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06/12/2009

Ma demande spéciale au Président de la République dans le cadre du débat sur l'Identité Nationale. Quatre enfants attendent que la grâce de Noël opère.

15290-18PS.jpgBonjour à tous et toutes,

Après une longue période de silence sur mon blog que je n’ai pu alimenter, je reviens vers vous pour poursuivre mon écriture de ce monde.

La raison est que j’ai déménagé et je n’avais plus accès à internet. J’ai le plaisir de vous annoncer que je vis toujours à Grenoble, ville merveilleuse entourée de verdure et de montagnes. J’ai juste changé de quartier et de rue. De voisinage aussi. Et je suis heureuse de pouvoir à nouveau reprendre la correpondance avec tous mes lecteurs.

Je reprendrai avec le sujet de l’Identité Nationale, qui titille la France depuis quelques temps.x11128900.jpg

Quand on se pose la question, en temps qu’individu, de son identité, on se recentre, on refléchit.

Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’ère ?

Dans quel état j’ère ? C’est bien la question aujourd’hui.

En effet, que penser en tant que français d’un état qui peut mettre à la porte du pays des parents d’enfants français ? Que penser d’un état qui fabrique des orphelins pour satisfaire les chiffres d’expulsion du Ministère de l’Immigration ?

Certains vont me répondre que “cest normal”, qu’il faut une “régulation”. J’appelle ça une régulation de l’égoïsme, de la discrimination, de l’étroitesse d’esprit et de coeur.

x14510161.jpgEn effet, comment expliquer qu’un père de famille marié depuis 2007 à une femme sourde et muette, Madame Allouche, soit expulsé vers la Tunisie comme un malpropre, tendant à faire penser qu’une femme handicapée ne peut éprouver de sentiments.. !!!? ... et que leur relation n’est qu’un mariage blanc ?!

Il y a un petit garçon au milieu de tout cela, au milieu de cette situation sordide. Il s’appelle Noufel. Il a onze ans et a écrit au Président Monsieur Sarkozy pour lui demander le retour de son papa, expulsé depuis le 7 mai 2009. Je vous invite à aller lire cette lettre et à lire aussi l’article qui l’accompagne. Voici le lien :1788034.jpg

http://www.educationsansfrontieres.org/article23840.html

Je pense aussi au petit Amine, dont le père Mohammed HAHROUR risque l’expulsion, et aussi à deux petites filles de deux ans et trois ans et demi, dont le père Kamal AKAYEV risque aussi l’expulsion. Elles risquent de se retrouver à l’ASE, car leur maman ne va pas bien, et cela peut se comprendre dans le contexte qu’ils vivent.

Je vous invite à lire toute la situation de ces trois enfants, à travers les articles donnés en fin de mon article, textes que j’ai reçu le 4 décembre du Réseau d’Éducation sans Frontières.

Je voudrais interpeler au sujet du débat sur l’Identité Nationale le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, en lui citant simplement des passages du célèbre livre : “Le Tour de France par deux enfants” écrit par Monsieur Bruno. Les mots du sous-titre étaient “Devoir et Patrie”.

L07-294345.jpgVoici ces passages : “Les enfants d’une même patrie doivent s’aimer et se soutenir comme les enfants d’une même mère”.

“Brave et chère jeunesse, va, cours porter à la patrie des coeurs de plus pour la chérir.”

“Nous tâcherons d’être dignes de la patrie et pour cela, nous aimerons par-dessus toute chose le bien, la justice, tout ce qui est grand, tout ce qui est généreux, tout ce qui doit faire que la patrie française ne saurait périr.”

PAA267000001.jpgAlors, au nom de ces valeurs de justice et de générosité, au nom de l’amour que l’on doit se porter, Monsieur Nicolas Sarkozy, et vous, Monsieur Besson, je vous demande de ne pas expulser Messieurs Mohammed HAHROUR, qui a un fils de onze ans, et Kamal AKAYEV, le papa des deux petites filles dont j’ai parlé plus haut.

Je vous demande la grâce que soit rapatrié au plus vite Monsieur Mohammed ALLOUCHE, le papa de Noufel, demeurant à Montrouge, ce petit garçon qui vous a écrit cette lettre bouleversante citée plus haut.u19044824.jpg

u15119882.jpgJe vous le demande comme une grâce de Noël pour ces quatre enfants qui méritent autant de la France que tous les enfants du monde... en premier lieu et Droit... de pouvoir avoir leur papa auprès d’eux.

En souhaitant une bonne et heureuse Fête au Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy.

Chloé LAROCHE


__________________________
Textes envoyés par RESF
http://www.educationsansfrontieres.org :


“Deux appels urgents : l’un pour Kamal AKAYEV (de Bordeaux), père de deux fillettes qui peut être expulsé au Daghestan d’un jour à l’autre. Le second pour Mohammed HAHROUR, Egyptien d’Ivry (94), père d’un garçon de 11 ans.

Des nouvelles, pas bonnes, de Serguei expulsé vers l’Arménie où il est en danger. Sa petite fille a fêté son deuxième anniversaire sans son père. Denise B. qui a suivi toute l’affaire a adressé une lettre ouverte au préfet du Rhône M. Géraud. A lire et à faire lire http://www.educationsansfrontieres.org/article24481.html

1/ Kamal AKAYEV, père de deux fillettes, expulsable au Daghestan d’un jour à l’autre d’ici le 9 décembre
Kamel, originaire de Guély au Daghestan (capitale Makhatchkala), peut d’un jour à l’autre se retrouver expulsé à Moscou, capitale de la Russie à plus de 1600 kilomètres de chez lui… Erreur d’appréciation géopolitique du préfet du 64 ? C’est plus trivial. Il n’y a pas d’aéroport international à Makhatchkala et les policiers français dans le cadre de leur mission d’expulsion ne pourraient y avoir accès. C’est aussi plus subtil. Le Daghestan fait partie des 21 républiques « sujets » de la Fédération de Russie qui sont indépendantes sauf pour les questions de politique étrangère. Si la Russie voulait prendre le relais…, ce serait bon pour le respect des quotas d’expulsion du 64.
Kamal qui se trouvait dans la région de Pau pour les besoins de son employeur y a été arrêté et se retrouve depuis le 5 novembre dernier au Centre de Rétention d’Hendaye tous recours épuisés. Sa situation familiale est dramatique, son épouse, Anna, et ses petites filles sont sans ressources à Bordeaux.
Il vivait avec son épouse Anna au Daghestan dans la province de Guély qui touche à la Tchéchénie. Le Daghestan sert de repli aux forces tchétchènes, particulièrement dans cette région. Les habitants, islamistes soufies de tradition, y sont soupçonnés sans nuance de terrorisme islamiste du simple fait d’y vivre. Ce qui fut le cas pour Kamal et Anna qui suite à une perquisition et des brutalités sans nom se retrouvèrent l’un en prison, l’autre à l’hôpital. Ils ont réussi à fuir leur pays et sont arrivés en France en décembre 2005 où Tatouv qui manifestait déjà une résistance exceptionnelle est née en février 2006. Kamila a suivi en avril 2007.
La violence est revenue dans leur vie. Ils se sont vus refuser à deux reprises le statut de réfugié, faute de témoignages dit probants : les violences subies au Daghestan, ça n’était pas assez. Depuis le refus, l’état de santé de la maman s’est gravement détérioré.
Quelques jours à peine après le 20e anniversaire des droits de l’enfant, deux petites filles de 3 ans et demi et deux et demi, risquent à tout moment de se trouver privées de leur papa, et placées à l’ASE si leur mère va plus mal. Le renvoyer dans un pays qu’ils ont fui, Anna et lui, à la suite de traitements violents et injustifiés, c’est l’envoyer vers un inconnu insoutenable et plonger Anna et les enfants dans la plus grande détresse. Expulsé à Moscou, Kamal se retrouvera citoyen « sans propiska » - soit de deuxième zone -, contraint à nouveau à la vie d’un sans-papiers au sein cette fois de la Fédération de Russie. Au Daghestan, Kamal est activement recherché. La police des frontières de Moscou n’aurait qu’à terminer le travail, et Kamal pourrait bien plonger, lui, dans l’oubli.
Contact : resf 33 . 06 16 23  27 39

Pyrénées Atlantiques : Préfet Philippe Rey    philippe.rey@pyrenees-atlantiques.pref.gouv.fr
Fax secrétariat du préfet : 05 59 98 26 44,
bureau des étrangers :Pierre Larroque-Laborde   
pierre.larroque-laborde@pyrenees-atlantiques.pref.gouv.fr
Fax du bureau des étrangers : 05 59 98 26 42
Gironde : Préfet: M. Dominique Schmitt . Fax du préfet : 05 56 90 64 76 dominique.schmitt@gironde.pref.gouv.fr
prefet@gironde.pref.gouv.fr
Fax de la préfecture de Gironde :  05 56 90 60 67
secrétaire général de la préfecture : bernard.gonzalez@gironde.pref.gouv.fr
préfet délégué à la sécurité et à la défense : jean-marc.falcone@gironde.pref.gouv.fr

Ministre de l’immigration
Fax ministère : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00  Standard 01 77 72 61 00
Secrétaire général secretariat.general@iminidco.gouv.fr
Secrétaire général : stephane.fratacci@iminidco.gouv.fr
fax :  01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00 
Ministre eric.besson@iminidco.gouv.fr
Matignon :
http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/ecrire
Et là où se prennent les décisions  
Elysée fax : 01 47 42 24 65
http://www.elysee.fr/ecrire/index.html
Maxime Tandonnet (conseiller immigration) maxime.tandonnet@elysee.fr



2)  Expulsion imminente du père d’Amine, enfant d’Ivry-sur-Seine :

Monsieur Mohammed HAHROUR est enfermé dans le centre de rétention du Mesnil-Amelot pour être expulsé vers l’Egypte, son pays natal. En France depuis 1992 mais sans papiers, il est le père d’Amine HAHROUR, 11 ans, un enfant d’Ivry qui a fait toute sa scolarité à l’école Joliot-Curie. Cette année, il est entré en classe de sixième au collège Sœur Rosalie (Paris 5ème).
Une première tentative d’expulsion a échoué la semaine dernière. Depuis le 17 novembre, jour de l’interpellation, l’angoisse grandit chaque jour davantage pour Amine et sa mère, Hasna. Les parents d’Amine sont séparés après un divorce douloureux. Mais Amine a droit à ses deux parents, la Justice ayant accordé la garde à la mère et un droit de visite au père. Hasna, qui dispose d’une carte de résidente de dix ans, ne veut pas que son fils soit privé de son père.
Mais ces considérations humaines n’effleurent pas les autorités. Alors que nous venons de célébrer le 20ème anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, qui impose que dans toute décision administrative « l’intérêt supérieur de l’enfant » soit une « considération primordiale » (Art. 3-1), seule compte la politique du chiffre pour la préfecture du Val-de-Marne et le Ministère de l’Identité nationale.
Amine attend impatiemment son papa. De quel droit demander à ce garçon de 11 ans de renoncer définitivement à le voir, sauf à le rejoindre en Egypte, un pays qu’il ne connaît pas, qui n’est pas celui où il a grandi ? De quel droit demander à sa mère, pourtant autorisée à séjourner en France, de priver Amine de son père, sauf à s’exiler en Egypte ? Si le ministre de la rafle et du drapeau accomplissait son forfait en ajoutant Monsieur HAHROUR à son tableau de chasse, les parents d’élèves, les habitants d’Ivry, les enseignants ne lâcheraient pas l’affaire pour autant, jusqu’à ce qu’Amine retrouve son père.
L’« intérêt supérieur » d’Amine commande que les autorités remettent Monsieur HAHROUR en liberté et lui permettent de vivre non loin de son fils. Il commande aussi que la préfecture du Val-de-Marne le régularise. Mais apparemment, Monsieur BESSON et le prince de l’Elysée se sentent exonérés des considérations humanitaires, de l’« intérêt supérieur de l’enfant » et de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant dont nous venons de célébrer le 20ème anniversaire.

Si vous voulez exprimer votre indignation, poliment mais fermement, adressez-vous à la préfecture du Val-de-Marne et au ministère de la rafle et du drapeau:

Préfet du Val-de-Marne : M. Michel CALMUX
Fax 01 49 56 64 06  ou 01 49 56 64 10 / 01 48 99 38 04 / 01 49 56 60 13
michel.camux@val-de-marne.pref.gouv.fr
Cabinet du Préfet : 01 49 56 64 17
Madame Courcoul, chef de cabinet : 01 49 56 60 68
Fax 01 49 56 64 17
Philippe Chopin directeur de cabinet
Jean-Luc Névache  secrétaire général

Ministre de l’immigration
Fax ministère : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00  Standard 01 77 72 61 00
Secrétaire général secretariat.general@iminidco.gouv.fr
Secrétaire général : stephane.fratacci@iminidco.gouv.fr
fax :  01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00 
Ministre eric.besson@iminidco.gouv.fr
Matignon :
http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/ecrire
Et là où se prennent les décisions  
Elysée fax : 01 47 42 24 65
http://www.elysee.fr/ecrire/index.html
Maxime Tandonnet (conseiller immigration) maxime.tandonnet@elysee.fr

2/ Des nouvelles (2 décembre) de M. H. ADB  EL GAWWAD (dernier resf info)

Le JLD avait libéré M. ABD EL GAWWAD « pour manque de diligence de la préfecture à entrer en possession du laisser-passer mis à disposition par le consulat ». Mais le procureur avait fait appel.  Monsieur et son avocat ont fait un  recours contre cet appel, et ont gagné : victoire ! Trois très jeunes enfants (5, 4 et 2 ans) ont retrouvé leur père !! La régularisation reste à gagner.

3/ Le 20ème anniversaire de la CIDE (Convention internationale des droits de l’enfant) a été l’occasion pour RESF, à travers plus d’une vingtaine d’initiatives, de mener campagne pour le respect par l’Etat des droits de l’enfant. Retrouvez leurs échos :
A Marseille : http://www.educationsansfrontieres.org/article24188.html
A Lyon : http://www.educationsansfrontieres.org/article24437.html
A Paris : Six heures pour les droits de l’enfant au CentQuatre. Pour patienter avant le DVD, vous pouvez disposer :
- des enregistrements audio : http://www.educationsansfrontieres.org/radio
- l’intervention de Aminata Traoré, interpellant les politiques
http://www.dailymotion.com/video/xb946k_aminata-traore-le-22-nov-2009_news
et des photos de Jean Claude Saget  http://picasaweb.google.fr/lh/sredir?uname=saget78&target=ALBUM&id=5408125520823859393&authkey=Gv1sRgCJ6Fy7KZivTC0gE&feat=email

Cette dernière initiative (au CentQuatre) nous couté quelques sous et même un peu plus… Ce sont bientôt les fêtes, les dons, subventions, oboles, étrennes, etc… de ceux qui le peuvent seront les bienvenus (chèques à l’ordre de RESF, à envoyer à RESF/EDMP 8 impasse Crozatier, 75012 Paris)."

 

11/06/2009

Pour Yazid Zarour, jeune algérien auxiliaire de vie d'une personne handicapée, j'écris au Préfet de l'Isère. Car Yazid est menacé d'expulsion du sol français.

images-5.jpegLETTRE OUVERTE.

 

Monsieur le Préfet de l'Isère,

 

J'ai l'honneur de vous écrire pour vous demander une faveur concernant un homme menacé d'expulsion de notre pays. Je suis écrivain et violoniste et je mets ma plume au service des causes perdues. Comme une Sainte Rita existant pour ceux qui souffrent et qui n'ont plus que ma plume pour défendre leur vie, ma plume alliée à d'autres plumes, à d'autres êtres humains solidaires comme moi... qui se permettent de prendre la défense de personnes oubliées et rejetées par la machine du monde qui avance inexorablement, sans parfois considérer l'humain dans son avancement glacé.

Alors, je vous en prie, lisez-moi.

Cet homme que je soutiens et pour lequel je vous écris s'appelle Yazid Zarour.

C'est un jeune algérien entré en France en novembre 2002 avec un visa étudiant. Il travaille depuis 2006 en qualité d'auxiliaire de vie auprès d'une personne lourdement handicapée, se déplaçant en fauteuil roulant. Cette personne s'appelle Olivier Morel. Il est professeur d'anglais au lycée Marie Curie d'Échirolles. Monsieur Morel est totalement satisfait de l'aide et de l'accompagnement apporté par Yazid. Pour assumer son travail pleinement, ce dernier est aussi devenu son co-locataire. C'est dire qu'il s'investit dans ce travail qui est aussi un lien humain devenu indispensable pour Monsieur Morel.images-6.jpeg

Je vous parle de cela en connaissance de cause, puisque je m'occupe moi-même de personnes handicapées, les accompagnant dans mon taxi spécialisé. Je sais à quel point la personne qui les accompagne et s'occupe d'eux est importante dans leur équilibre et leur lutte contre la souffrance, autant morale que physique.

Le 3 février 2009, Yazid a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Suite à une forte mobilisation, après avoir été jugé devant le tribunal administratif de Lyon, Yazid a bénéficié d'une annulation de son OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), prononcée le 6 février 2009, annulation contre laquelle vous faites appel.

Vous devez comprendre que ces menaces d’expulsion sont source d’inquiétude et de stress pour Messieurs Morel et Zarour. Ce dernier, entré en France sous statut d’étudiant, possède à ce jour un titre provisoire de séjour jusqu’au 10 Août. Il est absolument indispensable de le rendre définitif afin que Monsieur Morel soit plus serein dans sa vie privée et professionnelle, dans un contexte où tous les discours officiels affichent l’intégration des personnes handicapées comme une priorité nationale.

Nous attendons donc, conformément à vos engagements auprès de Madame David et de Monsieur Mermaz, parlementaires isérois, que vous étudiez le dossier de Yazid avec la plus haute bienveillance.

images.jpegIl est nécessaire de régulariser sa situation afin qu’il puisse résider en France et puisse travailler comme il l’a toujours fait depuis 2006 avec compétence, et dans une qualité de rapports humains avec Olivier Morel que celui-ci souhaite légitimement conserver.images-4.jpeg

En conséquence, Monsieur le Préfet, je vous serais très reconnaissante de recevoir ma demande. La voici : Monsieur Zarour doit rester sur le territoire national, avec autorisation de travail, pour exercer son activité salariée d’auxiliaire de vie auprès d’Olivier Morel. J'ai l'honneur de vous demander de tenir compte dans votre décision de la situation de ce travail particulier où les rapports humains sont essentiels.

Monsieur le Préfet de l'Isère, vous disposez d'un pouvoir discrétionnaire qui permettrait de régulariser immédiatement Yazid. Aussi, j'ai toute confiance en vous dans ma demande et je demeure à votre disposition pour échanger sur celle-ci.

Je vous prie, Monsieur le Préfet, d'agréer mes salutations distinguées.

 

Madame LAROCHE Chloé

 

+++ AVIS à mes lecteurs : vous aussi, vous pouvez écrire (mails, faxs, courriers) POUR DÉFENDRE YAZID ZAROUR, sans oublier bien sûr de rester courtois et poli. Vous pouvez vous inspirer de ma lettre et du texte de la pétition du Réseau d'Éducation sans Frontières : voir www.educationsansfrontieres.org/article20436.html

(Vous trouverez les adresses mails et les faxs à la fin de l'article)

 

________________ Voici pour mes lecteurs les informations données par le Réseau d'Éducation Sans Frontières :

 

Signez  et faites signez la pétition en ligne :

www.educationsansfrontieres.org/article20436.html


Voir aussi le reportage sur France 3 (à 3mn25s) : cliquer ici

 

"Premier acte de grande humanité du Préfet et première mobilisation !

Le 3 février 2009 à 9h du matin, Yazid est, en application d'une décision de la Préfecture de l'Isère de reconduite à la frontière, arrêté à leur domicile, embarqué au commissariat de Grenoble et transporté au centre de rétention de Saint-Exupéry. Olivier qui a besoin d'une assistance constante se retrouve seul dans son appartement, plongé dans une profonde détresse. Le 9 février, le Tribunal Administratif de Lyon annule la décision d'expulsion. Soulagement pour Yazid et Olivier. 

Deuxième acte indigne : "seule la fonction est importante, pas la personne qui l'occupe".

Le préfet s'acharne, il veut faire du chiffre et fait appel. Pour ce haut fonctionnaire zélé, Yazid n'est pas irremplaçable : n'y a t il pas, sur le seul bassin grenoblois, 324 demandes pour occuper un emploi d'auxiliaire de vie ?! Un pas de plus dans la déshumanisation, qui ne tient aucun compte, non seulement des qualités professionnelles et humaines de Yazid, mais de trois années de relations de confiance établies entre les deux hommes. Relations de confiance, patiemment construites dans tous les gestes d'une vie quotidienne partagée.

La mobilisation s'amplifie. Nous ne les laisserons pas faire.

Yazid a reçu une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 10 août, mais ... sans autorisation de travailler ... lui qui travaille déjà en CDI pour l'association « Vivre Autonome ». À cette date, au coeur des vacances d'été, Yazid est de nouveau sous la menace d'une expulsion. Nouvelle angoisse pour Yazid et pour Olivier, sa situation physique et morale se dégrade, il « ne vit plus ». 

Nous refusons que Yazid, qui est bien intégré dans notre pays, soit obligé de le quitter. 

Nous refusons aussi pour Olivier Morel qu'il quitte le territoire national, car une telle décision, intolérable sur le plan humain, serait dramatique pour lui.

Non à l'intolérable !"

 

_______VOICI LES ADRESSES POUR ÉCRIRE (mails, faxs, courriers)

afin de DÉFENDRE YAZID ZAROUR, mais en restant courtois et poli.


Pour Monsieur Albert Dupuy, préfet de l'Isère : albert.dupuy@isere.pref.gouv.fr

Pour Monsieur David Coste, directeur de cabinet : david.coste@isere.pref.gouv.fr

Fax du cabinet du Préfet : 04 76 44 68 00
Fax ministère : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00  Standard 01 77 72 61 00
Ministre eric.besson@iminidco.gouv.fr
Secrétaire général secretariat.general@iminidco.gouv.fr
Directeur de cabinet :  christian.decharriere@iminidco.gouv.fr
Directeur adjoint du Cabinet : frank.supplisson@iminidco.gouv.fr
Conseillère en communication laure.frugier@iminidco.gouv.fr

Matignon  :
http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_minis...
FAUGERE <jean.paul.faugere@premier-ministre.gouv.fr>,
GOSSET-GRAINVILLE <
antoine.gosset-grainville@premier-ministre.gouv.fr>,
LEVY <myriam.levy@premier-ministre.gouv.fr>
MITROFANOFF <
igor.mitrofanoff@premier-ministre.gouv.fr>
Elysée fax : 01 47 42 24 65
http://www.elysee.fr/ecrire/index.html
GUEANT <claude.gueant@elysee.fr>
LOUVRIER <
franck.louvrier@elysee.fr>
Maxime Tandonnet (conseiller immigration)
maxime.tandonnet@elysee.fr

 

07/06/2009

Je pense à toutes les mères en ce jour, notamment à celles qui pleurent, en deuil de leur enfant ou en baby blues, en éloignement de leur enfant ou en souffrance, en difficulté matérielle ou en désert affectif.

images-2.jpegBonjour à tous et toutes,

 

En ce jour, nous fêtons les mamans.k0441790.jpg

Les mamans du monde entier. La mienne, celle de la mienne, la tienne, la sienne, la nôtre.

Mais il y a des mamans aujourd'hui qui n'ont pas fêté cette fête parce que personne ne leur a souhaité.

Car certaines mères sont seules. Abandonnées de tous, même de leurs enfants...

... Des enfants grands, adultes, qui en veulent à leur mère, pour diverses raisons : problèmes d'héritage, problèmes de l'enfance, difficultés à respecter l'éducation des petits-enfants donnée par les parents, ressentiments envers une mère qui ne les a pas protégés étant enfants, rancune envers une mère qui est partie en laissant ses enfants, incompréhension basée parfois sur des malentendus ou des mensonges de l'entourage.

bxp64901.jpgCertaines n'ont plus leur enfant parce qu'il est mort. Elles ressentent un immense vide au creux de leur âme, jusqu'au plus profond de leurs cellules. Elles souffrent seules et, au bout de plusieurs années, personne ne se souvient qu'elles pleurent ce jour-là, comme tous les autres jours de l'année.images-4.jpeg

Certaines mères aussi vivent en accompagnant leur enfant handicapé, enfant ou adulte. Parfois, il n'y a aucune communication possible, dans le cas du handicap mental, et parfois aussi, l'enfant grandit sans bouger, sans marcher, sans parler. Le courage qu'il faut à ces mères est digne de la création des montagnes. Elles sont fortes pour deux, pour trois, pour mille actes de la vie quotidienne. Parfois il y en a qui se suicident, ou qui veulent arrêter l'enfer du handicap, en suicidant leur enfant. Mais beaucoup poursuivent. Elles poursuivent avec l'énergie du désespoir. Avec l'amour de leur enfant né de leur chair, de leur coeur crucifié.

images-5.jpegEt puis il y a les mères qui vivent la difficulté de devenir maman. Elles le sont mais elles n'y arrivent pas. Elles ont besoin d'aide. Parfois elles en ont conscience et elles demandent du soutien. Elles vont alors en unité "mère-enfant". Mais certaines se suicident pour ne pas sombrer avec leur enfant. Pour ne pas lui faire du mal, dans le malaise profond qu'elles vivent en face de lui. Je donne des informations plus loin pour aider ces mamans en détresse.
bull_index.gif

alloparentsbebe.gifJe pense aussi aux mères qui ont des difficultés financières, à celles qui travaillent mais sans arriver à joindre les deux bouts. Je pense à celles qui n'auront jamais le RSA car il faut qu'elles poursuivent le père de leur(s) enfant(s), lequel les a menacées si elles demandaient une pension. Elles ne font donc pas de démarches judiciaires pour garder une harmonie acceptable... afin de garder le père avec ce qu'il a à donner (du temps pour ses enfants, parfois) et n'ont de ce fait aucun jugement à présenter à la CAF, donc elles n'auront pas d'aides ni de RSA. De toute façon, le RSA n'est que le changement de nom du RMI et de l'Allocation de parent isolé, entre autres aides existant avant.

 

u13434912.jpgJ'embrasse toutes ces mères, celles qui gardent le courage de se battre chaque jour pour leur famille, pour rester debout et dignes, moralement fortes, physiquement aussi... pour assumer le travail, les enfants, le ménage, les courses, la cuisine, la lessive, les papiers, les dossiers, l'autorité parentale conjointe ou non, les factures, leurs handicaps personnels, le logement et les loyers, la solitude, les soucis, les maladies, les pannes, etc.

 

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J'embrasse aussi les mères qui sont en combat contre un homme qui les bat ou qui les a battues. Certaines ont quitté ce compagnon violent qui l'a été aussi parfois avec les enfants. Mais certaines aussi perdent le combat et se retrouvent privées de la garde de leurs enfants, par décision de justice. Certaines doivent faire de la prison à cause d'une décision incompréhensible, leur compagnon ayant été défendu au delà du possible. Je pense à cette maman qui s'est suicidée après un jugement en la faveur du mari, contre l'avis de toutes les associations sociales et les instances de défense des enfants. Elle a vu son compagnon avoir la garde de son enfant, au mépris de tous les avertissements. Aujourd'hui, elle est morte et cet enfant ne peut souhaiter bonne fête à sa maman.images-8.jpegimages-9.jpeg

BCP042-43.jpg

 

J'embrasse aussi toutes les mères qui n'y arrivent plus, qui ont des idées noires, désespérées, et je leur dis qu'il faut poursuivre car la vie est imprévisible. Elle donne des épines puis après arrivent les roses. Le soleil revient un beau jour. Alors gardons le parapluie du bon moral, du courage, de la ténacité, de la patience, du calme, de l'humour, de la confiance, de l'amour.

Chloé LAROCHE

 

 

images-1.jpeg________________________________ Pour information :

 

www.maman-blues.org est le site consacré à la Difficulté Maternelle.

"On ne naît pas mère, On le devient... C'est un long parcours qui retrouve un trésor laissé de côté depuis l'enfance, constitué pendant l'enfance : la mère est un secret d'enfance." Jean-Marie Delassus


"Événement éminemment physiologique, la Maternité s'accompagne également de remaniements psychiques qui changent radicalement l'être de la femme.
Devenir mère est un voyage intérieur, un retour en soi qui s'accompagne parfois de bouleversements sensibles et imprévus.
C'est une traversée d'une rive à une autre, d'une femme à une mère qui peut prendre du temps et nécessiter un accompagnement spécifique.

Nous avons donc souhaité que les aléas émotionnels et psychiques de la maternité ne restent pas sans avoir eux aussi un lieu d'expression et de partage, en complément de leur nécessaire accompagnement par les services de santé.

Une femme sur 10 serait touchée par ce tremblement de mère !

Avertissement : ce site ne saurait en aucun cas se substituer à un avis ou suivi médical.
www.maman-blues.org se place résolument du côté des mères et des parents, dans un esprit de soutien, de solidarité et de partage de leur histoire et leurs souffrances.
Les conseils ou adresses que nous pouvons être amenés à formuler dans le cadre des échanges sur notre forum de discussions ne peuvent remplacer ceux émis dans le cadre d'un suivi médical."

 

 

02/04/2009

Dans mon taxi, les souffrances rentrent et sortent. Elles se déposent. Du handicap au pire vécu.

Du handicap au pire vécu. Offrande d'une sonate pour la vie de Jason, petit garçon retrouvé mort à Liège, tué par son père à coups de chaussure. 

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Dans mon taxi, véhicule sanitaire que je conduis chaque jour, les souffrances rentrent et sortent. Elles se déposent.

 

images-12.jpegJe reste seule avec des confidences, avec les paroles parfois très lourdes de mes passagers handicapés ou malades.

Des enfants aussi. Des personnes âgées.

 

“Qu’est-ce qu’ils ont les pères à nous faire ça,” me dit une enfant qui me révèle qu’une copine a subi la même chose qu’elle.images-8.jpeg

 

“J’ai eu raison de le dénoncer, n’est-ce pas ?”....

“C’est lui qui a tort, pas moi.”

 

“Ma mère me manque.”

 

Cette enfant a le regard clair et déjà un raisonnement très mûr. Elle regarde une autre enfant passagère et me dit : “Elle est belle.”

 

Comme on dit d’une rose qu’elle est belle.

Les roses, on ne doit pas les cueillir.

Ni violer les enfants.

 

images-2.jpegPendant des mois. Il l’a violée. Ce n’était pas son père mais un beau-père.

 

Pendant les absences de la mère.

 

Elle regarde le paysage. Je la conduis. Elle se sent apaisée dans mon véhicule.images-5.jpeg

 

Dans la journée, plus tard, je transporte un monsieur handicapé. Il était tétraplégique. Il a progressé à force de travail. Il est maintenant paraplégique.

 

images-11.jpegIl est triste. Cela fait trois ans qu’il a eu ce maudit accident.

 

Je l’écoute. Il me dit que la souffrance physique, il n’y a rien de pire. Et la souffrance de voir les montagnes sans pouvoir les parcourir, les goûter.

 

La souffrance de voir des femmes et de n’avoir que le souvenir de l’ancien temps et des rêves présents qu’on fait mais qui ont le goût amer du réveil en fauteuil.SB10063890E-001.jpg

 

Je l’écoute et il me dit que les personnes valides ont bien de la chance et qu’elles devraient éviter de se plaindre pour des broutilles.

 

Mais parfois, pensais-je, les personnes valides sont tristes à mourir et certaines sont handicapées dans le coeur, amputées de leur enfant disparu, membre perdu dans l’immensité de l’univers... amputées d’un être aimé mort. Parfois, des personnes valides ont tant de charges et de difficultés à gérer que tout cela n’est pas que des broutilles.

 

images-9.jpegCet homme souffre terriblement. Il est comme dans une prison. Son corps ne le laisse plus libre de vivre comme il voudrait. Il laisse les volets lui ôter la vue des montagnes. Il a envie de les prendre et de les replanter en plein désert, là où il ne serait pas. Il ne veut plus de son fauteuil. Il se bat pour en sortir. Il voudrait l’emmener  loin et revenir sans lui. Valide et libre d’aimer à nouveau, de courir les montagnes.

 

Je me retrouve seule dans mon taxi. Un taxi spécialisé.

Une musique s’élève dans le réceptacle du véhicule. “La Sonate au Clair de Lune” de Beethoven.

 

Le piano amène à moi l’image d’une tombe. Je vois une maman pleurer là où on a découvert le corps de son fils de trois ans enterré dans un sac.

 

images-4.jpegCet enfant s’appelait Jason. Il a été tué à coups de chaussures par son père. C’est la nouvelle compagne du père qui l’a aidé à enterrer le petit garçon. C’est elle aussi qui a avoué les faits et qui a révélé la fuite du père dans son pays.

 

Cela faisait des semaines depuis février que l’on recherchait le petit garçon. Il a été retrouvé le 19 mars près de Liège, en Belgique, là où il vivait avec son père.images-3.jpeg

 

Un père qui a fait de la prison pour vente de drogue et qui avait déjà été remarqué pour maltraitance sur son fils. Son fils qu’on lui a pourtant rendu à sa sortie de prison. Erreur fatale pour ce petit garçon.

 

Tué à coups de chaussures.

 

images-1.jpegLe piano grandit en intensité. Je pense à Jason. Je vois sa vie, ses sourires, ses jeux d’enfants, sa pureté, son innocence, son émerveillement devant la vie, ses larmes, la douleur d’une vie maltraitée, d’enfant qui regarde l’adulte et qui a peur. Juste peur. Effrayé. Sans secours. Sans recours.

 

La pureté de la Sonate prend en elle toutes les souffrances dont je viens de parler et j’offre ces vies à l’Esprit qui détient la vie, à l’amour qui regarde les roses grandir sans les arracher.

 

La dernière note s'allonge dans la voiture. Le piano s'éteint. Mais une étoile brille. Pour Jason. Pour les enfants que je transporte. Pour chaque personne handicapée.SB10065057H-001.jpg

 

Chloé Laroche________________

 

Commentaires

I recently came across your blog and have been reading along. I thought I would leave my first comment. I don't know what to say except that I have enjoyed reading. Nice blog. I will keep visiting this blog very often.

Ruth

http://pianonotes.info

Ecrit par : Ruth | 05.04.2009

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Thank you very much, Ruth. Your letter is very beautiful, with a big sun for my hearth and my blog. Good sunday ! Chloé Laroche

Ecrit par : Chloé Laroche | 05.04.2009

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26/01/2009

Cette parenté avec la souffrance d’autrui, je la fais mienne, car dans mon coeur, elle est toute proche, même si l’éloignement physique fait que les autres êtres humains peuvent être très éloignés sur la Terre.

J’ai choisi il y a un peu plus de six ans de changer de métier. Je suis devenue ambulancière et aussi taxi, car ce sont des métiers de service et d’écoute aux autres. La plupart des taxis font des transports sanitaires dans leur véhicule et doivent obligatoirement passer leur Certificat de Premiers Secours.

images.jpegCe sont des métiers où on est directement au prise avec la réalité de la vie, la souffrance quotidienne des malades, leur calvaire, leur besoin de parler et d’être écouté. On transporte des personnes âgées souvent seules, des personnes en dépression ou dans le deuil. Les transporter d’un point à un autre sans qu’ils s’en aperçoivent et leur apporter réconfort et baume au coeur, est un idéal solidaire.

Les ambulanciers rencontrent aussi beaucoup d’âmes en préparation du dernier voyage, préparation consciente ou non. C’est extrêmement touchant d’être les accompagnants, les transporteurs ultimes parfois de ces personnes qui ont tout donné en sacrifices physiques.

Nous rencontrons dans ce métier des destins portant de terribles souffrances, comme cet homme atteint par la maladie que j’avais transporté avec sa femme. Ils avaient perdu leur fille de quarante ans dans un accident de voiture. Ils avaient fui l’Espagne pendant le régime de Franco. On peut fuir un pays, un régime... mais l’état de deuil, lui, se vit, au jour le jour, et ils étaient effondrés, courbés sous le poids de leur croix trop lourde... maladie, exil, deuil.

images-1.jpegUn soir, alors que j’étais triste et comme si cette rencontre devait me secouer pour que je continue d’être forte... j’ai rencontré un homme de soixante dix ans. Je devais ramener sa fille handicapée mentale, une femme de quarante-cinq ans, du CAT -centre d’accueil thérapeutique à la journée- à son domicile. Lorsque j’ai accompagné cette personne jusqu’à la porte de sa maison, le vieux père est venu me saluer et m’a proposé de venir manger un morceau de brioche. Et puis, debout devant moi, il s’est mis à me parler de sa femme : “La pauvre, elle n’est plus là. Elle s’est suicidée en se jetant dans l’étang, juste derrière la maison, l’année passée. Elle était malade des nerfs. Elle s’est noyée.” Le pauvre homme pleurait. J’étais bouleversée. Je lui ai témoigné toute ma compassion. C’était une mer de détresse qui emplissait cette maison, ces deux coeurs en deuil, ces vies naufragées.images-1.jpeg

En me raccompagnant au taxi, cet homme m’a dit : “Je ne voulais pas vous le dire devant ma fille. Mais elle a été renversée par une voiture, juste là, à l’âge de cinq ans. Ma femme ne s’en est jamais remise. Ma fille s’en est sortie, même avec les séquelles que vous voyez.”

Il y avait des larmes de sang dans tout le paysage. J’ai quitté ces deux coeurs si lourds, si lourds... mais peut-être un peu plus légers car le fait de m’avoir parlé ainsi, d’avoir pu épancher un peu la souffrance grâce à la parole donnée et écoutée, partagée, a soulagé imperceptiblement le deuil de cette famille, la peine vécue au quotidien dans le handicap et l’absence. J’ai senti en partant que l’oeil de la jeune femme s’était éclairci et qu’une lueur de sérénité s’était mise à briller dans son coeur.

J’ai témoigné dans mon avant-dernier livre de toutes ces rencontres avec les patients transportés, rencontres humaines riches de sens et de courage. J’y ai écrit cette page que je voudrais vous offrir ici (extrait de "Transports d'âmes et d'hommes").

Un après-midi, nous étions allés avec mon collègue ambulancier dans un centre d’accueil spécialisé, pour chercher une dame et l’emmener passer un scanner.

C’était une femme jeune, au visage d’ange. Elle était prostrée, paralysée ainsi depuis plus de dix ans, le regard tourné vers ailleurs, figée comme un iceberg dans lequel la vie aurait été enfermée à jamais.
-C’est une rupture d’anévrisme qui l’a frappée d’un seul coup. Elle était dynamique, pleine d’énergie, de projets et maman d’un petit garçon. Elle a eu un jour très mal à la tête et soudainement elle a disparu dans ce gouffre de la maladie.” C’était sa soeur qui se confiait ainsi à moi... “Notre vie dans la famille n’a plus jamais été celle d’avant.”

images-3.jpegElle sortit fébrilement des photos de son sac. “Tenez, ce sont des photos de ma soeur. Regardez comme elle était belle et épanouie.” J’ai regardé, très émue, ces photos d’une jeune femme de trente ans, heureuse de vivre. Je me suis dit, en voyant ce qu’elle était devenue, que la souffrance du Christ offerte sur la croix se poursuit inlassablement dans l’humanité martyre.

Cette crucifixion de la chair et de l’âme, cet écartèlement qui n’en finit plus au coeur de la vie, a commencé dans ma propre existence le jour où des hommes en noir ont cloué et fermé à jamais le cercueil de ma fille de trente mois. Pour continuer à vivre et pour exister pleinement, il faut apprendre à offrir sa souffrance pour qu’une transmutation s’accomplisse dans d’autres vies que la sienne. S’offrir comme un coeur ouvert et le donner aux Anges pour qu’ils le transplantent dans d’autres vies en détresse ou en perdition.images-2.jpeg

J’ai retrouvé dernièrement la même pratique dans un livre bouddhiste, dont le titre est : “Quand tout s’effondre - Conseils d’une amie pour des temps difficiles” de Pema Chödrön. J’avais cet ouvrage près de mon lit, et j’ai ouvert ce livre “au hasard”, à un moment où tout s’effondrait dans ma vie. Cela parlait de la “bodhichitta”. C’est une pratique qui consiste à transformer sa propre souffrance en la faisant ressortir de soi en lumière, en énergie et pensées de joie, en offrande d’amour, en don offert à tous les souffrants, à tous les blessés de la vie, à tous les affligés.

Dans le chapitre intitulé “l’amour qui ne mourra pas”, j’ai été saisie par cette description de la tendresse infinie en nous, générosité de sa propre douleur, qui nous relie à la souffrance de toutes les personnes sur terre, souffrance qu’on peut soulager par l’offrande de la sienne. Cette parenté avec la souffrance d’autrui, je la fais mienne, car dans mon coeur, elle est toute proche, même si l’éloignement physique fait que les autres êtres humains peuvent être très éloignés sur la Terre. Nous sommes vulnérables et fragiles, en tant qu’êtres humains, aussi “laissons la douleur du monde nous toucher le coeur et transformons-la en compassion”, ainsi que le recommande le seizième Gyalwa Karmapa.

Dans cette démarche, on ne peut pas se tenir à distance. On ne peut pas se protéger en restant caché ou muré dans sa propre vie, évitant d’écouter les bruits d’armes et de larmes du monde qui vit tout autour de nous et sur la même planète.

En refusant cette démarche, on peut ignorer les cris de détresse des enfants qui meurent de faim dans les pays les plus pauvres, les veuves du Rwanda qui ont adopté des enfants alors qu’on a massacré leur mari et leurs enfants, toute leur famille. On peut ignorer la souffrance des sidéens, les ignorer, omettre de leur parler, refuser de les embrasser. On peut ignorer son voisin, refuser de lui dire bonjour malgré ses efforts pour être conciliant et retrouver la paix. On peut oublier que les ours blancs sont en train de mourir au Pôle Nord, noyés parce que le sol de la banquise se dérobe sous leurs pattes. On peut éviter d’entendre la femme qui pleure dans sa montée d’escalier, frappée encore une fois par son conjoint. On peut se boucher les oreilles devant les cris de souffrance d’un enfant martyrisé et si c’est le sien que notre compagnon abuse, on peut aussi se dire que ça lui passera, qu’on ne peut “rien faire à part se taire”... parce que le silence est la tombe des pires atrocités.

images-2.jpegOn peut omettre de se rappeler que des enfants aborigènes ont été arrachés de force à leurs parents, entre 1880 et la fin des années soixante, pour les placer en Internats d’État afin de les christianiser. On peut clamer “que les camps de concentration n’ont jamais existé” et que les Juifs auraient monté de toutes pièces leur calvaire, qu’on aurait inventé les six millions d’humains exterminés par les Nazis, les trains de la mort, les montagnes de lunettes retrouvées à la Libération appartenant à toutes les personnes gazées. On peut oublier qu’à Grozny, en octobre 1999, les forces d’aviation russes ont délibérément bombardé une maternité, la seule encore ouverte. Une femme était en train d’accoucher. Elle a été défenestrée par le choc de l’explosion. Son bébé, tué dans une violence inouïe, a paralysé les âmes des Anges et les ailes des oiseaux.


Chloé LAROCHE

06/10/2008

Redonner du courage à ceux qui n'en ont plus. Co-suicides. Mère courage handicapée. Aux personnes dépressives, à celles qui pensent au suicide, à mourir. Numéros verts d'écoute.

Bonjour,

 

Mn_25.jpgJ'ai vu dernièrement une dame handicapée dans une chaise roulante électrique pousser un bébé dans un landau.Mn_11.jpg

Cette vision, j'ai envie de la partager avec Adrien qui a lancé il y a quelques jours sur internet un appel pour trouver un co-suicidaire afin de partir de la vie avec un inconnu solidaire de son projet.

Deux femmes se sont ainsi donné la mort près de Toul en plaçant leur voiture sur un passage à niveau. La solidarité pour se donner la mort, c'est un concept qui vient de sortir. Sans se connaître, on se rencontre pour quitter ce monde et pour se donner le courage d'en finir. Pacte de suicide, pacte de destruction mutuelle, pacte sans retour.

Mn_23.jpgLa solidarité aurait tant besoin qu'on mette ses forces ailleurs !! Fuir la vie est sans issue ! Ces deux femmes errent maintenant près de cette voie ferrée, l'âme perdue et meurtrie par la violence du choc du train qui a emporté leur vie. Le bruit de leur fin tragique résonnera longtemps dans leurs regrets d'âmes suicidées. Anne et Hassina devront refaire le chemin qui les amenées à cette décision. Je pense à elles, à leur famille, je pense au chauffeur du train.

Adrien, je voudrais te dire : cette dame handicapée que j'ai remarqué... porte sa croix et pourtant... elle a choisi de donner la vie. Dans un fauteuil roulant, d'où elle ne peut se lever sans l'aide d'autrui, elle a choisi de porter un enfant et de l'élever, au mépris de toutes les recommandations et de toutes les limitations de la société. Adrien, choisir de se battre et de poursuivre sa route est le meilleur choix, l'ouverture de portes dont tu ne soupçonnes pas l'existence. La vie, si tu lui fais confiance, te fait des cadeaux inattendus et te donne aussi de nouvelles chances. Mais il faut lui montrer que tu tiens à elle et que tu as conscience de la valeur de cette vie si fragile et si merveilleuse... Quand tu vois tous les gestes quotidiens nécessaires à élever un bébé, tout l'amour donné pour élever un petit être, quand tu vois l'univers, les étoiles et l'évolution cosmique... alors tu sais que la vie est précieuse et importante.

Mn_2.jpgJe dédie cet article à tous ceux qui se battent avec courage dans des situations dramatiques et très dures, dures psychologiquement et physiquement, et à tous ceux qui errent sur internet dans l'espoir de trouver la porte de sortie illusoire de la grande faucheuse. Cette dernière, la mort, a le mérite de tout arrêter mais elle ne redonne pas la vie à ceux qui voudraient revenir. Car arrivés de l'autre côté, on n'est pas sur un quai de gare et on ne peut pas reprendre un train de retour. On est sur l'autre rive et on y reste, jusqu'à trouver le noeud qui nous a fait sombrer dans le désespoir d'un éternel oubli. Dénouer les noeuds, retrouver le gouvernail, reprendre le sens de sa vie, retrouver goût au soleil et à la lumière du jour et des étoiles.Mn_16.jpg

Mn_18.jpgJe vous redonne, comme déjà auparavant dans mon blog, ces numéros qui ont déjà aidé de nombreuses personnes à rester les pieds sur terre, même si le coeur est plein de larmes. C'est essentiel quand ça ne va plus... d'être écouté. Je l'ai fait moi-même à certains moments désespérés de ma vie et cela m'a sauvée, de pouvoir appeler de façon anonyme, durant la nuit ou à toute heure. N'hésitez jamais à appeler ces numéros verts et à livrer vos chagrins. Parler soulage. Parler délivre de fardeaux trop lourds à porter seul.

___SUICIDE ÉCOUTE (7 jours sur 7 / 24 h/24 H) : 01 45 39 40 00 (gratuit tarif local)

_______CAP ÉCOUTE : 0800 33 34 35 (numéro vert gratuit)

ou  04 72 33 34 35

_____________CROIX ROUGE Écoute : 0800 85 88 58 (10 h-22 h du lundi au vendredi) et 12 à 18 h (samedi et dimanche)

_____________SOS SUICIDE  Phénix : 0825 120 364 (16 h à 20 h)

ou 01 40 44 46 45 (12 h à 24 h)

___________________________SOS DÉPRESSION :  24 h / 24 h ...................... 01 40 47 95 95

Mn_14.jpg

 

Courage à tous et toutes sur la route de la vie.

Chapeau à vous qui vous battez, becs et ongles.

Bravo à ceux qui trouvent la force.

La force est en vous.

Chloé L.

05/09/2008

Coup de colère routière de la part d'une professionnelle ambulancière. Propos sur la conduite, le handicap, le respect du code, la nouvelle loi sur le clignotant, la sécurité sur la route.

Bonjour,

 

Quand je vois dans mon métier de conductrice-accompagnatrice pour personnes handicapées ou âgées, alors que je roule toute la journée ou presque... quand je vois régulièrement des incivilités au volant, je suis en colère.

Mn_85.jpgJ'observe en effet régulièrement des feux rouges grillés par des automobilistes, des accélérations aux feux oranges, des conducteurs qui vous collent à l'arrière sur l'autoroute, des enfants non attachés voire debout se mettant à la fenêtre, certains même assis devant sans ceinture. Sans parler de ceux qui roulent sans feux ou qui tournent sans mettre de clignotants. Sans oublier aussi ceux qui doublent toute une file de voitures sur une ligne blanche... ou qui en pleine ville vous font une accélération digne de Fangio.796082542.jpg

Mn_107b.jpgJe me souviens de ce petit garçon décédé sur un passage piéton à Grenoble, entre 1998 et 2000, dont on n'a pas retrouvé le conducteur meurtrier qui l'avait renversé. Délit de fuite d'une voiture R19 verte. Je me souviens de tous ces piétons tués par une voiture, tous ces écoliers morts en allant à pied à l'école, toutes ces mamans renversées avec leurs enfants et les vélos massacrés en pleine course... petit garçon à vélo encore dernièrement tué sous les yeux de son père.

Dans mon métier, je vois des personnes lourdement handicapées à la suite d'un accident de voiture, d'un accident de moto ou de vélo. Ils poursuivent leur vie avec courage et volonté, se rendant en rééducation plusieurs fois dans la semaine afin de progresser ou de se maintenir dans ce qu'il leur reste en mobilité. Ils ne marcheront jamais plus, ne feront plus de vélo, n'auront jamais plus de relations intimes pour certains.

Mn_81.jpgEn plus, comme leur femme ou leur compagnon les quittent la plupart du temps... ils se retrouvent seuls. Combien m'ont raconté cette histoire... "Je ne veux pas d'un légume," lui a dit sa compagne juste après l'accident. Cet homme a tout perdu. Son métier qu'il ne peut plus gérer, ses passions de vie, son amour, ses projets. Certains perdent même la présence de leur famille... qui ne les supporte plus ainsi. Le handicap fait peur à beaucoup de personnes et la pensée d'euthanasie n'est pas loin dans l'esprit de certains proches... comme une certaine belle-fille qui est allée voir le médecin d'un homme handicapé, lui demandant combien de temps il lui restait à vivre. Le médecin horrifié lui a répondu : "Il n'y a que l'héritage qui vous intéresse !!!!!". Depuis, fils et belle-fille se tiennent à l'écart de ce malheureux qui non seulement a perdu l'usage de ses jambes et de ses bras... mais en plus pleure tous les jours ses petits enfants tenus à l'écart.Mn_84.jpg

Mn_TRA005.jpgJ'ai vu dans mon métier des personnes handicapées suite à un accident de moto... véhicule au combien fragile pour celui qui est dessus. Je vous en prie, automobilistes, faites attention aux motos. Une règle d'or : si vous avez une moto devant vous, restez éloigné suffisamment derrière elle et puis, surveillez vos rétroviseurs et ne freinez jamais brutalement devant une moto... car eux n'ont pas les freins pour vous éviter et s'arrêter aussi bien que vous.

Donc, surveillez ce qui se passe derrière, devant et sur les côtés. Les rétroviseurs servent à cela. Freinez à l'approche d'un feu, ce qui vous permettra de vous arrêter quand le feu passe à l'orange.303261918.jpg

Mn_TRA015.jpgEt puis, à l'arrivée dans un village, mettez-vous systématiquement en troisième, à cinquante à l'heure, voire quarante, en pensant aux enfants qui pourraient traverser. Trente, c'est bien aussi. Car, quand un petit enfant court et s'échappe, se jetant devant votre voiture, il vous faut rouler à petite vitesse pour pouvoir freiner et lui sauver la vie.

Un dernier mot, pour ceux qui ne savent pas encore : le 1er octobre, en plus du triangle et du gilet obligatoires, il y a une nouvelle loi qui vous coûtera trois points sur votre permis si non respect. Si vous ne mettez pas le clignotant lorsque vous tournez, doublez, évitez... cela vous coûtera vingt-cinq euros et ... trois points. Énorme, mais intéressant pour le respect des autres automobilistes.

C'était le cadeau du jour... car ceux qui sont au courant, seront les premiers avertis.... n'est-ce-pas ?!!..... et garderont les points de leur précieux permis.

Au final, je voudrais vous rappeler que la route est dangereuse et puis aussi de laisser vos rancoeurs et vos colères à la portière, afin de rester maître de vos pédales, et de ne pas prendre la route pour un terrain de boxe ou pour défouler son trop plein de... tout.1437798926.jpg

Mn_106.jpgBonne conduite à tous et toutes. Et rappelez-vous d'attacher vos enfants dans la voiture, même pour vingt mètres. Ainsi que sur les vélos car j'ai encore vu dernièrement des enfants assis dans un siège vélo sans être attachés et sans casque. Un papa emmenait même son jeune fils assis devant lui sur le guidon du vélo. Se rend-il compte du risque qu'il fait prendre à son enfant en cas de choc et d'accident ?!! Son enfant n'est pas retenu et de plus, il risque un traumatisme crânien irréversible.

 

Chloé Laroche

 

 

 

 

 

15/07/2008

Pour Cyrille, jeune ambulancier décédé durant le transport d'un patient violent. Mon témoignage d'ambulancière et de taxi, avec le récit de mon agression à Caluire.

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HOMMAGE À CYRILLE HAQUEVAUX, AMBULANCIER DÉCÉDÉ TRAGIQUEMENT

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Je pense à toi, Cyrille, à ton enfant qui va arriver, à tous les ambulanciers de France et du monde entier qui font leur métier avec coeur.ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences,cyrille haquevaux,saint-brieuc,danger,ambulance,accident,caluire,bande,violence,victime,orphelin,drame,métier,handicapé,handicap,protection,conducteur,courage,héros,collègue,traumatisme,témoignage,médical,accompagnement,fuite,suicide,déséquilibré,mort,deuil,gâchis

Je suis touchée par ton décès tragique, causé par un patient violent et atteint mentalement que tu devais accompagner, et je tenais à te rendre hommage sur mon blog... où je parle de notre métier régulièrement dans le chapitre : "Ne tirez pas sur l'ambulance" (cliquer sur ce titre à gauche dans les catégories).ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences,cyrille haquevaux,saint-brieuc,danger,ambulance,accident,caluire,bande,violence,victime,orphelin,drame,métier,handicapé,handicap,protection,conducteur,courage,héros,collègue,traumatisme,témoignage,médical,accompagnement,fuite,suicide,déséquilibré,mort,deuil,gâchis

Cyrille Haquevaux, 24 ans, se trouvait à l'arrière de l'ambulance lorsque le patient transporté, atteint mentalement, s'est agité brutalement et a essayé de sauter de l'ambulance, entraînant dans sa chute le jeune ambulancier sur le bitume de la voix express. Cyrille ne se releva pas et fut emmené à l'hôpital de Saint-Brieuc. Il est maintenant décédé et son enfant va bientôt voir le jour, sans que Cyrille n'ait pu le voir, lui qui s'occupait de tous ses patients avec générosité et coeur.


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J'ai repris le travail et les faits se sont reproduits, avec des coups violents reçus dans le dos et à la nuque, malgré mes avertissements à l'employeur et aux parents, lesquels ne m'ont pas cru. "Leur fils ne pouvait pas avoir fait cela." La mère m'a accusée de n'avoir aucune autorité. Au final, je n'ai eu aucun mot réconfortant ni le semblant d'une compréhension... J'ai eu du mal à m'en remettre, et en plus, suite à tout cela, j'ai perdu mon travail. Heureusement, j'en ai retrouvé un depuis, et j'ai repris courageusement la voie que j'aime : le transport et l'accompagnement de personnes malades, âgées et handicapées.


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En juin 2004, je m'étais déjà fait agresser à Caluire, près de Lyon, par une bande de jeunes qui ont lancé des pétards sur mon taxi, alors que je transportais un client et que j'étais arrêtée dans un embouteillage. Je suis sortie du véhicule et un des jeunes (il avait environ 18-20 ans) m'a menacée verbalement, avec tant de haine dans les yeux que j'en resterai à vie troublée...

Troublée et interpellée par la haine d'un inconnu qui vous prend pour cible, sans aucune raison. Il m'a lancé un pétard en plein visage, pétard qui a explosé près de l'oeil gauche. Je suis restée choquée en attendant les pompiers, qui m'ont emmenée aux Urgences. Ils ont été formidables. Les policiers sont venus assez rapidement sur les lieux et m'ont révélé qu'ils n'arrivaient pas à mettre la main sur cette bande et qu'ils craignaient ces jeunes. Ils étaient d'ailleurs tous partis en courant de la petite place où ils sévissaient.ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences,cyrille haquevaux,saint-brieuc,danger,ambulance,accident,caluire,bande,violence,victime,orphelin,drame,métier,handicapé,handicap,protection,conducteur,courage,héros,collègue,traumatisme,témoignage,médical,accompagnement,fuite,suicide,déséquilibré,mort,deuil,gâchis


J'ai eu beaucoup de chance de ne pas perdre un oeil ou l'ouïe et de n'avoir aujourd'hui aucune séquelle. Il n'y a eu aucun témoin ayant apparu non plus, alors qu'il y avait du monde aux balcons, dans les commerces, dans les voitures alentour. Personne n'est intervenu, ni n'a réagi pour m'aider, à part le client que je transportais... qui a eu peur lui aussi. J'étais alors enceinte et je remercie le Ciel de m'avoir permis de garder mon fils, malgré le choc.ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgences

ambulancier,taxi,agression,psychiatrie,urgencesCe sont des métiers à risque, comme chaque fois que j'ai transporté en VSL (véhicule où on est seul avec le patient assis) des malades sortis de l'Hôpital Psychiatrique, parfois sur de longues distances.


Je me souviens d'un jour où on nous avait confié un monsieur de l'Hôpital psychiatrique pour l'emmener en dialyse. Il s'est mis à mordre mon collègue à l'arrière et à se débattre dans tous les sens. Le cadre ambulancier avec qui j'étais ce jour-là me suppliait de faire aussi vite que possible, ce que j'ai fait, passant à travers les embouteillages par miracle et aussi grâce aux automobilistes qui s'écartaient pour me laisser passer. J'ai traversé toute l'entrée de Grenoble à toutes trombes pour arriver le plus vite possible au CHU.

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Un médecin avait tout de même fait remarquer à ma patronne, lorsque j'ai été frappée, qu'aucun filet ou grille de protection n'était installé dans le véhicule que je conduisais.

Je pense à toi Cyrille......... et à ta famille, à ton enfant orphelin d'un papa. Je pense à ton collègue traumatisé par ton décès et par ce drame terrible.

Je pense à tous les ambulanciers de France et du monde. Nous faisons un beau métier mais quelles difficultés nous traversons et quelle méconnaissance de la société existe sur cette profession souvent rabaissée et délaissée ! C'est un métier de personnes généreuses et souvent exploitées. Un métier qui ne compte pas ses heures et ses kilomètres, ni son écoute aux patients. Un métier d'amour envers les autres, envers les souffrants. 

Chloé Laroche

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RAJOUT : J'AI SU EN 2012 PAR LE COLLÈGUE DE CYRILLE (VOIR SON COMMENTAIRE) QUE SON FILS VA BIEN, QU'IL EST TRÈS BEAU ET QU'IL RESSEMBLE À SON PAPA.

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Photos : je remercie le site Photosearch et Bing images pour la plupart des photos de cet article. Le mandala de larmes vient du site : http://koah.over-blog.com/30-categorie-10168075.html

La photo de la personne tournée de dos devant le lac du Bois Français a été prise par moi.

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.... Vous pouvez lire ci-après des extraits du site des Ambulanciers, expliquant les circonstances du décès de Cyrille, jeune ambulancier et futur papa.



__________________ Hommage à notre collègue ambulancier  dans l'exercice de ses fonctions____________

(extrait du site des Ambulanciers .... http://ambulancier.over-blog.com)


Le malade bouscule l'ambulancier installé à l'arrière.
Les deux hommes sont projetés, par l'arrière, sur la voie express.
Lourde chute pour l'ambulancier Cyrille Haquevaux, 24 ans.

Le jeune ambulancier est, lui, transporté au centre hospitalier de Saint-Brieuc puis à Pontchaillou, à Rennes, où il était dimanche en état de mort cérébrale. Sa conjointe doit accoucher dans quelques jours.


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Extrait du reportage LCI :

PAS DE SANGLE.

Selon un employé de l'hôpital de Saint-Brieuc souhaitant rester anonyme, le jeune homme "très baraqué" venait de traverser une phase d'agitation, "de celle où ils veulent tout casser". D'après cette même source, le patient était allongé sur le brancard non sanglé. Au bout de 10 minutes de trajet, à hauteur de la commune de Plérin, "le patient réussit à ouvrir la porte du véhicule", raconte Bastien Diacono, le procureur adjoint du tribunal de Saint-Brieuc.

Dans des circonstances encore indéterminées, le malade entraîne dans sa fuite l'ambulancier. Les deux tombent sur le bitume. L'ambulancier ne se relèvera pas. Le patient, lui, passe la glissière de sécurité sur le terre-plein central. Le jeune homme est percuté par une voiture arrivant en sens inverse.

______________________________ Extrait du site : http://ambulancier.over-blog.fr _____________

Notre avis :

Un problème parmi tant d'autres, mais cette fois-ci un collègue y a laissé la vie, ce qui confirme ce que l'on a toujours dit : nous ne sommes pas de simples "transporteurs" mais des professionnels de santé formés et diplômés. Ce ne sont pas des colis que nous prenons en charge mais des personnes, malades de surcroît, avec leurs différents problèmes et pathologies. Je n'ai jamais vu un chauffeur routier se faire éjecter de son camion par un colis qu'il transportait.

Le deuxième Hic c'est la transmission d'informations entre le personnel soignant et les ambulanciers... quand on voit qu'il faut parfois se "battre" pour avoir un minimum de relève. Sachant que le malade est sous la responsabilité intégrale de l'ambulancier, une fois la grille de l'hôpital franchie, il est donc nécessaire d'obtenir certaines informations à caractère médical. RAPPEL : les ambulanciers sont tenus au secret médico-professionnel, donc apte au secret partagé. Un malade psychiatrique ayant une phase d'agitation même calme sera sanglé au minimum d'une ventrale par précaution, car on le sait ce genre de patient est totalement imprévisible. Si les informations citées plus haut avaient été transmises, cela aurait certainement engagé nos collègues à sangler le malade et l'on aurait pu ainsi éviter ce drame. Dommage qu'une fois de plus il faut attendre un mort pour amener une réflexion sur le sujet.

Nos pensées accompagnent sa famille.
Sincères Condoléances.

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Les faits:

SAINT-BRIEUC. - « C'est une histoire hors norme. Avec cette affluence sur la RN12, on a frôlé une catastrophe plus grande encore. » Le procureur adjoint, Bastien Diacono et les secouristes restent marqués par la scène qu'ils ont découverte, samedi, peu après 13 h, à la hauteur de Plérin (Côtes-d'Armor). « Deux corps allongés de chaque côté de la quatre voies, il nous a fallu un peu de temps pour comprendre. »

Quelques dizaines de minutes plus tôt, une ambulance de la toute jeune société Urge ambulances revenait du centre hospitalier de Saint-Brieuc pour véhiculer un patient vers l'hôpital psychiatrique de Bégard, à 50 km. Un homme âgé de 27 ans doit y être transféré à la demande de sa famille. Quelques heures auparavant, il a tenté de mettre fin à ses jours, en voulant sauter d'un pont.

Un témoin a tenté de le stopper.

Alors que le véhicule est en route, le malade bouscule l'ambulancier installé à l'arrière. Les deux hommes sont projetés, par l'arrière, sur la voie express. Lourde chute pour l'ambulancier Cyrille Haquevaux, 24 ans, qui reste à terre. Le patient, lui, se relève et entreprend de traverser la route. « Un témoin l'a saisi par le bras pour l'arrêter dans son élan », raconte un automobiliste. Mais l'homme réussit à traverser le rail de sécurité et à se lancer dans le flot de circulation. Une voiture le heurte brutalement. L'intervention des secours ne permettra pas de le réanimer.

Le jeune ambulancier est, lui, transporté au centre hospitalier de Saint-Brieuc puis à Pontchaillou, à Rennes, où il était dimanche en état de mort cérébrale. Sa conjointe doit accoucher dans quelques jours. Son collègue, conducteur, a, lui aussi, été hospitalisé, extrêmement choqué.

Transport à risque :

Pour Bastien Diacono, le représentant du parquet, « cela pose la question de la condition de transport de l'individu atteint de pathologie psychologique ». Pourquoi le malade n'a-t-il pas été attaché ? Sa dose de tranquillisants était-elle suffisante ?

« Nous ne sommes que des exécutants, témoigne Yann Kerleau, président du syndicat départemental des ambulanciers. Le transport est prescrit par un médecin avec consignes particulières. » Mais l'évaluation n'est pas toujours aisée.

« Ce sont des transports à haut risque, estime-t-il. Il n'est pas rare que nous ayons des problèmes avec des malades agités. » Son équipe a déjà été confrontée à une tentative d'étranglement, une agression... «Quand c'est une hospitalisation contre la volonté de la personne, j'oblige mes collègues à attacher les chevilles et les poignets. C'est plus délicat quand la personne est sensée et volontaire.»


Sébastien GROSMAITRE.

Ouest-France____________________________
Vos réactions sur le Forum :



le 08/07/2008 à 12h07
Condoléances à la famille de cet ambulancier, et encore une fois un grand bravo et merci, à tous ces hommes et femmes, qui mettent leur vie en danger, pour en sauver d'autres.
Moi, Chez moi

le 07/07/2008 à 21h17
J'ai moi un fils policier qui doit souvent transporter ce genre d'individu à Sainte Anne et qui a été blessé personne n'en parle.
Mimi, Val de reui

le 07/07/2008 à 20h58
Bonjour je suis CCA depuis plus de 20 ans. Avant les médecins discutaient avec les ambulanciers ; maintenant un ordre de mission, une prescription médicale de transport (bon de transport) et les ambulanciers débrouillez vous scandaleux!!! où va t on ? les ambulanciers sont la derniére roue de la charrette ; savez vous que nous sommes des transporteurs qui bénéficient de la convention collective des transports routiers !? un camion de bananes, de viande ou une ambulance : la même convention ! scandaleux ! j'aime mon métier mais actuellement il est temps que les différents ministéres de tutelle se réveillent en tout cas toutes mes condoléances attristées pour ce collégue qui a laissé la vie pour un "fada"' ; à qui le tour ?
Ambulancier catalan, Perpignan

le 07/07/2008 à 18h53
Étant moi même ambulancier , je ne peux qu'être ému et énervé en lisant cet article , car cela fait des années que l'on crie au loup en disant qu'un tel drame se produirait et on nous riait au nez , car parfois ces transports ce font même en Véhicule Sanitaire Léger... ce qui veut dire qu'il n'y a qu'un ambulancier dans le véhicule et que ce serait-il passé si le véhicule était allé percuter un car d'enfants ? Il est temps de réglementer correctement ce genre de transport mais encore une fois il faut un drame pour que l'on se penche sur notre métier ; malheureusement il est trop tard pour notre collègue , condoléances à la famille et bon courage.
Marpin, Saint-calais

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Commentaires

Merci pour votre bel hommage à mon ancien coéquipier, stéphane de saint-brieuc.

Ecrit par : STEPHANE | 31.08.2008

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Nous sommes aussi ambulancières dans le Pas de Calais, nous déplorons ce drame et nous présentons à la famille nos plus sincères condoléances. ENCORE UNE FOIS CE DRAME AURAIT PU ETRE EVITE

Ecrit par : aicha - peggy | 17.09.2008

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Je suis passée en voiture juste après le drame les pompiers ambulance et un corps sur la 4 voies étaient là près de nous, nous allions sur st brieuc... Dès que je lis cette histoire je revois ces images, j'ai un petit bonhomme de 20 mois et je pense fort à la femme de l'ambulancier qui a maintenant un enfant, j'espère qu'elle est entourée même si cela ne remplacera pas le papa... et courage à son coéquipier qui était dans la voiture pour continuer son travail.

Ecrit par : mary | 05.01.2009

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Merci Mary pour votre commentaire et vos pensées pour cet ambulancier et sa famille ; merci à vous aussi, son co-équipier d'ambulance qui m'a écrit et à qui je pense fort. Nous soutenons très fort, ambulanciers de toute la France, sa compagne veuve et son enfant. Chloé

Ecrit par : L'auteur de ce blog | 05.01.2009

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TOUTES MES CONDOLEANCES A SA FAMILLE JE SUIS MOI MEME AMBULANCIER...................

Écrit par : Thieulent | 06/04/2010

Répondre à ce commentaire

 

Oui, nous pensons à sa famille et son enfant qui a quelques mois maintenant. Je pense à tous les ambulanciers de France et du monde. Un beau métier mais quelles difficultés et quelle méconnaissance de la société sur ce métier souvent !! Un métier de personnes généreuses et souvent exploitées. Un métier qui ne compte pas ses heures et ses kilomètres ni son écoute aux patients. Un métier d'amour envers les autres, envers les souffrants. Toutes mes pensées pour vous. Chloé Laroche

Écrit par : Chloé Laroche | 07/04/2010

Répondre à ce commentaire

 

Je suis aussi ambulancier et voulais signaler que notre profession comporte des risques malheuseument non reconnus. Je viens de perdre un collegue la semaine derniere d'un infarctus, il n'avait que 48 ans. Le stress de cette profession ne l'a pas aidé c'est sur.
Nous exercons ce metier par passion mais cela devient de plus en plus dur physiquement ainsi que mentalement.
Toutes mes pensées vont a la famille de Cyrille et de Jef.
Pascal

Écrit par : Pascal | 09/04/2010

Répondre à ce commentaire

 

Cyrille, 

mon pote, mon collègue,

cela va bientôt faire 4 ans que tu nous as quitté.
beaucoup, tellement de choses on changé depuis ton départ, 
si tu savais comme tu me manques
je ne peux m'empêcher de repenser à ce jour dès que je passe sur ces lieux maudits.
je ne sais pas pourquoi j'écris sur ce blog je pense que c'est un moyen d'exorciser ses vieux démons, une sorte de bouteille à la mer qui au fond de moi espère que ces mots te parviendrons.
Je voulais que tu saches que malgré le chagrin, la rage... j'ai tout fait pour sauver ce que tu avais eu tant de mal à créer...
Je m'excuse de n'avoir réussi. 
j'ai eu l'occasion de croiser ton fils, il est magnifique, il te ressemble.
rien ne sera jamais plus comme avant, j'en ai d'ailleurs quitté le métier, trop dur...
Bref tu nous manques à tous beaucoup, on ne t'oubliera jamais.

Écrit par : lukaz | 26/04/2012

Répondre à ce commentaire

 

Courage à vous Lukaz. Cyrille est parti si tôt. Ce métier est un beau métier mais si dur parfois et si peu aidé et protégé. Je pense à tous les ambulanciers de France et du monde et vous envoie mes meilleures pensées. Chloé L

Écrit par : Chloé Laroche | 27/04/2012

 

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25/06/2008

Le silence est entré dans mon ambulance. Mon hommage aux ambulanciers. Hommage aux patients. Attente d'un traitement. Attente de l'ambulancier après l'attente chez le médecin ou à l'hôpital.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



LE SILENCE ET L'ATTENTE________________ambulancier,taxi,maladie,écoute,cancer,accompagnement,mère teresa



Le silence est entré dans la voiture que je conduis. Une Astra blanche avec la croix bleue des ambulanciers sur le capot.

Ma patiente est assise à côté de moi.

Quelques mots ont été échangés. Et puis le silence a gagné. Non pas lourd mais consenti, de part et d’autre. Lourd de sens, oui, car la maladie est là, présente. Le cancer mine ma patiente depuis des années. Sans rémission.

Elle m’a soudain reparlé.
Et puis le silence est revenu, comme la neige qui se dégage doucement devant nous, sur la route.

Je rencontre ce silence tous les jours, à travers les patients que je prends en charge. Silence de neige, silence de patience, silence d’attente...
L’attente d’arriver à destination, l’attente dans les embouteillages, l’attente dans les salles d’attente pour rencontrer le médecin, l’attente de l’ambulancier qui emmène et ramène, l’attente d’un avenir meilleur, l’attente d’une santé disparue, l’attente d’un traitement en salle de chimiothérapie...

Dans toute cette attente, les patients ont besoin de sérénité et de calme. Ils ont besoin que nous les transportions avec beaucoup de tact et de respect.

Chloé Laroche


________________ Mon hommage

aux ambulanciers du monde :ambulancier,taxi,maladie,écoute,cancer,accompagnement,mère teresa



Le métier d’ambulancier est une profession où les anges gardiens ne chôment jamais dans l’ensemble du monde entier.

Je lisais tout à l’heure le témoignage d’une femme : Marta Gray, dans “La couleur du silence” de Yves Eurieult (éditions Ramuel), qui a travaillé aux côtés de Mère Teresa à Calcutta en Inde.

Elle racontait l’horreur qu’elle a vécu là-bas, les corps vivants dévorés par les vers, les enfants de neuf mois qui avaient la taille d’un foetus à terme, les malades infectés que leur amenaient les ambulanciers pour qu’ils meurent dignement dans le centre de la Sainte femme.

Je pense aux ambulanciers de ce pays, à ceux de Palestine et d’Israël, à ceux d’Algérie et de la Tchétchénie...

Je pense aux quarante-quatre ambulances qui ont été réquisitionnées le soir où la boîte de nuit de Saint Laurent du Pont a été détruite par un incendie dramatique... Ces professionnels du transport médical sont allés chercher les corps des victimes, de tous ces jeunes isérois, morts dans la fête d’une dernière nuit.

Ils ont fait la navette pendant des heures entre le lieu du drame et le gymnase pour que les dépouilles soient dignement rendues à leur famille.

Le métier d’ambulancier ressemble à celui de passeur des âmes et des corps... Il est un accompagnateur dans le passage entre la vie et la mort, soit dans un sens soit dans l’autre.

La plupart du temps, il n’y a heureusement que la vie et l’espoir.

Mais dans bien des cas, de par le monde, l’ambulancier se bat pour donner à la Vie une chance : il se bat pour que la Mort n’arrive pas pendant le passage du transport... afin que le malade soit soigné à l’arrivée, sur le lieu béni où les médecins exercent.


Chloé Laroche

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Pour lire tous mes articles concernant le métier d'ambulancier

et de taxi médicalisé, consulter :

https://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/


Le mandala de larmes vient du site : 

http://koah.over-blog.com/30-categorie-10168075.html

24/06/2008

Trois destins rencontrés en ambulance. De la vie au désespoir. Du combat désespéré à la lutte finale contre la maladie, la solitude et la mort.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



TROIS RENCONTRES

BOULEVERSANTES_____________maladie,handicap,ambulancier,écoute,suicide,cancer,tragédie,ambulance,accompagenement,route,conducteur,rencontre,voyage,soeur emmanuelle,témoignage,isère,espoir,courage




Trois rencontres m’ont bouleversée durant cette journée de travail en ambulance.

Trois destins aux multiples souffrances.

D’abord, je vais chercher un homme handicapé, chez lui. Il est en fauteuil roulant. Arrivés à l’ambulance, je l’aide à l’asseoir dans le véhicule. Je plie son fauteuil et le soulève pour le ranger à l’arrière du véhicule.

La dernière fois que je l’ai vu, au cours d’un précédent transport, il devait partir en voyage au Brésil. Je lui demande alors comment cela s’est passé.
-Qu’est-ce qui vous a plu le plus là-bas ?
-Le Christ, m’a-t-il répondu !
-Le Christ ?
-Oui, et j’ai eu la chance de le voir de près en hélicoptère. Il fait trente mètres de haut...
-C’est le Christ qui surplombe la baie de Rio de Janeiro ! Il a les bras tendus, ouverts sur le monde. C’est si beau de représenter Jésus ainsi, lui ai-je dit.
-C’est vrai ! C’est magnifique !
-Vous étiez seul là-bas ?
-Non, nous étions neuf à partir, neuf membres de ma famille, à cause d’événements douloureux. Ma soeur venait de perdre son fils et son mari ... et nous avons perdu notre mère aussi.... Pour Noël, nous avons préféré partir le plus loin possible...”.

Ils ont mis un océan entre leurs morts perdus et leurs vies présentes... Océan de larmes, océan d’espoir face aux drames vécus.

J’ai ressenti beaucoup de douceur de la part de cet homme pour sa soeur. Il m’a parlé d’elle et de sa force, de ses blessures gravées dans la chair, de sa volonté de s’en sortir par elle-même. Survivance éperdue d’une mère orpheline et d’une veuve solitaire.

Et puis, plus tard dans la journée, je suis allée chercher une dame.

Elle m’a ouvert son coeur spontanément.
Nous roulions dans la neige.

Cette patiente m’a parlé de sa vie de veuve, de ses cancers successifs, de son mari suicidé, de tous les suicides qui s’accumulaient au sein de la famille. Elle m’a parlé de ses enfants, de ses peurs pour eux, de son angoisse de la pulsion de suicide “peut-être héréditaire”, de son combat pour la vie, de la flamme de son existence risquant de s’éteindre bientôt.

J’ai écouté cette dame tout au long du parcours. Je l’ai regardée avec admiration et respect. Elle n’avait à vivre, selon les médecins, que quelques mois. Je l’ai déposée à la Clinique tout en lui laissant quelques mots d’espoir et la chaleur d’une présence à ses côtés, présence fugace mais intense.

Et puis ce soir, j’ai transporté un homme de quarante ans, sortant régulièrement de l’Hôpital Psychiatrique afin de poursuivre une rééducation de la parole. Ce patient a une maladie qui s’est développée tardivement, maladie que sa mère lui a transmise.

Étant enfant, il a vu sa maman enfermée derrière des barreaux, ceux d’un asile. À la fin, on ne lui permettait plus de la voir. Aujourd’hui, il maîtrise difficilement ses mouvements et a beaucoup de mal à parler. Il se bat pour rééduquer sa parole et réapprendre à articuler.

Cet homme est le père de deux adolescents. “Je ne les vois pas souvent. Ils me manquent tellement !” me confie-t-il.

Cet homme travaillait autrefois. Il avait alors une vie normale, une famille. Aujourd’hui, il est enfermé dans ce pavillon psychiatrique.


Après la fin de mon travail, je suis rentrée chez moi avec les images de ces trois vies qui m’ont bouleversée... avec les mots de toutes ces vies que je croise.

Je pense aussi à cet homme dont j’ai parlé plus haut... que nous appellerons François et qui est rentré en chambre stérile depuis neuf jours.

Je suis allée le voir au tout début de son entrée à l’Hôpital. Je le lui avais promis. C’était son premier jour d’isolement. Je lui ai parlé à travers la vitre, avec le téléphone du couloir.

Il paraissait très ému de me voir. Je lui ai dit qu’il commençait un voyage et que je lui souhaitais bonne chance pour ces six semaines où il allait être enfermé, isolé dans cette pièce pour sa greffe de moelle.

Dans ses yeux, j’ai lu un grand espoir... La peur de ne pas survivre aussi. Mais l’espoir surtout. L’espoir de vivre grâce à cette greffe.

Ce soir, je pense aussi à Soeur Emmanuelle.
On l’a incitée à prendre congé des bidonvilles d’Égypte où elle a tant fait pour les plus pauvres. Elle vit maintenant dans le Sud de la France.

Je l’ai entendue parler sur l’origine de son engagement :
-Je ne voulais pas vivoter mais vivre pleinement. Tout donner et partager. Aujourd’hui, je peux partir en paix. Je sais qu’après moi, d’autres continueront. L’important, c’est d’ajouter sa goutte à l’océan d’amour. Il est important que chacun le fasse dans sa vie. Chaque goutte est importante.”

J'ai fait ces trois rencontres durant la semaine de prévention du suicide. Je pense très fort à toutes les familles qui ont perdu un proche par cette fin terrible. Chacun de nous est unique, unique à jamais. Chaque existence est une goutte de vie unique.

 

Chloé LAROCHE

 

 

La photo de fleur provient de ce lien :

http://www.gogoall.net/fonds/nature/f/fleurs/fleur_16.jpg

 

POUR LIRE TOUS MES ARTICLES

SUR LE MÉTIER D'AMBULANCIER, MON MÉTIER :

https://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/









22/06/2008

Je tire mon chapeau aux parents qui se battent pour leurs enfants... non-démissionnaires et présents dans leur rôle éducatif.

Bonjour à tous et toutes,

 

images-19.jpegUne femme m’a dit ceci : “Je vais mourir car je suis malade. J’aurais aimé faire ce que vous avez fait. Je vous envie car moi je n’ai rien fait. J’aurais voulu adopter comme vous. Chloé, ce que vous faites est admirable mais pour moi cela dépasse l’entendement. Votre action est même maso à mon goût, car adopter d’accord, mais accueillir une enfant handicapée puis une enfant grande qui vient d’Afrique avec une histoire comme la sienne déjà si difficile... c’est incompréhensible pour moi. Je n’arrive pas à comprendre comment vous faites... Oui, d’accord vous avez cette force car vous avez perdu un enfant mais peut-on remplacer un enfant par un autre et est-ce vraiment sain ?”


Je répondrai à cette femme ceci : Oui, cet amour laissé dans mon coeur par le départ de ma fille il y a onze ans m’a donné des ailes pour donner de l’amour à d’autres enfants. Non, aucun enfant ne remplace un autre enfant, même si mon jeune fils ressemble étonnamment à ma fille décédée au même âge. Je sais qu’il y a des parents comme ceux de Dali qui donnent le même prénom qu’un précédent enfant décédé. Cela est très préjudiciable pour l’enfant vivant. Dali disait lui-même que quand il allait sur la tombe de son frère, avec son prénom inscrit sur la tombe, il avait l’impression d’être mort. Pourtant il s’est servi de cette souffrance pour devenir un grand peintre. À tout obstacle, on peut trouver une sublimation, une offrande de sa vie au beau, au juste, au don de soi.images-12.jpeg

Cette femme me dit qu’elle n’a rien fait de “bien” de sa vie et qu’elle aurait voulu faire quelque chose dont elle serait fière. Je lui ai fait remarquer qu’elle avait élevé plusieurs enfants. “Oui, mais c’était les miens et vous, vous élevez des enfants qui ne sont pas les vôtres”. Je lui ai répondu que élever ses enfants était quelque chose de formidable et que bien des parents, au contraire d'elle, sont démissionnaires ou abandonnent leur enfant ou les maltraitent ou les éduquent mal.

images-20.jpegDernièrement, un homme m’a avoué qu’il connaissait des personnes qui laissent leurs enfants jeunes, de moins de dix ans, devant des films pornographiques et qu'ils regardent ce genre de films avec eux. Et ceci se répète au fil du temps. Cela me donne envie d'aller chez ce genre de parents et de leur ôter l'envie de recommencer ce genre de pratiques terribles pour un enfant.images-22.jpeg

Aussi, je tire mon chapeau à tous les parents qui savent éduquer leurs enfants, leur donner des limites, les protéger, leur parler du monde sans tout leur montrer, les aimer, leur apporter de la tendresse tout en respectant leur corps et leur intimité, les nourrir et les choyer sans les pourrir de société de consommation.

images-4.jpegJe tire mon chapeau aux pères qui se retrouvent seuls avec leurs enfants parce que Madame a rencontré le grand amour et se tire avec “l’homme de sa vie”. J’ai une amie très chère qui s’est retrouvée à l’âge de treize ans avec ses trois frères et soeurs, abandonnés par leur mère tombée amoureuse d’un autre. Elle a tout laissé derrière elle.... Tout : ses enfants marqués à vie. Elle a vécu cet amour indescriptible qui prend toute la vie, tous les sens et même les non-sens.

Je tire aussi mon chapeau aux mères qui vivent des choses extrêmement difficiles... Travailler sans papier en France en élevant seule ses enfants, dans une pièce unique comme seule habitation. Vivre avec la peur au ventre en protégeant ses enfants. En se demandant si on va être expulsée... de son logement ou de son pays... En travaillant au noir... En étant obligée de laisser ses enfants seuls la nuit pour aller travailler... Femmes acculées au pire.images-16.jpeg

Où est donc passée en France cette notion humaniste de défendre la veuve et l’orphelin ? Qui a encore cette notion de protéger la femme seule élevant à la force de son mental et de ses reins ses enfants seule ? Qui pourrait donner des papiers aux mamans étrangères qui travaillent pour la France mais... qui pleurent chaque nuit de l'inespérance de leurs lendemains... quand leurs enfants dorment à côté d'elles du sommeil de tous les enfants du monde.

Chloé LAROCHE

12/06/2008

Flashs-back de mon métier d'ambulancière. Vie et mort. Maladie et courage. Solitude et isolement. Regard sur un métier merveilleux mais peu reconnu.

(Extrait de mon livre paru en décembre 2003 : "Transports d'âmes et d'hommes", aux éditions L'Âme du Ciel sous l'ISBN -2-9516004-2-9).



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Ce qui me frappe le plus, ce sont la solitude et l’isolement de certains patients.

Un soir, nous avons été appelés en urgence avec mon coéquipier pour une dame qui faisait une hémorragie vaginale. Elle était assise par terre dans sa cuisine. Il y avait du sang près d’elle. Du sang qui s’était écoulé violemment de ses entrailles. Son bébé de quelques mois était posé près d’elle, impuissant et démuni face à la souffrance de sa mère.

Nous les avons emmenés tous les deux à l’Hôpital. Le père était, selon cette maman, incapable de s’occuper de l’enfant. Nous avons donc confié ce dernier au service de pédiatrie. La jeune mère n’avait plus d’amis, son mari n’étant pas pour qu’elle en ait et plutôt contre... Un mari en situation irrégulière, un mari à protéger dans la solitude d’une vie captive de l’amour.

Nous avons confié cette jeune personne aux Urgences gynécologiques et lui avons laissé en quittant le service quelques mots rassurants pour elle et son bébé.



Je me souviens aussi de cette jeune femme africaine, transportée il y a quelques semaines. Nous l’avons sortie d’un hôpital pour l’emmener dans un autre. Durant le voyage, j’étais à l’arrière de l’ambulance, auprès d’elle, et je l’ai écoutée. Elle était belle, sauvage et écorchée vive dans l’âme.

-J’ai fait une connerie”, m’a-t-elle dit. Ce qui voulait dire en d’autres termes qu’elle venait de faire une tentative de suicide.

Elle vivait dans une totale solitude. Une solitude d’isolement qui sentait la blessure du racisme. Elle pleurait son pays et ne se sentait en aucune façon intégrée dans sa petite ville de province. Elle m’a parlé de ce racisme vécu au quotidien, dans le travail et dans la rue. Pourquoi elle, si jeune et si belle. La couleur de sa peau envahissait tant le coeur des gens qu’ils ne voyaient plus cet être humain en face d’eux ? Je lui ai parlé de la communauté africaine implantée à cinquante kilomètres, dans la grande ville voisine. Pour tisser des liens. Refaire surface avec son identité culturelle. Mais elle n’avait malheureusement pas de voiture.

La dépression n’a pas de couleur et le désespoir peut hélas tomber sur chacun des habitant de la Terre, par-delà toute frontière et sous n’importe quelle latitude. Relever la tête et se battre, ne pas se laisser abattre, est le don du courage laissé à chacun de nous, que nous soyons noirs ou blancs, jaunes ou rouges.

Nous avons laissé cette jeune femme dans sa nouvelle chambre hospitalière. Elle allait pouvoir se reposer. Mais je savais en la quittant qu’un sourire était né dans son coeur, une étincelle d’espoir, une lueur allumée par notre échange.



Un après-midi, nous sommes allés dans un centre d’accueil spécialisé pour chercher une dame et l’emmener passer un scanner.

C’était une femme jeune, au visage d’ange. Elle était prostrée, paralysée ainsi depuis plus de dix ans.
-C’est une rupture d’anévrisme qui l’a frappée d’un seul coup. Elle était dynamique, pleine d’énergie, de projets et maman d’un petit garçon. Elle a eu un jour très mal à la tête et soudainement elle a disparu dans ce gouffre de la maladie.”

C’était sa soeur qui se confiait ainsi à moi...
-Notre vie dans la famille n’a plus jamais été celle d’avant.”
Elle sortit fébrilement des photos de son sac.
-Tenez, ce sont des photos de ma soeur. Regardez comme elle était belle et épanouie.”
J’ai regardé, très émue, ces photos d’une jeune femme de trente ans, heureuse de vivre. Je me suis dit en voyant ce qu’elle était devenue que la souffrance du Christ offerte sur la croix se poursuit inlassablement dans l’humanité martyre.

Cette crucifixion de la chair et de l’âme, cet écartèlement qui n’en finit plus au coeur de la vie, a commencé dans ma propre existence le jour où des hommes en noir ont cloué et fermé à jamais le cercueil de ma fille de trente mois. Pour continuer à vivre et pour exister pleinement, il faut apprendre à offrir sa souffrance pour qu’une transmutation s’accomplisse dans d’autres vies que la sienne. S’offrir comme un coeur ouvert et le donner aux Anges pour qu’ils le transplantent dans d’autres vies en détresse ou en perdition.

Un collègue m’a dit : “Tu vas t’essouffler. Tu verras, le métier d’ambulancier, c’est un métier de business. Il faut enchaîner les courses le plus vite possible, transporter les patients de façon rentable et puis savoir se préserver soi-même psychologiquement en gardant de la distance avec les personnes transportées. Un jour, tu te surprendras à regarder ta montre lors d’une urgence et à regretter que ce soit sur toi et ton collègue que ce transport est tombé... Un jour, tu te surprendras à penser que tel patient régulier qui sent tellement mauvais car tellement infecté... soit bientôt mort pour ne plus avoir à le transporter.”

”Jamais ! Tu m’entends !”, lui ai-je répondu. Non, cela jamais !

Faire ce métier dans un esprit de service, d’écoute, d’accueil et d’accompagnement du patient, donner un sourire, sourire sans compter, rassurer le malade, le laisser là où on devait le transporter et lui serrer les mains chaleureusement, l’écouter aussi, se taire lorsqu’il veut la paix... Voilà ce qui me motive.

La plupart des ambulanciers ont cet esprit de service. Ceux qui ne l’ont pas changent rapidement de métier ou alors ils se fabriquent une carapace à travers laquelle n’apparaissent plus que des gestes formels et standards.

Le collègue dont je parlais précédemment et qui veut me faire croire que je vais vite changer dans ma façon d’appréhender le métier... ce même collègue est un jeune homme qui sait faire rire les malades. Il sait leur donner de la joie avec son humour naturel. Il se tient proche du malade, scrutant son état de santé, et il est capable, au jugé de ses observations, de me demander de conduire plus rapidement, si c’est moi qui tiens les rênes de l’ambulance, afin que le malade souffre moins longtemps.

Un jour où nous travaillions ensemble, nous avons dû transporter une jeune femme qui venait de subir une césarienne. Il m’a avoué ensuite que cela lui faisait toujours quelque chose de transporter des personnes jeunes.

C’est pour cela que je crois en l’Humanité. C’est parce que même si un être humain dit qu’il se protège de la souffrance d’autrui, qu’il est détaché et éloigné de tous les maux de ses frères humains... il peut être aussi tout le contraire dans les actes concrets.




La Toussaint et le jour des Morts viennent de passer. Les fleurs ont réchauffé les tombes dans les cimetières.
J’ai travaillé durant ces deux jours en ambulance.

Nous sommes allés chercher un homme paraplégique pour le transférer d’un hôpital à un autre.

-Cela fait treize ans que j’ai eu cet accident de moto qui m’a coûté mes jambes, mais vous savez, me dit-il, j’ai plus appris de la vie depuis cet accident que dans mon existence d’avant.”

Cet homme prénommé Serge avait l’oeil vif et son sourire était empli d’enthousiasme envers la vie. Il était, me semblait-il, empli de dynamisme, de volonté et d’ardeur de connaître et d’apprendre. Il passa de notre brancard à son lit sans avoir besoin de notre aide, glissant ses jambes inertes à une rapidité impressionnante.

Dans l’ambulance, nous avons parlé de musique, de clavier, de Jean-Sébastien Bach. Je lui ai dit que j’étais violoniste et que je faisais aussi des concerts. Il m’a confié alors qu’il avait un rêve : apprendre le piano pour arriver à jouer un morceau, la Toccata de Bach.

Je me suis dit qu’être capable d’apprendre à jouer d’un instrument pour interpréter une seule partition, unique et magnifique, c’est comme un grand amour. On peut tout quitter pour lui. Pour une seule personne, une seule sur la Terre, on peut quitter son pays, ses amis, sa famille, aller au bout du monde pour rejoindre l’oasis de son coeur. Pour un seul être, on peut tout apprendre. On peut apprendre à naviguer, à voler dans les airs, à piloter sa vie... apprendre à aimer, muter pour aimer.



La veille de la Toussaint, nous avons emmené un homme âgé qui se trouvait dans une maison de retraite. Il était tombé et il y avait un risque de fracture du col du fémur. Nous l’avons placé dans un matelas coquille afin de lui éviter tout mouvement et pour qu’il ne souffre pas trop aussi pendant le transport vers les Urgences. Lorsque j’ai rempli ses papiers pour la prise en charge, comme nous le faisons pour chaque malade, j’ai remarqué qu’il y avait une note écrite sur la fiche de liaison : “Deux enfants DCD”... Décédés... Il avait perdu ses deux enfants adultes durant la même année !

Une vague de compassion a traversé mon âme et j’ai prié pour cet homme qui restait maintenant tout seul dans cette demeure de fin de vie, veuf et orphelin de ses deux enfants. Je lui ai parlé un peu pendant le transport. Je lui ai dit qu’il avait un beau prénom, celui d’un ange. Le prénom d’un homme qui a tout donné. D’autres auraient écrit... “qui a tout perdu”. Perdre, c’est vivre dans le vide et le néant. Donner, c’est transmuter ses souffrances et les offrir pour que le meilleur advienne.

J’ai compris dernièrement que je ne suis pas vraiment loin de ma fille défunte. La distance qui me sépare d’elle est infime dans le temps de l’infiniment grand de l’univers. Dans soixante-dix ans et peut-être avant, ma vie se terminera et alors je retrouverai Océana et toutes les personnes que j’ai aimées et qui sont parties. Lorsque je regarde le monde tourner et la vie danser autour de moi, je me dis sereinement que dans cent vingt ans, aucun être humain vivant aujourd’hui ne sera plus. Le bébé qui naît aujourd’hui, la femme mère de cinq enfants, le chef de famille qui pense gouverner les siens, le collégien qui apprend, le salarié qui trime... tous seront morts. Et d’autres humains auront pris la relève d’une nouvelle humanité.

C’est pour cela que l’important, c’est de vivre sa vie pleinement, de manière à l’enrichir, à la fleurir, à lui donner les ailes de l’Amour.

Laisser tomber le superflu, le “je m’en foutisme”, l’égoïsme, les regrets où l’on se noie, la nostalgie qui freine la vie, les querelles inutiles, les conflits imbéciles... encore que parfois ces derniers soient nécessaires... et vivre le temps qui nous reste avec tous ceux qui demeurent encore vivants.


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(Fragments de mon ouvrage paru en 2003,

mais épuisé à ce jour : "Transports d'âmes et d'hommes").


POUR LIRE TOUS MES ARTICLES

SUR LE MÉTIER D'AMBULANCIER, MON MÉTIER :

https://sosmaman.20minutes-blogs.fr/ne-tirez-pas-sur-l-ambulance/

22/04/2008

Accueil et opération d'une enfant roumaine, ma fille Julia. Présentation de l'association Sera. Handicap et amour.

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Soixante-dix-sept familles accueillent en France des enfants roumains, ayant besoin de soins médicaux et pour certains d’une opération. Elles les accueillent et les élèvent comme leur propre enfant, totalement bénévolement et avec tout leur coeur. La plupart sont handicapés, avec des problèmes de comportements, des problèmes de santé mentale ou physique, ou les deux, et des handicaps touchant la parole, la vue ou l’audition.

Julia est arrivée chez nous il y a six ans. Après neuf années passées dans un orphelinat en Roumanie, son étoile l’a conduite vers nous, sa nouvelle famille. Les deux personnes qui l’ont conçue et engendrée l’ont vraisemblablement abandonnée à la naissance à cause de ses malformations. Ses oreilles n’avaient pas fini de se construire extérieurement, indiquant une surdité partielle qui s’est avérée réelle. Elle n’avait pas de palais dans la bouche, empêchant le langage de s’épanouir, et une fente labio-palatine apparaissait aussi, dans le contexte du syndrôme de Franchesquetti.

Lorsque l’association nommée S.E.R.A. -dont le sigle signifie “Solidarité pour les Enfants Roumains Abandonnés”- nous a envoyé la photo de Julia et une fiche de renseignements sur elle, nous l’avons tout de suite adoptée dans notre coeur. Suite à notre accord, des membres de l’association sont venus nous voir pour nous rencontrer et découvrir nos personnalités, nos aspirations, notre demeure, la future chambre de Julia. Ils ont clairement placé notre attention sur le handicap de notre fille et sur le fait qu’elle n’aurait pas l’âge mental de son âge, mais un âge qui correspondrait à son passé, aux traumatismes vécues par elle, au fait qu’elle n’avait jamais été stimulée. “Ne serez-vous pas déçus ? Comment réagirez-vous devant la réalité de cette enfant ?”

Avec Marc, mon compagnon depuis six ans à l’époque, mon ex-mari aujourd’hui, nous avons répondu en ayant conscience de la situation. Je ne dirais pas... pleinement conscience, car sans vivre les choses, comment peut-on tout imaginer ? Et même en les vivant, on avance les yeux fermés comme un aveugle qui a ses yeux au bout des doigts et du coeur.

Pourquoi je dis cela ? Parce qu’aujourd’hui, nous ne savons pas ce qu’a exactement vécu Julia en orphelinat. Lorsqu’elle était bébé, est-elle restée dans son lit des journées entières ? Cela, je le crains fortement, au vu des rapports et des témoignages. Lorsqu’elle a grandi, elle n’est sûrement jamais sortie à l’extérieur afin de se promener avec les autres enfants. En effet, ses membres inférieurs étaient très faibles et sans aucun muscle, ce qui fait qu’elle trébuchait à chaque instant sur un chemin de pierres et qu’elle descendait difficilement les escaliers. Peut-être n’a-t-elle jamais eu non plus de livres, de jeux, de jouets... Elle ne savait pas tenir un crayon et n’avait jamais dessiné.

Et puis, a-t-elle été victime d’attouchements de la part d’adultes, comme on nous l’a fait craindre à son arrivée ? A-t-elle été rejetée ou exclue à cause de ses handicaps ? Était-elle enfermée dans une pièce unique toute la journée avec d’autres enfants ? N’avait-elle pour seule activité que le balancement sur elle-même, qu’elle faisait beaucoup en arrivant chez nous... On sait en tout cas qu’elle a grandi entourée seulement de bébés, sans stimulations, ni sorties.

Si je me pose toutes ces questions, c’est que cela existait couramment et existe toujours dans beaucoup d’orphelinats roumains, surtout ceux où étaient gardés les enfants “différents” et handicapés, exclus de la société dictatoriale de Ceaucescu. Il y avait aussi les enfants attachés dans leur lit. Et ceux qui ne mangeaient qu’une fois par jour... Dernièrement, l’association SERA a accueilli Denis, qui avait eu le nez rongé par un rat, alors qu’il n’avait que trois semaines. Désormais, il a un vrai nez, après trois opérations et une greffe, et il est retourné en Roumanie pour être accueilli dans une famille.

Lorsque Julia est arrivée chez nous, elle était comme une enfant “sauvage”, ayant grandi littéralement sur une autre planète et débarquant dans un monde totalement différent. Elle découvrait tout avec une curiosité immense et se saisissait de ce nouveau monde avec un appétit féroce. Elle nous a adoptés comme nous l’avons adoptée. Tout simplement, comme une place dans notre coeur qui était à prendre. Tout simplement comme une résonance de l’amour qui se rejoint, qui se retrouve.

Avec nous, elle a découvert la force de ses jambes, la marche, les arbres, la nature, le soleil, les animaux. Elle a découvert la joie d’avoir une famille, une chambre, des poupées, des jeux, des chats. Elle a découvert qu’elle pouvait manger à satiété, qu’elle avait manqué mais qu’elle ne manquerait plus de rien, qu’elle mangerait maintenant à sa faim. Elle a renoncé à se mordre et à taper dans les murs devant la moindre contrariété. Elle a compris que nous ne l’abandonnerions jamais, au bout de plusieurs semaines pendant lesquelles elle a fait de grosses crises de colère, hurlant, se mordant, se griffant... si l’un de nous quittait la maison.

Julia a accepté le bonheur offert chaque jour. Puis deux mois après son arrivée, elle a entendu enfin, grâce à un appareillage conçu pour ses oreilles. Elle est sortie alors du monde cotonneux dans lequel elle avait toujours vécu pour s’ouvrir complètement à la vie. À l’Hôpital, elle a été endormie complètement afin de détartrer toutes ses dents qui n’avaient jamais connu de brosses ni de nettoyage quotidien.

Après moultes examens, la grande opération eut lieu le treize mars de l’année 2002 : la création de son palais au sein de la bouche. Julia est revenue de la salle d’opération au bout de plusieurs heures, la bouche en sang. Elle avait aussi des points de suture sur la lèvre supérieure jusqu’à la narine gauche.

Le Professeur Raphaël, qui l’a opérée, a dû rouvrir la fente extérieure, fermée d’une mauvaise façon en Roumanie, et ôter une dent qui avait poussé au milieu, à l’intérieur. Il nous a confié “n’avoir pas vu cela depuis la guerre d’Algérie”. Le palais était désormais reconstruit par les deux parois réunies au coeur de la bouche de notre fille.

Julia a d’abord vomi tout le sang qu’elle avait avalée au cours de l’opération sous anesthésie. Elle s’est débattue et hurlait à chaque fois que les infirmières venaient lui nettoyer la bouche, les lèvres et les dents noircies par le sang. Il fallait la tenir fortement et même l’enfermer dans un drap pour l’empêcher de frapper les personnes soignantes.

Nous l’avons veillée jour et nuit, son père et moi, pendant les dix jours d’hospitalisation qui ont suivi. Elle a eu beaucoup de difficultés à remanger et à boire. Mais tant de visages se sont penchés vers elle pour l’encourager que la confiance en sa bouche a vaincu sa douleur. Ce séjour à l’Hôpital a été une véritable résurrection, une nouvelle naissance.

À deux pas, ma fille Océana était morte, en février 1997, dans le bâtiment d’en face. Je revoyais son corps inerte et froid. Cinq ans avant. Dans le même Hôpital. Mort brutale d’un enfant. Crucifixion de l’amour... Mais résurrection aujourd’hui d’un corps, celui de Julia. Début d’une nouvelle vie qui a redonné espoir à la parole pour une fillette qui n’a jamais pu parler.

Je remercie le Ciel pour ce combat, pour ce miracle de la vie où la mort d’un enfant a permis le chemin qui a mené un couple, le nôtre, à sauver un autre enfant, à l’arracher au désert grâce à l’association S.E.R.A... afin de lui donner les fleurs et l’oasis d’une vie nouvelle.

Le jour de ses dix ans, neuf mois après l’opération, Julia est venue mettre sa tête sur mon ventre en s’allongeant sur le divan près de moi. J’ai pensé alors au jour de sa naissance, à ce jour où elle est sortie du ventre de la femme qui l’a portée pendant neuf mois. J’étais émue de sentir l’abandon de Julia sur moi, comme un bébé que l’on pose sur sa mère au moment du premier cri. C’est ce que j’appelle la maternité de l’adoption... tous ces moments tissés qui créent le patchwork de l’amour.

Ce soir-là, à l’occasion des voeux échangés pour la nouvelle année, mon père m’a dit en me parlant de Julia : “Julia, de toute façon, elle est débile... Handicapée si tu préfères, mais débile est le mot.” Cela m’a fait très mal et j’ai réagi vivement en lui répondant que s’il était venu au spectacle de Noël monté par la classe de Julia, il aurait compris que Julia est tout sauf “débile”.

Je sais que Julia a des handicaps et qu’elle rencontre des obstacles, notamment pour apprendre à parler. On sent chez elle un grand retard de développement dû à toutes ces années pendant lesquelles elle a vécu repliée sur elle-même. La psychologue scolaire nous avait fait comprendre qu’en grandissant, Julia devrait intégrer un établissement spécialisé adapté à ses troubles. On nous a dit mille choses, dont une qui a résonné longuement : “Il se peut que Julia ne puisse jamais récupérer son retard d’évolution ni parler ni vivre plus tard en adulte autonome.”

Une amie, Annick, m’a dit très justement : “Tu sais, les gens sont méchants avec la différence. Et puis, il y a ceux qui ne veulent rien voir et qui continueront à te dire que Julia est tout à fait normale et qu’elle n’a pas de problèmes. Reconnaître la différence, c’est déjà l’accepter. La nier, c’est mettre un couvercle pour ne pas voir ce qui nous dérange.”

J’aime Julia comme elle est, exactement comme elle est, depuis l’instant où j’ai lu son dossier et regardé sa photo, deux mois avant son arrivée. Tout en lui donnant le maximum de chances d’évoluer dans sa nouvelle vie, je sais au plus profond de moi que mon amour pour elle ne changera pas et que j’accepte entièrement cet être, qui est devenu mon enfant, dans le devenir total de son destin. Je suis intimement persuadée que lorsque les choses doivent se faire, rien ne peut les arrêter. Il faut de la patience et parfois attendre que la vie se dénoue... Que le présent se mette en marche pour nous guider vers l’avenir.

L’association S.E.R.A., “Solidarité pour les Enfants Roumains Abandonnés”, par laquelle nous avons accueilli notre petite Julia est un mouvement humanitaire qui aurait tellement besoin de plus de familles pour soigner des enfants roumains en attente d’opérations, de soins médicaux et d’un entourage affectif salvateur.

Il faut pour cela des familles qui s’engagent à prendre en charge de A à Z la santé d’un enfant, son éducation, ses handicaps -qu’ils soient physiques ou mentaux-, et son entretien quotidien, au même titre qu’un enfant naturel. La Roumanie s’étant fermée à l’adoption depuis un certain temps, il faut trouver des familles qui sachent aimer leur enfant et ouvrir grand leur coeur, même si l’enfant ne porte pas encore leur nom, même si l’enfant n’est pas officiellement inscrit sur le livret de famille. Cela s’appelle l’amour inconditionnel...

Au contraire de l’amour conditionnel qui s’exprimerait ainsi : “Je ne pourrais t’aimer que si certaines conditions sont réunies. Si tu es handicapé, malade, sourd, aveugle, déficient mentalement, retardé psychiquement... comment pourrais-je t’aimer ?... Comment pourrais-je aussi m’investir auprès de toi si un juge n’a pas déclaré que tu es mon enfant ?!”...

Aujourd’hui, six ans après l’arrivée de Julia, je me bats en tant que tutrice légale de cette enfant pour qu’elle obtienne la nationalité française, afin qu’elle ne soit pas renvoyée en Roumanie à sa majorité. Dans ma lettre à la Juge des Tutelles, j’ai écrit ces mots : “Je demande pour Julia la nationalité française, car je suis très attachée à elle et je considère Julia comme mon enfant. Je ne voudrais pas qu'elle puisse m'être arrachée à l'âge de dix-huit ans, pour être renvoyée en Roumanie où son sort serait d'être mise en hôpital psychiatrique. Elle est arrivée en France à l'âge de huit ans et demi, après une enfance passée au sein d’un orphelinat roumain, dans des conditions d'enfermement terribles et une immense carence affective...” (extrait de ma lettre).

La Juge des Tutelles a accepté ma lettre et a eu un accord positif de tous les membres du Conseil de Famille. La décision du Conseil a été envoyé au Service de la Nationalité Française, qui a demandé par ailleurs différentes garanties sur l’identité de Julia et la mienne, et sur ses origines roumaines. Le dossier est en bonne voie. La seule épée de Damoclès qui demeure aujourd’hui est que Julia soit rapatriée en Roumanie à la demande de son pays, avec tous les enfants roumains accueillis dans les mêmes conditions qu’elle. Mais depuis le début, nous savons cela et nous gérons nos inquiétudes.

Monsieur de Combret, président de l’association SERA, m’a donné son sentiment sur l’accueil de Julia :

“Sans vous, que serait-elle devenue ? Elle aurait grandie et puis, comme beaucoup, on l’aurait placé à l’asile. Avec vous, Julia a déployé ses ailes de papillon et elle progresse sur le chemin d’une vie nouvelle, grâce à une chance incroyable d’épanouissement et de don d’amour. Vous aimez Julia et cet amour lui permet de prendre racine car elle sait que vous l’aimez comme elle est.”

Monsieur de Combret a fait un travail immense en Roumanie où il se rend chaque année. Cet homme se dévoue entièrement depuis 1990 à la cause des enfants roumains orphelins, handicapés et abandonnés dans des mouroirs, humanisant leur conditions de vie. Il a fait construire et rénover des orphelinats. Il a trouvé avec SERA des familles comme la nôtre en France pour sauver certains enfants et leur donner la chance de se sortir de l’enfer.

En 2004, neuf mille enfants étaient encore abandonnés durant l’année, la pauvreté étant la plupart du temps à l’origine de l’abandon, avec des mères souvent âgées de moins de vingt ans, illettrées et marginalisées. Des milliers d’adultes handicapés sont encore laissés à l’abandon, faute de moyens, et les associations SERA alliée à CARE ainsi qu’à “Vivre en Famille”... font le nécessaire pour apporter leur aide solidaire à la Roumanie et à ses enfants abandonnés. Ils favorisent le retour de certains de ces enfants dans leur famille, en aidant financièrement les parents démunis. Ils ont aidé ainsi, dans les orphelinats et dans toute la Roumanie, vingt-quatre mille enfants, dont ils ont amélioré le sort.

Depuis quatre ans, Julia a obtenu une place dans un IME, Institut spécialisé qui est adapté à son handicap. Elle est dans une classe de cinq jeunes correspondant à son niveau. Céline, son institutrice, ainsi que toute l’équipe, entourent Julia d’attentions et d’un programme pédagogique pointu avec orthophonie, psychomotricité, verbalisation, langage des signes, sports, stimulations diverses. Ils font un travail remarquable et je les en remercie infiniment.

Aujourd’hui, Julia a un petit frère né de ma chair qui a trois ans et une soeur d'adoption venue du Bénin qui est arrivée un an et demi après elle, en avril 2003.

Chloé Laroche

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____________________________ Commentaire :

Je suis vraiment touchée par cette histoire de Julia ....
il y aurait tant à dire mais je crois qu'il y a surtout à faire !
je suis éducatrice spécialisée sur Lyon et je souhaite vraiment intervenir auprès de ces enfants roumains, pourriez vous m'indiquer quelques infos svp a savoir, comment je dois m'y prendre
j'ai perdu ma fille à la naissance l'année dernière et depuis, j'ai eu un petit garcon Kostia .... 
j'ai vraiment envie d'aider ces enfants

merci de me répondre 

marion

Ecrit par : marion | 22.08.2008


_________________________________________________________________________________________________________________________

L'HISTOIRE DE L’ASSOCIATION S.E.R.A.___________ Solidarité Enfants Roumains Abandonnés




- SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés) a été créée en 1990 pour mettre fin au scandale des abandons d'enfants en Roumanie.

- Au cours des seize années qui se sont écoulées depuis la disparition de Ceaucescu, des progrès ont été réalisés : en particulier, la loi qui organisait l'abandon des enfants a été abrogée et le droit de chaque enfant à une famille est désormais reconnu.

- Mais beaucoup reste à faire : les abandons n'ont pas cessé, et 50 000 enfants abandonnés s'entassent encore dans des orphelinats.


L'OBJECTIF :

L'objectif de SERA est de mettre fin à cette situation intolérable par trois moyens :
• la prévention de l'abandon ;
• la "désinstitutionnalisation" des enfants abandonnés ;
• l'humanisation des conditions de vie des enfants tant qu'ils sont dans les orphelinats.


LES ACTIONS :


- Pour la prévention de l'abandon, SERA a créé, en 1996, dans l'un des 41 Départements de Roumanie, le premier "service social" du pays. Grâce à celui-ci, une centaine de petits enfants ont pu échapper aux orphelinats dans l'année. Devant le succès de cette action, le gouvernement roumain a décidé, en 1997, de créer des "Directions de la Protection de l'Enfant" dans chaque Département. SERA contribue à cette importante réforme en subventionnant le fonctionnement d'une douzaine de ces Services.


- Pour la "désinstitutionnalisation" des enfants abandonnés. Depuis l'origine, SERA apporte une aide financière à des familles pour leur permettre de reprendre l'enfant qu'elles ont abandonné. En outre, SERA travaillait en étroite liaison avec les principales oeuvres d'adoption françaises, qui réalisaient chaque année une centaine d'adoptions. Depuis novembre 2000, l'adoption internationale est, hélas, interdite en Roumanie. Pour sortir néanmoins les enfants des orphelinats, SERA contribue à développer le placement familial :
5 000 enfants sont aujourd'hui dans des familles d'accueil rémunérées en Roumanie. SERA subventionne chaque année une centaine d'entre elles.

- Pour l'humanisation des conditions de vie des enfants, SERA intervient directement dans une trentaine d'orphelinats : équipement (chauffage, sanitaire, etc.), et fonctionnement (personnel éducatif et médical, nourriture, jouets, vêtements, etc.). SERA prend aussi médicalement en charge, chaque année, environ 150 enfants des orphelinats qui sont soignés dans les hôpitaux de Bucarest.


LES RÉALISATIONS DE SERA DEPUIS 1990 :

Au total, depuis 1990, SERA a contribué à améliorer le sort d'environ 24 000 enfants, qu'ils aient échappé aux souffrances des orphelinats ou que, dans les orphelinats, ils bénéficient de conditions de vie meilleures.


L'ALLIANCE AVEC CARE :

Depuis 2003, SERA s'appuie sur CARE, association de bienfaisance assimilée fiscalement à une association d'utilité publique (arrêté préfectoral du 28 octobre 1997), avec laquelle SERA a fusionné.

SERA
13, rue Georges Auric - 75019 PARIS
Tél. : 01 53 19 89 89

Nous contacter par mail : info-care@carefrance.org
Connaître l'action de CARE France et SERA : www.carefrance.org

Faire un don en ligne sécurisé pour soutenir l'action de SERA : www.carefrance.org/soutenez/donligne.htm

 
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