine a subi la même chose qu’elle.images-8.jpeg

 

“J’ai eu raison de le dénoncer, n’est-ce pas ?”....

“C’est lui qui a tort, pas moi.”

 

“Ma mère me manque.”

 

Cette enfant a le regard clair et déjà un raisonnement très mûr. Elle regarde une autre enfant passagère et me dit : “Elle est belle.”

 

Comme on dit d’une rose qu’elle est belle.

Les roses, on ne doit pas les cueillir.

Ni violer les enfants.

 

images-2.jpegPendant des mois. Il l’a violée. Ce n’était pas son père mais un beau-père.

 

Pendant les absences de la mère.

 

Elle regarde le paysage. Je la conduis. Elle se sent apaisée dans mon véhicule.images-5.jpeg

 

Dans la journée, plus tard, je transporte un monsieur handicapé. Il était tétraplégique. Il a progressé à force de travail. Il est maintenant paraplégique.

 

images-11.jpegIl est triste. Cela fait trois ans qu’il a eu ce maudit accident.

 

Je l’écoute. Il me dit que la souffrance physique, il n’y a rien de pire. Et la souffrance de voir les montagnes sans pouvoir les parcourir, les goûter.

 

La souffrance de voir des femmes et de n’avoir que le souvenir de l’ancien temps et des rêves présents qu’on fait mais qui ont le goût amer du réveil en fauteuil.SB10063890E-001.jpg

 

Je l’écoute et il me dit que les personnes valides ont bien de la chance et qu’elles devraient éviter de se plaindre pour des broutilles.

 

Mais parfois, pensais-je, les personnes valides sont tristes à mourir et certaines sont handicapées dans le coeur, amputées de leur enfant disparu, membre perdu dans l’immensité de l’univers... amputées d’un être aimé mort. Parfois, des personnes valides ont tant de charges et de difficultés à gérer que tout cela n’est pas que des broutilles.

 

images-9.jpegCet homme souffre terriblement. Il est comme dans une prison. Son corps ne le laisse plus libre de vivre comme il voudrait. Il laisse les volets lui ôter la vue des montagnes. Il a envie de les prendre et de les replanter en plein désert, là où il ne serait pas. Il ne veut plus de son fauteuil. Il se bat pour en sortir. Il voudrait l’emmener  loin et revenir sans lui. Valide et libre d’aimer à nouveau, de courir les montagnes.

 

Je me retrouve seule dans mon taxi. Un taxi spécialisé.

Une musique s’élève dans le réceptacle du véhicule. “La Sonate au Clair de Lune” de Beethoven.

 

Le piano amène à moi l’image d’une tombe. Je vois une maman pleurer là où on a découvert le corps de son fils de trois ans enterré dans un sac.

 

images-4.jpegCet enfant s’appelait Jason. Il a été tué à coups de chaussures par son père. C’est la nouvelle compagne du père qui l’a aidé à enterrer le petit garçon. C’est elle aussi qui a avoué les faits et qui a révélé la fuite du père dans son pays.

 

Cela faisait des semaines depuis février que l’on recherchait le petit garçon. Il a été retrouvé le 19 mars près de Liège, en Belgique, là où il vivait avec son père.images-3.jpeg

 

Un père qui a fait de la prison pour vente de drogue et qui avait déjà été remarqué pour maltraitance sur son fils. Son fils qu’on lui a pourtant rendu à sa sortie de prison. Erreur fatale pour ce petit garçon.

 

Tué à coups de chaussures.

 

images-1.jpegLe piano grandit en intensité. Je pense à Jason. Je vois sa vie, ses sourires, ses jeux d’enfants, sa pureté, son innocence, son émerveillement devant la vie, ses larmes, la douleur d’une vie maltraitée, d’enfant qui regarde l’adulte et qui a peur. Juste peur. Effrayé. Sans secours. Sans recours.

 

La pureté de la Sonate prend en elle toutes les souffrances dont je viens de parler et j’offre ces vies à l’Esprit qui détient la vie, à l’amour qui regarde les roses grandir sans les arracher.

 

La dernière note s'allonge dans la voiture. Le piano s'éteint. Mais une étoile brille. Pour Jason. Pour les enfants que je transporte. Pour chaque personne handicapée.SB10065057H-001.jpg

 

Chloé Laroche________________

 

Commentaires

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Ruth

http://pianonotes.info

Ecrit par : Ruth | 05.04.2009

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Thank you very much, Ruth. Your letter is very beautiful, with a big sun for my hearth and my blog. Good sunday ! Chloé Laroche

Ecrit par : Chloé Laroche | 05.04.2009

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