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27/09/2018

Mon garçon est venu pour la plus grande joie de ses soeurs adoptives. Mon poème à mes enfants. "Aux soleils de ma vie".

à mes quatre enfants-----------------------------------

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MES ENFANTS SONT MES AMOURS, MA CHAIR, MA BATAILLE

 

 AUX SOLEILS DE MA VIE ---------------------------------------

 

 

Mes enfants sont mes amours

Ma chair et mes trésors

Ils sont les étoiles d'or

De mon ciel mauve intérieur

Lorsque les nuages arrivent

Ils sont le soleil et la lune

Réunis en un feu d'artifice

De bonheur et de joies

 

En quatre ans fulgurantsM05-463697.jpg

Ils sont arrivés tous les trois

Comme un nouveau printemps

Avec des coquelicots par brassées

Cent roses cachées au fond des yeux

Des sourires myosotis devant mon violon

Ils ont débarqués, venus d'autres univers

D'orphelinats et de mon ventre aussi

 

73980169.jpgJ'étais en deuil

D'un autre enfant

Leur grande soeur

Petite fille de trente mois

Mon coeur était sous terre

Gros comme une larme

Telle un torrent perdu en mer

Mère orpheline d'Océana

 

Puis ma main s'est tenduek0751255.jpg

Vers deux âmes abandonnées

Sans parents, sans amour

Tristes, esseulées, sans espoir

Elles m'ont appelée Maman

Et je les ai accueillies en moi

Dans mon essentiel retrouvé

De mère au coeur vivant

 

images-2.jpegJe leur ai donné ma vie

Sans plus penser à la mienne

Mais qu'y avait-il de plus beau

Que ce don, tout ce temps

Pour une enfant handicapée

Qui avait besoin de tendresse

Pour une enfant d'Afrique

Marquée par le sort et les larmes

 

Julia a connu la renaissanceimages-6.jpeg

En nous rejoignant en France

Après sept années en Roumanie

Sans parler, sans entendre ;

Yacinthe, elle, a vécu la solitude

D'un coeur sensible, le sien

Se battre sans la présence des siens

Survivre en voyant des horreurs

 

flr111.jpgJe les ai portées chaque nuit

Tous les jours dès leur arrivée

Dans mon coeur un avion

Les a déposées pour toujours

Mon amour pour elles

A fait refleurir la confiance

Elles se sont épanouies

Au fil de leur nouvelle vie

 

Puis mon chemin m'a parlé

Du sens profond de la mèreimages-4.jpeg

Porter un enfant en soi

Comme on porte la lumière

Tout au fond de ses cellules

Au tréfonds de mon ventre

Mon garçon est venu en souriant

Pour la plus grande joie de ses soeurs

 

 

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Ils savent tous les trois

Qu'ils ont une soeur aînée

Que son corps repose

Dans le petit jardin

D'une tombe fleurie

Ils savent que son amour

Leur a permis d'être réunis

Sur le chemin de ma vie

 

images-7.jpegNous allons ensemble

Sur les chemins verdoyants

Dans les tempêtes et les remous

Mais les mots sont là

Ils savent qu'aucun secret

Ne vient hanter notre présent

Ils savent que nos racines

Tiennent bon, du passé à l'avenir.

 

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Chloé Laroche

 

 

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27/01/2012

L'adoption d'une jeune tigresse par une maman éléphant. Petit conte véridique pour les parents adoptifs et les enfants adoptés.

Petit conte véridique pour les parents adoptifs

et les enfants adoptés____________________





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La petite girafe ne tenait pas sur ses pattes quand l'éléphante commença à s'occuper d'elle. Elle n'entendait pas et aucun son se sortait de sa bouche.

L'éléphante l'entoura de ses soins et la girafe se sentit de mieux en mieux. Maintenant elle galopait et souriait, même si les sons ne venaient encore pas.adoption,témoignage,conte vrai,afrique,bénin,adopter un grand,tigre,éléphant,jungle,conseil,éducateur,troubles de l'attachement,filiation,lien de coeur,maman adoptive,parent adoptif,difficulté,violence,famille,orphelin,orphelinat,france

Un jour donc, on appela cette maman afin qu'elle s'occupe d'un petit tigre trouvé dans la jungle, abandonné et renié par son père volage. En fait, c'était une petite tigresse de huit ans. Au début, l'éléphante réussit à élever ce petit animal qui faisait parfois un peu mal avec ses griffes et ses crocs mais cela était encore possible à gérer.

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La mère éléphant ne savait plus que faire, se rendant malade d'impuissance devant cette jeune tigresse qui devenait bien plus forte qu'elle et prenait de l'assurance en crocs et griffes, armes dont la féline n'hésitait pas à se servir dans des combats parfois féroces avec cette mère éléphant, au moment où la jeune tigresse voulait sortir la nuit dans la jungle cruelle.adoption,témoignage,conte vrai,afrique,bénin,adopter un grand,tigre,éléphant,jungle,conseil,éducateur,troubles de l'attachement,filiation,lien de coeur,maman adoptive,parent adoptif,difficulté,violence,famille,orphelin,orphelinat,france

Parfois, comme les chats partent de leur foyer plusieurs jours, la jeune féline s'échappait ainsi en des lieux inconnus, vers d'autres  repères d'animaux secrets. L'éléphante ne voyait pas revenir sa protégée et elle pleurait, se lamentant et s'inquiétant.

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La hyène avait un élevage de chevaux et avait trouvé une employée facile pour garder son troupeau. La jeune tigresse était heureuse d'avoir trouvé une nouvelle demeure et un travail bénévole. Mais au bout de quelques semaines, elle se mit à ruer et à vouloir vivre la liberté totale. Aussi se mit-elle à sortir en secret, profitant du sommeil de la hyène. 

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Et puis, un jour, six mois plus tard, la hyène appela la mère éléphant et lui demanda de reprendre sa protégée, lui expliquant qu'elle était insupportable et qu'elle ne pouvait la garder.adoption,témoignage,conte vrai,afrique,bénin,adopter un grand,tigre,éléphant,jungle,conseil,éducateur,troubles de l'attachement,filiation,lien de coeur,maman adoptive,parent adoptif,difficulté,violence,famille,orphelin,orphelinat,france

Maman éléphant fut très heureuse de reprendre sa tigresse mais elle s'en morda vite la trompe, puisque la jeune féline reprit son activité nocturne, ses fréquentations douteuses et ses attitudes agressives envers sa mère, l'insultant même et la poussant sur l'arrière-train.

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Ils étaient encadrés par de jeunes lions adultes, par des pumas et des gazelles formées à l'éducation des fauves.adoption,témoignage,conte vrai,afrique,bénin,adopter un grand,tigre,éléphant,jungle,conseil,éducateur,troubles de l'attachement,filiation,lien de coeur,maman adoptive,parent adoptif,difficulté,violence,famille,orphelin,orphelinat,france

La tigresse revenait voir la mère éléphante chaque semaine mais elle avait donc rejoint ce milieu éducatif lui donnant le cadre nécessaire pour gérer ses impulsions naturelles la mettant en danger.

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Maman éléphant avait dû accepter les éloignements, les fugues régulières, les disparitions successives, les retours heureux.

Elle aimait sa fille et cet amour était aussi vivant que le soleil se levait chaque jour sur la jungle et la savane.adoption,témoignage,conte vrai,afrique,bénin,adopter un grand,tigre,éléphant,jungle,conseil,éducateur,troubles de l'attachement,filiation,lien de coeur,maman adoptive,parent adoptif,difficulté,violence,famille,orphelin,orphelinat,france

 Mais elle







remerciait aussi d'avoir été entendue par le Conseil de la jungle qui lui avait apporté aide et compréhension, car sans lui, sans les jeunes éducateurs qui l'avaient secondée dans l'éducation de cette jeune tigresse, aurait-elle survécu sans se jeter dans l'abîme des flots du fleuve Lobé ?

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"Maman, je t'aime, mais tu sais, la mère qui m'a mise au monde est en moi et je ne voulais pas la trahir, j'avais peur de l'oublier, comment pouvais-je te montrer mon amour ? Il fallait aussi que je te pousse à bout pour que tu me montres jusqu'où tu pouvais m'aimer."adoption,témoignage,conte vrai,afrique,bénin,adopter un grand,tigre,éléphant,jungle,conseil,éducateur,troubles de l'attachement,filiation,lien de coeur,maman adoptive,parent adoptif,difficulté,violence,famille,orphelin,orphelinat,france

L'important pour la mère éléphant est d'avoir toujours été là pour sa fille féline de coeur, même en étant loin parfois.


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25/03/2009

Histoire difficile de l'adoption de ma fille au Bénin. Voyage dans le mystère d'un lien d'amour qui naît entre une mère adoptive et sa fille.

L’affaire de l’Arche de Zoé a jeté le discrédit sur nombre de familles adoptives en France, fragilisant les adoptés adolescents notamment, lesquels entendant les infos, ont pu dire à leurs parents adoptifs : “Alors, moi aussi, vous m’avez arraché à mon pays ? Moi aussi, vous m’avez arraché à ma famille, à mes racines ? Et puis, peut-être que vous m’avez acheté !? C’est vrai, peut-être que vous m’avez tant voulu que vous avez fait jusqu’au pire ?!!” 022a2cb7ec0b1d90ddd096b229738c85.jpg

images-1.jpegJe ne dis pas cela dans le vent. J’ai moi-même adopté une enfant au Bénin. Je suis allée chercher ma fille dans l’orphelinat où elle se trouvait et pendant une semaine, elle ne m'a pas quittée, jour et nuit. Cet endroit où se trouvait Yacinthe n'était pas un lieu de rêve. Pour les enfants qui faisaient pipi la nuit, on retournait simplement le matelas le lendemain. Ils ne mangeaient pas spécialement à leur faim et j'ai des photos qui attestent qu'on demandait aux enfants de porter sur la tête des charges de pierres, pour des constructions et du terrassement de cultures.images-8.jpeg

J'ai écrit le texte suivant le 1er janvier 2003 : "Le rêve que la vie va exaucer cette année, c’est l’adoption d’une petite fille béninoise. Elle s’appelle Yacinthe. Elle a sept ans et elle va bientôt arriver dans notre foyer. Cela fait plus de deux ans que nous nous battons pour réaliser ce rêve. Deux ans plus tôt, nous devions adopter une autre petite fille. Nous avions ses photos et l’espoir de pouvoir l’adopter. Le destin en a décidé autrement puisque, au dernier moment, la famille qui lui restait en Afrique n’a pas consenti à l’adoption. Nous avons vécu très difficilement cela, mettant même en péril notre couple. C’était un deuil supplémentaire à faire, après le décès de ma fille Océana en 1997. “Il vous faut un nouveau départ après ces multiples épreuves”, nous a alors dit une conseillère conjugale. Nous avons mis plusieurs mois à retrouver un nouveau départ, un nouvel espoir. Julia est arrivée quelques mois plus tard de Roumanie, confiée par l'association Sera (Voir mon article sur Julia et son opération), en novembre 2001.

images-3.jpegEt... au mois d’Août 2002, un fax nous apprend soudain qu’une enfant de sept ans porte notre nom et qu’un jugement d’adoption a été prononcé officiellement !!!! C'était comme apprendre que j'étais enceinte à huit mois de grossesse !!?!110_F_5287147_W0V2Q5BkDrP3ZK8XsztIJyidIPifREnn.jpg

C’était une situation anormale et extraordinaire aussi... En effet, nous n’avions pas été sollicités pour donner notre accord sur cette adoption-là et aussi, entre temps, nous avions accueilli Julia. Le Président de l’A.S.E. qui gère les questions d’adoption nous a confié sa surprise devant cette situation toute particulière nous plaçant devant un rêve réalisé... mais à retardement et sans notre avis, ceci concernant de plus un enfant autre que celui auquel nous pensions. Le Président nous a donné son accord et nous a incité à prendre une décision réfléchie.

110_F_1725859_8FqRyixq5xvbU1kMbhwhQxhaTqfqRY.jpgC’était tout réfléchi : nous allions accepter avec joie cette arrivée impromptue !"____________________images-7.jpeg

Mon séjour fin mars 2003 au Bénin et ma rencontre avec Yacinthe a été comme un accouchement et un lien d'amour filial est né. Il avait fallu attendre six mois pour avoir tous les accords béninois et français, ainsi que l'aval de la Mission Internationale de l'Adoption.

images-2.jpegMalheureusement, les directeurs de l’orphelinat dans lequel je suis allée la chercher nous ont menti. Les parents de ma petite Yacinthe étaient, selon leurs dires, décédés. Ma fille nous a appris six mois après son arrivée qu’elle avait ses parents et qu’on lui avait demandé en Afrique de nous mentir sur leur existence, et qu’ils lui manquaient, car malgré tout, elle pouvait les voir là-bas une à deux fois par an.

Je me souviens du choc que j’ai eu quand ma fille nous a confié ce secret si lourd pour elle ! Au fil du temps, nous avons appris à vivre avec cette trahison qu’on nous a faite. Mais nous avons dû vivre aussi tout ce que Yacinthe avait de colère envers cet abandon de ses parents, qui l’avaient placée dans deux orphelinats successifs.

Ils avaient tout de même signé l’accord pour que leur fille devienne la nôtre, mais en faisant croire qu’ils étaient oncle et tante. Le problème est qu’ils ont signé après la date du jugement d’adoption béninois, ce qui fait que le Tribunal de Nantes a refusé, neuf mois après l’arrivée de ma fille en France d’entériner l’adoption décidée au Bénin. Il aurait fallu juste qu’ils signent avant le jugement ; même la Mission Internationale de l’Adoption n’a pas relevé cette terrible erreur, donnant son accord pour l’adoption. À cause de tout cela, notre fille n’a pas la possibilité ni d’avoir une carte d’identité, ni de porter notre nom (mais ça, on l’a fait quand même, vu qu'elle l'a porté naturellement dès son arrivée !!), ni d’avoir la nationalité française. Cela a duré quatre ans, jusqu’au jour où j’ai saisi le Procureur de la République, en demandant dans l’intérêt de Yacinthe et de notre relation à toutes les deux, à un moment de l’adolescence où la crise identitaire était devenue débordante.. que cette affaire soit saisie et que l’État trouve une solution de reconnaissance officielle de l'adoption.images-4.jpeg

Le Procureur m’a enfin entendue, l'été dernier, et a demandé une enquête diligentée par la Brigade des Mineurs sur ma vie et mon état de maman, sur mon sérieux et ma détermination. Puis, il a ordonné un Conseil de Famille réunissant des membres de la famille adoptante ainsi que des amis proches, au mois d'octobre. Après un accord global des deux mesures, la demande s’est poursuivie avec une recherche des parents de Yacinthe au Bénin, afin d’obtenir un accord plus légal que ce qui avait été délivré cinq ans plus tôt. “En sachant”, m’a dit le Procureur, “que si les parents sont introuvables ou ne souhaitent plus rien signer, par peur d’avoir des reproches sur les faux écrits antécédents, la mesure ira jusqu’au bout, en vertu de la loi qui stipule qu’un mineur peut être adopté si les parents biologiques ne s’occupent plus d’eux et que c’est prouvé.”

images-9.jpegPour en revenir à l’Arche de Zoé et à l’impact de cette affaire pour toutes les familles adoptives existantes, voici une réflexion faite à notre encontre par une éducatrice nous entendant au sujet de notre fille : “Bon, hé bien, j’ose espérer que vous n’êtes quand même pas dans la même situation que cette association dont on parle tant en ce moment !!” Trafics d’enfants, procédés illégaux, déracinement d’un enfant de son pays contre l’avis des parents biologiques.... tout a défilé devant nos yeux... Non, Madame, je vous répondrais que c’est plutôt le contraire. Nous sommes victimes d’une procédure ayant trahi notre confiance. Nous sommes de bonne foi et nous n’avons jamais acheté un enfant. Nous avons envoyé de l’argent à la demande de l’orphelinat pour les procédures administratives. Toute adoption demande un minimum d’argent. Nous, ça a été dix mille francs, ce qui reste raisonnable, par rapport à ce qu’on a entendu par ailleurs. Et puis, on faisait confiance aux africains avec lesquels nous avons organisé le départ de Yacinthe, laquelle était infiniment heureuse de venir en France.

Lorsque je suis allée chercher ma fille, je suis restée une semaine avec elle à l’orphelinat. Elle avait hâte de quitter cet endroit et ce pays difficile où les souvenirs de l’enfance et de ce qu’elle a vu hantent encore ses nuits et sa vie actuelle. Elle a vécu dans deux orphelinats. Dans le premier, elle a été témoin de scènes terribles, comme un enfant qui vomissait régulièrement et à qui on demandait de ravaler le vomi. Elle a vu aussi des enfants battus à mort. Elle a connu la faim, la peur, l'abandon, la privation d'affection.

AA033742.jpgAujourd’hui, Yacinthe a grandi ; elle est devenu une jeune fille, parfois rebelle et insolente envers moi qui l’élève, mais j’essaye de tenir bon. Son père, avec lequel je suis maintenant divorcée, n’a pas été solidaire de la demande d’adoption simple que j’ai faite auprès du Procureur et ne rentre plus dans la démarche d’adoption. Cependant, il la prenait régulièrement... jusqu’à des évènements plus récents et douloureux.images.jpeg

images-14.jpegJe continue de me battre, pour que ma fille ait une identité, pour que je sois reconnue comme sa mère et pour qu’elle ne soit pas abandonnée une deuxième fois, quoi qu’il se passe. Le problème est que ma fille nous met “à genoux”, selon l’expression du Juge, car Yacinthe cherche par tous les moyens à voir “jusqu’où peut aller notre amour” et ce qu’on est capable de supporter par amour pour elle. Son père adoptif a capitulé car il en a assez des insultes, des insolences, du ton méprisant qu’elle emploie, des discussions incessantes pour obtenir ce qu’elle veut, des portes qui se claquent et de celle de l’entrée qui se referme sur son absence.

La porte d'entrée claque. La rage prend l’air de la colère du temps et Yacinthe revient avec l’âme plus apaisée des nuages laissés au passé. La porte d’entrée s’ouvre et le soleil peut revenir dans le coeur des parents adoptifs. Ces derniers encaissent les coups portés aux parents biologiques absents... présences virtuelles qui vivent à travers eux. Les parents adoptifs représentent ce père et cette mère absents. Ils recueillent toute la colère de cet enfant qui n’a d’autres moyens de s’exprimer envers son passé si horrible.

images-5.jpegEn outre, le complexe d’abandon est si fort qu’il demande avec exigence d’être répété. “Pourquoi ces gens m’aiment-ils alors que la vie m’a prouvé que je n’étais pas digne d’être aimé ?” Ma fille m’a ainsi demandé il n’y a pas longtemps “quel intérêt” je trouvais à l’adopter... L’amour gratuit ne peut exister sans questionnement, cet amour oblatif venu d’une autre planète, sur une terre où tout tourne autour du profit. “Et puis, Maman, cet amour, je ne peux l’accepter.” Comme un trop-plein d’un vide dans son coeur, elle enlève les posters que je lui ai offerts, elle arrache les souvenirs de notre vie commune. Elle insulte notre lien d’amour en me traitant de “mytho”, lorsque je reviens sur un de ses comportements blessants. Il y a trois mois, elle m’a lancé comme un défi : “Tu fais ta vie, je fais la mienne,” comme deux chemins qui ne pourraient pas se retrouver. Comme un cordon ombilical étiré par les deux bouts, avec une mer entre les deux, Mère Méditerranée... ou mère biologique. “Ma mère virtuelle est présente avec nous... C'est ma mère biologique”, m’a dit Yacinthe récemment. Comme un regard porté sur notre vie et cette impression pour elle de trahir sa mère d’Afrique quand l’amour pointe trop son nez entre nous. Car de l’amour, il y en a, c’est certain.

images-19.jpegComme ce jour de novembre 2007 où ma fille ma avoué : “Excuse-moi pour hier soir. Je suis désolée d’avoir voulu partir par la fenêtre et que tu aies dû me retenir de force et te faire tant de mal et de soucis. Je me suis trop attachée à toi, à cette famille, plus que je n’aurais pensé. Et j’ai peur, car j’oublie les souvenir de mes parents ; leur image s’estompe dans ma tête.” Le cordon s’étire mais il est élastique et quand ça lâche, ça fait mal pour ceux qui le reçoivent.. comme ce soir-là dont ma fille parlait. J’ai vécu avec elle un véritable bras de fer pour qu’elle ne parte pas en sautant d’une fenêtre du rez-de-chaussée (assez élevée), dans la nuit et le froid, avec ses affaires déjà toutes emballées.images-16.jpeg

En janvier 2008, il y a eu malheureusement une grosse crise chez moi avec ma fille. Suite à un mensonge de sa part, découvert... elle a hurlé dans l'appartement. Elle était dans un état incontrôlable. Elle m'a insultée, m'a dit que je n'étais pas sa mère. Elle a réussi à rentrer dans une pièce où je suis allée me mettre avec mon fils de trois ans qui avait peur. Puis elle m'a poussée violemment et a essayé de faire tomber deux armoires sur nous. Son père, qui était au téléphone et a entendu la crise, a eu peur pour moi et mon fils. Il a décidé d'emmener notre fille, et au bout d'un certain temps, il l'a confiée pour quelques jours de vacances à une dame qui tient un ranch de chevaux.

chevaux-france-1163148985-1097535.jpgSuite à tout cela, la Juge nous a convoqués début mars et m'a dit cette phrase au bout d'une heure d'entretien : "Madame, pour que ça aille mieux avec votre fille, il vous faudra faire votre mea culpa d'être allée la chercher en Afrique..". Je lui ai demandé si elle plaisantait. À sa réponse négative, je me suis levée et j'ai dit : "Je ne peux entendre cela, je sors". Je suis sortie du Tribunal de Grande Instance de Grenoble, rouge de colère et en pleurs, emplie d’indignation, meurtrie dans mon coeur de mère. M’excuser auprès de ma fille de l’avoir sortie de l’enfer, c’est le monde à l’envers !images-6.jpeg

J'ai mal au coeur de tout cela, de ce "mea culpa" demandé par la Juge, de cette situation conflictuelle. Je repense à cette petite fille grandie si vite en cinq ans, à tous ces bonheurs vécus ensemble, à cet amour que je lui ai donné à travers mes encouragements, mon regard sur elle, mes attentions, mes pensées. Aujourd'hui, elle a douze ans mais elle en a bien plus, au vu de son poignet osseux révélant deux à trois ans de plus que son âge officiel. Elle est presque aussi grande que moi et a une force incroyable. Je me souviens qu'au début, elle a grandi si vite, qu'il fallait changer entièrement sa garde-robe tous les trimestres ! La malnutrition ne lui avait pas permis de se développer normalement et son corps a rattrapé de façon remarquable le retard de croissance pris durant ses dix ans en Afrique.chevaux-autres-animaux-autres-chevaux-france-949060321-967130.jpg

110_F_1736530_rNkuNkZMAoymRFOhVJx7mRE2Yr01Cz.jpgUne personne nommée Laeticia m’a écrit en mars sur un forum, suite à mon témoignage : “Je ressens beaucoup de douleur dans votre message. Je suis d'autant plus sensibilisée qu'un couple qui a adopté une petite fille à Madagascar en même temps que nous , a vécu la même chose sans rien dévoiler. Il s'agit d'un garcon et d'une fille ;  les deux enfants sont placés dans une institution et sont apatrides !!! Beaucoup de souffrance d'un côté comme de l'autre. Votre histoire ressemble énormément à la leur !! Bourrage de crâne, parents biologiques toujours présents, âge modifié !! Le garcon a même dit à ma connaissance qu'il avait pour mission de les tuer afin de s'enrichir et d'ainsi faire venir sa famille !! Un drame humain !!  Bon tout ça pour vous envoyer du courage et de l'amour !! N'hésitez pas à vous entourer de professionnels qui sauront vous écouter.”

images-12.jpegMerci Laetitia.

Artemisia m’a écrit aussi ceci : “Difficile de trouver des solutions non douloureuses.  À part le fait des mensonges sur les parents biologiques, des situations comparables à la vôtre (violence...) ne sont pas rares.  C'est ce que me dit une amie d'EFA qui organise des groupes de parents adoptants vivant cela. Les échanges soulagent et des pistes se dessinent pour en sortir... Vous pouvez appeller le 01 40 05 57 71 tous les jeudis, de 14 heures à 17 heures.”

Oui, cette violence qui surgit ainsi est difficile à gérer. Pour le week-end de Pâques 2008, cela a été encore douloureux. Au bout de deux jours où j'ai tout fait pour que ça aille bien... ma fille s'est soudain opposée à moi, violemment, au cours d'un conflit verbal où elle s'est révélé insolente ; elle m'a poussée pour rentrer dans ma chambre de force, afin d'y récupérer des affaires sans mon accord. Elle s'est confrontée alors physiquement à moi. Son père adoptif a été témoin et a essayé de l'arrêter mais elle était à nouveau ingérable, à faire peur et à me dire des choses horribles, cyniques aussi, méchantes sur les cinq ans passés avec nous. Je suis sortie de cette scène très choquée et à ne plus pouvoir parler. Mon fils et ma fille Julia ont eu peur, durant cette scène difficile.

Pourquoi Yacinthe se rebelle ainsi ? C’est une question qu’on m’a posé.200121229-001.jpg

110_F_11144501_seX7xQC2vxGvIqIOe5kWGPjqVL4Cs6va.jpgParce qu’elle ne comprend pas qu'on puisse l'aimer, elle qui a été abandonnée (réaction normale psychologiquement..)... Parce qu'elle ne comprend pas "quel intérêt" j'ai à m'occuper d'elle (selon ses propres termes), parce qu'elle a besoin de s'opposer pour traverser cette dure période de l'adolescence des enfants adoptés... Yacinthe a aussi l'impression de trahir ses parents biologiques en acceptant de m'aimer, en acceptant cet attachement qu'elle ne nie pas mais qui la gêne, en acceptant mon amour. Et puis, l'explication à mon sens la plus importante, c'est : "J'ai été abandonnée une fois, donc je fais tout pour le reproduire, reproduire l'abandon par tous les moyens".

Si je parle aujourd'hui, si je témoigne de tout cela... c'est pour aider d'autres parents, afin qu'ils se sentent moins seuls... Une maman m'a contactée ainsi, me révélant qu'elle se fait frapper par son fils adoptif. Elle m'a remercié de parler, car elle n'ose pas. Elle aime son fils. Je lui envoie force et courage.images-11.jpeg

Si j'écris ainsi, c'est bien sûr aussi pour les enfants adoptés... pour qu'ils se rendent compte en me lisant de l'impact de tout cela dans le coeur d'une maman ou d'un parent adoptif. Pour tenter d'expliquer ce qui se passe dans leur coeur, avec des mots placés comme des points d'acupuncture... des mots pour des maux. Car ils souffrent véritablement... En premier lieu : d'un arrachement certain commun à "ceux qui vivent loin de chez eux".

____Écrit le 13 avril 2008 ________ _______ ____________ _____________ ____________ ______________ ___________________ Chloé Laroche

 

 

images-17.jpegLE RÉCIT DE MON VOYAGE AU BÉNIN

et de l'arrivée de ma fille en France :



J’ai pleuré de joie en Afrique car mon coeur s’est enflé d’amour pour cette enfant, Yacinthe, qui était maintenant mon sang et ma chair, tout comme Julia, mon autre fille venue de Roumanie. Le mystère de l’adoption est inconnu mais il existe réellement. Un lien mystérieux se crée, un lien plus fort que tout.

Lorsque j’ai pris le train pour Paris et que j’ai embarqué dans l’avion me menant au Bénin vers ma fille, lorsque mon regard a croisé celui de l’Afrique, lorsque j’ai vu Yacinthe pour la première fois dans l’obscurité de la nuit à Cotonou... mon âme a tremblé comme pour un enfantement. Une histoire d’amour est née. Pendant une semaine, ma fille ne m’a plus quittée. Elle dormait sur moi la nuit et me réveillait pour me parler. Je lui chantais des chansons et lui parlais tendrement. Durant la première nuit, elle m’a secouée dans mon sommeil et m’a réclamée à boire puis à manger. Elle a croqué toute la nourriture qui restait dans mon sac. Elle avait faim. Faim de nourriture et faim d’amour...

Elle m’a suivie avec mon violon lorsque je suis allée jouer pour tous les enfants de son école puis pour les jeunes du collège de Takon. Il y avait des dizaines et des centaines d’yeux fixés sur moi alors que je leur chantais des mots de paix et d’amitié, alors que je sortais mon archet et que je les charmais avec des airs du monde entier. Et puis, il y avait ces deux yeux qui me regardaient et qui me disaient : “Maman, je t'aime. Ne m’oublie pas, dis. J’ai tellement besoin de toi.”

Yacinthe, au bout d’une semaine avec moi dans son pays, avait hâte de monter dans le taxi et d’arriver à l’avion nous menant vers Paris. Je ne l’ai sentie rassurée que lorsque nous avons attaché notre ceinture, bien assises l’une près de l’autre dans le grand oiseau de fer, après les multiples contrôles de l’aéroport. Cela faisait plusieurs mois qu’elle rêvait à ce grand voyage pour la France et qu’elle attendait ma venue. Il a fallu attendre que tous les papiers d’adoption soient en règle pour que tout cela se réalise, après de nombreuses et longues formalités.

À son arrivée, Yacinthe était heureuse. Elle avait réalisé son rêve : avoir une nouvelle famille, un nouveau pays, des parents qui l’aiment, une maison pleine de jeux, de poupées, d’habits pour se faire belle... Elle aurait voulu être toute seule avec nous, être notre enfant unique, comme elle me l’avait confié une nuit en Afrique, mais, tout s’est bien passé avec Julia, sa soeur adoptive venue de Roumanie. Elles se sont entendu à merveille et Julia a même eu du mal pendant longtemps à se retrouver sans elle.images-23.jpeg

Yacinthe a remarqué rapidement que Julia était différente et l’examina dans ses mimiques, ses gestes muets pleins de sens. Nous lui avons expliqué d’où venait Julia avant d’être avec nous ainsi que ses difficultés pour parler et entendre. Nous lui avons parlé aussi de son opération dans la bouche et aussi du fait que Julia peut entendre désormais grâce à un appareil spécial.

Et puis, Yacinthe a prié en secret pour avoir un petit frère et une petite soeur. “Tous les soirs, je priais pour ça”, m’a t-elle dit, un large sourire aux lèvres à l’annonce de ma grossesse. Julia, de son côté, a senti que j’étais enceinte avant que je le lui dise. Elles aiment leur frère et Yourdine aime ses deux soeurs.

Mais aujourd’hui, quand j’entends résonner les paroles du Juge qui m’a dit, le 4 mars 2008, par rapport à l’adolescence de Yacinthe et à son comportement parfois difficile : “Madame, il va falloir, pour que cela aille mieux avec votre fille, que vous fassiez votre mea culpa d’être allée la chercher en Afrique...” et qu’elle m’a dit aussi : “Madame, vous n’aurez jamais l’adoption vu les difficultés du dossier après cinq années...”, je me sens anéantie et si peinée.

images-25.jpegCe que m'a dit la Juge ce jour-là m'a fait très mal. Ma fille était dans un orphelinat il y a cinq ans et n'attendait qu'une chose : de partir avec moi dans l'avion. Pendant la semaine où je suis restée avec elle dans l'orphelinat, c'était merveilleux. Comme une naissance. Et aujourd'hui, on m'assène de part et d'autre que je ne suis pas sa mère. C'est difficile et je suis même obligée de motiver mon avocat à me défendre.
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Aujourd'hui, alors que j'avais un agrément, je vais être obligée de reprendre le chemin d'un nouvel agrément pour pouvoir adopter l'enfant dont je m'occupe depuis cinq ans. J'ai mal au fond de moi, mal de ma situation de maman bafouée, humiliée et mal qu'on me rappelle à tout bout de champ que je ne suis pas la mère de ma fille, juridiquement. C'est un arrachement incompréhensible, un écartèlement entre la loi française et les faits : fait que je m'occupe de ma fille comme une mère à part entière depuis 2003, fait que je l'assume entièrement affectivement et matériellement. Je demande juste que l'État français me reconnaisse comme sa maman et Yacinthe comme française.200421495-001.jpg

Je poursuis mon engagement envers ma fille et quand je n'y crois plus ou que je suis désespérée, je regarde la fin de ma vie et je me dis que tous dans cent ans... on ne sera plus là, et que finalement c'est l'amour qui restera.. pas les paperasses. Malheureusement, c'est aussi les blessures et les injustices qui resteront... mais à un autre niveau de justice. Je veux dire que devant l'amour, les paroles blessantes que j'ai pu entendre ou les décisions injustes seront balayées par le temps et l'infini. Je pense qu'adopter un enfant, c'est s'engager envers lui, au-delà de tout le reste, même si cet enfant nous hurle dessus qu'on n'est pas sa mère ou son père.

Ma première fille est décédée en 1997, d'une encéphalite foudroyante. Son départ a laissé un grand amour de mère soudain orpheline et la douleur profonde causée par son absence m'a donné la force et l'énergie de me battre pour mes deux filles adoptives, venues de Roumanie et du Bénin. Ma fille de Roumanie est handicapée et l'association SERA et CARE recherche encore d'autres familles pour d'autres enfants handicapés et ayant besoin de soins médicaux... ayant besoin d'amour et d'une famille pour se reconstruire.

Je vais continuer de me battre pour Yacinthe. Redemander un agrément pour l'adoption. Un agrément, cela a représenté pour moi, pour nous, entre 1999 et 2000, des mois d'investigation, d'enquête, d'entretiens avec la psychologue et l'assistante sociale, de questionnements sur nos vies, de réflexion profonde sur l'engagement envers un enfant qui ne vient pas de notre ventre mais qui vient de notre coeur... et au final de notre chair profonde.images-10.jpeg

C'est ça l'amour. Recommencer, même après que tout soit fini.

images-18.jpegChloé Laroche

Mon autre site : http://violonistenciel.site.voila.fr


Référencement instantané


_____________ COMMENTAIRE :

Par Laetitia, le 14 avril 2008.

"Coucou ma grande ! Effectivement nos enfants sont les nôtres quoiqu'on puisse nous en dire. On les aime, on les a portés dans notre coeur, bien plus longtemps que d'autres mères qui ont porté leurs enfants dans leur ventre. Nos enfants ont une blessure primitive qui les caractérise. Je crois bien que tous ces mensonges supplémentaires ne font que déstabiliser certains enfants qui, malgré la bonne foi de leurs parents adoptifs, se retrouvent avec une histoire pas bien jolie de parents biologiques qui non seulement les ont abandonnés mais font des choses affreuses pour se dédouaner ou pour éviter d'être jugés. Je ne juge pas leur attitude, mais je dis qu'effectivement c'est catastrophique.

C'est moi qui connais ce couple qui a traversé l'enfer avec leur adoption à Madagascar ; ils en sortent affaiblis et détruits d'une partie d'eux-même !!!

Je t'envoie 100000 bisous et tu sais que je suis là !!!
Ce soir je penserai à tes enfants et à ton ange, je me dis que ça ne peut faire que du bien !!"

Laetitia

 

____________ VOIR LES ARTICLES ÉCRITS DEPUIS... SUR CETTE ADOPTION, DANS LA MÊME CATÉGORIE :

"HANDICAP, PARENTALITÉ ET ADOPTION"... http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/handicap-parentalite-et-adoption/

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14/04/2008

Pardon sans excuses pour une adoption choisie

1012709335.jpgpour toi, Yacinthe, avec toutes mes pensées.

YACINTHE________

Yacinthe n’était pas grande
lorsque je l’ai vue la première fois
Elle me regardait dans la nuit
ses grands yeux noirs
Au coeur de l’Afrique
et je restai saisie

Je restai saisie
d’un amour qu’elle retint
Me prenant de son regard
elle me garda pour elle
M’arrachant de sa terre
pour que je l’emmène

Pour que je l’emmène
le plus vite le plus loin
De ce pays où les larmes
ont rempli son âme d’ombre
De cette terre qui a pris son enfance
et moi j’avais ce poids à enlever

J’avais ce poids à enlever
de son coeur endolori
Elle ne lâcha plus mon sourire
de mes nuits et tous mes jours
Elle me prit par la main
pour traverser l’océan

Pour traverser l’océan
nous nous prîmes la main
Dans l’avion qui l’arracha
aux racines d’années tristes
Où elle vit l’effroi couper
les ailes des anges

Les ailes des anges
camarades orphelins en enfer
Ceux qu’on frappent et qu’on tue
ces petits qu’on force à travailler
Obligation de porter mille pierres
pour gagner le droit de manger

Pour gagner le droit de manger
ma fille a porté sur sa tête
Des seaux de terre et de roche
et dans ses bras la force est restée
Quand elle se dresse aujourd’hui
devant moi je tremble

Devant elle je tremble
car je sens le volcan
Celui de la colère
raz-de-marée d’enfant évadée
D’un enfer qu’elle transforme
en paradis de ses rêves

Dans le paradis de ses rêves
ses parents d’Afrique l’attendent
Au pied de l’avion avec mille fleurs
elle leur dit tout son amour
Et combien son coeur est plein
de tout ce qui n’a pas été dit

Tout ce qui n’a pas été dit
les pourquoi les comment
L’abandon la polygamie
les frères et soeurs qui sont restés
Cette soeur qu’elle aurait voulu
arracher de l’enfer révolu pour elle

Tout ce qui n’a pas été dit
les comment les pourquoi
Maman pourquoi c’est toi
qui m’aime et pas elle
Ma Maman d’Afrique
elle me manque

Elle te manque mais je suis là
ils te manquent mais nous sommes là
Et tu te reconstruis de racines
en terre apprivoisée d’adoption
Enracinée en amour et regards
posés sur ta vie endolorie

Pardon de t’avoir arrachée à ta terre
mais je ne pouvais faire autrement

ma Yacinthe

Ta Maman de coeur et de sang
Chloé

Ce 14 avril 2008, Grenoble

 
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