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03/11/2010

J'ai écrit ce texte pour tous les amoureux des arbres et ceux qui croient aux racines de l'amour, celles qui s'ancrent dans les larmes devenues source.

SI UN ÉDITEUR LISAIT CE TEXTE ET CE BLOG ET QU'IL AIT L'IDÉE DE RÉÉDITER CET OUVRAGE ET CES TEXTES, MERCI DE CONTACTER L'AUTEUR DU BLOG... QUI RECHERCHE UN ÉDITEUR POUR PLUSIEURS LIVRES...chloe.email@laposte.net. Merci d'avance !

Cette nouvelle est la quatrième du livre de Chloé LAROCHE : "les Semences de l'Après-Vie"_______________________________Unknown.jpeg

 

Unknown-13.jpegLes

Racines

de

l’Amour

 

____________ Nouvelle n° 4 de Chloé LAROCHE


CE TEXTE EST PROTÉGÉ ET TOUS DROITS RÉSERVÉS


Le cierge s’éteint

Comme le feu de ta vie

Nourris-le d’amour

(haïku de Chloé)


“Dire des morts : “ils ne sont plus”,

c’est non seulement les renier,

mais se renier soi-même et peut-être

renier absolument l’être parlant.”

(de Gabriel Marcel)


Unknown-7.jpegCe jour-là de la Saint-Valentin, Clémentine emmena son fiancé voir son arbre saule. Cet arbre faisait partie de sa vie ; il représentait ses racines, isolé dans un pré.Unknown-15.jpeg

Ses parents avait décidé, lorsqu’elle était petite, que chacun des membres de la famille aurait un arbre, qu’il choisirait dans la nature. Clémentine était enfant lorsqu’elle choisit cet arbre et ce fut le même que celui que prit son frère ; elle et lui étaient presque jumeaux, avec seulement quelques mois de différence.Unknown-9.jpeg

Souvent, elle avait rendu visite à son arbre, l’embrassant et nettoyant ses branches ; chaque fois, elle entourait le tronc avec ses bras et lui racontait sa vie, ses chagrins et ses joies.

C’était un saule pleureur ; sa vitalité et ses bourgeons renvoyaient les pleurs humains à la joie et à l’extase de l’âme saisie par un coucher de soleil.

Ce jour de la Saint-Valentin, Clémentine eut un choc terrible en apercevant de loin le pré nu, désert. Son arbre n’était plus là...

Unknown-4.jpegElle comprit qu’il avait été coupé et elle s’effondra dans l’herbe en sanglotant.

“Clémentine, lui dit Olivier, son fiancé, que t’arrive-t-il ?

-On a coupé mon saule ! C’est terrible ! On a coupé mes racines ! Je l’aimais tant ! Ce n’est pas possible !”

Elle restait là, choquée, sans comprendre. Olivier, de son côté, n’arrivait pas à admettre sa peine immense ; il n’avait jamais pensé à la douleur de perdre un arbre ami ; il n’en avait pas. Si, il avait bien aimé autrefois un chêne près de la maison de ses parents, un chêne immense auquel il s’était attaché ; mais Clémentine ressentait une si grande souffrance pour ce saule, comme si elle avait perdu sa propre mère...! Cela prenait à ses yeux de fiancé des proportions inquiétantes ; il essaya néanmoins de la consoler...00376e8bc87d0b54.jpg

Elle courut vers l’endroit où avait vécu son arbre ;  Olivier la suivit ; ils ne trouvèrent que la souche du saule avec des copeaux éparpillés, traces immondes d’un crime sans nom.

Unknown-3.jpeg“Ils ont coupé mon arbre. Quand arrêteront-ils ? Ils ont déjà coupé celui de mon père, un bouleau, un magnifique bouleau, et celui de ma mère, un hêtre majestueux, à l’orée d’une forêt, à trente kilomètres d’ici. Ce hêtre vivait dans un bosquet, à l’abri du regard des hommes ; ma mère l’aimait car il ressemblait à son être intérieur ; nous l’aimions tous. Un jour, en rentrant de promenade, mes parents nous ont dit : “Quelqu’un a coupé l’arbre de votre mère.” Je n’ai jamais eu le courage de retourner sur les lieux, dans cet endroit où vivait le hêtre de ma mère ; et aujourd’hui c’est mon arbre qui est mort. Pourquoi ?  Je suis si peinée. Ils ont même coupé le petit frêne qui poussait près de mon saule... On disait en souriant, mon frère cadet et moi, que c’était le frêne de notre petit frère benjamin (l’arbre que tu vois là-haut, au sommet de la colline) qui avait voulu se rapprocher de notre arbre ; il représentait notre amour de frères et soeur.”

Olivier serra fort sa fiancée et lui dit :

1e0a099f6e90d1f6.jpg“Les racines de votre amour sont ancrées profondément en toi, en vous ; les racines de ton saule resteront à jamais dans ton coeur. Cet arbre continuera à faire des bourgeons  et à verdir au printemps ; il te donnera la force de traverser les pleurs de ta vie et d’affronter les deuils de ton existence... en pleurant toutes les larmes de ton corps sans perdre ton âme. Il t’apprendra que les larmes qu’on retient creusent une source qui ronge l’âme… Ton saule chantera toujours en toi la chanson éternelle de l’homme solitaire dans le grand pré de la vie ; il te donnera la dignité de rester droite face au mal, face aux rôdeurs de l’existence et face aux épreuves.”

Clémentine écoutait parler Olivier tout en se disant :Unknown-14.jpeg

“Comme il me parle ! Il doit être inspiré. Ce qu’il dit est si profond... Il ne m’avait jamais parlé ainsi.”

Elle l’embrassa et lui dit : “Ce que tu m’as dit est très beau. C’est ton cadeau pour ce jour de la Saint-Valentin ! Mon arbre nous donne le souffle de l’Amour et sera notre ange dans le Ciel de notre futur mariage.”

Jusqu’à ce jour, elle n’était pas sûre de vouloir épouser Olivier mais aujourd’hui elle avait la conviction qu’elle deviendrait sa femme ; elle sut que leur union prenait racine dans la compréhension et le partage du pire comme du meilleur.

Dans les jours et les semaines qui suivirent, elle pleura souvent la mort de son arbre chéri et elle repensait aux paroles d’Olivier...

99f1adffb5a6c2b0.jpgPetit à petit, elle sentit les racines du saule s’ancrer dans son coeur ainsi que son être faire corps avec le sien ; ses bras lui semblaient parfois être des branches et ses larmes des bourgeons.Unknown-5.jpeg

Elle sentait qu’elle devenait femme, ayant coupé les racines de son enfance tout en assimilant les souvenirs heureux et malheureux de cette période de sa vie.Unknown-14.jpeg

Le saule faisait revivre en elle tous les moments qu’elle avait partagés avec ses parents, tués dans un accident de voiture alors qu’elle était adolescente ; elle se dit que son arbre saurait les embrasser pour elle au Paradis et leur dire combien ils lui manquaient, combien ils lui avaient manqué, combien ils lui manqueraient toujours.

Ne plus voir ses parents, ne plus leur parler, ne plus les embrasser avait été et était toujours très difficile pour Clémentine, insurmontable parfois.

416500fd42b96950.jpgAujourd’hui, elle allait dire oui à son fiancé Olivier, oui pour la vie... une vie qui offre parfois le pire : perdre ceux que l’on aime.

 

Chloé LAROCHE

____________________________________Unknown-10.jpeg

 

Tuerie des forêts

Que Dieu a permis d’hêtre

Troncs du Paradis

(HAÏKU de Chloé L)

 

_____________ __________________________ Ce texte est protégé et ne doit pas être recopié ou utilisé sans l'accord de l'auteur. Ouvrage déposé. ______________

"Les Semences de l'Après-vie" est l'ouvrage inspiré par l'amour infini que porte Chloé Laroche à sa fille Océana, envolée à l'âge de deux ans et demi vers l'Au-Delà. Elle a écrit 13 nouvelles dans ce livre qu'on ne trouve plus dans le commerce. C'est pour cela que Chloé a choisi de partager avec vous ces 13 nouvelles dans ses 13 prochains articles, ici sur son blog.... "Je souhaite par ce livre donner force et courage à toutes les personnes endeuillées et leur dire que la mort n'est pas véritable séparation ni trou noir du néant ; les êtres aimés disparus sont unis à nous pour la vie... qui ne finit pas." (extrait de la 4ème de couverture du livre de Chloé Laroche)______________________________________


30/10/2010

Nouvelle que j'ai écrite pour la fin de vie et les accompagnants. "Le chant du cygne en l'homme".

SI UN ÉDITEUR LISAIT CE TEXTE ET CE BLOG ET QU'IL AIT L'IDÉE DE RÉÉDITER CET OUVRAGE ET CES TEXTES, MERCI DE CONTACTER L'AUTEUR DU BLOG... QUI RECHERCHE UN ÉDITEUR POUR PLUSIEURS LIVRES...chloe.email@laposte.net. Merci d'avance !

Cette nouvelle est la deuxième du livre de Chloé LAROCHE : "les Semences de l'Après-Vie".

_________________________________________________42-21058990.jpg

 

k0535130.jpgLe  Chant

du

Cygne

en

l’Homme.

 

____________ Nouvelle n° 2 de Chloé LAROCHE


CE TEXTE EST PROTÉGÉ ET TOUS DROITS RÉSERVÉS


“Notre parole, en archipel, nous offre,

après la douleur et le désastre,

des fraises qu’elle rapporte des landes de la mort,

ainsi que ses doigts chauds de les avoir cherchées.”

(René Char)

 

 

JWW1091.jpgLorsqu’elle apprit la mort de son grand-père, elle était en voyage très loin de chez elle ; elle ne put donc assister à son enterrement. Sa réaction à cette douloureuse nouvelle fut de se cacher sous les couvertures du lit et de pleurer ; elle avait dix-sept ans à peine et adorait ce grand-père qui était tombé gravement malade.Unknown-5.jpeg

Annabella fit le voeu secret d’accompagner plus tard des personnes en fin de vie afin de leur donner tout cet amour qu’elle gardait en elle pour son grand-père... cet amour qu’elle n’avait pas pu lui donner au moment de partir.

Elle poursuivit son voyage et rencontra une jeune fille de vingt ans, Bernadette, qui venait d’apprendre qu’elle avait un cancer ; son état empirait très vite car la maladie se généralisait dans toutes les cellules de son corps.

Annabella allait souvent la voir ; elle était désemparée devant les souffrances de son amie, qui dépérissait à vue d’oeil. Les médecins disaient qu’il n’y avait plus rien à faire... qu’elle était “condamnée”.

Annabella essayait de la réconforter par sa présence ; elle lui tenait la main et lui disait que la mort, c’est comme une naissance.

Unknown-7.jpegElle lui disait qu’un jour elles se retrouveraient au milieu des Anges ; elle lui parlait de ces Anges, de leurs ailes, de leurs sourires, de leur lumière, de cette grâce immanente irradiant de leur être tout entier.

Elle lui disait qu’il y avait de grands Anges, immenses, avec de grandes ailes, mais qu’il y avait aussi de petits anges. “Ces petits anges, ce sont tous les enfants de lumière qui sont partis très tôt de la Terre... Ce sont des âmes si pures que lorsque tu les regarderas de l’autre côté de la mort, ton coeur fondra dans l’amour divin ; ton âme sera emplie du nectar des Mamans de la Terre et tu seras bercée à l’infini par la douceur des Anges... jusqu’au moment où tu deviendras une mère du Ciel pour un de ces petits anges qui partent si vite de la Terre.”Unknown-11.jpegUnknown-12.jpeg

Bernadette se mit à pleurer ; elle sanglotait de joie dans son âme car elle voyait soudain s’ouvrir une magnifique fenêtre dans la mort... mais, dans son corps, elle pleurait de douleur.

Lorsqu’elle mourut, Annabella n’était plus là ; cette dernière était repartie chez elle, après des adieux déchirants... car elles savaient qu’elles ne se reverraient probablement plus sur cette Terre.

Plus tard, beaucoup plus tard, Annabella décida de se former pour pouvoir accompagner des personnes en fin de vie.

Elle a donc fait une formation sur l'écoute et l'accompagnement avec l'association JALMALV... qui signifie "jusqu'à la mort accompagner la vie".

Unknown-10.jpegOr, la veille du jour où elle devait commencer sa première expérience d’accompagnement, elle fit un rêve : elle se trouvait devant son lavabo et il était empli d’eau ; dedans, il y avait une petite sirène qui la regardait ; elles se regardèrent longtemps. Puis la jeune femme pointa son doigt vers elle ; la petite sirène sortit de l’eau et toucha son doigt avec le sien.

Autour d’elles, il y eut soudain une myriade de petits anges ; certains jouaient du violoncelle, d’autres du violon et d’autres encore de la mandoline.

Annabella se réveilla le coeur empli de joie et de lumière ; l’autre monde l’avait touchée, effleurée du bout du doigt ; elle savait qu’elle ferait désormais le lien entre notre monde et celui des Anges.Unknown-9.jpeg

Ce jour-là, elle entra dans la chambre de Vincent, en phase terminale de cancer ; Vincent avait quarante ans et un sourire empli de myosotis épanouis jusqu’au bord des yeux ; il avait des mains qui racontaient toute la sensibilité de son être et des doigts qui semblaient parcourir le clavier de la vie.

Unknown-13.jpegVincent s’adressa à Annabella : “Je suis heureux que vous soyez venue me voir ; je sais que je vais bientôt mourir et vous représentez pour moi le précieux nocher qui m’aidera à traverser la rivière de l’Après-vie.

Donnez-moi la main... vos deux mains ; car demain sera empli de l’aujourd’hui... Vos demains seront emplis de mes mains.

Lorsque je ne serai plus, vous me garderez au creux de vos mains comme un oiseau blotti dans la paume de Saint François d’Assise.”

Annabella avait les mains liées par la vie aux mains de Vincent ; elle était émue par cette force se dégageant de cet instant si fort, si intense, sublimé par le départ immanent dans la mort.Unknown-14.jpeg

Unknown-3.jpegLa jeune femme dit à Vincent : “Je vous garderai toujours dans le creux de mes mains. Vous savez, je joue du violoncelle et chaque fois que je jouerai, votre âme vibrera à travers mon âme jusqu’à faire vibrer l’âme de mon instrument. Là où vous serez, vous percevrez certains sons d’ici : ce seront les miens.”

Vincent murmura : “Dieu vous bénisse. Quel merveilleux cadeau vous me faites ! De ma vie, je n’avais entendu de mots plus doux, de promesses plus belles, de musiques plus émouvantes. Oui, la vie continue et quelle preuve plus belle que la musique pour prouver au monde que les sons unissent les vivants et les morts !

Ne vous arrêtez jamais de jouer de votre violoncelle car le son est créateur et la vibration unit les mondes, apportant  la Paix aux âmes.”

En disant ces mots, Vincent serra très fort les mains d’Annabella, qui fit de même.

 

bxp46943.jpgElle vint souvent le voir, régulièrement.

Et puis un jour, arriva le dernier jour. Le ciel était rouge et les arbres commençaient à perdre leurs feuilles.

 

Vincent rendit son dernier soupir ; sa tête se pencha sur le côté et ses doigts se détendirent...

Annabella chanta doucement la mélodie du Chant du Cygne qu’elle aimait jouer le soir sur son violoncelle.Unknown-8.jpeg

Elle se souvint de son rêve avec cette magnifique créature dans le lavabo ; il lui sembla soudain qu’une myriade d’anges emplissait la pièce... jouant avec elle le Chant du Cygne de Saint-Saëns.

Unknown.jpegElle se mit à pleurer des larmes de sirène, des larmes pures faites de rosée et de neige descendues des hauts sommets de l’Âme humaine.

Elle pensa très fort à Bernadette et à son grand-père ; lorsqu’elle rentra chez elle, elle joua pour eux et pour Vincent l’Hymne à la Joie ; ses doigts couraient sur le violoncelle et, dans le creux de ses mains, un feu sacré brûlait et irradiait chaque note de prières vives et immortelles.u11176076.jpg

 

 

Dieu a fait la mort

Pour que les vivants sachent

Qu’ils sont uniques

 

Chloé LAROCHEu19051541.jpgUnknown-6.jpegUnknown-2.jpeg

 

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"Les Semences de l'Après-vie" est l'ouvrage inspiré par l'amour infini que porte Chloé Laroche à sa fille Océana, envolée à l'âge de deux ans et demi vers l'Au-Delà. Elle a écrit 13 nouvelles dans ce livre qu'on ne trouve plus dans le commerce. C'est pour cela que Chloé a choisi de partager avec vous ces 13 nouvelles dans ses 13 prochains articles, ici sur son blog.... "Je souhaite par ce livre donner force et courage à toutes les personnes endeuillées et leur dire que la mort n'est pas véritable séparation ni trou noir du néant ; les êtres aimés disparus sont unis à nous pour la vie... qui ne finit pas." (extrait de la 4ème de couverture du livre de Chloé Laroche)______________________________________

 

23/10/2010

Mes 13 Nouvelles pour ceux qui s'aiment... qui sèment après la vie... Tirées de mon ouvrage : "Les Semences de l'Après-vie".

"Les Semences de l'Après-vie" est l'ouvrage inspiré par l'amour infini que porte Chloé Laroche à sa fille Océana, envolée à l'âge de deux ans et demi vers l'Au-Delà. Elle a écrit 13 nouvelles dans ce livre qu'on ne trouve plus dans le commerce. C'est pour cela que Chloé a choisi de partager avec vous ces 13 nouvelles dans ses 13 prochains articles, ici sur son blog.... "Je souhaite par ce livre donner force et courage à toutes les personnes endeuillées et leur dire que la mort n'est pas véritable séparation ni trou noir du néant ; les êtres aimés disparus sont unis à nous pour la vie... qui ne finit pas." (extrait de la 4ème de couverture du livre de Chloé Laroche)________________________________________________

SI UN ÉDITEUR LISAIT CE TEXTE ET CE BLOG ET QU'IL AIT L'IDÉE DE RÉÉDITER CET OUVRAGE ET CES TEXTES, MERCI DE CONTACTER L'AUTEUR DU BLOG... QUI RECHERCHE UN ÉDITEUR POUR PLUSIEURS LIVRES.... chloe.email@laposte.net___________ Merci d'avance !

 

2cd705a2315020f8.jpgLe

Dauphin


de


l’Amour

 

____________ Nouvelle n° 1 de Chloé LAROCHE


CE TEXTE EST PROTÉGÉ ET TOUS DROITS RÉSERVÉS


Dédié à Michel PERLI.


“Le souvenir, c’est la présence dans l’absence,
C’est la parole dans le silence,3b7f273c01b76f5c.jpg
C’est le retour sans fin d’un bonheur passé,
Auquel le coeur donne l’Immortalité.”
(citation de Henri Lacordaire)





Elise traversait le cimetière lorsqu’elle aperçut une stèle assez étrange ; sur la pierre tombale étaient inscrits en lettres d’or les deux noms de Tristan et Iseult, ainsi qu’une ancre, dorée également.

9fdfcc014e817c14.jpgDans cette tombe reposait une seule personne, un homme.

Des lys d’une beauté étonnante se dressaient dans un vase en marbre ; Elise se recueillit en ce lieu béni, réfléchissant à l’impression d’amour éternel qui embaumait la sépulture.448521972367fafe.jpg

Il y avait aussi un immense bateau gravé sur la stèle.2c8fc0ff1c458660.jpg

Elise fixa l’ancre dorée un long moment et se dit que le véritable amour est celui qui s’ancre dans l’éternité, par-delà la mort et les souffrances.
“Quel drame ont vécu cet homme et celle qu’il a laissée ?” pensa la jeune femme ; elle restait là, bouleversée par tant de beauté et d’intensité figées dans la mort.

Elle-même demeurait seule depuis longtemps et rêvait de rencontrer l’Amour ; elle demanda à cette âme de lui porter bonheur dans sa quête d’un compagnon ; en partant, elle dessina un coeur du bout des doigts dans le gravier nu du cimetière.

Le lendemain, elle décida de partir en mer dans son kayak. Il faisait beau et l’onde était calme, propice à la méditation ; Elise avait besoin de cela, besoin de se retrouver seule dans les bras du Dieu des Eaux ; Poseïdôn -elle l’appelait ainsi- était son unique père depuis que son géniteur l’avait abandonnée ; elle aimait lui raconter ce qu’elle vivait et lui confier ses émotions ainsi que la vie de son être intérieur ; les vagues lui transmettaient les caresses de son père adoptif et lui rendaient confiance en son chemin.

166d5793526b4918.jpgOr, ce jour-là, le destin voulut qu’un dauphin vienne la voir. C’était un jeune animal à l’oeil vif ; il avait envie de jouer avec Elise et commença donc à pousser la frêle embarcation ; celle-ci se retourna et la jeune femme s’échappa du kayak ; elle se mit à paniquer, se sachant bien loin de la côte. “Peut-être est-ce ma dernière heure. Toi à qui j’ai parlé hier, au cimetière, protège- moi, je t’en prie... Je voulais trouver l’Amour, pas la mort !”

Le dauphin était toujours là ; il se glissa sous la jeune femme et l’enleva promptement ; Elise fut surprise mais se laissa faire ; le mammifère semblait savoir où il l’emmenait ; il nagea de longues heures jusqu’à atteindre une plage magnifique, la plage d’une petite île perdue au large.

Le cétacé renversa Elise dans l’eau chaude du bord de mer. Ils restèrent longtemps l’un près de l’autre, bénis par le soleil et les douces vagues ; il semblait à Elise que cet être allongé près d’elle était comme un frère, un fils de Poseïdôn, envoyé par lui comme un présent des Dieux pour que le présent se change en avenir.3973c122ec86759c.jpg

Elle avait eu une excellente intuition à propos du présent car, quelques minutes plus tard, un bateau apparut à l’horizon et jeta l’ancre devant l’île ; un homme en descendit et se dirigea en barque vers la plage... Il fut très surpris de trouver Elise près du dauphin.

“Je connais ce dauphin, dit-il. Je l’ai sauvé un jour des filets d’un pêcheur ; il était bébé et, aujourd’hui, vous voyez, il est heureux de vivre. Il sait que je viens souvent ici et il me rejoint dès que j’arrive... Mais vous, que faites-vous là ?”

Elise lui expliqua tout puis lui demanda comment il s’appelait.

8c73180850f13bc6.jpg“Je m’appelle Désiré et mon bateau a pour nom : "L’Encre de   l’Amour"  ; je l’ai appelé ainsi car j’écris beaucoup : j’ai eu une vie très difficile avec des centaines de tempêtes et de coups durs et l’écriture a été pour moi l’ancre qui m’a permis de poursuivre ma route. A travers l’encre d’un stylo, on peut parler de l’amour, de l’espoir, de la paix... On peut sauver des âmes en leur redonnant  l’espérance et la confiance en leurs propres émotions. Mais... allons nous promener dans l’île. Je vais vous montrer quelque chose.”

Elise était tombée sous le charme de cet homme ; un soleil nouvellement né brûlait en elle ; son âme semblait basculer de joie ; l’intensité de cette rencontre était telle qu’Elise avait l’impression de renaître, de naître à une nouvelle vie. “Est-ce cela l’Amour ?” se dit-elle.

Désiré marchait devant elle. Des milliers de fleurs embaumaient l’île ; les oiseaux chantaient l’infini de leur langage. Désiré ne se retournait pas ; Elise lui parlait mais il ne s’arrêtait pas ; il répondait en avançant.55e0eca1b090f770.jpg

Ils arrivèrent enfin dans un endroit paradisiaque et Désiré montra une tombe à Elise, une tombe couverte de fleurs ; il y avait là une pierre tombale... et deux noms étaient gravés : Tristan et Iseult, en lettres d’or.

2b366328596ea08c.jpgUne ancre, dorée également, accompagnait les deux noms avec un bateau en arrière-plan... Une femme était enterrée ici.

“C’est ma mère, dit Désiré. Je n’ai pas connu mon père ; il est mort en mer avant que je ne vienne au monde ; je ne sais même pas où se trouve sa tombe... Ma mère, après sa mort, est venue vivre dans cette île et j’ai grandi ici. Elle me parlait souvent de lui et son amour était grand ; elle ne l’a jamais oublié, jamais.”

Désiré se mit à pleurer. Elise lui prit la main et lui demanda de s’asseoir ; elle était très émue de comprendre qu’elle avait fait le lien entre deux personnes disparues qui s’étaient aimées passionnément ; elle expliqua à Désiré que, la veille, elle se trouvait devant la tombe de son père... Elle lui raconta tout.3b7cd100aa8ec1a2.jpg

Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et les oiseaux s’arrêtèrent de chanter, tant l’Amour rayonnait.

Le silence est respect des êtres qui s’aiment... par-delà la mort.

Le silence est cette fleur de lys déposée sur la tombe du père de Désiré par une main inconnue... une main venue d’ailleurs.

C’est ainsi que... l’Amour est toujours plus fort que la mort.

 

Chloé LAROCHE



__________________________ Ce texte est protégé et ne doit pas être recopié ou utilisé sans l'accord de l'auteur. Ouvrage déposé.


324f12c22882e1f4.jpgRien n’est plus précieux
Qu’un sourire suspendu
Au plus haut des cieux

(Haïkou de Chloé LAROCHE)

26/08/2010

Mon poème pour la maternité... Quand un écrivain et un photographe allient leur art. Mon texte sur une photo de Skander, photographe émérite.

J'ai un ami, Skander, qui est un excellent photographe.

Il a fait cette magnifique photo de maternité et j'ai eu envie d'écrire ce texte que je partage avec vous.

http://www.flickr.com/photos/skazar/4862244617/in/set-721...

 

_Users_Anne_Chloe_Desktop_4862244617_6b90e3b83d_s.jpgQUAND UN COEUR PREND FORME____________________

Quand un coeur prend forme
sur le ventre d’une femme
un enfant vit en son sein
et les mains de ses parents
se fondent dans l’amour de lui

Quand le ventre d’une femme
devient aussi rond que la terre
les mains du couple se retrouvent
pour fêter la tendresse d’un monde
qui se crée à chaque instant

Quand la tendresse du monde
vient à s’échapper du nombril
les mains s’enlacent pour donner
l’amour de deux coeurs qui se croisent
à jamais réunies dans un petit être futur

Quand deux coeurs se croisent
la vie tressaille au fond d’un utérus
petit berceau étonnant de la vie
dans lequel une âme tisse les liens
de sa venue dans une lignée terrestre.

Chloé Laroche

_______________ Les sites de photos de Skander :

www.skazar.book.fr

http://www.flickr.com/photos/skazar

28/03/2010

MA LETTRE OUVERTE À ÉRIC ZEMMOUR EN TANT QUE FEMME ET CITOYENNE DE CE PAYS, EN TANT QUE FEMME SALARIÉE AUSSI ET MAMAN ISOLÉE.

39609770cd14e7bcaba12ffb5df678de-orig-344x441.jpgMonsieur Éric Zemmour,Copie de -32-.jpg

Je m’adresse à vous non en terme de censure de vos propos mais en terme de communication d’une femme et d’une citoyenne française.

Je parle de censure car dernièrement vous avez eu quelques problèmes, suite à vos paroles sur le rapport entre la délinquance et les origines noires ou arabes des délinquants.

En effet, vous avez déclaré le 6 mars dans l’émission de Thierry Ardisson : “Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes. C'est un fait.”

Depuis vous vous êtes excusé mais en prouvant vos dires, et donc en les appuyant généreusement par des chiffres cherchés dans un rapport écrit qui appuyait fortuitement vos dires. 

Le problème est que vous avez lié la délinquance avec les origines raciales des personnes incriminées et en cela, vous avez jeté le discrédit sur l’ensemble de deux communautés, celle des noirs et celle des arabes.

imagesGTaoba.jpegAvez-vous pensé aux torts faits par vos propos aux noirs et aux arabes qui travaillent sur les chantiers en plein soleil à refaire nos routes quand les blancs bien français n’auraient pas le courage ni le cran de venir y travailler ?! Moi, je les vois régulièrement sur les routes, ces noirs et ces arabes, en pleine canicule ou en plein froid, sous la pluie et les intempéries.

Avez-vous pensé aux torts faits par vos propos aux pères de famille arabe qui ont des enfants et les élèvent correctement, aux mères d'origine marocaine, algérienne, tunisienne qui vivent une vie honorable et honnête, sans gêner personne et en respectant la loi de notre pays, sans un bruit ni un mot plus haut que l'autre ?!a01272.jpg

Avez-vous pensé aux enfants de ces familles, petits ou grands, qui se voient pointés du doigt par les blancs bien français, par l'intelligentsia de droite de ce pays que vous représentez ?!

Vous êtes habitué aux provocations, bien évidemment, mais avez-vous pensé à ces mères de famille noires qui travaillent dûrement dans des travaux pénibles pour nourrir leurs enfants... quand vous, vous critiquez l’évolution des femmes dans notre société, hurlant à tout va que la place prise par la femme dans la société a tué la virilité de l’homme !!

Monsieur Zemmour, je sais que vous devez gagner votre vie et que c’est votre provocation continue qui vous donne à manger, mais pensez à toutes ces mères isolées qui élèvent seules leurs enfants et qui n’ont comme option que le travail pour les nourrir...

images2m8hul.jpegPensez-vous que vos propos sur la féminité perdue à cause d’une virilisation dûe au travail et à la carrière recherchée par les femmes donnera à manger à ces femmes et à leurs enfants ?!

Vous donnez raison aux hommes pour leur recherche de violence, en tout cas vous ne leur donnez pas tort, puisque vous dites que les pauvres ont perdu leurs atouts et essayent de les retrouver par tous moyens possibles.

Donc, il serait à se demander si les bandits et délinquants mis en prison n’y seraient pas plus pour une recherche de virilisation plutôt que par leur race ? Excellente idée, n’est-ce pas ?

Car piller des banques, voler des bijoutiers, escroquer des femmes, humilier des homosexuels... doit sûrement relever d’un profond malaise masculin... ce malaise dont vous parlez dans "Le Premier sexe", ouvrage dans lequel les femmes de l’ancien temps sont mises à l’honneur, étant donné qu'elles ne prenaient pas leur rôle à l'homme, encore maître d'une virilité toute puissante, selon vous, et satisfaisante.imagesERNqA3.jpeg

images.jpegObéissance à l’homme, vie à la maison, occupations journalières au foyer, le mari au travail mais pas la femme, le rôle patriarcal du chef de famille décerné uniquement à l’homme : voilà des valeurs qui vous conviennent et dans lesquelles se retrouveraient beaucoup d’hommes, selon vous aujourd'hui.

Le hic est que les femmes qui vivent cela aujourd'hui et acceptent les principes ci-dessus arrivent à la dépression, car pour en connaître, elles ont sacrifié leur passion, leur métier et leur investissement dans la vie sociale à un mari exclusif et à leurs enfants, dans une relation fusionnelle qui se paye un jour.

imagesYbFjqk.jpegLe hic aussi est qu’il y a bien des femmes qui accepteraient cela mais souvent elles se retrouvent seules à gérer des responsabilités qu’elles assument seules, les hommes d’aujourd’hui étant parfois plus lâches que les hommes d’antan, dans les domaines de l’engagement et de la continuité d’une relation qui exigent sacrifice et générosité, surtout quand les enfants arrivent. Le père de mon fils ne voulait surtout pas de contraintes, bien qu'il ait reconnu notre enfant. Il n'a pas donné un sou pour lui de son vivant et nous a laissés tomber, me laissant me débrouiller seule.BCP002-04.jpg

Le père de ma fille décédée non plus ne voulait pas de contraintes et disait que je touchais les allocations familiales et que c'était bien suffisant. Quand on a un seul enfant, les allocations de la Caf ne vont pas loin !! Et puis, quelle goujaterie de laisser la société payer pour soi et de laisser la mère seule en face de son bébé à tout assumer : l'allaitement, les courses, le ménage, le travail, le paiement d'un loyer, les couches, les habits, etc.

1780153.jpgMonsieur Zemmour, je vais vous apprendre que même aujourd’hui, une femme qui travaille est encore mal placée, car elle subit ou peut subir les assauts de ses collègues de travail. Comme ces derniers sont des hommes et donc plus forts physiquement bien souvent, la hiérarchie penchera bien souvent en faveur du plus fort et laissera la femme croupir dans une situation d’humiliation et de mise au ban masculin, dans l’indifférence générale. Moi-même, je vis actuellement cette situation. Pour avoir refusé les avances et les “voire plus si affinités” d’un collègue, je me retrouve dans l’humiliation de son mépris devant tous, sans un bonjour simplement poli le matin et le soir. “Mettez de l’eau dans votre vin”, m’a répondu la Direction. De l’eau dans mon vin, non. Je mettrai plutôt du vinaigre dans le café de la pause commune ! Et quand un jour, un autre collègue masculin m’a dit : “Je m’en fous de ta vie” parce que je lui demandais juste un petit service par rapport à du temps gagné pour retrouver mes enfants en fin de journée... Trouvez-vous, Monsieur Zemmour, que la femme a vraiment sa place dans certains mondes du travail...imageseaRQSp.jpeg

images1qDtds.jpegLe machisme a hélas encore toute sa place et vous avez bien alimenté ce genre de comportement si viril de rabaissement de la femme ! Je n’ai rien contre les vrais hommes, juste contre ceux qui ont une dent contre les femmes, simplement parce que leur mère ne leur a pas appris que la femme est un homme comme les autres, un être humain qui doit manger et avoir un toit.

De toute façon, il suffit de lire vos propos disant que les homosexuels sont des hommes qui cherchent à être des femmes et qui ont perdu toute virilisation... Pour comprendre que vous méprisez au fond les femmes... qui pourtant vous ont élevé.

Votre mère et votre grand-mère ont été là pour vous élever, très présentes, alors que vous avez souffert énormément de l’absence d’un père ambulancier.TFL040.jpg

Je connais ce métier pour en avoir fait un livre et avoir cotoyé des collègues qui faisaient jusqu’à 13 heures voire plus par jour.

Avec des soixante heures par semaine et des week-ends entiers où ils ne voyaient pas leurs enfants ni leur femme.

imagesfXaVmA.jpegJe comprends que vous ayiez souffert de l’absence de votre père mais comment expliquer qu’aujourd’hui, c’est vers les femmes que vous manifestez votre désaccord, alors qu’elles ont été là pour vous.imagessi8717.jpeg

Sûrement parce qu’on malmène ceux qui nous ont le plus aimé, parfois. Tout simplement parce qu’on se sent tellement redevable. Trop redevable.

Pour terminer, je dirais que vous êtes un être humain qui se cherche au coeur du labyrinthe de la pensée, la vôtre, et que au fond, il suffit de creuser un peu pour comprendre vos méandres et pour les désarçonner.

imagessccm8Z.jpegCependant, Monsieur Éric Zemmour, évitez de prendre certains raccourcis qui pourraient et peuvent effectivement blesser les communautés diverses, les minorités, les homosexuels, les noirs, les arabes et les femmes.



Chloé LAROCHE

02/04/2009

Dans mon taxi, les souffrances rentrent et sortent. Elles se déposent. Du handicap au pire vécu.

Du handicap au pire vécu. Offrande d'une sonate pour la vie de Jason, petit garçon retrouvé mort à Liège, tué par son père à coups de chaussure. 

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Dans mon taxi, véhicule sanitaire que je conduis chaque jour, les souffrances rentrent et sortent. Elles se déposent.

 

images-12.jpegJe reste seule avec des confidences, avec les paroles parfois très lourdes de mes passagers handicapés ou malades.

Des enfants aussi. Des personnes âgées.

 

“Qu’est-ce qu’ils ont les pères à nous faire ça,” me dit une enfant qui me révèle qu’une copine a subi la même chose qu’elle.images-8.jpeg

 

“J’ai eu raison de le dénoncer, n’est-ce pas ?”....

“C’est lui qui a tort, pas moi.”

 

“Ma mère me manque.”

 

Cette enfant a le regard clair et déjà un raisonnement très mûr. Elle regarde une autre enfant passagère et me dit : “Elle est belle.”

 

Comme on dit d’une rose qu’elle est belle.

Les roses, on ne doit pas les cueillir.

Ni violer les enfants.

 

images-2.jpegPendant des mois. Il l’a violée. Ce n’était pas son père mais un beau-père.

 

Pendant les absences de la mère.

 

Elle regarde le paysage. Je la conduis. Elle se sent apaisée dans mon véhicule.images-5.jpeg

 

Dans la journée, plus tard, je transporte un monsieur handicapé. Il était tétraplégique. Il a progressé à force de travail. Il est maintenant paraplégique.

 

images-11.jpegIl est triste. Cela fait trois ans qu’il a eu ce maudit accident.

 

Je l’écoute. Il me dit que la souffrance physique, il n’y a rien de pire. Et la souffrance de voir les montagnes sans pouvoir les parcourir, les goûter.

 

La souffrance de voir des femmes et de n’avoir que le souvenir de l’ancien temps et des rêves présents qu’on fait mais qui ont le goût amer du réveil en fauteuil.SB10063890E-001.jpg

 

Je l’écoute et il me dit que les personnes valides ont bien de la chance et qu’elles devraient éviter de se plaindre pour des broutilles.

 

Mais parfois, pensais-je, les personnes valides sont tristes à mourir et certaines sont handicapées dans le coeur, amputées de leur enfant disparu, membre perdu dans l’immensité de l’univers... amputées d’un être aimé mort. Parfois, des personnes valides ont tant de charges et de difficultés à gérer que tout cela n’est pas que des broutilles.

 

images-9.jpegCet homme souffre terriblement. Il est comme dans une prison. Son corps ne le laisse plus libre de vivre comme il voudrait. Il laisse les volets lui ôter la vue des montagnes. Il a envie de les prendre et de les replanter en plein désert, là où il ne serait pas. Il ne veut plus de son fauteuil. Il se bat pour en sortir. Il voudrait l’emmener  loin et revenir sans lui. Valide et libre d’aimer à nouveau, de courir les montagnes.

 

Je me retrouve seule dans mon taxi. Un taxi spécialisé.

Une musique s’élève dans le réceptacle du véhicule. “La Sonate au Clair de Lune” de Beethoven.

 

Le piano amène à moi l’image d’une tombe. Je vois une maman pleurer là où on a découvert le corps de son fils de trois ans enterré dans un sac.

 

images-4.jpegCet enfant s’appelait Jason. Il a été tué à coups de chaussures par son père. C’est la nouvelle compagne du père qui l’a aidé à enterrer le petit garçon. C’est elle aussi qui a avoué les faits et qui a révélé la fuite du père dans son pays.

 

Cela faisait des semaines depuis février que l’on recherchait le petit garçon. Il a été retrouvé le 19 mars près de Liège, en Belgique, là où il vivait avec son père.images-3.jpeg

 

Un père qui a fait de la prison pour vente de drogue et qui avait déjà été remarqué pour maltraitance sur son fils. Son fils qu’on lui a pourtant rendu à sa sortie de prison. Erreur fatale pour ce petit garçon.

 

Tué à coups de chaussures.

 

images-1.jpegLe piano grandit en intensité. Je pense à Jason. Je vois sa vie, ses sourires, ses jeux d’enfants, sa pureté, son innocence, son émerveillement devant la vie, ses larmes, la douleur d’une vie maltraitée, d’enfant qui regarde l’adulte et qui a peur. Juste peur. Effrayé. Sans secours. Sans recours.

 

La pureté de la Sonate prend en elle toutes les souffrances dont je viens de parler et j’offre ces vies à l’Esprit qui détient la vie, à l’amour qui regarde les roses grandir sans les arracher.

 

La dernière note s'allonge dans la voiture. Le piano s'éteint. Mais une étoile brille. Pour Jason. Pour les enfants que je transporte. Pour chaque personne handicapée.SB10065057H-001.jpg

 

Chloé Laroche________________

 

Commentaires

I recently came across your blog and have been reading along. I thought I would leave my first comment. I don't know what to say except that I have enjoyed reading. Nice blog. I will keep visiting this blog very often.

Ruth

http://pianonotes.info

Ecrit par : Ruth | 05.04.2009

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Thank you very much, Ruth. Your letter is very beautiful, with a big sun for my hearth and my blog. Good sunday ! Chloé Laroche

Ecrit par : Chloé Laroche | 05.04.2009

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10/04/2008

SOS d'une maman et conductrice de taxi sur Grenoble

LE PREMIER ARTICLE DE CE BLOG !!

 

images-10.jpegBonjour à vous qui me lirez. Je jette cette bouteille-blog à la mer. Pourquoi ? Parce que je vis des choses trop difficiles pour les garder dans mon coeur. Et aussi pour donner du courage à d'autres en donnant l'exemple de ne pas sombrer. Il y a eu aussi trop d'injustices ces derniers temps dans ma vie pour ne pas en parler.

Je suis conductrice de taxi spécialisé pour handicapés physiques et mentaux ainsi qu'ambulancière diplômée. Après un congé parental de trois ans, j'ai repris le 3 mars un travail en contrat à durée indéterminée. Je suis la maman solo d'un garçon de trois ans et de deux filles de quinze ans, recueillies en Roumanie et au Bénin.

Je transportais six fois par semaine trois jeunes et adolescents handicapés mentaux dans mon taxi, pour les emmener dans un IME ou les ramener à leur domicile. Le trajet total pouvait durer une heure et demi avec eux, selon les bouchons. Le 11 mars, un des ados m'a frappée violemment, se jetant sur moi sans raisons. J'ai pu stopper le taxi et arrêter le jeune par la voix et l'autorité dont j'ai fait preuve. Puis je suis repartie. J'ai pris la voie rapide et là, de nouveau, il s'est jeté sur moi et m'a frappée par de violents coups de poings, très agressifs. J'étais à 110 kilomètres heure sur l'autoroute et j'ai eu très peur. Je ne pouvais pas me défendre et il fallait que je garde la maîtrise du véhicule. J'ai crié pour qu'il arrête. Il s'est mis sur le côté et n'a plus rien fait. J'étais en larmes et très choquée. j'ai appelé les pompiers sur le portable et ils m'ont conseillée.

Arrivée à l'IME, j'avais très mal à l'épaule droite et j'étais très perturbée psychologiquement de ce que je venais de vivre. Je suis allée le signaler au directeur de l'IME, lequel a été plutôt froid, me disant que si je ne faisais pas l'affaire, il fallait réfléchir et qu'il payait "assez cher ma patronne pour que ça se passe bien".images-11.jpeg

Il faut dire que j'étais à l'essai pendant un mois jusqu'au 2 avril. Je suis allée aux Urgences, où ils m'ont gardée plusieurs heures, car je me sentais mal et j'avais des signes de faiblesse cardiaque (douleurs au bras gauche, à la poitrine, opression, malaise). Une psychologue est venue m'entendre. La patronne m'a appelée, affolée. Elle m'a fait comprendre que je devais reprendre le plus tôt possible, car sinon elle ne pourrait pas me garder, car elle perdrait des contrats. Elle m'a avoué aussi que ce jeune l'avait déjà frappée, d'un coup de poing, mais elle ne l'a plus jamais redit par la suite, gardant cela pour elle. Elle s'était aussi bien gardé de me le signaler avant, afin que je me méfie. Ce jeune autiste qui m'a frappé est très costaud et déjà d'un certain gabarit. Sa maman voulait qu'il soit placé devant dans la voiture, donc il était assis sur le siège passager.

Pour arranger la patronne, je n'ai pas utilisé tout mon arrêt d'accident du travail, un jour seulement, et j'ai repris le travail le surlendemain. La patronne m'a demandé de transporter à nouveau le jeune qui m'a agressée, mais en le plaçant à l'arrière du taxi. Une semaine après, je recevais un coup de poing de sa part, dont j'ai fais part à la patronne. Deux jours après ce coup de poing, il sortait son sexe à l'arrière et le montrait à l'autre jeune autiste. Il semblait très agité et je l'ai signalé. Enfin, le 25 mars, après avoir ramené à leur domicile ses deux camarades, je me suis retrouvée seule avec le dénommé Killian. Nous étions à la sortie de Vif, près de Grenoble. Il s'avance, tirant sur sa ceinture, et m'attrape par derrière pour me secouer et puis me frappe à la nuque et en haut du dos violemment, côté droit. Je m'arrête sur le côté et sors de la voiture. J'avais déjà onze heures d'amplitude de travail et avais eu une dûre journée, depuis sept heures du matin, prise du premier client. Là, il était six heures du soir et je devais aller chercher mon fils à la crèche après.

J'appelle les pompiers, lesquels ont appelé ma patronne. Je dis à celle-ci que je ne peux pas continuer comme ça, que c'est trop dangereux et que je suis très choquée. Elle essaye de joindre les parents du jeune, sans succès. Elle me propose de venir, mais que dans ce cas, je dois aller faire une course sur l'hôpital, en remplacement, à plus d'une demi-heure d'ici. Je n'étais pas en état et de plus, je pensais à mon fils. Alors je lui ai dit non pour l'hôpital. Elle m'a dit : "Dans ce cas, tu prends sur toi, et tu l'emmènes." J'ai accepté.

Dix kilomètres plus loin, Killian se précipite sur moi de l'arrière et m'assène un grand coup vers les cervicales, à droite du cou. Je crie pour qu'il s'arrête. Là, je stoppe le taxi. La patronne me rappelle ; je lui dis que je me suis arrêtée sur le bord de la route et que j'attends les parents sur place. Je ferme le taxi et je sors à l'extérieur, laissant Killian dedans. Je suis très mal, je pleure, très choquée, désemparée.

La maman arrive au bout d'un moment et sans un mot de réconfort ou de compréhension, me crie dessus en sortant son fils du taxi. "C'est une question d'autorité. C'est de votre faute. Vous ne savez pas y faire. Depuis quinze jours, tout va mal à cause de vous. Mon fils n'a jamais fait ça avec personne."

images-8.jpegJe l'ai laissée dire. C'est une maman qui a un jeune handicapé adolescent, autiste, avec des comportements difficiles, des gestes qui vont dans tous les sens, qui ne communique pas. Killian grandit. Ses parents sont inquiets au fond d'eux, car voyant ces réactions, ils ne veulent pas y croire. Déjà lors de la première agression, sa mère a dit : "Non, ce n'est pas vrai, mon fils n'aurait jamais fait cela." À tel point que ma patronne m'a appelé, le 11 mars, me disant : "Chloé, il faut le dire si c'est grave ou pas. Si c'est pas grave, ça rassurera la maman, car elle a peur qu'on lui donne des médicaments, qu'il n'a jamais eu encore." Cela m'a choquée. Je me suis sentie reléguée au rôle de menteuse ou de profiteuse du système, qui simulerait une agression pour avoir un accident de travail en poche. Je venais de passer des heures aux Urgences et on ose me demander si ce n'est pas grave..... !!!!!?

Le soir du 25 mars, je suis allée chez le médecin. J'ai été arrêtée une semaine. Je suis revenue travailler le 1er avril. Tout s'est bien passé. La patronne m'a dit que je ne referais plus le transport de Killian pour l'instant.

Et puis le 2, elle me dit de passer chez elle. Elle devait me donner ma paye. Elle me dit : "J'ai une mauvaise nouvelle. Je ne te garde pas." Elle a ajouté : "Je suis très contente de toi. Il n'y a rien à redire. Mais je ne peux pas te garder. Un jour, tu sauras peut-être pourquoi. Mais je ne peux pas t'expliquer." J'étais effondrée. C'était, hélas, le dernier jour de mon mois d'essai.

Tout cela pour en arriver là ! Ces agressions difficiles à gérer depuis un mois et puis voilà... Plus rien. Je perds mon travail. En plus, depuis janvier, ma patronne m'avait fait promettre de bien être présente pour elle début mars, aussi j'avais refusé une autre proposition de travail pour ne pas la trahir. Et là, je me sens trahie, à un point inimaginable. Car je sais au fond de moi que mon départ a un lien avec les agressions et... c'est injuste.images-12.jpeg

Cela s'est passé il y a une semaine. J'ai su depuis qu'on ne peut pas renvoyer un salarié durant des soins encore en cours après un accident du travail, même dans le cadre d'une période d'essai.

Le Syndicat des Taxis m'a lancé de son côté : "Madame, vous apprenez à l'examen que personne ne peut vous obliger à prendre dans votre véhicule un individu que vous ne désirez pas transporter."...........

Les responsables du Syndicat  ont oublié de souligner que la majorité des taxis sont patrons... pas salariés !!! Et qu'un salarié taxi n'a qu'à se taire et accepter toute course que lui demande son patron.


....................................1947079007.jpg


73980169.jpgDepuis, il y a d'autres choses très difficiles dans ma vie.

Mon coeur est trop gros pour que je vous en parle tout de suite.

Mais mon fils vient de perdre son papa, qui devait être opéré lundi soir, d'une tumeur cancéreuse, à la Clinique des Cèdres à Échirolles.

Il est mort sur la table d'opération d'une erreur chirurgicale.
La tumeur était proche d'une artère, laquelle a été sectionnée.
Il s'est vidé de son sang. Parti inconscient.

Je dis erreur, ou faute médicale, car ils le savaient que la tumeur était grosse. Ils ont essayé, malgré tout, l'opération pour le sauver, mais au final, on lui a enlevé ses derniers moments.

Le père de mon fils avait 47 ans et mon fils l'aimait.
"Mon papa, c'est mon papa. Ce n'est pas le papa d'autres enfants. C'est mon papa."

Une psychologue m'a dit : "Maintenant, vous êtes liés à jamais avec cet homme, par le ciel et la terre, en cet enfant, votre enfant. Plus tard, il dira à ses enfants : Voilà, c'était cet homme et cette femme qui se sont aimés et qui ont fait que je suis venu."

Un grand trou dans mon coeur s'est creusé quand j'ai annoncé le décès de son papa à mon fils.

Hier, il l'a vu une dernière fois, au PFI. Je lui ai bien expliqué les choses, avec les conseils d'une psychologue formée au deuil et à l'accompagnement des survivants.

Mon fils l'a regardé un court instant. Il a vu ses yeux fermés. Que son père ne parlait plus. Il m'a vu poser des roses près du corps. Puis il s'est échappé et a grimpé sur un fauteuil, pour rejoindre la vie, dans le sourire innocent de l'insouciance.

Mon ex-compagnon, étendu sous un drap, était à l'endroit où se trouvait Océana, la fille que j'ai perdu il y a onze ans.

C'est lorsque nous sommes sortis à l'extérieur que la colère est sortie dans le coeur de mon fils. Il a jeté son doudou et de ses poings m'a frappée. Hier soir aussi, poussant son assiette : "Je veux mon papa."

Chloé LAROCHE

Voir mon article : "Ultime adieu au père de mon fils" :

https://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/04/11/

adieu-au-pere-de-mon-fils.html

 

et l'article concernant les agressions sur les ambulanciers :

https://sosmaman.20minutes-blogs.fr/archive/2008/07/15/

pour-cyrille-jeune-ambulancier-decede-mon-temoignage-d-ambul.html

NOTA : la photo de l'enfant est celle d'un petit garçon d'Inde ; ce n'est pas celle de mon fils.

 
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