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16/04/2010

J'écris pour le don d'organes... Pour que des yeux s'ouvrent quand des yeux se ferment.

imagesd4eZ45.jpegPour que tu DONNES...

si un jour... tu partais brutalement.imagesYvpQVn.jpeg

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Quand des yeux se ferment1915680420.2.jpeg

peut-être que des yeux

s'ouvrent

 

Une âme est partie

a donné son envol

pour que d'autres vivent

 

Comme un relaisimagessLSI26.jpeg

d'amour et d'espoir

 

Elle a donné son coeurimagesrnnrLK.jpeg

ses reins, son foie,

elle a donné l'amour

le don de ses organes

 

Elle est partie avec son âme

et le sourire de la Terre

celle qui enfante un nouveau souffle

dans une greffe éternelleimagesEFk96u.jpeg

 

Elle a donné ses yeuximagesZdo30k.jpeg

pour que d'autres voient

et dans son regard

il y a l'infinie plénitude.

 

Chloé Larocheimages.jpeg

 

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POUR INFO :

 

Quelles règles en matière de dons d'organes ?

Le prélèvement d'organes sur une personne décédée : 

"Si vous êtes "pour" le don d'organes...

D'après la loi bioéthique du 29 juillet 1994, toute personne est considérée consentante au prélèvement de ses organes après sa mort si elle n'a pas manifesté son refus de son vivant.

Informez expressément votre famille car c'est elle qui pourra, après votre mort, témoigner auprès du médecin de votre consentement au don d'organes. Si votre famille ignore votre volonté... elle s'opposera au prélèvement alors que vous n'y étiez pas forcément opposé !

Bien que ce soit facultatif, vous pouvez aussi porter sur vous un document ou une carte de donneur. Pour vous la procurer, composez le 0 800 202 224 (numéro vert, appel gratuit).imagesQMYTBR.jpeg

Important : s'il s'agit du cadavre d'un mineur ou d'une personne privée par décision de justice d'exercer ses droits (par exemple un malade mental), l'autorisation du représentant légal est nécessaire pour effectuer un prélèvement.

Si vous êtes "contre" le don d'organes...
Si vous êtes "contre" le don d'organes, informez expressément votre famille pour qu'elle puisse en témoigner auprès du médecin après votre mort.

Vous pouvez aussi porter sur vous un document mentionnant votre refus (papier dans votre portefeuille etc.) ou vous inscrire, par courrier, sur le registre national des refus (Registre National des Refus - BP 2331 - 13213 Marseille cedex 02).

Sachez toutefois que ce refus est révocable, par courrier, à tout moment.

Votre refus peut porter sur tout prélèvement ou être limité à certaines catégories de prélèvement.

A noter : dès votre admission dans un établissement hospitalier autorisé à effectuer des prélèvements après décès, vous avez la possibilité, à tout moment, d'exprimer votre refus dans le registre de l'hôpital."

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22/01/2009

Mon récit pour ceux qui souffrent et pour leur entourage, pour honorer le courage des humains.

 

images.jpegJe voulais vous raconter ma rencontre en 2003 d’une patiente que j'ai transportée un jour dans mon ambulance.

Cette femme souffrait d’un cancer... Une dame âgée, pétillante de vie, d’enthousiasme et d’espoir.

Elle m’a révélé avec bonheur :

-Depuis l’annonce de ma maladie, j’ai toujours été entourée. Mes amis m’invitent, me font à manger et m’apportent des petits plats. Je ne manque jamais de rien.”

Je lui ai répondu :

-Vous êtes comme les ermites. Les gens vous considèrent comme une personne représentant la sagesse et vous soignent comme un trésor humain.”

Elle m’a alors regardée avec malice et mystère, surprise par ma perspicacité :

-Oui, vous avez sûrement raison. Il est vrai que durant toute ma vie, je me suis occupée des autres, de tout le village... J’ai gardé les chiens des uns, les chats des autres, les enfants, les maisons en périodes de vacances. J’ai fait les courses avec mon caddy pour ceux qui ne pouvaient pas se déplacer...”.

Cette femme est un magnifique exemple d’entraide et de solidarité jusque dans la maladie où tout un village fait la chaîne pour une vieille dame seule et malade.images-2.jpeg

Ce jour-là, sur ma route, j'ai aussi rencontré un miraculé. Je devais aller le chercher dans un centre de rééducation, après sa séance de kinésithérapie, pour le ramener chez lui. Il a marché jusqu’à l’ambulance avec ses béquilles. “Je suis bien content que ce soit vous !”, me dit-il élégamment. C’était la première fois qu’il me voyait mais cela avait l’air de l’enchanter.

Ce monsieur était tombé il y avait huit mois du quatrième étage d’un échafaudage d’électricien. D’après les témoins, il n’aurait pas dû s’en sortir. Il n’avait même pas fait de coma. Il avait bien sûr des séquelles mais sa vie était sauvée... Bientôt sexagénaire, il préparait sa retraite et gardait nombre de projets pour la suite de son existence.

images-2.jpegJe suis émerveillée par la solidité de certains êtres et par la ténacité de l’Humain à demeurer en vie malgré les épreuves, les accidents et la maladie.

Nous avons appris ainsi avec bonheur que notre petit patient Kévin, qui se rendait plusieurs fois par semaine à l’hôpital en dialyse, avait été greffé et que nous ne le transporterions plus. Cela a été une immense joie de voir ce jeune garçon libéré de ce fardeau. La persévérance de la vie, le courage de Kévin, le soutien de ses parents et l’accompagnement des soignants ont gagné pour sauver cet enfant.

La vie est si belle, si riche et si surprenante qu’elle vaut les batailles qu’on choisit de mener pour elle.

 

Chloé Laroche

 

 

 

24/06/2008

Trois destins rencontrés en ambulance. De la vie au désespoir. Du combat désespéré à la lutte finale contre la maladie, la solitude et la mort.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



TROIS RENCONTRES

BOULEVERSANTES_____________maladie,handicap,ambulancier,écoute,suicide,cancer,tragédie,ambulance,accompagenement,route,conducteur,rencontre,voyage,soeur emmanuelle,témoignage,isère,espoir,courage




Trois rencontres m’ont bouleversée durant cette journée de travail en ambulance.

Trois destins aux multiples souffrances.

D’abord, je vais chercher un homme handicapé, chez lui. Il est en fauteuil roulant. Arrivés à l’ambulance, je l’aide à l’asseoir dans le véhicule. Je plie son fauteuil et le soulève pour le ranger à l’arrière du véhicule.

La dernière fois que je l’ai vu, au cours d’un précédent transport, il devait partir en voyage au Brésil. Je lui demande alors comment cela s’est passé.
-Qu’est-ce qui vous a plu le plus là-bas ?
-Le Christ, m’a-t-il répondu !
-Le Christ ?
-Oui, et j’ai eu la chance de le voir de près en hélicoptère. Il fait trente mètres de haut...
-C’est le Christ qui surplombe la baie de Rio de Janeiro ! Il a les bras tendus, ouverts sur le monde. C’est si beau de représenter Jésus ainsi, lui ai-je dit.
-C’est vrai ! C’est magnifique !
-Vous étiez seul là-bas ?
-Non, nous étions neuf à partir, neuf membres de ma famille, à cause d’événements douloureux. Ma soeur venait de perdre son fils et son mari ... et nous avons perdu notre mère aussi.... Pour Noël, nous avons préféré partir le plus loin possible...”.

Ils ont mis un océan entre leurs morts perdus et leurs vies présentes... Océan de larmes, océan d’espoir face aux drames vécus.

J’ai ressenti beaucoup de douceur de la part de cet homme pour sa soeur. Il m’a parlé d’elle et de sa force, de ses blessures gravées dans la chair, de sa volonté de s’en sortir par elle-même. Survivance éperdue d’une mère orpheline et d’une veuve solitaire.

Et puis, plus tard dans la journée, je suis allée chercher une dame.

Elle m’a ouvert son coeur spontanément.
Nous roulions dans la neige.

Cette patiente m’a parlé de sa vie de veuve, de ses cancers successifs, de son mari suicidé, de tous les suicides qui s’accumulaient au sein de la famille. Elle m’a parlé de ses enfants, de ses peurs pour eux, de son angoisse de la pulsion de suicide “peut-être héréditaire”, de son combat pour la vie, de la flamme de son existence risquant de s’éteindre bientôt.

J’ai écouté cette dame tout au long du parcours. Je l’ai regardée avec admiration et respect. Elle n’avait à vivre, selon les médecins, que quelques mois. Je l’ai déposée à la Clinique tout en lui laissant quelques mots d’espoir et la chaleur d’une présence à ses côtés, présence fugace mais intense.

Et puis ce soir, j’ai transporté un homme de quarante ans, sortant régulièrement de l’Hôpital Psychiatrique afin de poursuivre une rééducation de la parole. Ce patient a une maladie qui s’est développée tardivement, maladie que sa mère lui a transmise.

Étant enfant, il a vu sa maman enfermée derrière des barreaux, ceux d’un asile. À la fin, on ne lui permettait plus de la voir. Aujourd’hui, il maîtrise difficilement ses mouvements et a beaucoup de mal à parler. Il se bat pour rééduquer sa parole et réapprendre à articuler.

Cet homme est le père de deux adolescents. “Je ne les vois pas souvent. Ils me manquent tellement !” me confie-t-il.

Cet homme travaillait autrefois. Il avait alors une vie normale, une famille. Aujourd’hui, il est enfermé dans ce pavillon psychiatrique.


Après la fin de mon travail, je suis rentrée chez moi avec les images de ces trois vies qui m’ont bouleversée... avec les mots de toutes ces vies que je croise.

Je pense aussi à cet homme dont j’ai parlé plus haut... que nous appellerons François et qui est rentré en chambre stérile depuis neuf jours.

Je suis allée le voir au tout début de son entrée à l’Hôpital. Je le lui avais promis. C’était son premier jour d’isolement. Je lui ai parlé à travers la vitre, avec le téléphone du couloir.

Il paraissait très ému de me voir. Je lui ai dit qu’il commençait un voyage et que je lui souhaitais bonne chance pour ces six semaines où il allait être enfermé, isolé dans cette pièce pour sa greffe de moelle.

Dans ses yeux, j’ai lu un grand espoir... La peur de ne pas survivre aussi. Mais l’espoir surtout. L’espoir de vivre grâce à cette greffe.

Ce soir, je pense aussi à Soeur Emmanuelle.
On l’a incitée à prendre congé des bidonvilles d’Égypte où elle a tant fait pour les plus pauvres. Elle vit maintenant dans le Sud de la France.

Je l’ai entendue parler sur l’origine de son engagement :
-Je ne voulais pas vivoter mais vivre pleinement. Tout donner et partager. Aujourd’hui, je peux partir en paix. Je sais qu’après moi, d’autres continueront. L’important, c’est d’ajouter sa goutte à l’océan d’amour. Il est important que chacun le fasse dans sa vie. Chaque goutte est importante.”

J'ai fait ces trois rencontres durant la semaine de prévention du suicide. Je pense très fort à toutes les familles qui ont perdu un proche par cette fin terrible. Chacun de nous est unique, unique à jamais. Chaque existence est une goutte de vie unique.

 

Chloé LAROCHE

 

 

La photo de fleur provient de ce lien :

http://www.gogoall.net/fonds/nature/f/fleurs/fleur_16.jpg

 

POUR LIRE TOUS MES ARTICLES

SUR LE MÉTIER D'AMBULANCIER, MON MÉTIER :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/









23/06/2008

Histoires ambulancières sur ceux que nous transportons. Leurs larmes et leurs mots. Leurs maux. Comment un homme en vient à vouloir se suicider.

(Extraits de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



“Pourquoi l’ai-je fait ?”____________
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-Maintenant, je comprends ceux qui le font.”
Le patient que je transporte vient de me confier qu’il avait tenté de se suicider il y a quelques mois, un jour où il était resté seul, avec une carabine pointée du sol vers sa carotide. Le coup est parti... Si fort qu’il a évité la mort. Il a éraflé la vie de cet homme et lui a laissé un bras handicapé.
-Pourquoi l’ai-je fait ? Je n’en sais rien aujourd’hui. Je ne comprends pas. Mais je comprends ceux à qui cela arrive. Je ne les comprenais pas avant. Maintenant oui.”

Il m’a remué, ce grand-père.
Comme cette dame dépressive que j’ai emmenée dans son foyer d’accueil. “Cela fait huit ans que je suis malade dépressive,” m’a-t-elle confié.
Cette dame, je m’en souvenais bien. J’étais allée la chercher deux semaines avant à l’Hôpital psychiatrique pour l’emmener dans un foyer, une famille d’accueil. Mais là, aujourd’hui, quel déchirement ! Elle était venue passer cinq jours à l’occasion de Noël avec sa mère âgée, dans la maison de retraite de cette dernière.

Je l’ai retrouvée dans le couloir, figée, avec son gros sac de voyage. “Tenez”, m’a-t-elle dit en me tendant son sac. “C’est vous ?! C’est drôle que ce soit encore vous ! Je suis bien contente.” Mais elle était si triste de dire au revoir à sa mère.
En arrivant à la voiture, elle me dit : “Je suis si angoissée, tellement angoissée.” Elle fuma une cigarette, les yeux en mille morceaux. Sa mère nous regardait, du haut de son balcon. Elles se dirent adieu de loin.

-Je n’ai pas envie de retourner là-bas,”’ me confia-t-elle.
-Prenez ce temps pour vous détendre, vous reposer à la campagne. Ces gens qui vous accueillent sont-ils gentils avec vous ?
-Oui, ils sont gentils, mais ils ne s’occupent pas de moi.”
Après cet échange, nous avons roulé pendant une heure... Une heure en chansons, chansons d’amour que nous avons partagées en écoutant une fréquence radio. Et puis, des confidences sont venues sur ses deux grands enfants. Confidences mêlées à une si grande tristesse. Sensibilité à fleur de vies.

Ce soir, en repensant à ces deux patients, j’ai pleuré... J’ai songé à ce qu’il nous reste de la vie lorsque nous n’avons plus rien, lorsque nous sommes au bout... à bout, lorsque seul le départ de la vie nous réjouit.
Je pense qu’il reste alors l’essentiel, c’est à dire l’amour qu’on a partagé, cette énergie universelle qui circule entre les âmes. Si nous gardons cet essentiel à l’esprit et que nous ne nous coupons pas de cette énergie ni de notre âme ni de notre chemin intérieur, nous devons pouvoir vivre jusqu’au moment ultime où la mort arrive... à son heure, sans avoir à la chercher.

Je repense à ce que mon collègue Cyril m’a dit : “Moi, le soir, j’essaye de ne plus penser à ma journée de travail. Je m’interdis de revenir dessus car sinon je ne le supporterais pas. Je ne sais pas comment tu fais pour arriver à écrire sur le métier et à repenser à tout cela. C’est trop dur.”

Je crois personnellement que faire l’autruche n’est pas une solution. Lorsque quelque chose me touche, je regarde en face cette chose... et je vis mes émotions.

Les ambulanciers rencontrent dans leur métier des situations et des réalités difficiles, à une cadence rapide, et personne ne les aide psychologiquement. C’est une lacune du métier et un oubli regrettable, à mon sens, car je pense que si la moitié des ambulanciers quittent leur poste au bout de deux ans, c’est qu’il y a usure et saturation psychique. Ensuite, “la moitié de ceux qui seront restés... partiront eux aussi dans les deux années suivantes”... comme le dit un cadre de mon entreprise.

Lorsque nous passons d’une urgence à l’autre sans souffler, lorsque nous devons prendre en charge un malade alors que nous sommes encore avec le précédent, lorsque nous transportons vers sa séance de dialyse un patient gravement atteint sur le plan mental et agressant physiquement durant tout le trajet le collègue ambulancier assis à côté de lui, lorsqu’un autre malade psychologiquement atteint essaye de détourner la voiture de sa trajectoire dans un moment de folie, lorsque nous découvrons un corps sans vie alors que nous pensons trouver un malade... Comment les ambulanciers peuvent-ils tenir nerveusement pendant des mois sans avoir la tentation de quitter ce métier... pourtant merveilleux ?

S’ils ne parlent jamais et n’évacuent pas tout cela, s’ils préfèrent enterrer ces expériences difficiles au plus profond d’eux sans jamais y repenser et surtout sans jamais exprimer ce qu’ils ont ressenti... comment pourront-ils poursuivre sans avoir un jour envie de changer de route ?

Si les entreprises ne prennent pas en compte cela en faisant rentrer par exemple un équipage qui vient de vivre quelque chose de très difficile, elles s’exposent à ne pas garder leurs employés fort longtemps.
Imaginez une jeune ambulancière d’une vingtaine d’années qui vient de débuter et qui voit un de ses premiers patients mourir... Imaginez qu’elle doive enchaîner ensuite son service...



Une grand-mère en deuil___________________




Aujourd’hui, j’ai emmené une patiente de quatre-vingts ans, très agréable et pleine de tonus. Elle m’a raconté tout le bonheur qu’elle avait eu d’être née dans le Sud de la France. Mais elle m’a confié aussi combien le soleil lui manquait, avec sa chaleur et sa lumière, en cette saison.

Et puis elle m’a parlé du soleil perdu qu’elle pleurait depuis neuf ans... son petit-fils décédé jour pour jour le 31 Décembre. Il avait alors un an et demi et souffrait depuis sa naissance de graves problèmes de santé.
Cette dame m’a tout raconté, du décès du petit garçon à l’Hôpital jusqu’aux mois de calvaire de sa fille en deuil.

Cela ressemblait tellement à ma propre histoire. Je ne lui ai rien dit car la résonance aurait été trop forte. Je pleurais en conduisant des larmes invisibles. Elle m’a montré la photo de son petit-fils et j’ai su qu’il était près d’elle, comme un petit ange.

Cette grand-mère, en ce jour anniversaire, n’a peut-être parlé de son chagrin et de son vide qu’avec moi... Il était important qu’une personne partage cela avec elle, en ce jour de plus grande souffrance. Il y a des jours précis qui reviennent en cycles et qui sont à jamais marqués d’une pierre noire... une pierre sombre qui alourdit le coeur et le remplit d’orage, de tristesse et de souvenirs jamais effacés.

Il était important aussi que cette dame partage cela avec une personne qui pouvait comprendre... comprendre et accepter que neuf ans après, la douleur est toujours vive... que neuf ans après, l’amour est toujours vivant.
Que neuf ans après, la photo d’Emmanuel nous tend toujours les bras.



Dialyse et espoir de greffe__________________


Je poursuis mes missions d’ambulance en V.S.L..
J’accompagne de nombreuses personnes en dialyse. Elles restent branchées durant une demi-journée trois fois par semaine à une énorme machine qui purifie intégralement leur sang, afin de pallier à des reins ne faisant plus leur travail. Certaines font des dizaines de kilomètres à chaque fois pour rejoindre leur centre de dialyse. Elles arrivent, se pèsent et se couchent pendant des heures sur un lit, pendant que leur sang passe dans les tuyaux. Ensuite, nous revenons les chercher pour les ramener chez elles.
Ce sont souvent des personnes âgées qui doivent gérer en plus beaucoup d’autres problèmes de santé. Mais aujourd’hui, j’ai transporté pour la dialyse un jeune d’une trentaine d’années. Il m’a dit qu’il venait de s’inscrire sur une liste d’attente pour avoir une greffe du rein mais qu’il ne voulait pas y penser chaque matin en se levant, car l’attente et la déception vont de pair.

Et puis j’ai ramené un vieux monsieur algérien chez lui.
Il y avait une pluie battante sur l’autoroute. La tempête faisait rage avec un grand vent.

Tout en conduisant, j’ai cherché la station “Radio Beur” pour lui faire une bonne surprise. Lorsque je l’ai enfin trouvée, il a été tout heureux.
Il m’a demandé si je comprenais l’arabe.

-Non”, lui ai-je répondu. “Mais j’aime écouter ces musiques. Je suis allée en Algérie à l’âge de dix-neuf ans, à Blida, Oran, Alger...”. Il m’a répondu très surpris que l’Algérie était son pays et puis il a traduit les paroles de la chanson que nous écoutions.
-C’est un homme qui est triste car sa femme lui manque.”

En me quittant, il m’a serré les mains chaleureusement.
Il était très ému.



L’angoisse de la chambre stérile________________

La journée a été très longue car j’ai commencé à 7 heures 45 et j’ai terminé à 19 heures avec une coupure d’une demi-heure.

Le dernier patient que j’ai emmené ce soir doit être bientôt greffé de la moelle. Je l’avais déjà transporté avec sa compagne et nous avions parlé ensemble.

Ce soir, cet homme m’a parlé de sa traversée du désert depuis sept ans, de sa leucémie et de son espoir de greffe réussie.
-Soit ça marche soit j’y passe,” me confie-t-il.

Bientôt, il allait devoir entrer en chambre stérile pour n’en plus sortir pendant six semaines. Il aurait droit à une seule visite par jour, une personne devant être protégée sous un scaphandre.

Il allait pouvoir aussi croiser des regards amis derrière une baie vitrée.

-Tout ce que je vais emmener avec moi doit être désinfecté avant : les livres, les compacts disques, etc.”

Il m’a confié ses angoisses, sa peur de mourir, ce magnifique challenge du combat pour la vie.

Je l’ai écouté tout en conduisant.
Puis je lui ai promis d’aller le voir pendant son séjour à l’Hôpital. Cela lui a fait plaisir.

Je crois en la force de l’amitié et en ce sourire qu’elle donne à la vie.




“Tu restes dans notre coeur”_______________


Aujourd’hui, j’ai parcouru trois cents quatre-vingt kilomètres avec une amplitude de onze heures moins l’heure de pause, c’est à dire dix heures effectives.
Je me suis occupée de six patients dont un agriculteur que j’ai ramené chez lui, près de Megève en Savoie.

En revenant sur ma ville de départ, le bureau m’a envoyée à l’Hôpital psychiatrique pour transporter un patient.
Je suis donc allée le chercher dans un des multiples pavillons de cet Hôpital. Le monsieur en question rentrait chez lui après une hospitalisation. Il était assez jeune, les cheveux en bataille, avec une barbichette et une moustache à la cosaque.

L’infirmière a fermé la porte à clé derrière moi en attendant qu’il réunisse ses affaires. Un patient s’est approché de moi en me disant :
-C’est bien que vous l’emmeniez. Comme ça, il n’aura pas à prendre le bus.”

Mon patient est revenu avec son sac. Il était ému de partir. Un jeune qui était là lui a dit : “Tu t’en vas mais tu restes dans notre coeur, dans notre tête.”

Dans ma voiture ambulance, pendant le trajet, je le sentais perdu. Il pleurait doucement. J’ai alors engagé la conversation.
-Je suis russe,” m’a-t-il dit. “Je ne parle pas bien le français.”

Malgré tout, il a eu envie de me parler de lui. J’ai appris qu’il était dans la région depuis un an, recueilli dans une communauté ressemblant à celle d’Emmaus. Il semblait désemparé, avec beaucoup de soucis dans sa vie personnelle et peu d’argent de surcroît pour équilibrer sa liberté et revendiquer son indépendance.

En le déposant à la communauté, je lui ai souhaité bonne chance sur la route de sa vie. Il m’a quittée avec un sourire triste, mais un sourire tout de même.



Hospitalisation d’office et révolte_________________



Cette semaine, nous avons été réquisitionnés par la Préfecture pour participer à trois H.O. Ce sigle signifie “hospitalisation d’office”, c’est-à-dire une mesure prise par les autorités -préfets et maires- pour interner une personne à l’Hôpital psychiatrique, souvent contre son gré, dans le but de la protéger d’elle-même et de protéger aussi l’ordre public ainsi que les proches de cet individu.

Lorsque nous sommes appelés pour une H.O., nous allons chercher deux infirmiers à l’Hôpital psychiatrique puis nous allons ensuite à l’Hôtel de Police chercher l’équipe de policiers qui nous accompagnera, pour la sécurité globale de ce groupe éphémère.
Parfois, l’intervention peut s’avérer musclée car l’intéressé peut être armé ou se montrer agressif envers les personnes présentes pour son hospitalisation. Les H.O. concernent des individus qui troublent l’ordre public par un comportement d’agressivité envers autrui, de bizarrerie dérangeante, comme par exemple un cas de nudité totale dans la rue, ou qui sont dangereux pour eux-mêmes ou bien encore très délirants.

Depuis que je suis ambulancière, j’ai assisté à cinq hospitalisations d’office. La première fois, je venais de commencer le métier. Personne ne m’avait prévenue que j’aurais à faire des H.O. Je pensais même que cela n’existait plus ainsi. Il est vrai que participer à l’internement d’un être humain par force et contrainte n’est pas chose agréable, pour ma part en tout cas.

Si l’individu à emmener n’ouvre pas sa porte, le serrurier est appelé pour ouvrir la serrure. Et puis si l’homme ou la femme ne se soumet toujours pas et ne vient pas librement, après la discussion que les infirmiers lui proposent gentiment, on doit s’emparer de sa personne et l’attacher avec des liens fermés à clé s’il devient agressif. C’est ce qui s’est produit aujourd’hui.

Nous sommes arrivés à huit au domicile d’une personne, dans une petite ville de province... “Un individu troublant l’ordre public”. L’homme était assis, prostré et la tête entièrement recouverte d’un vêtement. D’après l’équipe présente, ce n’était pas la première fois qu’il faisait l’objet d’une H.O. J’ai aperçu des images religieuses sur sa table et des écrits mystiques. Cet homme a refusé de découvrir sa tête et a crié qu’il était chez lui et que nous n’avions pas le droit de faire ainsi irruption dans son logis et de l’emmener contre son gré. Les infirmiers ont tenté de le raisonner en lui parlant, lui expliquant qu’il avait besoin d’être soigné, qu’il faisait l’objet d’une hospitalisation d’office et que c’était pour son bien.

Devant son refus de coopérer, les infirmiers lui ont découvert la tête de force. Il s’est alors rebiffé et a tenté de saisir un couteau. Là, il a été plaqué à terre et attaché par les infirmiers, par les gendarmes et par mon collègue. L’homme hurlait et se débattait. L’infirmière a fermé à clé les liens. Puis ils l’ont levé. Il a marché vers la sortie, les pieds entravés. Enfin, il a été installé à l’arrière de l’ambulance et attaché de nouveau aux deux bras du brancard. Il suppliait les personnes présentes de le laisser libre dans l’ambulance, demandant à être assis sans être entravé. Pour la sécurité, les infirmiers ont jugé nécessaires de l’allonger, lié sur le brancard. Puis les gendarmes sont partis et nous avons roulé jusqu’à l’Hôpital psychiatrique avec les infirmiers qui sont restés à l’arrière du véhicule avec le patient.

Christophe m’avait glissé ces mots pendant l’intervention : “Je suis désolé pour tout cela.”
Sur le trajet du retour, il remarqua soudain que cette intervention m’avait vraiment secouée. Il me poussa à en parler.
-J’ai honte de participer à cela, Christophe.
-C’est pour le bien de cet homme. Il va maintenant être soigné.
-Oui, mais c’est la façon de procéder que je déplore. Je n’ai jamais supporté qu’on attache les gens...
-Et les criminels alors ? Les vrais et ceux présumés coupables que la justice menotte systématiquement dès leur arrestation parce qu’ils sont probablement dangereux ?
-Ce n’est pas pareil... Moi, je parle des malades. J’ai vu ma grand-mère attachée de force et contre son gré sur son lit d’hôpital parce qu’elle arrachait sa sonde alimentaire. Elle est morte attachée, quelques jours plus tard. Où est la dignité qu’on doit à chaque être humain, dans le pays des Droits de l’Homme, qui prône Liberté, Égalité, Fraternité ? Un jour, dans un camp d’handicapés mentaux dans lequel je travaillais comme animatrice et aide soignante, mes collègues ont pris d’office les sangles de mon étui de violon pour attacher une jeune fille qui était très agitée....
-Il y a des gens qu’on est obligés d’attacher pour la sécurité des autres. Comme il y a des gens qu’on est obligés d’enfermer pour la sécurité de la population et de leur entourage.
-Mais chaque année, on reconnaît un certain nombre d’internements abusifs...
-Ces personnes ont des recours judiciaires et peuvent porter plainte pour cela, si c’est le cas. En attendant, nous devons faire notre travail... Nous sommes réquisitionnés pour accomplir cela par les autorités et nous ne pouvons pas discuter...
-Ne pourrait-on pas employer une autre méthode, plus douce et respectueuse pour la dignité du patient !? Par exemple, pendant l’H.O., un médecin pourrait être présent et faire une piqûre calmante au lieu d’en arriver à la violence de l’entrave... par déférence pour un malade qu’on veut aider mais qu’on agresse en définitive.”

Après ce que m’a dit Christophe, j’ai pensé à tous les gens qui devraient être soignés et qui gardent leur liberté malgré tout. Je parle des pédophiles, des faux gourous, des manipulateurs d’autrui en tous genres. Tous ceux aussi qui troublent l’ordre public sans se dévoiler mais qui ont suffisamment d’appuis pour ne pas être inquiétés.


Je pense aussi à cet homme qui voulait faire sauter son immeuble, avec sa famille et tous les voisins. Il nous a suivi tranquillement, dans le cadre de son hospitalisation d’office. Ma conscience est restée sereine ce jour-là. Car peut-être avons-nous pu éviter un drame...

Dans ce métier, nous devons rester humble. L’humilité est de rester à sa place en sachant que nous ne maîtrisons pas tous les paramètres des missions qui nous sont confiées...

Nous devons accomplir notre tâche, tel un ange gardien qui se tient là près de vous et qui vous voit souffrir sans pouvoir vraiment intervenir, parce que ce n’est pas le moment. Il vous soutient par la pensée, par la prière discrète, par un accompagnement invisible et discret. C’est la seule aide qu’il peut apporter sans que vous le sachiez vous-même.



Larmes partagées______________


Une dame âgée se tient couchée sur le brancard, près de moi. Elle me fixe du regard. Des larmes coulent sans paroles. Je lui souris doucement. Elle me sourit aussi.

Je regarde vers l’avant, vers la lumière sur la route, devant l’ambulance.

Je pense à mon grand-père d’adoption qui vient de mourir, Albert. Je suis allée voir son corps pendant ma pause, tout à l’heure, au funérarium. C’était l’ami de ma grand-mère paternelle.
Il a compté pour moi depuis ma naissance autant qu’un grand-père de sang.

La dame continue de pleurer.
Moi aussi dans mon coeur...

En allant chercher cette dame, Christophe et moi-même avons pu voir dans le couloir des Urgences une dizaine de brancards sur lesquels les malades attendaient patiemment.

Des infirmiers s’activaient auprès d’eux pour leur poser des perfusions ou pour les questionner sur leur état. Un homme criait dans une chambre.

Heureusement, la lumière est là, devant mes yeux. Et au fond de mon coeur, du courage et de la force.

La dame près de moi me fixe toujours. Elle est sereine maintenant.

 

Chloé LAROCHE

 
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