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09/10/2017

Violon, loup et baskets... et autres textes de Chloé Laroche. Poésie, rêves, réalité, humanisme et réflexions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DIAGONALE D'UNE REINE

 

Elle s'en est sortie, Myriam. Sortie de son devoir féminin où elle s'ensablait à l'intérieur de la diagonale des tâches.

Elle est parti avec fougue vers le poignard de sa nuit fertile. Mais le coup fatal du plongeon de l'opération du sein la ramena aux saisons de sa trentaine.

Son sein barricadé de cicatrices la transforma en pirate arguant l'avenir avec de nouvelles voiles, un nouveau trousseau d'existence.

Elle regarda son compagnon et sut qu'elle s'était oubliée dans une fraternité à deux sans hâte ni désir passionné.

Aussi l'emmena t-elle au sein de la nature pour l'enlacer de toute sa féminité.

Les arbres semblaient danser autour d'eux et le sable fin de la rivière souriait doucement sous leurs deux corps enamourés.

La lune jeta un voile bleu sur le couple et Myriam sentit un souffle emporter les pires moments de la maladie, les pires souvenirs de son cancer.

 

Chloé Laroche

 

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RÊVE OURSON

 

Je me trouve dans une grande maison avec mon fils de douze ans. Il se trouve tout en bas et je suis en haut.

À travers une lucarne, j'observe la Voie Lactée et je reconnais la Grande Ourse et son chariot d'étoiles.

Je me laisse prendre dans la constellation galopante et je traverse l'univers qui me décharge soudain de tous mes soucis.

-Ne t'inquiète pas petite mère. Nous aussi on a des soucis avec vous les humains. Ce n'est pas parce qu'il te répond mal que tout est perdu. Ton fils a de la colère envers la vie, c'est tout.
-De la colère ?
-Oui, cette colère qu'il avait quand son père est décédé du cancer. Et puis ce cancer qui a emporté aussi sa grand-mère. Aujourd'hui c'est toi qui est atteinte aussi. Il a peur de te perdre.
-Comment le rassurer ?
-En te battant, en lui disant que tu l'aimes et que tu seras toujours là pour lui, comme nous on est là pour toi, invisibles mais présents.
-Donc, peut-être alors que je vais mourir aussi...
-Oui mais cela n'est pas grave. Les humains meurent tous un jour. L'important est d'être comme un soleil, briller à fond, donner de toute ton âme, aimer très fort, embrasser pleinement la vie."

Je me réveille soudain et j'entends mon fils m'appeler. Je descends les escaliers mais un ours est là. J'ai peur pour mon fils. Peur pour moi de ne pouvoir le protéger alors qu'il a encore besoin de moi. L'ours grogne, il est très menaçant. Il me dit que je vais peut-être mourir mais mon fils sera épargné. Mon fils grandira et deviendra un adulte. Le cancer est un ours mais si j'arrive à le dompter, peut-être que je serai toujours la maman que je souhaite rester afin d'accompagner mon enfant jusqu'à l'autonomie.

Finalement, j'arrive à parler à l'ours qui sort par la porte de derrière. Il part dans la forêt et me laisse en vie. Mon fils ne l'a pas vu mais quand il me voit, il se jette dans mes bras.

-Maman, je t'aime. Tu sais cette nuit j'ai fait un cauchemar. J'ai rêvé qu'un ours te mangeait et qu'une grosse boule roulait vers moi pour m'écraser mais qu'une étoile arrivait du ciel pour détruire la boule. Et toi tu sortais de l'ours toute vivante. Ce n'était plus un cauchemar, c'était beau, maman."

Alors j'ai embrassé mon fils très fort et on a eu plein de larmes irisées de soleil.

 

Chloé Laroche

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14/11/2015

Horreur à Paris... La France pleure ce matin. Des enfants n'auront plus leur maman à leur réveil.

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Bonjour à tous et toutes,

 

Un couple hier soir est allé à un concert à Paris, au Bataclan, boulevard Voltaire. Un homme et une femme heureux de se retrouver tous les deux et de partager cette soirée.

Soudain, le pire. Des hommes entrent en hurlant dans la salle de concert et tirent sur les personnes présentes. La femme est touchée.

L'homme est obligé de lâcher la main de sa compagne ensanglantée, poussé par les policiers.

Elle est morte. Un psychologue du 11 ème tente d'aider cet homme, un grand gaillard.

Il a vu des cadavres tout autour de lui, il a vu une violence inouïe.

Il n'était pas préparé à ça, personne n'était préparé.

Le psychologue lui donne des conseils pour le moment où il va retrouver ses enfants ce matin.

Comment leur dire ? L'horrible nouvelle. Leur maman ne sera plus jamais là.

Cet attentat a eu lieu cette nuit, terrible, avec quatre-vingt morts au sein de la salle de concert.

D'autres attentats ont eu lieu sur Paris au même moment, à d'autres endroits.  Avec plus de cent vingt morts et des centaines de blessés graves.

Le Président était visé lui aussi en plein match. Une réunion d'urgence gouvernementale a été ordonnée à minuit.

Les Parisiens doivent rester chez eux, a décrété le Chef de l'État. Il est trop dangereux de sortir.

Obama s'est exprimé ainsi : "La France a été touchée. C'est comme si on avait blessé l'humanité entière. Ce sont les Droits de l'Homme qui sont visés en plein coeur." 

Ce matin, je pleure pour tous ceux qui sont sortis hier soir pour aller manger au restaurant, pour écouter un concert, pour voir un match, pour fêter un anniversaire... et qui ne souriront plus.

J'adresse toutes mes condoléances à leurs familles, à leurs amis, leurs proches... et j'adresse aussi toutes mes pensées de solidarité aux blessés, aux policiers, aux médecins, au corps médical parisien et aux hommes politiques qui doivent faire face à ce drame terrible et à ces attaques terroristes.

 

Chloé LAROCHEth-54.jpeg

 

 

 

 

Lien de mon dernier livre :

http://jepubliemonlivre.chapitre.com/temoignages/2487-sol...

 

14/05/2014

Un jour d'août, en Maurienne... Récit de la chute d'un ange de quatorze ans, jeune montagnard. Récit sur le destin et l'acceptation de notre impermanence. Notre vie est un mandala.

th-116.jpegBonjour à tous et toutes,

 

Je suis passionnée de montagne et je suis donc dépositaire de cette histoire que je souhaite partager avec vous.

Ces faits sont réels et marquent encore le seul rescapé de cette sortie en montagne, rescapé qui a pris de l'âge mais qui, à chaque 25 août, se souvient et pleure. Il avait seize ans à l'époque mais le destin lui a montré que la mort peut frapper à tout moment et qu'elle peut être terrible et brutale, nous ramenant à notre propre existence de vivants qui bien souvent nous pensons immortels, faisant s'écouler le temps comme si la plage de notre vie était infinie.th-112.jpeg

Un jour donc, il y a fort longtemps, dans les années quarante, en Maurienne, un jeune homme de trente-cinq ans environ décida d'emmener trois jeunes de quatorze, douze et seize ans pour faire l'ascension de la Croix des Têtes en Maurienne.

Il était prêtre et a fait partie de la Résistance, véritable héros de sa région.

Ce jour-là d'août, les quatre hommes laissèrent leur corde dans le sac et grimpèrent comme des chamois dans ces parois que je vous laisse apprécier dans le lien suivant :

http://laurentguerin.pagesperso-orange.fr/montagne/croix-tetes/croix-tetes.html

Le jeune prêtre avait proposé d'emmener Jean, un jeune garçon de quatorze ans qui souffrait d'asthme. "Le bon air de la montagne lui fera du bien", avait-il dit à ses parents.

th-117.jpegEffectivement, lorsque Jean était en montagne, il allait beaucoup mieux et se trouvait transfiguré. Malheureusement, la montagne l'aimait tant aussi qu'elle l'a emporté.

Ils se trouvaient dans une montée de barre rocheuse, dans une paroi, non encordés, lorsque soudain le mauvais temps qui tournait à l'orage leur fit peur. Le meneur décida de redescendre les jeunes gens. Jean se trouvait devant, décalé un peu sur la droite. Il savait se tenir sur les rochers et grimper sur les parois comme un chamois. Mais lorsqu'il voulut redescendre, la pierre sous son pied céda et il chuta, sur plus de trente mètres.th-111.jpeg

Le jeune de seize ans le vit tomber et il se rappelle encore de ce corps disloqué, de ce cerveau éclaté, des membres écartelés par la paroi et les rochers en contrebas. Son ami était mort, si brutalement, si violemment. Sans qu'il ait pu lui dire adieu.  

Il fit preuve d'un grand courage, protégeant en même temps le jeune de douze ans d'autres chutes, car avec le prêtre, ils durent porter le corps jusqu'au torrent le plus proche, avant d'aller chercher des secours pour emmener la dépouille. Ce fut horrible pour ces trois humains qui ne voyaient en la montagne que la résonance de leurs rires quelques heures auparavant. Ils pensaient au fait qu'ils ne s'étaient pas encordés. Seraient-ils encore vivants s'ils avaient été solidaires de leur ami avec la corde installée, emportant les quatre hommes dans un destin final, ou bien auraient-ils pu lui éviter cette chute terrible ?

P1170644 - copie.JPGLes parents du jeune décédé acceptèrent la mort de leur fils sans porter plainte ni chercher d'ennui au meneur de cette randonnée. Ils dirent que c'était le destin, sans vouloir faire porter sur quiconque le poids d'une responsabilité incombant au seul tort d'une pierre qui se décroche, entraînant la chute d'un ange.

Lorsque je contemple les créateurs d'un mandala de sable, j'observe qu'ils créent une oeuvre magnifique, comme la femme porte son bébé en elle durant neuf mois, pour ensuite le donner à la vie.

Puis, le mandala reste là durant des jours, offert à la contemplation de ceux qui savent l'apprécier, dans le silence des yeux qui savourent sa beauté. Jusqu'au jour où l'on ramasse le sable coloré, le ramenant en une urne qu'on offre à la rivière ou aux vents, tel l'être humain qui retourne à la source des âmes, après avoir offert le déroulement de sa vie aux regards des personnes proches qui resteront à jamais habitées par le mandala de son existence désormais finie ici-bas. th-104.jpeg

Chloé Larocheth-114.jpeg




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Images de Mandalas :

http://www.bing.com/images/search?q=mandala&qpvt=mandala&FORM=IGRE#a

 

 

 

23/04/2014

Dans mon taxi, il y a des fantômes, ceux de tous les patients disparus. Ils écoutent les conversations des vivants, de ceux qui se battent encore.

10171233_10202099469151282_5817836958563807092_n.jpgJe roule dans mon taxi. Un vrai taxi avec une plaque lumineuse au-dessus.

Un taxi dédié au milieu médical.

J'enchaîne les trajets.

J'emmène des patients à l'hôpital ou chez le médecin.

Dans mon taxi, il y a des fantômes, ceux de tous les patients disparus.

Ils se bourrent dans ma voiture, trop contents d'être transportés encore une fois.

Ils écoutent les conversations des vivants, de ceux qui se battent encore.1972483_1482355418645289_5440565091183597941_n.jpg

Ils me voient m'escrimer sur la route, verser des larmes pour eux parfois, parce qu'ils me manquent.

Dernièrement, il y en a trois qui ont rejoint l'au-delà. Trois patients que j'aimais beaucoup, tous âgés et vertueux de courage et d'espoir en la vie. Mais le cancer et les diverses pathologies les ont emportés.

Ils ont laissés ici-bas trois veuves à qui je pense. Trois femmes dont le coeur est béant de tristesse et de manque de leur moitié. Des années avec leur homme et les voici partis, vers un ailleurs indicible. 

10153695_1482355258645305_1767106130118242558_n.jpgCes femmes devront supporter la croix de l'absence et le calvaire du deuil d'un amour qui ne finira jamais.

Aujourd'hui, j'ai transporté un homme qui a rencontré sa femme il y a plus de soixante ans. Il faisait le tour de France des Compagnons et un soir, il a dansé avec une femme au bal, et elle est devenu sa femme pour la vie. Quand on lui demande si le dimanche, il va à la messe, il répond :

"Non, je reste avec ma femme, c'est ma messe à moi."

Cet homme a une profonde sérénité en lui et je sais que les absents, ceux de mon taxi, ont écouté ses confidences avec attention, admiration et envie, bonheur aussi.

Car le bonheur, ça se transmet.P1170749.JPG

 

Chloé Laroche

 

 

07/11/2010

Nous appartenons aujourd'hui à un monde où le mot RECOMMENCER prend tout son sens dans le nombre effarant de séparations, divorces, licenciements, pertes de travail ou de toit, pertes à tout va.

k2501435.jpgBonjour à tous et toutes,

Nous appartenons aujourd'hui à un monde où le mot RECOMMENCER prend tout son sens dans le nombre effarant de séparations, divorces, licenciements, pertes de travail ou de toit, pertes de revenus et perte de toute une vie.

Certains se relèvent vaillamment mais péniblement de ces épreuves, d'autres rebondissent avec brio et énergie et puis d'autres en ont assez et sombrent dans les mares froides et sombres de la peur, de la désillusion, de la dépression, du retrait, du dégoût de tout, du laisser-aller, etc.

On peut comprendre l'homme blasé devant l'amour, depuis que sa femme l'a laissé tomber avec ses deux enfants, pour vivre "à fond" un nouvel amour... On peut comprendre ses paroles cyniques et sa colère.u17939304.jpg

On peut comprendre que celui qui a perdu son emploi après des mois de harcèlement moral n'ait plus envie de rebondir et attend lentement que le travail vienne à lui, que le moral revienne. Il a perdu le feu sacré de celui qui a donné son coeur au travail et qu'on a donné en pâture au mépris, au rejet, à la méchanceté gratuite.

NVS3188.jpgOn peut comprendre que telle femme en ait assez après avoir été agressée dans son emploi par un client et qu'ensuite, après avoir été virée -parce que ça faisait "plus propre"- de son emploi.... elle entende des propos ignobles deux ans et demi plus tard dans la bouche de son nouveau chef, dans un nouvel emploi : "Vous savez, c'est normal qu'elle ait des problèmes ici. Elle en avait déjà dans son travail précédent." Rebondir veut dire quoi alors ? Penser qu'on s'est reconstruit, qu'on va être guérie de cette agression, d'autant qu'il y en a déjà eu encore une autre avant, dans un autre emploi : l'attaque d'une bande.... Juste savoir que certains métiers sont à risques... mais qu'à notre époque une victime devient suspecte d'être agressée et qu'il faut être lisse de partout dans ce monde.

L'univers de l'entreprise est malheureusement un repaire de requins où recommencer devient un jeu de pistes afin de découvrir le patron qui sera plus humain que les autres.

PAA174000078.jpgNotre monde n'accepte plus que recommencer ne nous parle pas car aujourd'hui une personne qui n'aura pas plusieurs métiers successifs dans sa vie, plusieurs postes successifs, ne survivra pas.

Et ne parlons pas du domaine de l'amour. C'est un terrain miné et encadré par les recommencements !

Alors voici pour vous ci-dessous ce petit texte que j'aime beaucoup.

Et bons recommencements à tous !.................

 

Chloé LAROCHE

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Recommence !


"Recommence même si cela te coûte

même s'il faut en payer le prix,
même si tu sens la peur au plus profond de toi.

Recommence même si une illusion s'éteint,

même si tes engagements sont difficiles à tenir,
même si on ignore tes efforts.

NVS3188.jpgRecommence pour donner le meilleur de toi-même

avec enthousiasme et confiance,
comme si tu ressuscitais chaque matin.
Recommence pour rire et offrir
du soleil par tous les temps,
avec joie et avec amour,
comme s'il y avait toujours de quoi se réjouir.

Recommence pour transformer l'existence

avec l'espoir du dialogue
pour jeter des ponts par-dessus les séparations (...)."

(Texte d'une lectrice anonyme du magazine "Prier" du 09/2003)

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INFO DE LA CRÉATRICE DE CE BLOG, CHLOÉ LAROCHE :

 

D'où viennent les photos illustrant les articles de mon blog ? Je fais un gros travail d'illustrations de mes textes avec comme source d'inspiration le site Fotosearch qui, "grâce à son moteur de recherche d'images, vous fait économiser du temps en vous permettant, sur un seul site web, de chercher parmi plus de 7,7 millions d'images de plus de 100 éditeurs de banques de photographies, d'illustrations et de séquences vidéo". Il y a beaucoup de photos libres de droits sur ce site, énormément. Sinon, je mets aussi parfois mes photos... considèrant que l'art est partage. Mes textes sont partagés et aiment ce mariage entre leur sens et le sens des photos choisies. Si un lecteur souhaite que j'enlève une photo et motive sa demande, qu'il me contacte. Merci à tous de votre intérêt pour mon travail.


Chloé LAROCHE____________________________________________________________________________________________________

03/11/2010

J'ai écrit ce texte pour tous les amoureux des arbres et ceux qui croient aux racines de l'amour, celles qui s'ancrent dans les larmes devenues source.

SI UN ÉDITEUR LISAIT CE TEXTE ET CE BLOG ET QU'IL AIT L'IDÉE DE RÉÉDITER CET OUVRAGE ET CES TEXTES, MERCI DE CONTACTER L'AUTEUR DU BLOG... QUI RECHERCHE UN ÉDITEUR POUR PLUSIEURS LIVRES...chloe.email@laposte.net. Merci d'avance !

Cette nouvelle est la quatrième du livre de Chloé LAROCHE : "les Semences de l'Après-Vie"_______________________________Unknown.jpeg

 

Unknown-13.jpegLes

Racines

de

l’Amour

 

____________ Nouvelle n° 4 de Chloé LAROCHE


CE TEXTE EST PROTÉGÉ ET TOUS DROITS RÉSERVÉS


Le cierge s’éteint

Comme le feu de ta vie

Nourris-le d’amour

(haïku de Chloé)


“Dire des morts : “ils ne sont plus”,

c’est non seulement les renier,

mais se renier soi-même et peut-être

renier absolument l’être parlant.”

(de Gabriel Marcel)


Unknown-7.jpegCe jour-là de la Saint-Valentin, Clémentine emmena son fiancé voir son arbre saule. Cet arbre faisait partie de sa vie ; il représentait ses racines, isolé dans un pré.Unknown-15.jpeg

Ses parents avait décidé, lorsqu’elle était petite, que chacun des membres de la famille aurait un arbre, qu’il choisirait dans la nature. Clémentine était enfant lorsqu’elle choisit cet arbre et ce fut le même que celui que prit son frère ; elle et lui étaient presque jumeaux, avec seulement quelques mois de différence.Unknown-9.jpeg

Souvent, elle avait rendu visite à son arbre, l’embrassant et nettoyant ses branches ; chaque fois, elle entourait le tronc avec ses bras et lui racontait sa vie, ses chagrins et ses joies.

C’était un saule pleureur ; sa vitalité et ses bourgeons renvoyaient les pleurs humains à la joie et à l’extase de l’âme saisie par un coucher de soleil.

Ce jour de la Saint-Valentin, Clémentine eut un choc terrible en apercevant de loin le pré nu, désert. Son arbre n’était plus là...

Unknown-4.jpegElle comprit qu’il avait été coupé et elle s’effondra dans l’herbe en sanglotant.

“Clémentine, lui dit Olivier, son fiancé, que t’arrive-t-il ?

-On a coupé mon saule ! C’est terrible ! On a coupé mes racines ! Je l’aimais tant ! Ce n’est pas possible !”

Elle restait là, choquée, sans comprendre. Olivier, de son côté, n’arrivait pas à admettre sa peine immense ; il n’avait jamais pensé à la douleur de perdre un arbre ami ; il n’en avait pas. Si, il avait bien aimé autrefois un chêne près de la maison de ses parents, un chêne immense auquel il s’était attaché ; mais Clémentine ressentait une si grande souffrance pour ce saule, comme si elle avait perdu sa propre mère...! Cela prenait à ses yeux de fiancé des proportions inquiétantes ; il essaya néanmoins de la consoler...00376e8bc87d0b54.jpg

Elle courut vers l’endroit où avait vécu son arbre ;  Olivier la suivit ; ils ne trouvèrent que la souche du saule avec des copeaux éparpillés, traces immondes d’un crime sans nom.

Unknown-3.jpeg“Ils ont coupé mon arbre. Quand arrêteront-ils ? Ils ont déjà coupé celui de mon père, un bouleau, un magnifique bouleau, et celui de ma mère, un hêtre majestueux, à l’orée d’une forêt, à trente kilomètres d’ici. Ce hêtre vivait dans un bosquet, à l’abri du regard des hommes ; ma mère l’aimait car il ressemblait à son être intérieur ; nous l’aimions tous. Un jour, en rentrant de promenade, mes parents nous ont dit : “Quelqu’un a coupé l’arbre de votre mère.” Je n’ai jamais eu le courage de retourner sur les lieux, dans cet endroit où vivait le hêtre de ma mère ; et aujourd’hui c’est mon arbre qui est mort. Pourquoi ?  Je suis si peinée. Ils ont même coupé le petit frêne qui poussait près de mon saule... On disait en souriant, mon frère cadet et moi, que c’était le frêne de notre petit frère benjamin (l’arbre que tu vois là-haut, au sommet de la colline) qui avait voulu se rapprocher de notre arbre ; il représentait notre amour de frères et soeur.”

Olivier serra fort sa fiancée et lui dit :

1e0a099f6e90d1f6.jpg“Les racines de votre amour sont ancrées profondément en toi, en vous ; les racines de ton saule resteront à jamais dans ton coeur. Cet arbre continuera à faire des bourgeons  et à verdir au printemps ; il te donnera la force de traverser les pleurs de ta vie et d’affronter les deuils de ton existence... en pleurant toutes les larmes de ton corps sans perdre ton âme. Il t’apprendra que les larmes qu’on retient creusent une source qui ronge l’âme… Ton saule chantera toujours en toi la chanson éternelle de l’homme solitaire dans le grand pré de la vie ; il te donnera la dignité de rester droite face au mal, face aux rôdeurs de l’existence et face aux épreuves.”

Clémentine écoutait parler Olivier tout en se disant :Unknown-14.jpeg

“Comme il me parle ! Il doit être inspiré. Ce qu’il dit est si profond... Il ne m’avait jamais parlé ainsi.”

Elle l’embrassa et lui dit : “Ce que tu m’as dit est très beau. C’est ton cadeau pour ce jour de la Saint-Valentin ! Mon arbre nous donne le souffle de l’Amour et sera notre ange dans le Ciel de notre futur mariage.”

Jusqu’à ce jour, elle n’était pas sûre de vouloir épouser Olivier mais aujourd’hui elle avait la conviction qu’elle deviendrait sa femme ; elle sut que leur union prenait racine dans la compréhension et le partage du pire comme du meilleur.

Dans les jours et les semaines qui suivirent, elle pleura souvent la mort de son arbre chéri et elle repensait aux paroles d’Olivier...

99f1adffb5a6c2b0.jpgPetit à petit, elle sentit les racines du saule s’ancrer dans son coeur ainsi que son être faire corps avec le sien ; ses bras lui semblaient parfois être des branches et ses larmes des bourgeons.Unknown-5.jpeg

Elle sentait qu’elle devenait femme, ayant coupé les racines de son enfance tout en assimilant les souvenirs heureux et malheureux de cette période de sa vie.Unknown-14.jpeg

Le saule faisait revivre en elle tous les moments qu’elle avait partagés avec ses parents, tués dans un accident de voiture alors qu’elle était adolescente ; elle se dit que son arbre saurait les embrasser pour elle au Paradis et leur dire combien ils lui manquaient, combien ils lui avaient manqué, combien ils lui manqueraient toujours.

Ne plus voir ses parents, ne plus leur parler, ne plus les embrasser avait été et était toujours très difficile pour Clémentine, insurmontable parfois.

416500fd42b96950.jpgAujourd’hui, elle allait dire oui à son fiancé Olivier, oui pour la vie... une vie qui offre parfois le pire : perdre ceux que l’on aime.

 

Chloé LAROCHE

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Tuerie des forêts

Que Dieu a permis d’hêtre

Troncs du Paradis

(HAÏKU de Chloé L)

 

_____________ __________________________ Ce texte est protégé et ne doit pas être recopié ou utilisé sans l'accord de l'auteur. Ouvrage déposé. ______________

"Les Semences de l'Après-vie" est l'ouvrage inspiré par l'amour infini que porte Chloé Laroche à sa fille Océana, envolée à l'âge de deux ans et demi vers l'Au-Delà. Elle a écrit 13 nouvelles dans ce livre qu'on ne trouve plus dans le commerce. C'est pour cela que Chloé a choisi de partager avec vous ces 13 nouvelles dans ses 13 prochains articles, ici sur son blog.... "Je souhaite par ce livre donner force et courage à toutes les personnes endeuillées et leur dire que la mort n'est pas véritable séparation ni trou noir du néant ; les êtres aimés disparus sont unis à nous pour la vie... qui ne finit pas." (extrait de la 4ème de couverture du livre de Chloé Laroche)______________________________________


12/06/2008

Flashs-back de mon métier d'ambulancière. Vie et mort. Maladie et courage. Solitude et isolement. Regard sur un métier merveilleux mais peu reconnu.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



CHRONIQUES
D'UNE AMBULANCIÈRE________________ _________________ _________________ solitude,isolement,handicap,ambulance,deuil,anévrisme,ambulancier,dépression,suicide,écoute,métier,isère,taxi,vsl,musique,moto,accident moto,paraplégique,vie,combat,maladie,rééducation,courage,résilience,urgence,femme enceinte,perte sang,bébé,enfant,prise en charge,médical,médecin,hôpital,témoignage,vérité,blog,livre internet,édition,éditeur,vivant,avenir,espoir,tragédie,drame,perte,amputation,hospitalisation,peur





Ce qui me frappe le plus, ce sont la solitude et l’isolement de certains patients.

Un soir, nous avons été appelés en urgence avec mon coéquipier pour une dame qui faisait une hémorragie vaginale. Elle était assise par terre dans sa cuisine. Il y avait du sang près d’elle. Du sang qui s’était écoulé violemment de ses entrailles. Son bébé de quelques mois était posé près d’elle, impuissant et démuni face à la souffrance de sa mère.

Nous les avons emmenés tous les deux à l’Hôpital. Le père était, selon cette maman, incapable de s’occuper de l’enfant. Nous avons donc confié ce dernier au service de pédiatrie. La jeune mère n’avait plus d’amis, son mari n’étant pas pour qu’elle en ait et plutôt contre... Un mari en situation irrégulière, un mari à protéger dans la solitude d’une vie captive de l’amour.

Nous avons confié cette jeune personne aux Urgences gynécologiques et lui avons laissé en quittant le service quelques mots rassurants pour elle et son bébé.



Je me souviens aussi de cette jeune femme africaine, transportée il y a quelques semaines. Nous l’avons sortie d’un hôpital pour l’emmener dans un autre. Durant le voyage, j’étais à l’arrière de l’ambulance, auprès d’elle, et je l’ai écoutée. Elle était belle, sauvage et écorchée vive dans l’âme.

-J’ai fait une connerie”, m’a-t-elle dit. Ce qui voulait dire en d’autres termes qu’elle venait de faire une tentative de suicide.

Elle vivait dans une totale solitude. Une solitude d’isolement qui sentait la blessure du racisme. Elle pleurait son pays et ne se sentait en aucune façon intégrée dans sa petite ville de province. Elle m’a parlé de ce racisme vécu au quotidien, dans le travail et dans la rue. Pourquoi elle, si jeune et si belle. La couleur de sa peau envahissait tant le coeur des gens qu’ils ne voyaient plus cet être humain en face d’eux ? Je lui ai parlé de la communauté africaine implantée à cinquante kilomètres, dans la grande ville voisine. Pour tisser des liens. Refaire surface avec son identité culturelle. Mais elle n’avait malheureusement pas de voiture.

La dépression n’a pas de couleur et le désespoir peut hélas tomber sur chacun des habitant de la Terre, par-delà toute frontière et sous n’importe quelle latitude. Relever la tête et se battre, ne pas se laisser abattre, est le don du courage laissé à chacun de nous, que nous soyons noirs ou blancs, jaunes ou rouges.

Nous avons laissé cette jeune femme dans sa nouvelle chambre hospitalière. Elle allait pouvoir se reposer. Mais je savais en la quittant qu’un sourire était né dans son coeur, une étincelle d’espoir, une lueur allumée par notre échange.



Un après-midi, nous sommes allés dans un centre d’accueil spécialisé pour chercher une dame et l’emmener passer un scanner.

C’était une femme jeune, au visage d’ange. Elle était prostrée, paralysée ainsi depuis plus de dix ans.
-C’est une rupture d’anévrisme qui l’a frappée d’un seul coup. Elle était dynamique, pleine d’énergie, de projets et maman d’un petit garçon. Elle a eu un jour très mal à la tête et soudainement elle a disparu dans ce gouffre de la maladie.”

C’était sa soeur qui se confiait ainsi à moi...
-Notre vie dans la famille n’a plus jamais été celle d’avant.”
Elle sortit fébrilement des photos de son sac.
-Tenez, ce sont des photos de ma soeur. Regardez comme elle était belle et épanouie.”
J’ai regardé, très émue, ces photos d’une jeune femme de trente ans, heureuse de vivre. Je me suis dit en voyant ce qu’elle était devenue que la souffrance du Christ offerte sur la croix se poursuit inlassablement dans l’humanité martyre.

Cette crucifixion de la chair et de l’âme, cet écartèlement qui n’en finit plus au coeur de la vie, a commencé dans ma propre existence le jour où des hommes en noir ont cloué et fermé à jamais le cercueil de ma fille de trente mois. Pour continuer à vivre et pour exister pleinement, il faut apprendre à offrir sa souffrance pour qu’une transmutation s’accomplisse dans d’autres vies que la sienne. S’offrir comme un coeur ouvert et le donner aux Anges pour qu’ils le transplantent dans d’autres vies en détresse ou en perdition.

Un collègue m’a dit : “Tu vas t’essouffler. Tu verras, le métier d’ambulancier, c’est un métier de business. Il faut enchaîner les courses le plus vite possible, transporter les patients de façon rentable et puis savoir se préserver soi-même psychologiquement en gardant de la distance avec les personnes transportées. Un jour, tu te surprendras à regarder ta montre lors d’une urgence et à regretter que ce soit sur toi et ton collègue que ce transport est tombé... Un jour, tu te surprendras à penser que tel patient régulier qui sent tellement mauvais car tellement infecté... soit bientôt mort pour ne plus avoir à le transporter.”

”Jamais ! Tu m’entends !”, lui ai-je répondu. Non, cela jamais !

Faire ce métier dans un esprit de service, d’écoute, d’accueil et d’accompagnement du patient, donner un sourire, sourire sans compter, rassurer le malade, le laisser là où on devait le transporter et lui serrer les mains chaleureusement, l’écouter aussi, se taire lorsqu’il veut la paix... Voilà ce qui me motive.

La plupart des ambulanciers ont cet esprit de service. Ceux qui ne l’ont pas changent rapidement de métier ou alors ils se fabriquent une carapace à travers laquelle n’apparaissent plus que des gestes formels et standards.

Le collègue dont je parlais précédemment et qui veut me faire croire que je vais vite changer dans ma façon d’appréhender le métier... ce même collègue est un jeune homme qui sait faire rire les malades. Il sait leur donner de la joie avec son humour naturel. Il se tient proche du malade, scrutant son état de santé, et il est capable, au jugé de ses observations, de me demander de conduire plus rapidement, si c’est moi qui tiens les rênes de l’ambulance, afin que le malade souffre moins longtemps.

Un jour où nous travaillions ensemble, nous avons dû transporter une jeune femme qui venait de subir une césarienne. Il m’a avoué ensuite que cela lui faisait toujours quelque chose de transporter des personnes jeunes.

C’est pour cela que je crois en l’Humanité. C’est parce que même si un être humain dit qu’il se protège de la souffrance d’autrui, qu’il est détaché et éloigné de tous les maux de ses frères humains... il peut être aussi tout le contraire dans les actes concrets.




La Toussaint et le jour des Morts viennent de passer. Les fleurs ont réchauffé les tombes dans les cimetières.
J’ai travaillé durant ces deux jours en ambulance.

Nous sommes allés chercher un homme paraplégique pour le transférer d’un hôpital à un autre.

-Cela fait treize ans que j’ai eu cet accident de moto qui m’a coûté mes jambes, mais vous savez, me dit-il, j’ai plus appris de la vie depuis cet accident que dans mon existence d’avant.”

Cet homme prénommé Serge avait l’oeil vif et son sourire était empli d’enthousiasme envers la vie. Il était, me semblait-il, empli de dynamisme, de volonté et d’ardeur de connaître et d’apprendre. Il passa de notre brancard à son lit sans avoir besoin de notre aide, glissant ses jambes inertes à une rapidité impressionnante.

Dans l’ambulance, nous avons parlé de musique, de clavier, de Jean-Sébastien Bach. Je lui ai dit que j’étais violoniste et que je faisais aussi des concerts. Il m’a confié alors qu’il avait un rêve : apprendre le piano pour arriver à jouer un morceau, la Toccata de Bach.

Je me suis dit qu’être capable d’apprendre à jouer d’un instrument pour interpréter une seule partition, unique et magnifique, c’est comme un grand amour. On peut tout quitter pour lui. Pour une seule personne, une seule sur la Terre, on peut quitter son pays, ses amis, sa famille, aller au bout du monde pour rejoindre l’oasis de son coeur. Pour un seul être, on peut tout apprendre. On peut apprendre à naviguer, à voler dans les airs, à piloter sa vie... apprendre à aimer, muter pour aimer.



La veille de la Toussaint, nous avons emmené un homme âgé qui se trouvait dans une maison de retraite. Il était tombé et il y avait un risque de fracture du col du fémur. Nous l’avons placé dans un matelas coquille afin de lui éviter tout mouvement et pour qu’il ne souffre pas trop aussi pendant le transport vers les Urgences. Lorsque j’ai rempli ses papiers pour la prise en charge, comme nous le faisons pour chaque malade, j’ai remarqué qu’il y avait une note écrite sur la fiche de liaison : “Deux enfants DCD”... Décédés... Il avait perdu ses deux enfants adultes durant la même année !

Une vague de compassion a traversé mon âme et j’ai prié pour cet homme qui restait maintenant tout seul dans cette demeure de fin de vie, veuf et orphelin de ses deux enfants. Je lui ai parlé un peu pendant le transport. Je lui ai dit qu’il avait un beau prénom, celui d’un ange. Le prénom d’un homme qui a tout donné. D’autres auraient écrit... “qui a tout perdu”. Perdre, c’est vivre dans le vide et le néant. Donner, c’est transmuter ses souffrances et les offrir pour que le meilleur advienne.

J’ai compris dernièrement que je ne suis pas vraiment loin de ma fille défunte. La distance qui me sépare d’elle est infime dans le temps de l’infiniment grand de l’univers. Dans soixante-dix ans et peut-être avant, ma vie se terminera et alors je retrouverai Océana et toutes les personnes que j’ai aimées et qui sont parties. Lorsque je regarde le monde tourner et la vie danser autour de moi, je me dis sereinement que dans cent vingt ans, aucun être humain vivant aujourd’hui ne sera plus. Le bébé qui naît aujourd’hui, la femme mère de cinq enfants, le chef de famille qui pense gouverner les siens, le collégien qui apprend, le salarié qui trime... tous seront morts. Et d’autres humains auront pris la relève d’une nouvelle humanité.

C’est pour cela que l’important, c’est de vivre sa vie pleinement, de manière à l’enrichir, à la fleurir, à lui donner les ailes de l’Amour.

Laisser tomber le superflu, le “je m’en foutisme”, l’égoïsme, les regrets où l’on se noie, la nostalgie qui freine la vie, les querelles inutiles, les conflits imbéciles... encore que parfois ces derniers soient nécessaires... et vivre le temps qui nous reste avec tous ceux qui demeurent encore vivants.


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(Fragments de mon ouvrage paru en 2003,

mais épuisé à ce jour : "Transports d'âmes et d'hommes").


POUR LIRE TOUS MES ARTICLES

SUR LE MÉTIER D'AMBULANCIER, MON MÉTIER :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/

18/05/2008

Ultime adieu au père de mon fils, mort sur la table d'opération. Il était ambulancier comme moi.

Au père de mon fils...
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Tu es parti si vite, trop vite. Trop vite aussi de ma vie, de notre vie, il y a deux ans et demi. Tu es décédé brutalement ce lundi, d'un cancer au poumon... Parti sur une table d'opération qui était un espoir, mais qui a été ton dernier voyage. Nous nous étions rencontrés samedi dernier pour Yourdine, notre fils. Tu étais debout, bien vivant. Nous avons parlé. Je suis restée chez toi un moment. Il y avait ton amie, que je respecte. Tu avais perdu tous tes cheveux ; tu avais maigri à cause de la chimiothérapie. Tu étais heureux de voir notre fils qui a trois ans. Vous êtes allés au parc ensemble et puis le soir, je suis revenue. Nous avons encore parlé.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinAvant que nous ne quittions ton foyer, tu as mis soudain une cassette vidéo, sans rien dire. C'était l'histoire de Moïse, avec l'histoire imagée de la création du Monde. Je suis restée avec Yourdine, à regarder avec toi ces images de mers, d'océans, de volcans, d'univers... et j'ai pensé : "Ne me dis pas que tu vas rejoindre si vite la Création...". Je pensais à toi, à ton air grave, à ce côté médium que tu avais, à ce don de clairvoyance et de persuasion que j'ai connu en toi. Tu étais un poète, très inspiré.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin

C'est toi qui m'avais dit un jour, dans les premiers temps où nous nous fréquentions :

"Chaque jour est un combat pour nos semblables. Les combats sont multiples mais se ressemblent tous. Le comble du combat de chacun d'entre nous est qu'il se trouve en notre âme, dans notre coeur. Et ce combat est unique en nous-mêmes."

Je notais ce que tu disais, car je sentais que cela venait de si haut... Et je t'ai aimé. Aimer au point de tout quitter, au point de venir vivre dans ta ville pour que nous demeurions ensemble, au point de te donner un enfant, au point de trouver un logement et de remuer ciel et terre pour nous trouver un nid... Le nid, je l'ai trouvé. Et puis, je t'ai attendu. Attendu.. Au début, les larmes ne font que des chapelets, et puis cela devient ruisseau et puis fleuve qui emporte tout. Il m'a fallu être forte, toute seule dans la vie. Tu ne m'aidais pas, même financièrement.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin

Tu me disais que tu avais du brouillard dans la tête et qu'il te faudrait du temps. Que tu te battais avec toi-même. Qu'il y avait un mur à franchir et que tu cherchais le moyen de grimper dessus pour pouvoir nous rejoindre. Et puis, j'ai découvert un secret... un drame vécu dans ta vie, une déchirure connue de toi seul. Ton coeur déchiqueté par ce drame était enflé de mille larmes, que jamais tu n'as pu me montrer. Et moi, je portais ton enfant et je sentais ce poids, et je voulais savoir. Quand j'ai su, c'était trop tard. Le brouillard avait pris ta vie. La peur de t'engager plus avant. Tu ne voulais pas de contraintes et les promesses que tu m'avais faites se sont envolées dans la flamme du temps qui passe.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinEn octobre 2005, j'ai écrit ce texte pour toi :

J'ai mal
de cette traversée du désert
Mal à mon oasis... mal
D'un mur où derrière
reste un homme
Qui n'arrive pas
À passer le mur
C'est le père de mon fils..
Et j'ai mal de
cette traversée d'abandon
De ces pointillés de solitude
Où les roses de l'amour
meurent de soif
De n'avoir plus d'oasis
De ne pas comprendre
Le mur invisible
Du coeur d'un homme
Qui de pierre nous a perdu
Dans le désert des solitudes
Pourtant une femme...
A essayé de briser le mur
Cette femme, moi sans toi. 5285cb733375c130a25fb3ef740e22b8.jpg

Puis, en décembre 2005, tu es passé nous voir comme un soleil d'espoir. Notre fils avait neuf mois. Tu m'as promis ce jour-là de passer plus souvent. Yourdine t'avait retrouvé en une heure de temps et tu es parti en me donnant un baiser et la promesse de tes yeux. Ce fut le dernier et Yourdine est tombé malade de cette attente si longue, de sa demande d'un papa, le sien... papa qui ne revient pas.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinIl a toussé trois mois, comme si l'explosion de cette attente atteignait sa vie de petit homme et le souffle d'un fils qui a besoin de son père. En janvier 2007, tu es revenu sans prévenir et je t'ai fait comprendre que je voulais d'abord parler avec toi, avant que tu revoies ton fils, afin de poser les bases d'un équilibre pour Yourdine, mais tu l'as mal pris, envoyant même des pierres contre la vitre. Ce jour-là, j'ai eu peur et je voudrais que ce moment n'ait jamais existé, sachant ce que nous avions partagé et le lien fort qui nous unissait.

Et puis, en novembre 2007, tu es revenu dans la vie de notre enfant avec sagesse. Yourdine était si heureux de te retrouver. Il était fier de t'avoir comme papa. Tu lui manqueras beaucoup et pour moi, ton départ représente un grand vide dans mon coeur car tu étais le père de mon fils et ça, c'est sacré, devant l'Univers.

deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelinIl y a trois jours, il t'a vu une dernière fois, au PFI. Je lui ai bien expliqué les choses, avec les conseils d'une psychologue formée au deuil et à l'accompagnement des survivants. Yourdine t'a regardé un court instant. Il a vu tes yeux fermés et que tu ne parlais plus. Il m'a vu poser des roses près de ton corps. Puis il s'est échappé et a grimpé sur un fauteuil, pour rejoindre la vie, dans le sourire innocent de l'insouciance. Tu étais étendu sous un drap, à l'endroit où se trouvait Océana, ma fille que j'ai perdu il y a onze ans. C'est lorsque nous sommes sortis à l'extérieur que la colère est sortie dans le coeur de Yourdine. Il a jeté son doudou et de ses poings m'a frappée.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin


Ce matin, nous t'avons dit adieu avec Yourdine, une dernière fois, avant qu'ils ne referment le cercueil. Et puis ils t'ont emmené vers ta dernière demeure, au cimetière, d'où tu as pris ton envol vers des cieux plus cléments.

Je parle à ton fils de ton départ avec des mots simples, des mots réels. Je le rassure, je lui dis que tu ne souffres plus, que tu l'aimes et que l'amour ne s'arrête pas. Je l'entoure de ma présence, de vie et de force... pour qu'il ait envie de manger, de s'amuser, de sourire à la vie. Il y a deux jours, il a repoussé son assiette en te réclamant. "Je veux mon Papa." Et puis il y a eu de sa part des gestes de colère, colère envers la vie. Lui dire qu'il a le droit d'être en colère, de pleurer aussi, d'être triste.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin,opération,cancer,tumeur,clinique des cèdres échirolles,mort,décès brutal,paternité,papa,enfant,deuil,larme,perte,absence,amour,séparation,santé,peine enfant,abandon,intuition,moïse,amour,attente,couple,maternité,souffrance,promesse,sacrifice,solitude,deuil,veuvage,recueillement,souvenir,pardon,vie,hommage,


Perdre son papa, c'est un grand vide dans le coeur, dans la vie. Aujourd'hui, pour lui, aller à la cérémonie, du haut de ses trois ans, c'était courageux. Mais il a vu toute ta famille, tes frères et soeurs, tout ce monde qui t'aimait. Les hommes aussi qui se sont tous rassemblés devant ton cercueil au cimetière pour prier en arabe, comme un salut céleste venu de l'humanité.

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Je te dis adieu et je te remercie de m'avoir donné cet enfant, ce beau petit garçon qui sourit à la vie et qui est curieux de tout. Depuis le mois de novembre, tu avais retrouvé une présence auprès de lui et il y tenait.deuil,hommage,père,rencontre,couple mixte,deuil enfant,orphelin,opération,cancer,tumeur,clinique des cèdres échirolles,mort,décès brutal,paternité,papa,enfant,deuil,larme,perte,absence,amour,séparation,santé,peine enfant,abandon,intuition,moïse,amour,attente,couple,maternité,

Que ton âme parte en paix rejoindre le Créateur.

Chloé

__________ Voir la fin de la page : "Sos d'une maman et conductrice de taxi sur Grenoble" où je parle aussi du départ du père de Yourdine :

http://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/04/10/

sos-d-une-maman-et-conductrice-de-taxi.html


La fleur blanche "berceau de Moïse" vient du site :

http://gardenbreizh.org/photos/berlugan/photo-127221.html

MERCI À SON AUTEUR : Berlugan.



 
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