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17/05/2009

Il était une fois une petit fille arrivée du Bénin dans une nouvelle famille, sa nouvelle famille. La petite fille a grandi et, six ans après, la France ne veut toujours pas reconnaître l'adoption, laissant une famille désemparée, la nôtre.

à ma fille.

 

-Users-Anne_Chloe-Desktop-LARGE23.JPGIl était une fois une petit fille arrivée du Bénin dans une nouvelle famille, sa nouvelle famille. BLD044054.jpg

 

Elle était heureuse et savourait sa joie d’avoir quitté son orphelinat.images-10.jpeg

 

Quand elle est arrivée en France, elle est entrée dans sa nouvelle école et a porté le nom de ses parents adoptifs. Très fière d’être appelée ainsi, elle savait désormais qu’elle faisait partie d’une famille qui l’aimait et ne l’abandonnerait pas.

 

Elle attendait avec impatience avec ses parents sa nouvelle carte d’identité et l’homologation de l’adoption par le Tribunal de Nantes, qui délivre les certificats de naissance et d’identité française.

 

BLD065568.jpgIls attendaient et rien ne venait. Jusqu’au jour triste où ils reçurent le refus du Tribunal pour des motifs administratifs de date inversée au Bénin.

 

Rien n’était possible et, en grandissant, la petite fille vit sa maman se battre pour gagner le combat de cette adoption, pour qu’elle est une identité, une appartenance à sa nouvelle famille, un accueil définitif de leur pays la France.

 

En grandissant, la jeune fille pensait à l'Afrique, à sa famille restant là-bas, à sa nationalité béninoise, à ses racines... Elle était parfois triste, triste d'être partie d'un pays pour un autre qui ne l'accueillait pas, qui ne lui donnait aucun papier et qui ne validait pas l'adoption avec ses nouveaux parents.

 

Les années passaient et on entendit des juges répondrent à la mère qu’il était indégnable qu’elle s’occupait de cette jeune béninoise mais qu’ils n’avaient pas à officialiser ce lien, qui se suffisait à lui-même.-Users-Anne_Chloe-Desktop-Photo068_1.jpg

 

images-7.jpegLes années passaient et l’enfant béninoise devint jeune fille, gagnant son autonomie et sa liberté en l’arrachant à la force du coeur et des larmes, à travers fugues, violence verbale, comportements excessifs, opposition à l’autorité parentale et aux limites.

 

Et là, les juges ont remis en question l’adoption, toujours demandée par la mère, en jugeant que le lien était fragile et défaillant. Alors qu’au contraire, l’amour était vraiment là et que l’adolescence recherchait l’identité et la solidité des liens adoptifs.

 

La jeune fille, à un certain moment, se vit inscrire dans son collège sous son nom béninois, arrachant les seuls liens d’appartenance visibles aux yeux de la collectivité à ses parents adoptifs, lesquels se sont sentis niés dans leur identité de parents. Le lien persistait dans le coeur mais l’humiliation était collective.

 

-Users-Anne_Chloe-Desktop-imm007_7A - copie.jpgIls attendent toujours d’être reconnus officiellement comme parents et essayent d’oublier la terrible phrase d’un juge : “Demandez-vous si ce n’est par égoïsme que vous êtes allés chercher cette enfant dans son pays. Il vous faudra un jour lui demander pardon pour cela, de l’avoir emmenée de son pays.”images-6.jpeg

 

L’égoïsme est une plante qui ne pousse pas dans l’âme de ces parents-là. Ils ont donné tout leur coeur à cette enfant et ont choisi de lui apporter bien-être, éducation et amour. Comme tout adolescent, elle a ébranlé fortement le lien. Comme tout enfant adopté, elle essaye d’ébranler le lien d’attachement, pour voir si elle ne sera pas abandonnée une deuxième fois, pour voir jusqu’où ses parents adoptifs peuvent l’aimer. Mais ils l'aiment.

 

Ils l’aiment, c’est sûr.

 

images-9.jpegJe t’aime, ma fille.

 

Chloé LAROCHE

 

Commentaires :

Alors là, cette histoire est énormément touchante. Je peux très bien comprendre ce que vous ressentez (même si je ne vis pas cette situation). C'est un geste très fort l'adoption et je comprends que les procédures d'adoption soient trop longues. Ce n'est pas normal.
Cette jeune fille doit être très fière d'être entourée et aimée par votre famille.
Je suis de tout coeur avec vous, battez-vous pour que l'adoption soit formalisée, je pense que cet amour là ne doit pas être brisé par des papiers qui sont longs à obtenir. Bon courage.

Ecrit par : Lolotte73 | 26.05.2009

 

Bonjour à tous et toutes,

Merci à Lolotte pour ce gentil et chaleureux commentaire. Alors voici des nouvelles. Je suis passée en appel en juin et nous aurons une décision en septembre. Ma fille attendait dans le couloir et les juges l'ont su. Mon avocate a dit : "Cette jeune fille attend, là dehors, alors qu'elle est sur le sol français depuis 2003, qu'elle a des parents adoptifs... Elle attend que vous acceptiez enfin cette adoption, qu'elle ait une carte d'identité française, qu'elle puisse porter le nom de sa nouvelle famille. C'est une situation inadmissible pour elle, pour Madame Laroche qui l'élève depuis six ans, pour son frère et sa soeur. Que va t'-elle devenir si vous refusez cette adoption ? Que va devenir cette adoption ? Ce lien non officialisé ? Comment l'aider dans une période d'adolescence où elle a besoin que cette identité d'enfant adoptée venue du Bénin soit reconnue ?"

Mon avocate a défendu le dossier bec et ongles devant les juges mais je n'ai pas eu le droit à la parole et ma fille non plus. Ils n'ont pas demandé à la voir. Alors, il reste à attendre la décision de septembre. 

Et puis, j'avais demandé l'aide de Madame TABAROT Michèle, Députée des Alpes Maritimes et Présidente de la Commission des Affaires Culturelles et de l'Éducation. Madame TABAROT s'investit beaucoup dans le domaine de l'adoption et fait tout pour que les choses progressent afin d'aider les familles adoptantes. Elle vient de me répondre en me disant ceci : "Madame, c'est avec une attention toute particulière que j'ai pris connaissance du dossier que vous m'avez adressé pour me faire part des difficultés que vous rencontrez pour obtenir la transcription du jugement d'adoption de votre fille, adoptée au Bénin en 2002. Sensible à votre situation, j'étais personnellement intervenue auprès de Madame Rachida DATI, alors Garde des Sceaux, afin d'être informée des démarches qui pourraient être entreprises pour parvenir à un règlement de ce litige. Je renouvelle ce jour mon intervention auprès de Madame Michèle ALLIOT-MARIE, nouveau Ministre de la Justice. Je ne manquerai pas de vous tenir informée de sa réponse et dans cette attente, je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes salutations distinguées." Je remercie infiniment Madame TABAROT et espère vraiment en une réponse favorable afin d'arriver à une conclusion positive en faveur d'une homologation du jugement béninois en France. Pour ma fille. 

Merci à tous ceux et celles qui me lisent et me soutiennent, même en pensée.

Plein de pensées.

Chloé LAROCHE

Ecrit par : Chloé Laroche | 22.07.2009

 

25/03/2009

Histoire difficile de l'adoption de ma fille au Bénin. Voyage dans le mystère d'un lien d'amour qui naît entre une mère adoptive et sa fille.

L’affaire de l’Arche de Zoé a jeté le discrédit sur nombre de familles adoptives en France, fragilisant les adoptés adolescents notamment, lesquels entendant les infos, ont pu dire à leurs parents adoptifs : “Alors, moi aussi, vous m’avez arraché à mon pays ? Moi aussi, vous m’avez arraché à ma famille, à mes racines ? Et puis, peut-être que vous m’avez acheté !? C’est vrai, peut-être que vous m’avez tant voulu que vous avez fait jusqu’au pire ?!!” 022a2cb7ec0b1d90ddd096b229738c85.jpg

images-1.jpegJe ne dis pas cela dans le vent. J’ai moi-même adopté une enfant au Bénin. Je suis allée chercher ma fille dans l’orphelinat où elle se trouvait et pendant une semaine, elle ne m'a pas quittée, jour et nuit. Cet endroit où se trouvait Yacinthe n'était pas un lieu de rêve. Pour les enfants qui faisaient pipi la nuit, on retournait simplement le matelas le lendemain. Ils ne mangeaient pas spécialement à leur faim et j'ai des photos qui attestent qu'on demandait aux enfants de porter sur la tête des charges de pierres, pour des constructions et du terrassement de cultures.images-8.jpeg

J'ai écrit le texte suivant le 1er janvier 2003 : "Le rêve que la vie va exaucer cette année, c’est l’adoption d’une petite fille béninoise. Elle s’appelle Yacinthe. Elle a sept ans et elle va bientôt arriver dans notre foyer. Cela fait plus de deux ans que nous nous battons pour réaliser ce rêve. Deux ans plus tôt, nous devions adopter une autre petite fille. Nous avions ses photos et l’espoir de pouvoir l’adopter. Le destin en a décidé autrement puisque, au dernier moment, la famille qui lui restait en Afrique n’a pas consenti à l’adoption. Nous avons vécu très difficilement cela, mettant même en péril notre couple. C’était un deuil supplémentaire à faire, après le décès de ma fille Océana en 1997. “Il vous faut un nouveau départ après ces multiples épreuves”, nous a alors dit une conseillère conjugale. Nous avons mis plusieurs mois à retrouver un nouveau départ, un nouvel espoir. Julia est arrivée quelques mois plus tard de Roumanie, confiée par l'association Sera (Voir mon article sur Julia et son opération), en novembre 2001.

images-3.jpegEt... au mois d’Août 2002, un fax nous apprend soudain qu’une enfant de sept ans porte notre nom et qu’un jugement d’adoption a été prononcé officiellement !!!! C'était comme apprendre que j'étais enceinte à huit mois de grossesse !!?!110_F_5287147_W0V2Q5BkDrP3ZK8XsztIJyidIPifREnn.jpg

C’était une situation anormale et extraordinaire aussi... En effet, nous n’avions pas été sollicités pour donner notre accord sur cette adoption-là et aussi, entre temps, nous avions accueilli Julia. Le Président de l’A.S.E. qui gère les questions d’adoption nous a confié sa surprise devant cette situation toute particulière nous plaçant devant un rêve réalisé... mais à retardement et sans notre avis, ceci concernant de plus un enfant autre que celui auquel nous pensions. Le Président nous a donné son accord et nous a incité à prendre une décision réfléchie.

110_F_1725859_8FqRyixq5xvbU1kMbhwhQxhaTqfqRY.jpgC’était tout réfléchi : nous allions accepter avec joie cette arrivée impromptue !"____________________images-7.jpeg

Mon séjour fin mars 2003 au Bénin et ma rencontre avec Yacinthe a été comme un accouchement et un lien d'amour filial est né. Il avait fallu attendre six mois pour avoir tous les accords béninois et français, ainsi que l'aval de la Mission Internationale de l'Adoption.

images-2.jpegMalheureusement, les directeurs de l’orphelinat dans lequel je suis allée la chercher nous ont menti. Les parents de ma petite Yacinthe étaient, selon leurs dires, décédés. Ma fille nous a appris six mois après son arrivée qu’elle avait ses parents et qu’on lui avait demandé en Afrique de nous mentir sur leur existence, et qu’ils lui manquaient, car malgré tout, elle pouvait les voir là-bas une à deux fois par an.

Je me souviens du choc que j’ai eu quand ma fille nous a confié ce secret si lourd pour elle ! Au fil du temps, nous avons appris à vivre avec cette trahison qu’on nous a faite. Mais nous avons dû vivre aussi tout ce que Yacinthe avait de colère envers cet abandon de ses parents, qui l’avaient placée dans deux orphelinats successifs.

Ils avaient tout de même signé l’accord pour que leur fille devienne la nôtre, mais en faisant croire qu’ils étaient oncle et tante. Le problème est qu’ils ont signé après la date du jugement d’adoption béninois, ce qui fait que le Tribunal de Nantes a refusé, neuf mois après l’arrivée de ma fille en France d’entériner l’adoption décidée au Bénin. Il aurait fallu juste qu’ils signent avant le jugement ; même la Mission Internationale de l’Adoption n’a pas relevé cette terrible erreur, donnant son accord pour l’adoption. À cause de tout cela, notre fille n’a pas la possibilité ni d’avoir une carte d’identité, ni de porter notre nom (mais ça, on l’a fait quand même, vu qu'elle l'a porté naturellement dès son arrivée !!), ni d’avoir la nationalité française. Cela a duré quatre ans, jusqu’au jour où j’ai saisi le Procureur de la République, en demandant dans l’intérêt de Yacinthe et de notre relation à toutes les deux, à un moment de l’adolescence où la crise identitaire était devenue débordante.. que cette affaire soit saisie et que l’État trouve une solution de reconnaissance officielle de l'adoption.images-4.jpeg

Le Procureur m’a enfin entendue, l'été dernier, et a demandé une enquête diligentée par la Brigade des Mineurs sur ma vie et mon état de maman, sur mon sérieux et ma détermination. Puis, il a ordonné un Conseil de Famille réunissant des membres de la famille adoptante ainsi que des amis proches, au mois d'octobre. Après un accord global des deux mesures, la demande s’est poursuivie avec une recherche des parents de Yacinthe au Bénin, afin d’obtenir un accord plus légal que ce qui avait été délivré cinq ans plus tôt. “En sachant”, m’a dit le Procureur, “que si les parents sont introuvables ou ne souhaitent plus rien signer, par peur d’avoir des reproches sur les faux écrits antécédents, la mesure ira jusqu’au bout, en vertu de la loi qui stipule qu’un mineur peut être adopté si les parents biologiques ne s’occupent plus d’eux et que c’est prouvé.”

images-9.jpegPour en revenir à l’Arche de Zoé et à l’impact de cette affaire pour toutes les familles adoptives existantes, voici une réflexion faite à notre encontre par une éducatrice nous entendant au sujet de notre fille : “Bon, hé bien, j’ose espérer que vous n’êtes quand même pas dans la même situation que cette association dont on parle tant en ce moment !!” Trafics d’enfants, procédés illégaux, déracinement d’un enfant de son pays contre l’avis des parents biologiques.... tout a défilé devant nos yeux... Non, Madame, je vous répondrais que c’est plutôt le contraire. Nous sommes victimes d’une procédure ayant trahi notre confiance. Nous sommes de bonne foi et nous n’avons jamais acheté un enfant. Nous avons envoyé de l’argent à la demande de l’orphelinat pour les procédures administratives. Toute adoption demande un minimum d’argent. Nous, ça a été dix mille francs, ce qui reste raisonnable, par rapport à ce qu’on a entendu par ailleurs. Et puis, on faisait confiance aux africains avec lesquels nous avons organisé le départ de Yacinthe, laquelle était infiniment heureuse de venir en France.

Lorsque je suis allée chercher ma fille, je suis restée une semaine avec elle à l’orphelinat. Elle avait hâte de quitter cet endroit et ce pays difficile où les souvenirs de l’enfance et de ce qu’elle a vu hantent encore ses nuits et sa vie actuelle. Elle a vécu dans deux orphelinats. Dans le premier, elle a été témoin de scènes terribles, comme un enfant qui vomissait régulièrement et à qui on demandait de ravaler le vomi. Elle a vu aussi des enfants battus à mort. Elle a connu la faim, la peur, l'abandon, la privation d'affection.

AA033742.jpgAujourd’hui, Yacinthe a grandi ; elle est devenu une jeune fille, parfois rebelle et insolente envers moi qui l’élève, mais j’essaye de tenir bon. Son père, avec lequel je suis maintenant divorcée, n’a pas été solidaire de la demande d’adoption simple que j’ai faite auprès du Procureur et ne rentre plus dans la démarche d’adoption. Cependant, il la prenait régulièrement... jusqu’à des évènements plus récents et douloureux.images.jpeg

images-14.jpegJe continue de me battre, pour que ma fille ait une identité, pour que je sois reconnue comme sa mère et pour qu’elle ne soit pas abandonnée une deuxième fois, quoi qu’il se passe. Le problème est que ma fille nous met “à genoux”, selon l’expression du Juge, car Yacinthe cherche par tous les moyens à voir “jusqu’où peut aller notre amour” et ce qu’on est capable de supporter par amour pour elle. Son père adoptif a capitulé car il en a assez des insultes, des insolences, du ton méprisant qu’elle emploie, des discussions incessantes pour obtenir ce qu’elle veut, des portes qui se claquent et de celle de l’entrée qui se referme sur son absence.

La porte d'entrée claque. La rage prend l’air de la colère du temps et Yacinthe revient avec l’âme plus apaisée des nuages laissés au passé. La porte d’entrée s’ouvre et le soleil peut revenir dans le coeur des parents adoptifs. Ces derniers encaissent les coups portés aux parents biologiques absents... présences virtuelles qui vivent à travers eux. Les parents adoptifs représentent ce père et cette mère absents. Ils recueillent toute la colère de cet enfant qui n’a d’autres moyens de s’exprimer envers son passé si horrible.

images-5.jpegEn outre, le complexe d’abandon est si fort qu’il demande avec exigence d’être répété. “Pourquoi ces gens m’aiment-ils alors que la vie m’a prouvé que je n’étais pas digne d’être aimé ?” Ma fille m’a ainsi demandé il n’y a pas longtemps “quel intérêt” je trouvais à l’adopter... L’amour gratuit ne peut exister sans questionnement, cet amour oblatif venu d’une autre planète, sur une terre où tout tourne autour du profit. “Et puis, Maman, cet amour, je ne peux l’accepter.” Comme un trop-plein d’un vide dans son coeur, elle enlève les posters que je lui ai offerts, elle arrache les souvenirs de notre vie commune. Elle insulte notre lien d’amour en me traitant de “mytho”, lorsque je reviens sur un de ses comportements blessants. Il y a trois mois, elle m’a lancé comme un défi : “Tu fais ta vie, je fais la mienne,” comme deux chemins qui ne pourraient pas se retrouver. Comme un cordon ombilical étiré par les deux bouts, avec une mer entre les deux, Mère Méditerranée... ou mère biologique. “Ma mère virtuelle est présente avec nous... C'est ma mère biologique”, m’a dit Yacinthe récemment. Comme un regard porté sur notre vie et cette impression pour elle de trahir sa mère d’Afrique quand l’amour pointe trop son nez entre nous. Car de l’amour, il y en a, c’est certain.

images-19.jpegComme ce jour de novembre 2007 où ma fille ma avoué : “Excuse-moi pour hier soir. Je suis désolée d’avoir voulu partir par la fenêtre et que tu aies dû me retenir de force et te faire tant de mal et de soucis. Je me suis trop attachée à toi, à cette famille, plus que je n’aurais pensé. Et j’ai peur, car j’oublie les souvenir de mes parents ; leur image s’estompe dans ma tête.” Le cordon s’étire mais il est élastique et quand ça lâche, ça fait mal pour ceux qui le reçoivent.. comme ce soir-là dont ma fille parlait. J’ai vécu avec elle un véritable bras de fer pour qu’elle ne parte pas en sautant d’une fenêtre du rez-de-chaussée (assez élevée), dans la nuit et le froid, avec ses affaires déjà toutes emballées.images-16.jpeg

En janvier 2008, il y a eu malheureusement une grosse crise chez moi avec ma fille. Suite à un mensonge de sa part, découvert... elle a hurlé dans l'appartement. Elle était dans un état incontrôlable. Elle m'a insultée, m'a dit que je n'étais pas sa mère. Elle a réussi à rentrer dans une pièce où je suis allée me mettre avec mon fils de trois ans qui avait peur. Puis elle m'a poussée violemment et a essayé de faire tomber deux armoires sur nous. Son père, qui était au téléphone et a entendu la crise, a eu peur pour moi et mon fils. Il a décidé d'emmener notre fille, et au bout d'un certain temps, il l'a confiée pour quelques jours de vacances à une dame qui tient un ranch de chevaux.

chevaux-france-1163148985-1097535.jpgSuite à tout cela, la Juge nous a convoqués début mars et m'a dit cette phrase au bout d'une heure d'entretien : "Madame, pour que ça aille mieux avec votre fille, il vous faudra faire votre mea culpa d'être allée la chercher en Afrique..". Je lui ai demandé si elle plaisantait. À sa réponse négative, je me suis levée et j'ai dit : "Je ne peux entendre cela, je sors". Je suis sortie du Tribunal de Grande Instance de Grenoble, rouge de colère et en pleurs, emplie d’indignation, meurtrie dans mon coeur de mère. M’excuser auprès de ma fille de l’avoir sortie de l’enfer, c’est le monde à l’envers !images-6.jpeg

J'ai mal au coeur de tout cela, de ce "mea culpa" demandé par la Juge, de cette situation conflictuelle. Je repense à cette petite fille grandie si vite en cinq ans, à tous ces bonheurs vécus ensemble, à cet amour que je lui ai donné à travers mes encouragements, mon regard sur elle, mes attentions, mes pensées. Aujourd'hui, elle a douze ans mais elle en a bien plus, au vu de son poignet osseux révélant deux à trois ans de plus que son âge officiel. Elle est presque aussi grande que moi et a une force incroyable. Je me souviens qu'au début, elle a grandi si vite, qu'il fallait changer entièrement sa garde-robe tous les trimestres ! La malnutrition ne lui avait pas permis de se développer normalement et son corps a rattrapé de façon remarquable le retard de croissance pris durant ses dix ans en Afrique.chevaux-autres-animaux-autres-chevaux-france-949060321-967130.jpg

110_F_1736530_rNkuNkZMAoymRFOhVJx7mRE2Yr01Cz.jpgUne personne nommée Laeticia m’a écrit en mars sur un forum, suite à mon témoignage : “Je ressens beaucoup de douleur dans votre message. Je suis d'autant plus sensibilisée qu'un couple qui a adopté une petite fille à Madagascar en même temps que nous , a vécu la même chose sans rien dévoiler. Il s'agit d'un garcon et d'une fille ;  les deux enfants sont placés dans une institution et sont apatrides !!! Beaucoup de souffrance d'un côté comme de l'autre. Votre histoire ressemble énormément à la leur !! Bourrage de crâne, parents biologiques toujours présents, âge modifié !! Le garcon a même dit à ma connaissance qu'il avait pour mission de les tuer afin de s'enrichir et d'ainsi faire venir sa famille !! Un drame humain !!  Bon tout ça pour vous envoyer du courage et de l'amour !! N'hésitez pas à vous entourer de professionnels qui sauront vous écouter.”

images-12.jpegMerci Laetitia.

Artemisia m’a écrit aussi ceci : “Difficile de trouver des solutions non douloureuses.  À part le fait des mensonges sur les parents biologiques, des situations comparables à la vôtre (violence...) ne sont pas rares.  C'est ce que me dit une amie d'EFA qui organise des groupes de parents adoptants vivant cela. Les échanges soulagent et des pistes se dessinent pour en sortir... Vous pouvez appeller le 01 40 05 57 71 tous les jeudis, de 14 heures à 17 heures.”

Oui, cette violence qui surgit ainsi est difficile à gérer. Pour le week-end de Pâques 2008, cela a été encore douloureux. Au bout de deux jours où j'ai tout fait pour que ça aille bien... ma fille s'est soudain opposée à moi, violemment, au cours d'un conflit verbal où elle s'est révélé insolente ; elle m'a poussée pour rentrer dans ma chambre de force, afin d'y récupérer des affaires sans mon accord. Elle s'est confrontée alors physiquement à moi. Son père adoptif a été témoin et a essayé de l'arrêter mais elle était à nouveau ingérable, à faire peur et à me dire des choses horribles, cyniques aussi, méchantes sur les cinq ans passés avec nous. Je suis sortie de cette scène très choquée et à ne plus pouvoir parler. Mon fils et ma fille Julia ont eu peur, durant cette scène difficile.

Pourquoi Yacinthe se rebelle ainsi ? C’est une question qu’on m’a posé.200121229-001.jpg

110_F_11144501_seX7xQC2vxGvIqIOe5kWGPjqVL4Cs6va.jpgParce qu’elle ne comprend pas qu'on puisse l'aimer, elle qui a été abandonnée (réaction normale psychologiquement..)... Parce qu'elle ne comprend pas "quel intérêt" j'ai à m'occuper d'elle (selon ses propres termes), parce qu'elle a besoin de s'opposer pour traverser cette dure période de l'adolescence des enfants adoptés... Yacinthe a aussi l'impression de trahir ses parents biologiques en acceptant de m'aimer, en acceptant cet attachement qu'elle ne nie pas mais qui la gêne, en acceptant mon amour. Et puis, l'explication à mon sens la plus importante, c'est : "J'ai été abandonnée une fois, donc je fais tout pour le reproduire, reproduire l'abandon par tous les moyens".

Si je parle aujourd'hui, si je témoigne de tout cela... c'est pour aider d'autres parents, afin qu'ils se sentent moins seuls... Une maman m'a contactée ainsi, me révélant qu'elle se fait frapper par son fils adoptif. Elle m'a remercié de parler, car elle n'ose pas. Elle aime son fils. Je lui envoie force et courage.images-11.jpeg

Si j'écris ainsi, c'est bien sûr aussi pour les enfants adoptés... pour qu'ils se rendent compte en me lisant de l'impact de tout cela dans le coeur d'une maman ou d'un parent adoptif. Pour tenter d'expliquer ce qui se passe dans leur coeur, avec des mots placés comme des points d'acupuncture... des mots pour des maux. Car ils souffrent véritablement... En premier lieu : d'un arrachement certain commun à "ceux qui vivent loin de chez eux".

____Écrit le 13 avril 2008 ________ _______ ____________ _____________ ____________ ______________ ___________________ Chloé Laroche

 

 

images-17.jpegLE RÉCIT DE MON VOYAGE AU BÉNIN

et de l'arrivée de ma fille en France :



J’ai pleuré de joie en Afrique car mon coeur s’est enflé d’amour pour cette enfant, Yacinthe, qui était maintenant mon sang et ma chair, tout comme Julia, mon autre fille venue de Roumanie. Le mystère de l’adoption est inconnu mais il existe réellement. Un lien mystérieux se crée, un lien plus fort que tout.

Lorsque j’ai pris le train pour Paris et que j’ai embarqué dans l’avion me menant au Bénin vers ma fille, lorsque mon regard a croisé celui de l’Afrique, lorsque j’ai vu Yacinthe pour la première fois dans l’obscurité de la nuit à Cotonou... mon âme a tremblé comme pour un enfantement. Une histoire d’amour est née. Pendant une semaine, ma fille ne m’a plus quittée. Elle dormait sur moi la nuit et me réveillait pour me parler. Je lui chantais des chansons et lui parlais tendrement. Durant la première nuit, elle m’a secouée dans mon sommeil et m’a réclamée à boire puis à manger. Elle a croqué toute la nourriture qui restait dans mon sac. Elle avait faim. Faim de nourriture et faim d’amour...

Elle m’a suivie avec mon violon lorsque je suis allée jouer pour tous les enfants de son école puis pour les jeunes du collège de Takon. Il y avait des dizaines et des centaines d’yeux fixés sur moi alors que je leur chantais des mots de paix et d’amitié, alors que je sortais mon archet et que je les charmais avec des airs du monde entier. Et puis, il y avait ces deux yeux qui me regardaient et qui me disaient : “Maman, je t'aime. Ne m’oublie pas, dis. J’ai tellement besoin de toi.”

Yacinthe, au bout d’une semaine avec moi dans son pays, avait hâte de monter dans le taxi et d’arriver à l’avion nous menant vers Paris. Je ne l’ai sentie rassurée que lorsque nous avons attaché notre ceinture, bien assises l’une près de l’autre dans le grand oiseau de fer, après les multiples contrôles de l’aéroport. Cela faisait plusieurs mois qu’elle rêvait à ce grand voyage pour la France et qu’elle attendait ma venue. Il a fallu attendre que tous les papiers d’adoption soient en règle pour que tout cela se réalise, après de nombreuses et longues formalités.

À son arrivée, Yacinthe était heureuse. Elle avait réalisé son rêve : avoir une nouvelle famille, un nouveau pays, des parents qui l’aiment, une maison pleine de jeux, de poupées, d’habits pour se faire belle... Elle aurait voulu être toute seule avec nous, être notre enfant unique, comme elle me l’avait confié une nuit en Afrique, mais, tout s’est bien passé avec Julia, sa soeur adoptive venue de Roumanie. Elles se sont entendu à merveille et Julia a même eu du mal pendant longtemps à se retrouver sans elle.images-23.jpeg

Yacinthe a remarqué rapidement que Julia était différente et l’examina dans ses mimiques, ses gestes muets pleins de sens. Nous lui avons expliqué d’où venait Julia avant d’être avec nous ainsi que ses difficultés pour parler et entendre. Nous lui avons parlé aussi de son opération dans la bouche et aussi du fait que Julia peut entendre désormais grâce à un appareil spécial.

Et puis, Yacinthe a prié en secret pour avoir un petit frère et une petite soeur. “Tous les soirs, je priais pour ça”, m’a t-elle dit, un large sourire aux lèvres à l’annonce de ma grossesse. Julia, de son côté, a senti que j’étais enceinte avant que je le lui dise. Elles aiment leur frère et Yourdine aime ses deux soeurs.

Mais aujourd’hui, quand j’entends résonner les paroles du Juge qui m’a dit, le 4 mars 2008, par rapport à l’adolescence de Yacinthe et à son comportement parfois difficile : “Madame, il va falloir, pour que cela aille mieux avec votre fille, que vous fassiez votre mea culpa d’être allée la chercher en Afrique...” et qu’elle m’a dit aussi : “Madame, vous n’aurez jamais l’adoption vu les difficultés du dossier après cinq années...”, je me sens anéantie et si peinée.

images-25.jpegCe que m'a dit la Juge ce jour-là m'a fait très mal. Ma fille était dans un orphelinat il y a cinq ans et n'attendait qu'une chose : de partir avec moi dans l'avion. Pendant la semaine où je suis restée avec elle dans l'orphelinat, c'était merveilleux. Comme une naissance. Et aujourd'hui, on m'assène de part et d'autre que je ne suis pas sa mère. C'est difficile et je suis même obligée de motiver mon avocat à me défendre.
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Aujourd'hui, alors que j'avais un agrément, je vais être obligée de reprendre le chemin d'un nouvel agrément pour pouvoir adopter l'enfant dont je m'occupe depuis cinq ans. J'ai mal au fond de moi, mal de ma situation de maman bafouée, humiliée et mal qu'on me rappelle à tout bout de champ que je ne suis pas la mère de ma fille, juridiquement. C'est un arrachement incompréhensible, un écartèlement entre la loi française et les faits : fait que je m'occupe de ma fille comme une mère à part entière depuis 2003, fait que je l'assume entièrement affectivement et matériellement. Je demande juste que l'État français me reconnaisse comme sa maman et Yacinthe comme française.200421495-001.jpg

Je poursuis mon engagement envers ma fille et quand je n'y crois plus ou que je suis désespérée, je regarde la fin de ma vie et je me dis que tous dans cent ans... on ne sera plus là, et que finalement c'est l'amour qui restera.. pas les paperasses. Malheureusement, c'est aussi les blessures et les injustices qui resteront... mais à un autre niveau de justice. Je veux dire que devant l'amour, les paroles blessantes que j'ai pu entendre ou les décisions injustes seront balayées par le temps et l'infini. Je pense qu'adopter un enfant, c'est s'engager envers lui, au-delà de tout le reste, même si cet enfant nous hurle dessus qu'on n'est pas sa mère ou son père.

Ma première fille est décédée en 1997, d'une encéphalite foudroyante. Son départ a laissé un grand amour de mère soudain orpheline et la douleur profonde causée par son absence m'a donné la force et l'énergie de me battre pour mes deux filles adoptives, venues de Roumanie et du Bénin. Ma fille de Roumanie est handicapée et l'association SERA et CARE recherche encore d'autres familles pour d'autres enfants handicapés et ayant besoin de soins médicaux... ayant besoin d'amour et d'une famille pour se reconstruire.

Je vais continuer de me battre pour Yacinthe. Redemander un agrément pour l'adoption. Un agrément, cela a représenté pour moi, pour nous, entre 1999 et 2000, des mois d'investigation, d'enquête, d'entretiens avec la psychologue et l'assistante sociale, de questionnements sur nos vies, de réflexion profonde sur l'engagement envers un enfant qui ne vient pas de notre ventre mais qui vient de notre coeur... et au final de notre chair profonde.images-10.jpeg

C'est ça l'amour. Recommencer, même après que tout soit fini.

images-18.jpegChloé Laroche

Mon autre site : http://violonistenciel.site.voila.fr


Référencement instantané


_____________ COMMENTAIRE :

Par Laetitia, le 14 avril 2008.

"Coucou ma grande ! Effectivement nos enfants sont les nôtres quoiqu'on puisse nous en dire. On les aime, on les a portés dans notre coeur, bien plus longtemps que d'autres mères qui ont porté leurs enfants dans leur ventre. Nos enfants ont une blessure primitive qui les caractérise. Je crois bien que tous ces mensonges supplémentaires ne font que déstabiliser certains enfants qui, malgré la bonne foi de leurs parents adoptifs, se retrouvent avec une histoire pas bien jolie de parents biologiques qui non seulement les ont abandonnés mais font des choses affreuses pour se dédouaner ou pour éviter d'être jugés. Je ne juge pas leur attitude, mais je dis qu'effectivement c'est catastrophique.

C'est moi qui connais ce couple qui a traversé l'enfer avec leur adoption à Madagascar ; ils en sortent affaiblis et détruits d'une partie d'eux-même !!!

Je t'envoie 100000 bisous et tu sais que je suis là !!!
Ce soir je penserai à tes enfants et à ton ange, je me dis que ça ne peut faire que du bien !!"

Laetitia

 

____________ VOIR LES ARTICLES ÉCRITS DEPUIS... SUR CETTE ADOPTION, DANS LA MÊME CATÉGORIE :

"HANDICAP, PARENTALITÉ ET ADOPTION"... https://sosmaman.20minutes-blogs.fr/handicap-parentalite-et-adoption/

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